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LBÇON VUI. 33
ces sacrilèges excès n'élargissent-ils pas la voie qui le conduit à sa ruine.
L'ancien principe de perversion , originelle à toutes les générations , se produit encore, sous une double &ce, ^dans le domaine de la foi. Sous l'ancienne comme sous la nouvelle alliance , il se manifeste , d'une part y par une sorte de torpeur et de tiédeur morale , ou bien par un attachement opiniâtre à la lettre nue et aux vieilles formes de la foi , présentant ainsi tous les symptômes de la mort spirituelle. Quelque abondantes que soient les sources d'amour que Dieu a ouvertes au genre humain par la révélation ; comme , pour y puiser , il faut de la part de l'homme l'acte d'une volonté droite et libre , il s'ensuit que , ' vu la perversité de son cœur , il résiste très-souvent à la vie , quoique les flots s'en répandent de toutes parts autour de lui.
Il se produit en second lieu^ sous la forme de l'esprit d'innovation. Ici encore , sous les £aiusses apparences d'un élément vivant et actif;
il sème la mort dans les cœurs. Quoique l'Ëcri- II. 3
ti^re s*expriine sévèrement sur ces deux aberrations ou ces deux maladies de la foi ; cependant elle semble condamner la première d'une manière [dus rigoureuse et plus spéciale. Pour revenir à la deuxième de ces erreurs v il est certain que, dans le domaine de la foi , toute tentative pure* ment humaine qui ne porte point la marque évidente d'une inspiration divine , est &usse par cela même. Il serait à désirer que tous ceux qui sont séduits par l'appât de la nouveauté, en matière de religion ( et le nombre en est grand dans les deux sections du christianisme qui se partagent la foi ; car de même que l'on trouve, dans le rang de ceux qui donnèrent l'impulsion au mouvement innovateur , de nombreux esprits , animés d'amour et foncièrement attachés aux anciens principes en ce que ceux-ci ont d'essentiel ; de même aussi , il y a , au nombre de ceux qui , dans l'origine , opposèreiri; une digue au torrent de l'innovation i un grand nombre de têtes peu fixées qu'entraine la manie des changements religieux ), il serait à désirer , dis-je, que tous ces esprits mécontents
LBÇON vm. 35
du présent , portassent dans le domaine de ravenir » leurs pensées inquiètes et les fixassent sur révënement décisif de la fin des temps; ils, trouveraient dans la connaissance du jugement universel » et dans les nombreux avertissements qui nous en ont été donnés depuis si longtemps ^ la clef d'un mystère dont ils ignorent encore le secret. C'est que tout ce qu'il y a d'ancien et d'éternel renfermerait dès lors , à leurs yeux , une triple et su*blime signification, et leur- semblerait doué d'une vie nouvelle doublée d'énergie. Ek après touti n'est-ce pas là le terme de l'étude de la révélation; et la philosophie elle-même n'avaitelle pas anciennement pour objet la fin des choses , non point sous l'idée restreinte de la mort individuelle i mais dans le sens général de la mort universelle.
