PARENT - DESBARRES, ÉDITEUR
RUE DB SEINE-SAIKT-GEBIUIII > 48 }
CHERBULLIEZ, LIBRAIRE,
RVB SAINT-ÀNDRÉ-DES-ARIS, 68.
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LEÇON ;VIIL
De l^ordre dWin dans l'histoire du genre humain et dans les États.
Messieurs^
« L'histoire universelle est le jugement universel , » a dit un de nos. poètes célèbres. S'il prétend par la que le monde n'a à attendre aucun jugement ultérieur à celui que porte Thistoire ^ il faudrait conclure que le monde persévérera toujours dans les conditions actuelles de son existence terrestre. Or, ce sentiment est aussi dépourvu de fondement que l'idée fantastique qui admet que le genre humain existe de toute éternité; idée qui a pu passer par la tête de II. 1
quelques rêveurs de Tantiquité , mais qui , de nos jours , ne peut plus trouver de patronage que dans un esprit qui a abjure les plus simples notions du bon sens. Je ne sais comment il s'en tirerait , si l'on demandait à son génie artistique qu'il expliquât la conduite d'un long drame auquel on aurait enlevé le con^mencement^ et dont,^pour cette raison, les actes nombreux et les scènes variées présenteraient un labyrinthe d'incidents sans issue; ou bien si l'on soumettait à son jugement un excellent écrit périodique , lequel , supposant toujours une publication ultérieure d'idées, n'offrirait jamais à son entendement de portée asse:& vaste pour prononcer sur Tensemble. i
Prétend-il, au contraire, et on ne saurait douter que ce sens ne soit renfermé dans sa proposition; prétend -il, dis-je , que l'esprit dominant dans l'histoire est l'esprit de la justice , et que les grandes époques et les événements les plus mémorables , consignas dans les annales des peuples, sont comme autant de sentences énoncées du tribunal suprême ; dans
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ce cas , sa pensée , qui correspond piàrfaitement à la gravité de son ci^ractère, est la nôtre aussi, et elle fera le sujet de nos réflexions aujourd'hui. '
Ainsi le genre humain aura une fin, comme il a eu un commencement ; ou plutôt les conditions de son existence actuelle seront changées. Mais faut-il mesurer les proportions de la durée du monde sur les six jours de Dieu ; faut-il les calquer sur la chronologie divine , d'après laquelle mille ans ne font qu'un jour, ou ?^ept , tout au plus? C'est une question que nous ne saurions résoudre sans témérité, parce quelle est audessus de notre portée. Il sufSt de nous en tenir à la division des quatre âges du monde , et de nous considérer comme étant au point de transition du troisième au dernier. Il est surtout très-important, pour Tintelligence des idées que nous allons développer, d'en saisir exactement les époques. Nous faisons entrer dans le premier âge les vingt -cinq premiers siècles de l'existence du monde, dont nous n'avons qu'une histoire confuse. Lé deuxième âge , qui est le temps de l'éducation préparatoire du genre
humain, comprend les quinze sièdes suiyants; c'est à la fin' de cette époque que commence rère nouvelle que nous avons signalée ailleurs comme le point solsticial du dévelopjpiement de la conscience générale. Il est à remarquer que les plus anciennes traditions dès peuples civilisés de l'antiquité n offrent point de données certaines ni de points d'appui historiques qui remontent au delà de l'origine du second âge , c'est-à-dire quinze cents ans avant notre ère.
Les quinze premiers siècles de l'ère moderne forment le troisième âge : pendant cette période de temps, une transformation s'opéra par degrés, tant dans l'ordre spirituel que dans Tordre moral et l'ordre social.