Entre le corps politique et la société religieuse , il existe un troisième centre d'action : la science. Elle se présente sous deux modes différents : ou elle se développe librement, dégagée des entraves d'une méthode trop rigoureuse ,
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LEÇON viir. 37
Toutes les considérations qui précèdent jettent un jour lumineux sur l'idée que nous devons nous former de l'ordre divin dans l'histoire universelle , ainsi que de Tesprit qui y préside d'une manière si sévère. H se manifeste de la manière la moins équivoque dans le duel opiniâtre par lequel le feu purificateur de la vengeance divine et l'antique contagion de l'esprit de men« songe, se reproduisant sous toutes les faces, se disputent, à travers les siècles, les destinées du genre humain. On le remarque encore dans la variété d'action de ce fléau, ministre de la justice divine ; car tantôt il ne s appesantit que sur une nation ; tantôt il concentre ses désastres dans une époque particulière ; quelquefois enfin , prenant un développement plus vaste, il envahit tout. On conçoit, du reste, que pour se former une idée juste et exempte de tout préjugé de la nature de cet esprit vengeur , il ne faut suivre les traces de feu de sa marche , qu'à la distance respectueuse de quelques siècles; autrement, on s'exposerait à en porter un jugement incomplet et partial. Il faut surtout se garder avec le plus
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LBQON vm. 39
l'histoire de ses pères. On a toutes sortes de raisons de croire que les générations postérieures à ce terrible châtiment différaient considérablement 4^ 1^ race antédiluvienne, quant aux mœurs et aux habitudes , quant aux dispositions et aux facultés physiques et intellectuelles, et peut-être aussi quant au mode de perversion et de dégradation. Les réflexions q^e je me propose de faire ici n'iront donc point au delà de cette ef* Croyable barrière, posée à nos annales. L^événe^ ment qui suivit le plus immédiatement, événe-^ ment qui nous est expressément donné comme une catastrophe, et dont rhistoîre justifie Vex'* pression , encore qu'il soit moins universel que le précédent, c'est la confiision des langues; puis, par un contre-coupïinévitable, celle des idées et des mythes traditionnels, et enfin la dispersion des peuples qui devait en être la conséquence nécessaire. Cette seconde révolution n'est guère qu'indiquée. Le récit est loin d'en être aussi circonstancié que celui de la première. L'époque n'en est point connue, les lieu? seulement qui en furent le théâtre nous sont marqués. Tous
40 PHILOSOPHm DE LA VIE.
les documents historiques s'accordent à les placer au centre de l'Asie occidentale, d'où sortit la contagion de la manie des conquêtes politiques. La dispersion des peuples , en tant qu'elle est le châtiment naturel d'une unité politique fausse bu simplement dépourvue de consistance intellectuelle I est un fait historique dont déposent les annales des peuples de cette partie intéressante du monde que baigne de toutes parts la Méditerranée,, je yeux parler de l'Asie occidentale , de l'Europe méridionale et de l'Afirîque septentrionale. Les relations d'alliance et d'origine de ces peuples nombreux , la bizarre variété de leurs langages, le chaos de leurs mythes et de leurs idées sur la nature, lesquelles se heurtent à chaque pas, les généalogies sans fin de leurs divinités , enfin les races de leurs héros qu'ils font venir du monde des dieux, forment un labyrinthe dont on peut à peine trouver Tissue pour arriver au principe d'unité primitive.
A la suite de cette confusion intellectuelle des idées , un champ libre fut donné au développement de la philosophie chez les Grecs , auxquels
nous appliquons spécialement ce que nous dirons ici. Elle s^égara , sans doute, dans de nombreux systèmes d'erreur ; mais, comme elle avait pour principe une intention droite et qu'elle cherchait franchement la Vérité , elle mérita de servir de préparation et d'introduction à la connaissance et à la réception de la révélation. Tel est le point dîe vue sous lequel il faut l'envisager. Les Grecs, dans la vie politique, furent toujours portés vers une liberté turbulente et anarchique. Lorsque la fureur de la démocratie se fut calmée chez eux , on vit paraître aussitôt le châtiment quelle provoque toujours, et qui la suit immédiatement ; je veux dire le despotisme du sabre, sous la domination macédonienne , qui dans sa courte durée peut être regardée comme Tavantcoureur du joug que leur imposèrent les armes romaines. A Rome, on vit les deux plaies politiques exister à la fois , Fanarchie au dedans , et la ty^ rannieau dehors. Pour échapper aux séditions d'un peuple mutin, les Romains se livraient à la fureur des conquêtes; mais, lorsque la démocra* tie eut parcouru toutes les périodes de l'efferves-
42 PHILOSOPHm DB.IiA VIE.
cence, le despotisme finit par triompher , et établir soUdemept sa dQmînation ^ dams Tintérieur comme à l'extérieur. Il a déjà été remarqué que la confusion des idées et des souvenirs traditionnels» ainsi que l'alternative constante d'anarchie et de despotisme dont nous venons de parler » lesquelles régnèrent à partir de la dispersion des peuples jusqu'à l'entier assi^yétissement du monde à Tempire romain, ne doivent s'entendre que des nations de l'Asie occidentale et de l'Europe méridionale.