J'ai 9 plus haut, compris dans le troisième âge, les trois derniers siècles qui viennent de s'écouler ; on peut , si l'on veut , les considérer comme faisant partie de la quatrième et dernière période; encore que ce classement paraisse peu exact et peu juste. Dans l'un comme dans l'autre cas ^ il faut reconnaître v et ce point
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mérite toute notre attention , qu a date^ de quarante ans environ nous nous trouvons à une de ces époques mémorables , critiques et décisives, qui caractérisent toujours la tranaition d'une période à une autre. L'un des signes auxquels ^on reconnsat ces moments critiques , où rhistoire subit, dans sa marche, une révolution universelle , c'est la vitesse avec laquelle les faits se pressent dans un court intervalle de temps , c'est la course rapide des événements.
On a déjà remarqué comment , dans l'histoire politique de notre époque, l'Europe a reproduit, en vingt-deux ans , toutes les phases 4u vieux monde romain , à partir des premiers déchirements de la république jusqu'à la migration des peuples inclusivement. Elle a parcouru , dans une succession dont on conçoit à peine la prodigieuse vitesse , et la guerre de Carthage , et les guerres civiles , çt les^temps de l'empire des Césars , temps d'abord si riches d'espérances et si consolants par la pahc qu^ils promettaient , mais ensuite si horribles par les cruautés et les ravages dont ils furent témoins.
Cette simple observation suffît seule pour vous faire voir qu'une nouvelle loi règne dans rhistoire du monde , et que la vie qui bat en elle n'est plus la vie des temps pacifiques d'autrefois. Cette vie réunit-élle toutes les conditions d'un état normal, ou bien est-elle le résultat maladif de l'irritation des éléments sociaux? c'est une nouvelle question.
Nous voyons une rapidité de progrès analogue dans le monde intellectuel ; seulement , dans ces derniers temps , l'esprit a pris une marche opposée à l'ordre des périodes de développement de l'antiquité savante. D'abord , pendant les dix dernières années du siècle précédent , on vit régner l'épicurisme , ou quelque chose de semblable, dont notre époque est loin d'être purgée.
A côté de ce système naquirent les difficultés et les disputes scolastiques , puis parut aussitôt l'esprit compilateur des dernières écoles de la Grèce , esprit qui , dans ce pays , domina jusqu'à l'époque désastreuse où le brillant sophisme corrompit le peuple.
Tous les systèmes, toutes les erreurs que l'esprit humain peut enfianter, dans son ëtat d'imperfection native, et dont le développement, chez les Grecs, demandait plusieurs centaines d'années , se sont reproduits , de nos jours, dans autant de courtes périodes dedixans^
Ces évolutions de Tesprit , si étonnantes par leur rapidité , nous donnent lieu d'espérer que, vu l'interversion des progrès dont nous avons déjà parlé , nous sommes sur le point , si l'on continue à suivre la même ligne de développement, de toucher de nouveau aux temps heureux des grands philosophes de la Grèce, tels que Platon , Socrate et Pythagore. Il est inutile de faire observer que ^ dans le rapprochement que nous venons de faire , sous le point de vue scientifique et politique , entre notre époque et les temps anciens , il ne peut être question, que d'une ressemblance générale. Vouloir i dans les parallèles historiques, torturer les événements de détail pour les faire concorder, ce serait prendre une voie de faux • résultats.
Que la lutte de notre époque soit par-dessus tout une lutte spirituelle , c'est une chose dont on ne peut plus douter, et que nous explique assez ridée d'opinion publique , ainsi que celle de là puissance prodigieuse qu elle e^serce. £n effet 9 il y a, sous Tidée , sous l'expression même d'opinion publique^ je ne sais quoi de flottant et d'incertain qui la rend incompatible avec le caractère invariable de la certitude. L'homme, il est vrai , est extrêmement restreint dans la mesure des vérités dont il possède la science ; il est une foule de choses,' nous devons encore l'avouer^ sur la nature desquelles nous ne pouvons avoir qu'unefopinion ; et même^ parmi celles dont nous avons- la certitude , il en est plusieurs qui , étant à raison de leur sublimité , peu proportionnées à la capacité commune des intelligences , demandent à être présentées sous la forme d'opinion. Faute de cette précaution , nous semblerions vouloir imposer de force nos idées aux autres. Mais aussi, qu'y a-t-il, ou plutôt ; que n'y a-t-il pas , même dans le rang des absurdités, qui, sous les couleurs de
l'opinion , ne trouve accès dans Tespiit de la multitude , que les préjugés et les passions égarent^ et que Faveuglement prive ^u coup d'œil )uste nécessaire pour porter un jugement exact ?