Deux grands peuples ou deux grands empires, égalant ensemble plus du tiers , sinon la moitié de la population du globe, sont, dans la plus grande partie de leur étendue, demeurés juHiu notre époque complètement isolés du genre h main : on dirait que Dieu les a réservés po remplir quelque mission dans ces derniers lem Pendant trois à quatre mille ans l'Inde ai riablement persévéré dans la constitution d castes et dans ses mqpurs essentielles. C'est doute un événement bien digne de çardc ^. lHhîst^^ ^^ ^^^ temps, que de voir cet
LEÇON THI* 43
empilée, grand et fécond, tomber avec sa popu-« lation dvilisée, qui ëgale à peu près celle de toute rËurope, sous là doimnation des Iles hn-^ tanniques que les anciens nommaient îles d'Etain 9 et quik plaçaient aux dernières extrémités du monde habité. Dans ces grandes résolutions historiques si capables de nous firapper, gardon»* nuus de rien préjuger sur les conséquences qu'elles doivent avoir, et de prédéterminer les desseins de l!esprit ^qui préside à la marche du genre hu* main. Qu'il y ait dans de t>areils événements des plans providentiels cachés, c'est une chose dont on ne peut douter, et nous en avonsune con* viction de sentiment ; mais contentons*-Bous de porter, sans lieii prononcer, notre attention vers l'avenir, attendant qu'un j^ias ample jprogrès dans la marche des choses nous en lasse entre-» voir le dénouement. L'extension donnée à la science par les soprces histo^ques venues de l'Inde est déjà assez grande pour procurer une nouvelle connexité à nos connaissances sur les premiers peuples, et sur le commencemient du genre humain , et confiraner ainsi de plus en plus
la vérité diviiie. Quant à ce peuple céleste, au langage monqsyUabique » â est resté jusque dans ces derùiars temps isolé derrière ses muraflles. Bien que la conqu^e l'ait entamé plusieurs fois du côté du nord , il est néanmoins demeuré inébranlable dans ce que ses habitudes ont d'essentiel. Il est vrai que, dans l'état actuel de fermentation et de révolution où se trouve le monde entier, il n'est pas sans éprouver quelques agitations. Ce peuple, qu'on ne connaissait que de nom dans les siècles précédents^ et dont on re^ gardait l'existence comme fabuleuse, est maintenant d'autant plus facile à conquérir qu'il est yoism de deux grandes puissances de l'Europe. La ruine tragique du peqple juif, l'épouvan^J table destruction de Jérusalem termine l'hisj toire ancienne, dans la partie occidentale de r< rient. Ces deux événements sont regardés a^ raison comme une exécution partielle et lo4 du jugement universel réservé au monde; comme telle qu'ils avaient été prédits longt< d'avance; et c'est sous les mêmes couleui nous les peignent les auteurs païens. Pj
LBÇÔl»! VIU. 45
faits dans les annales du monde nous font une impression plus accablante , et nous présentent un phénomène plus frappant que la dissolution et l'oppression , depuis tant de siècles , du peuple juif dispersé sur tous les points du globe ; de ce pëiq[>le qui exerça une influence si grande et si marquée sur la marche des idées, et sur le développement même scientifique et purement naturel de Tesprit humain. C'est sans doute un des caractères les plus saillants de notre époque, que le réveil de cette nation courbée sous le joug, et assoupie dans l'oppression depuis si longtemps. Peut-on ," sans se sentir plein dé joie et d'espérance, lavoir rentrer dans la voie des progrès et de la civilisation , et reprendre sa part dans l'activité intellectuelle, morale et sociale du monde? Le réveil de ce peuple est d'autant plus frappant , qu'il se trouve prédit dans ses plus anciennes prophéties qui ont rapport aux derniers temps. Dans le moyen âge, les éléments des Etats chrétiens et la constitution monarchique étaient, il est vrai , beaucoup plus purs, plus développés que dans l'antiquité païenne; mais les dissen-