Si Ton parlait d'une conscience morale publique j au lieu d'une opinion publique , dont rinfiuence est grande, sans doute, mais dont aussi les conséquences deviennent désastreuses dès qu'elles prennent une fausse direction , on ferait sur moi une impression beaucoup plus profonde.
Que Ton se rappelle l'impression générale que fit sur TËurope entière le terrible événement de 1 793, ou bien encore le grand mouvement d'indignation dont furent pénétrés tous les peuples a^'ant la dernière catastrophe qui ébranla le monde entier. Ce sont là des phénomènes auxquels on peut, à coup sur, appliquer cet ancien adage : la voix du peuple est la voix de Dieu. Il y a au fond de pareils sentiments un jugement vrai et d'un ordre supérieur ; souvent même il s'y rencontre de justes pressenti-
menu y supposé encore que, dans des cas particuliers , la passion ou des causes tout individuelles en exagèrent réimpression ; combien rarement , au contraire , rencontrons-nous , dans les flots incertains de Topinion , un seul point sur lequel on reconnaisse le cachet d'un jugement universel.
Qu'on nous permette d'interrompre ici le cours de nos réflexions pour remplir une lacune qui reste dans notre théorie de la conscience. Il s'agit d'assigner à la faculté du ju^ gement le rang qu'elle doit occuper dans la hiérarchie des puissances intellectuelles.
La raison avec la mémo^e et la conscience morale qui en dérivent , l'imagination avec les sens et les penchants qui lui sont subordonnés, forment ensemble six des facultés de Fintelligence humaine ; l'entendement et la volonté en portent le nombre à huit. L'âme, sous le triple rapport de la pensée , de l'amour et du sentiment , forme la neuvième ; car, quoiqu'elle soit le centre général de la conscience , on peut néanmoins l'envisager comme une faculté
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particulière. La dixième , celle qui complète et couronne le système , c'est le jugement. Si Ton entendait par le jugement l'acte purement logique, par lequel on prononce qu'un attribut convient à un sujet, on en ferait une faculté bien secondaire, qu il serait superflu de distinguer des autres procédés logiques de la conscience. Le jugement dont nous parlons ici est une opération d'un ordre bien supérieur, et il suppose la compréhension de l'entendement, sur laquelle il s'appuie. Par l'entendement nous acquérons la connaissance des êtres spirituels , ainsi que celle des actes par lesquels ils s'expriment et se révèlent ; par le jugement , nous distinguons entre deux esprits ou deux actes spirituels dont nous avons la compréhension. De combien de circonstances, de combien de rapports infiniment subtils, un jugement scientifique ou même artistique, ainsi défini, n'exige-t-il pas Je concours? Et pourtant , malgré ce vaste appareil de notions préalables, il n'est encore qu'un jugement individuel , priv^ de garanties qui puissent nous le
faire voir comme assis sur des bases vraies, n n'a aucun poids^ par lui-mèmei et ne vaut qu'autant qu'il rencontre, dans la manière devoir d'un autre , des points de concordance.
Les fonctions judiciaires , dans Tordre civil, nous donneront ridée du , haut rang qu'occupe la ùicvlté du jugement dans le système de la conscience.
Dans les tribunaux , le jugement suppose toujours la compréhension de la cause litigieuse, compréhension qui exige un examen préliminaire suffisant de cette même cause. Il suppose de plus le discernement entre deux parties dont on comprend également les droits et les titres; ce n'est qu'alors que la volonté se décide ; car, si la détermination réelle et effective de celleci est un acte spécial , elle ne peut en trouver la première raison que dans un jugement positif.
Les deux puissances de l'esprit, l'entendement et la volonté , concourent donc à la formation d'un jugement proprement dit; et si Tâme aimante est le centre de la conscience , nous pouvons dire aussi que le jugement en est
l'acte suprême v acte élevé au-dessus de toutes les autres fonctions.
Nous trouvons dans le livre de la vérité une proposition qui s'applique d'elle-même au sujet qui nous occupe : « Qui est bon ?» y est-il dit , « Personne n'est bon que Dieu seul. »
Quelque sévère et quelque exclusive que puîsseparaatre cette sentence au premier abord, nous ne laisserons pas que de la trouver fondée après quelques réflexions. L'homme v quoiqu'il Baisse , ne sera jamais entièrement pur de tout vice ou de toute imperfection. Supposons , si l'oji, veut , qu'il se rencontre un homme exempt dé toute imperfection et parfaitement bon; toujours sera-t-il qu'il n'aura pas été bon des le commencement.
Les purs esprits qui ont persévéré dans le bien ^ ceux-là , au moins , dira-t-on , sont bons dès leur origine. A cela nous répondrons que leur bonté, ils ne l'ont point d'eux-mêmes; ils la tiennent de Dieu seul , qui est la source de tout bien.
On pourrait demander dans le même sens :
Qui juge juste , sinon Dieu seul ? En effet , Dieu est la vérité même; et seul il a en lui la mesure de toute vérité, et toute vérité n'a de fondement qu'en lui, Tout jugement définitif dans une cause de quelque importance, a son fondement, médiatement ou immédiatement, sur
cette base divine ; c'est la mesure selon laquelle il faut l'estimer.Toutefois, que la rigueur de ces conditions ne nous jette pas dans de fausses inquiétudes.
Jamais Dieu ne nous demandera l'impossible. La mesure de ce qu'il exige de nous est toujours proportionnée à Texiguité de nos moyens. Un juge instruit qui, en motivant sa sentence sur les lois existantes , sur un examen exact de la cause qui lui est. soumise , se trouve induit en erreur par un concours bizarre de circonstances , un tel juge , dis-je , est exempt de toute espèce de responsiabilité , et le faux jugement qu'il porte , compromît-il la vie d'un innocent > ne saurait lui être imputé à crime. Sans doute , une méprise aussi grave lui sera extrêmement
douloureuse, s'il la remarque; mais qui peut
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lui en faire le reproche? car, enfin, qui osera Faccuser de li'étre pas omniscient? Quand, dans sa pensée, dans sa science et dans sa foi, on s'appuie fermement sur les bases divines,
alors on peut demeurer en repos ; on a fait tout ce qui est en soi de faire. Mais, quand on abuse des données de la vérité suprême , quand on les fait tourner au profit de la fausseté et de Vinjustice, dès lors, économe infidèle , on a à redouter la reddition des comptes. L'autorité divine servant de base aux sentences de la justice^ le caractère sacré qu'elles revêtent sont une idée qui n'était point étrangère aux anciennes repu* bliques des peuples païens; on en retrouve des traces évidentes dans la sainteté de leurs lois , et dans l'inviolabilité de leurs cours suprêmes. Us honoraient en cela quelque chose de supérieur et de divin, dont ils n'avaient pas, en théorie, une connaissance bien claire , mais que le tact d'une saine raison et le sens de la conscience naturelle leur faisaient distinguer, dans la vie réelle , de la manière la plus exacte et la plus certaine.
Pour nous, c'est un poiift de doctrine universellement admis que tout pouvoir vient de Dieuv et que toute obéissance aux lois et aux puissances d'un État est fondée sur ce principe. Si, pendant une courte époque de délire*, on a voulu i dans la société , tout faire relever de la raison et d'une liberté sans frein , bientôt l'expérience a mis dans son jour l'erreur d'une si étrange maxime i et la voix si éloquente des faits l'a réfutée de telle sorte, que généralement on est revenu; en théorie, au droit divin, comme étant la vraie base du pouvoir dans l'Etat.