46 PHILOSQPBIE DB hk VŒ.
sions qui survinrent, et les excès auxquels se livrèrent les deux pouycnrs dans la lutte où ils se sont si tristement engagés , firent retomber les peuples de plus en plus dans une nouvelle espèce d'anarchie. La même chose se revoit de nos temps : depuis que les doctrines dominantes ont replongé une grande partie du monde dans les sentiments païens, notre époque s'est heurté|& gravement contre l'écueil désastreux des passions d'une démocratie furibonde , puis , avec une rapidité de succession inconnue même aux peuples de l'antiquité, contre celui plus destructeur encore du despotisme militaire. Chez les nations chrétiennes de l'occident, dans le moyen âge, comme de nos jours , on vit toujours un pen* chant prédominant pour l'anarchie. Chez les mahomitans au contraire , l'esprit de conquête, alimenté par leurs idées religieuses, fut dès l'origine essentiellement inhérent à leur constitution. Mais chez eux aussi, de ^aves révolutions se sopt opérées ; le plus grand de leurs empires, celui de l'Inde , est de nos jours complètement ruiné ; tout en a disparu jusqu'aux dernières tra-
LBÇON Vin. 47
ces; en sorte qae, par l'effet d'une de ces lois naturelles de réaction , ceux qui avaient été con-> quérants d'abord ont été vaincus à leur tpur. Leur prospérité ne fut pas plus constante dans l'ocddent: eux, qui avaient menacé dans son existence l'Europe civflisée , se trouvent maintenant essentiellement liés à l'Europe , dans leur propre existence > par les traités de paix existants. Cette attitude toute nouvelle et si dififérente d'autrefois y de l'empire mahométan , doit , sans contredit^ figurer parmi les événements mémo-
ff
râbles qui enrichissent notre époque. Pendant les trois siècles qui séparent le moyen âge de nos temps de révolution ^ la monarchie , établie sur des bases morales ^ prit un développement beaucoup plus con^dérable que précédemment. Le triste et déchirant spectacle des guerres de religion , suite déplorable quoique non nécessaire de la scission dans la foi , forme le caractère le plus marquant de cette période de temps.
Dans les pays, comme en France et en Angleterre, où l'un des partis, trop faible pour résister, fiit vaydcu et opprimé par l'autre, on vit
48 PHILOSOPHIE DE Ul VIE.
un phénomène d'infortune d'un aspect révoltant. En Allemagne la chose prit une antre tournure, et eut un dénouement des plus remarquables. Après une guerre de trente ans qui épuisa sans succès les meilleures forces de la nation v on ren* tra dans la voie de la raison. Les deux partis, reconnaissant leurs droits réciproques , mirent bas les armes après avoir placé leur vie sociale sous la garantie d'un traité de paix. Cette grande etmémorable pacification qui , à ne l'envisager que comme le travml fondamental qui a servi de base à toutes les négociations et à tous les traités connus dans les temps postérieurs , passe pour un chefd'œuvre sans égal dans son genre , est encore devenuecomme une nécessité politique et comme un second caractère national pour l'Allemagne. Cet acte sublime de générosité la dédommage pleinement de plusieurs avantages qu'elle avait à envier aux autres pays, et lui assigne une place distinguée dans l'avenir du monde. Considérée sous le point .de vue de l'histoire universelle , on ne peut s empêcher de voir, dans cette paix religieuse à jamais fondée chez nous, une gramde
LBçoif vni. 49
leçon pour les temps fioturs , bien qu'elle soit ordinairetnent peu comprise, ni de la regarder comme le signe précurseur , rayonnant d'espérance , d'une paix beaucoup plus complète , qui fera dispar^tre non-seidement toute dissidence dans la foi, mais détruira encore la guerre beaucoup plus générale entre la foi et Im^ crédulité. Cette vaste et radicale réconciliation sera l'effet d'un traité conclu entre la science et la foi , et par suite entre la science et la vie , pourvu que Dieu, qui veut la paix et Tunité, ait le dessus sur la perversité de l'homme qui recherche et aime la discorde, ou qui, même sans la rechercher et sans l'aimer , est toujours porté à en attiser le feu. De quelque manière que la chose doive arriver , il est permis à l'histoire de porter un regard religieux sur l'avenir , et de pressentir les développements ultérieurs de l'ordre divin à cet égard , pourvu toutefois qu*elle ne prétende pas en déterminer trop systématiquement les lois, ni prêter de force à Dieu des vues qui répugnent à sa sagesse.
$9 PHILOSpnpE f^ Jjuk VIE.
JTai ^Hf pour rester dans les limites que ja m^étaîs tr^ée^, jne )K>roer à ce^ coups d*œil généraux, et jx^ contenter de dirige l'attention sur lews rapports ^généraux avei: les temps daxia lesquels npu3 vivons. I^es &its caracbéristiques de notre époque sont done , en résumé , le contact intime qui s*est établi eutre l'Europe et dew^ grands peuples païens vivant depuis des milliers d'années daips un isolement complet; la chute de Teropire pttpman^ qui se déclare partout avec une promptitude à lai^uelle on ne s*attendait pas; le réveil du peui^e juif ; puis encore cette tendance de plusieurs peuples chrétiens à retomber dans Tanarchie. La paix, il est vrai, depuis douze ans contient les sociétés dans leur amitié ; mais cette paix ést-elle suffisante à tous les égards? jouit-elle d*une garantie intrinsèque? Elle n'assurera le bonbeur du monde que lorsqu'elle réunira les conditions intérieures et morales qui seules peuvent en fixer les bases. Quel rôle plus consolant pourrait-il y avoir pour notre époque que celui de rétablir udç harmonie vaste et radicale entre la foi , la science
et la vie , et de jeter par là les fondements iné7 branlables d'une pacification politique universelle? Est-il un plus noble héritage à léguer à la postérité? -
Définition de la philosophie. De la scission apparente et de Punité essentielle de la foi et de la science. Cette unité est le centre de la , lamière et de la vie dans la conscience.
Messieurs ,
La philosophie de la vie ne saurait être une science rationnelle , et encore moins un système de conceptions vaporeuses qui se perdent dans le vague de Fabsolu et de nilimité en dehors de la sphère des réalités. S'il en était ainsi , elle nous conduirait aussitôt dans un désert d'abstractions inconnu à la vie, et nous verrions bien vite la raison , avec ses habitudes dispute uses, transformer ce champ d'idées stériles en un labyrinthe d'opinions contradictoires, d'où il lui serait impossible de sortir, tant qu'elle n'aurait que les armes de
la dialectique pour s'ouvrir une issue. Il ne
peut rien y avoir de plus désolant pour la vie
intellectuelle qu'une direction aussi fausse des
facultés de la conscience.
Nous devons donc par-dessus tout, en matière
de philosophie , nous tenir en garde contre les écueils du principe destructeur appelé rationalisme. Ce n'est pas que dans les opérations abstraites de la pensée , ou dans les formules de la dialectique , il y ait rien d'essentiellement contraire à la vérité; autrement il faudrait les bannir à jamais du domaine de la science ; et quand je dis qu'on ne peut, sans engager la philosophie dans une fausse route , lui donner pour modératrices les lois rigou-
reuses de la méthode des mathématiques, je ne prétends pas qu'il ne se rencontre, dans le cours de son développement, des points particuliers , de ces cas exceptionnels où les procédés inflexibles des sciences exactes ne puissent être employés avec avantage. Peut-être aurai-je l'occasion d'y recourir moi-même dans mes . réflexions d'aujourd'hui; toutefois je n'en userai
que sous la forme de comparaison et d'épisode, et j'espère montrer par le fait le moyen de s'en servir sans prëjudicicr à la clarté de l'exposition.