Il me paraît nécessaire de déterminer ici, avec précision ; à quels égards le chef suprême d'un Etat est le représentant de Dieu. La déifi* cation des souverains , telle qu'elle est en usage chez les peuples de l'Orient, est toujours demeurée étrangère aux mœurs des Occidentaux; mais il ne suffit pas de répugner à ce singulier abus des honneurs divins ; ce n est pas assez d'indiquer, d'une manière générale,les rapports du pouvoir temporel avec Dieu , il faut nous^ en
former une notion spéciale et précise ; autrement nous ne le comprendrons jamais. Dieu lui-même , si nous T envisagions sous un point de vue trop général, se refuserait à toute défixiition. Pour le concevoir, il faut nous le représenter dans ses œuvres extérieures et dans ses rapports avec les hommes ; il faut Fétudier dans la création du monde , dans les lois de la nature dont il est Fauteur, dans la rédemption des hommes et dans les bienfaits dont il ne cesse de les combler, etc. , etc.
Serait-ce dans Fœuvre de la création que les princes de la terre sont les représentants de la divinité ? C'est une chose qu'on ne saurait avancer. L'autorité paternelle , dans Fordre de la génération terrestre , a , si Fon veut , dans un sens Irès-éloigné, et que peut-être on ne devrait regarder que c'omfne figuré , une sorte de ressemblance avec l'autorité de notre Père invisible qui est au ciel. On peut dire aussi , sans doute , que le pouvoir d'un monarque qui aime son peuple, n'est pas non plus sans quelques
traits de similitude avec les infinies fonctions II. 2
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des lois de la nature : ici encore la distance dé Ton à Tautre est si ^ande , qu'on ne peut trou- Ter aucun point d^ comparaison. Les lois d'uii gouyemement sont saintes , sans doute, eu égard au dei^oir de Tobeissance qu'elles supposent; mais cette obéissance, ce caractère de sainteté ne leur sont pas acquis nécessairement ; il n'y a que la contrainte et le châti-*ment qui les leur, garantissent. Si, laissant de côté le droit rigoureux des sociétés , nous examinons les lois secondaires , faites dans le but de concilier les divers intérêts , et d'améliorer par là l'état sodal ; de combien d'imperfections ne les trouverons-nous pas entachées , et à combien de modifications ne sont-elles pa3 sujettes. Que Ton donne à un pays , par exemple, la loi si désirée qui établisse équilibre entre la propriété et l'industrie; au bout de quelques années on remarque qu elle n'afait qu'ac' croître la misère de part et d'autre ; il faut la modifier de nouveau. Certes il n'en est pas ainsi des lois queDieu a imprimées dans la nature; celles-ci
obtiennent tous leurs effets nécessairement.
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Mais voyons si les' fonctions royales n'ont point quelques rapports de similitude avec la mission divine du Sauveur et du Rédempteur. Sans doute le moiiarque possède la prérogative de faire grâce, prérogative qui n'est pas sans analogie avec la miséricorde de Dieu; mais comme elle n*est que la faculté de déroger, en des cas particuliers, aux règles générales, elle se rapporte plus particulièrement à la fonction judiciaire*
De plus encore , un souverain , s'il est le père de son peuple , peut détourner et adoucir bien des infortunes ; sa munificence et sa bonté peuvent devenir une source féconde de bienfaits et de bénédictions ; mais malgré toutes ses généreuses intentions , il n'établira jamais qu'une félicité temporelle ; quant aux misères de Tâme , il ne peut les soulager en aucune façon.
Le pouvoir qui , sur la terre , correspond immédiatement à la mission du Rédempteur , c'est celui du clergé, dans les pays où, sans être borné à l'instruction des peuples il est en-
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core le vicaire du sacerdoce éternel. Le pouvoir temporel des princes , au contraire « se rapporte à Dieu en tant qu'il est juge; et sous ce point de vue les rapports de similitude existant entre les fonctions du ciel et celles de la terre, ne se bornent plus à une simple analogie , telle que le comporte Finfinie distance de Dieu à la créature ; le souverain est investi d'une délégation réelle et d'un pouvoir public et efficace. Voilà pourquoi on attribue y comme je l'ai déjà fait remarquer, à la puissance judiciaire , une sainteté toute particulière que n ont point les autres pouvoirs dont se compose la souveraineté ; car quoique celles-ci soit indivisible en elle-même , elle se compose néanmoins de plusieurs éléments. Le souverain d'un état est en un raoi, Tadministrateur de la justice divine , le procureur du juge suprême , et c'est , si je puis parler ainsi, le ministre plénipotentiaire du tribunal universel.
Tel est le point de vue où il faut se placer pour apprécier et juger exactement toutes les
fli PHILOSdPÛm ÛÊ La VIE.
questions et toutes les difficultés c[uë ron peut soulever à cet égard.
Cependant pour ne poitit nous laisser abat*tre par Tidée de la dignité sublitne dont le juge éternel revêt ses vicaires dans Tordre temporel, rappelons - tious la maxime établie ailleurs ; savoir que , là justice infinie est limitée daiis son application , par une bouté infinie aussi, et que toutes les fois que les ia. térêts éternels dé Dieu le permettent , les droits de la première sont sacrifiés à la miséricorde. Ce pacte intime qui Concilie la justice et la grâce éternelles est une vérité gravée dans le cœur de tout homme, pour peu qu'il porte vivante en son âmé la notion de Dieu. Quand , lors de la migration des peuples du nord, un conquérant de TAsie septentrionale se nommait le fléau de Dieu , il donnait sans doute^ de la mission royale , une idée toute difif^ rente ' de la définition que nous venons d'( formuler. Son but était de se faire passer p( une de ces forces malfaisantes et désastreui de la nature , forces que Dieu laisse agir p|
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châtier le monde corrompu. Et les fléaux de ce genre ne sont point bornés « tout le monde le sait , à TinVasion des barbares.
La sublime fonction de re{Nrésentant du juge éternel , outre l'appareil sévère d'une justice rigoureuse , appareil nécessaire et fécond en résultats salutaires à Tordre public 9 suppose encpre une extrême indulgence dans celui qui Texerce ; car peut^il y avoir une plus grande indulgence que celle de Dieu ? Elle réclame de plus , et essentiellement , la plus grande probité
avec tout le poids de l'influence qu'elle peut exercer.
La supériorité de notre idée du pouvoir sur toutes les définitions toujours si vagues que Ton en donne ordinairement , consiste en ce qu'elle suppose deux choses et les réunit d'une manière indissoluble ; savoir : premièrement que le souverain n'est responsable qu'à Dieu ; deuxièmement , que sa dignité implique nécessairement cette responsabilité. Elle précise aussi le sens et le mode de sa dépendance.
Si , dans les annales universelles du genre
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humain , comme dans Thistoire particulière d'un peuple , d'un royaume , tous les grands événements faisant époque , doivent être considérés comme des jugements anticipés de la justice suprême à laquelle est soutnis le monde; nous pouvons en dire autant, et avec plus de raison , du droit de faire la guerre et la paix ; car ce droit appartient essentiellement aux puis* sançes de la terre dont il forme le caractère distinctif. Une règle de juge^lent très-simple pour apprécier la justice ou l'injustice d'une déclaration de guerre ou d'un traité de paix, serait, je crois, d'examiner si l'un ou l'autre sont tellement basés sur la vérité', tellement concordants avec les idéds de justice et d'équité que nous nous formons de Dieu, que l'on puisse les soumettre à son tribunal et réclamer la suprême sanction. S'ils résistent à cette épreuve, alors, sans aucun doute, ils sont justes, quels qu'en puissent être les résultats, et quel que soit aussi le jugement qu'en portera le monde. Quand au contraire une déclaration de guerre est appuyée sur des raisons purement apparentes ,
LEÇON YIII. 25
quand les prétextes dont on la colore sont trop faibles ; pour dérober , même aux yeux du monde , Tambition d'un conquérant ou le principe destructeur d'une vieille jalousie nationale ; quand, dans un traité de paix , on a glissé adroitement , à la feveur de termes équivoques et d'expressions astucieuses , le germe de nouvelles conflagrations, se ménageant ainsi l'occasion de reprendre plus tard les hostilités ; alors nous pouvons dire que l'œil de l'éternelle justice , a été tout à fait étranger à ces actes politiques, qui par là demeurent privés de la protection et des bénédictions divines. Un autre instigateur y a donné la main : c'est l'esprit de fausseté et de perdition, c'est le génie de la discorde et de la destruction que l'on ne peut qualifier plus justement que par le nom de père du mensonge.