La philosophie, par cela qu'elle est une science universelle, embrassant l'homme tout entier, peut, en diverses occurrences, se trouver dans le cas d'emprunter successivement à toutes les sciences spéciales leurs formules propres et leurs méthodes respectives. La seule condition exigée dans l'emploi qu'elle en fait, c'est que l'usage en soit libre , le choix judicieux et la variété sagement ménagée.
Ennemie de toute espèce de gêne dans son allure, la philosophie rejette tout ce qui pourrait entraver la liberté de ses mouvements. Ce serait en méconnaître la nature, que de la formuler par une série sans fin de propositions mécaniquement compassées, et enchaînées les unes aux autres à peu près comme les anneaux de fer d'une cotte de mailles. Elle rejette l'uniformité dans son exposition , et ne souffre jamais que l'esprit soirt subordonné à la méthode ,
LEçoir ce. 55
ni que l'essence soit sacrifiée à la forme.
Il en est de la philosophie àrec Funiversalitë de son objet et la Tariété de méthode qu'elle réclame, à peu près comme de la poésie par rap^ port au^ autres arts. Celle- d aussi embrasse l'homme entier; et il Itiâest parfaitement libre d'emprunter amt diverses sphères de la vie, et aux différents règnes de la nature , les comparaisons, les métaphores /les codeurs en un mot dont elle a besoin pour enrichir ses tableaux.
Limiter la liberté de la poésie , restreindre
les sources de ses richesses au règne végétal ou
au règne animal , ne lui permettre de Cueillir ses
fleurs que dans certaines conditions de la vie humaine, ce serait en tuer la verve, encore que
toutes les comparaisons et toutes les métaphores dont on lui laisse l'usage puissent être poétiques, et le soient en effet toutes les fois qu'elles sont mises à leur place.
Aussi variée dans son objet et dans son lan^ gage, la philosophie se présente à nous tantôt comme dictant au souverain les préceptes de la morale , tantôt comme s' érigeant en juge dans
56 PHILOSOPHIE DE LA yiE.
une discussion judiciaire. D'autres fois elle nous fait la description d'un objet pris dans les domaines de l'histoire naturelle; quelquefois aussi elle nous montre le développement généalogique des' idées, afin de jeter plus de jour sur la pensée qu'elle expose. Ici elle se hasardera peut-élre à nous démontrer une puissance invisible par quelque phénomène ou quelque expérience empruntés [aux connaissances les plus profondes de la nature ; là elle croira atteindre le même but plus commodément, en s'environnant de la lumière d'une comparaison prise de l'algèbre ou des mathématiques en général, lesquelles ne sont jamais pour elle que des figures ou des hiéroglyphes visibles, voilant quelque chose d'invisible et d'un ordre plus élevé» Toute méthode, toute forme scientifique peut être employée avec utilité , mais aucune ne doit soumettre de force la philo- .sophie à des procédés d'une uniformité fati* gante.
Si la philosophie de la vie diffère essentiellement du rationalisme pur, elle n^ ressemble pas
d avantage au naturalisme , c^est-à-dire à cette philosophie qui demeure circonscrite dans les limites de la nature. Une pareille philosophie, qu'elle qu en soit du reste la richesse scientifique, sera toujours infructueuse pour l'homme. Celui-ci n'en déduira jamais qu'avec violence des principes de conduite , parce que dans sa vie il est autre chose qu'un être purement naturel. Elle sera plus impuissante encore à déduire de ses principes et à démontrer l'existence de Dieu , ainsi que les rapports qui lient l'homme au Créateur et le font ce qn il est. La conséquence qui ferait jaillir l'existence de Dieu des sources d'une pareille science ne pourrait être présentée que comme une cheville scientifique sans portée réelle.
Toutefois, ni le rationalisme ni le naturalisme ne sauraient être absolument exclus dû domaine de la philosophie de la vie. D'une part , les sentences de la saine raison , la voix de la conscience morale et même la dialectique , en tant qu'elle est une garantie contre l'erreur ; d'autre part , les sciences naturelles , forment deux éléments dont elle réclame le concours.