Si la destruction par le déluge, de la race gigantesque de Tancien monde, événement qui sert de point de départ à notre histoire et auquel nous ramènent toutes les traditions antiques ; si la ruine partielle des nations ,
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si toutes ces catastrophes tragiques qui servent de dénouement aux grandes périodes de l'histoire, sont comme des préludes du jugement dernier , réserré à tous les peuples / à la fin des temps ; nous voyons aussi ^ d'un autre câté i se perpétuer de siècles en siècles , de générations en générations, le déplorable héritage de la perversion et du mensonge que l'esprit de perdition a enflantes dès le commencement. Sans lui, la terre, dans sa fécondité offrirait aux hommes un s^our de sécurité ; ils possèderaient dans une paix inaltérable , toutes les conditions de la félicité temporelle ; sans doute ils ne retrouveraient plus le jardin d'innocence qu'ils ont perdu ; ils se consoleraient au moins de cette perte iiréparable, 'par la jouissance d'une tranquillité que rkn ne troublerait. Mais , hélas ! ce faible dédommagement ne nous est pas même accordé ; toujours l'esprit de discorde et de perfidie se glisse de nouveau dans le sein de la société , et sans cesse nous le voyons répéter dans le cours des temps , sur le théâtre du monde, la même scène de séduction* Il toui-
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fie la discorde dans une double directiofi ; ils'a<dresse aux peuples et aux rois. Aux peuples et surtout à la jeune géùëràtioti ^ telles sont à peu près les pensëes qu'il suggère : « Yoid la vraie science dont on vôtis a injustement retenu le secret; cherchez aYant tout à être libres, secouez le jôug de cette obéissance qui vous déshonore , et vous aurez en partage la gloire et la grandeur ; telle est la voie qu'ont suivie les anciens pour arriver à ce terme ; il n'en est point d'autre qiû 7 tondiiise.» Ou bien se tôur«nant d'une autre côté v il s'adresse au monarque absolu ; si celui-ci a déjà franchi les bornes de la modération , il est à knoitié gagné ; mais eût<il dès le commencement respecté les lois de la sagesse, il n'est pas certain pour tela qu'il résiste aifx inspirations' empoisonnées è ce Pourquoi, lui dit-il^ pourquoi 9 inquiet et timide, regardestu toujours en arrière » effrayé pat ce fantôme ^ue le peuple appelle droit? Ce sont là dès idées puériles^ bonnes pour l'école^ mais que la pratique repousse. Personne n'y croit ; c'est une comédie dont le monde lui-même se rit.
Yeux-tu être respecté , étends une main de fer sur ton peuple; il ahonore que celui qui a la force de ropprimer. OuUie ces sombres re« tours vers le passé , ose une bonne fois établir sévèrement ton empire, et tu verras tes sujets vénérer , à genoux , la supériorité de ton génie et la puissance de ton caractère. Ton autorité une fois bien affermie au dedans , tes états bien arrondis au dehors , il té restera encore , pour perpétuer ta gloire dans la postérité /une foule d'occasions de faire le bien. » C'est ainsi que, des sources antiques du mensonge, découle cet élément destructeur héréditaire qui désole les sociétés et se reproduit, dans le monde politique , tantôt souâ la forme d'anarchie , tantôt sous celle de despotisme et d'ambition guerrière. Ces deux excès se touchent de plus près qu'on ne peut l'imaginer au [premier abord ; rhistoire , dans ses leçons sévères , ne nous en fournit que trop de témoignages. Qu'y a-t-il de plus commun , dans les grandes républiques , que de voir les différents partis, fatigués par les dissensions, se jeter entre les bras d'un gé-
Heral victorieux qui aura su étouffer le feu des discorcles civiles et Thonorer comine un sauveur inespéré? N'est-ce pas, pour celui-ci, le premier pas fiât vers Tautorité suprême ? Aussi , ce glorieux restaurateur de la paix y à peine a-t-il fait un second pas vers le pouvoir, rejetant tous ses plans de tranquillité intérieure, médite la conquête du monde entier.
L'histoire universelle ne nous montre, dans toute son étendue , qu'une alternative continuelle entre le feu purifiant des châtiments divins et les agitations de Pesprit de ttiensonge,* reparaissant toujours, tantôt sous la forme de l'anarchie , tantôt sous celle du despotisme.
Remarquons encore ici qu'il faut bien se garder d'attacher à l'autorité divine des souverains de la terre, telle que nous venons de la définir, l'idée de l'absolu ; idée si dangereuse en elle-même et si féconde en erreurs déplorables, qu'il a' est même pas possible de l'attribuer à Dieu sans donner naissance à de graves malentétadus. Si dans un pays quelconque, le parti des hommes bieh intentionnés (hélas !
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la jmtiçe elM^méme est réduite , 4e nos joars , à arborer )U Jt^anwère de^ partis ) , si , dis-j^ , les bçmmus d« bîeQ avaient Jle majiheur d'4içrîre sur leur ^il^i^l^e l^ mot absohf t ctM^ qualifii- ^tion seule suffirait pour ùàm craindre qu^ quelqui^ npuveau malheur ne couvât dans le sf^n du vQlçan de Tin^urf eetion ; car »e Toublions jamais , si l'insùri^ction a toujaws lanarchie p^ur eortege ^ ceUe^ei invoque nccessîureqient Tabsolutîsnie. L'absolu , s'il est peraws 4^ proférer un terme auast dange^ reux , j|ie peut ^tre attribué à la puissunee d- un souverain légitime qu'autant que çtkÙHâ n'#st responsable qu'à Dieu d^ »çh^ wUwité- M dans un état , le pouvoir était ^umis à quelque ioontr^^le^ ce ne ferait plus loi qui sei^ absolue» mais bien l'autorité qui jouît du dfoit de ee^sure- Du reste , à tous les autres ^g^rds, U puis^nee des inonarques n'est point illimitée; ejle. e*t restreinte de toutes parts ^ et par l^ traitps existants ayeç les autres pui^sai^s , .«jt par Jie» lois établies dans le pay^ , et nop i^b^^^gées j
enfin par les droits de si^ccessio^^)^ cpiironnei
ainsi que par tous les réglementa qui en sont la >uite. Qu'un prince » dépositaire de rwtorité souireraine , veuille empiéter arbitrairement sur les droits et les usager protecteurs des franchi* 5es d'un peuple; peut-être ne se trouvera-t-il sersonne qui se croie autorisé à réclamer et 1 lui résiater ; mais ce que la loi 9'accorde )a5 , la force même des choses Fexécutera ; car eus ces actes d'arbitraire et de violence sont mtant de coups portés au pouvoir lui*-méme lont ils sapent les fondements. Toujours le despotisme réagit sur lui-même , et trouve ma Erein dans TabsejEice de la modération. Mais si , du côté du droit » îl y a pour la souveraineté des barrières qui ne peuvent être franchies impunément, combien d'obstacles eacore ne suscitent pas à son action , même la plus juste et la plus paternelle , les malheurs du temps , toujours si fécond en infortunes ? Il n*y a donc rien de plus opposé à la uature des choses et à la vie elle-même » que Tidée de Tabsolu et d'uue indépendance sans frein. La puissance politique tient encore par des