5B PHILOSOMiÉ tlË LA VIE.
Employée arec discernement, ih ne pettvent
que développer là portée de la science de la vie, et lui faille atteindre plus ptomptement là sublimité de son but.|
L*objet de la philosophie de la vie est d*abordlacohnais^atiee de Thomme; iEnais, comme telui-d ii^est placé au-dessus de la nature que par les rapports qui l'unissent à Dieu , il s'ensuit que la philosophie de la vie ne petit coniprendre l'homme qu'en étudiant en même temps l'Être divin. Elle est donc en réalité une vraie philosophie divine, et elle mérite ce titre avec d'autant plus de raison, que Dieu est le principe et la source de toute vie.
Or, cette vie suprême qui a son principe en elle-même , est ce qui va faire l'objet de nos réflexions aujourd'hui. Car, comme l'esprit de vérité ne pénètre dans la conscience humaine qu'après y avoir installé l'idée juste et entière
de cette même vie infinie^ idée qui illumine rintérieur de l'homme, jusqu'alors ténébreux et
désert, des rayons de cette lumière dont la
vérité elle-même a dit « qu'elle est bonne, » il
s'emuit que cette idée même doit être considérée comme le premier degré du développement de l'esprit, lequel fera Tobjet de nos méditations dans les leçons Subséquentes.
Dans les huit précédeiites leçons , j*ai cherché'à vous faire parcourir par degrés la ligne d'ascension qui nous a conduits au terme où nous voici arrivés. Le point culminant est atteint. C'est donc ici le lieu dé nous occuper de cette vie suprême qui , comme nous venons de le dire , a son principe en elle-même , et est la source de toutes les autres vies. Repartant ensuite de ce même point, qui peut être regardé
comme la sommité de la vérité et le centre de la lumière 9 point dont Timportance réclame toute notre attention, je vous ferai redescendre rapidement la même échelle , of&ant à vos méditations, à mesure qu*ils se présenteront dans les différentes sphères de la conscience et de la vie , tous les degrés du développement spirituel que nous envisagerons dans toute sa réalité.
Mais si la philosophie de la vie n'est autre
chose que la science de Dieu, attendu qu'en s* élevant , dans ses diverses sphères d'action , jusqu'au point culminant de l'objet qu'elle poursuit , elle arrive nécessairement au plus haut
degré de la vie , qui est Dieu lui-même , com^ ment la différencier de la théologie , dont l'objet est , à proprement parler, la connaissance de Dieu? Dès ma première leçon, j'ai reconnu que la philosophie en général , et spécialement la philosophie de la vie peut de plusieurs manières se trouver en contact avec la théologie , et cela arrive toutes les fois qu'elle s'occupe de points de doctrine qui lui sont communs avec celle-ci; mais j'ai dit aussi que ces deux sciences sont essentiellement distinctes l'une de l'autre; j'ai fait remarquer que la philosophie a ses bornes qu'elle ne doit point franchir, qu'elle abuserait de ses droits si elle empiétait arbitrairement sur le domaine de la théologie, comme aussi elle sacrifierait le caractère qui lui est propre, et méconnaîtrait sa mission, si elle se montrait son humble servante. Une comparaison empruntée aux sciences mathématiques ser-
vira peut-être mieux que toute autre démonstration à préciser le vrai rapport d'alliance qui doit exister entre la philosophie et la théologie dans les points de doctrine qui leur sont com-
muns , ainsi qu à déterminer leurs limites res-
pectives.
La dogmatique, c'est-à-dire la science de la
foi positive, peut être comparée aux mathématiques pures ; et les idées , les formules et les pre^yes n'en sauraient être trop simples ni conçues d'une manière trop rigoureuse et trop tranchée. Le moindre espace laissé à Tarbitraire de la pensée mettrait en danger T essence même de la foi. La philosophie au contraire , en tant qu elle s'occupe d'objets qui ont rapport à la science de Dieu , ou bien, si Ton veut, cette partie de la philosophie qui traite des choses théologiques , ressemble plutôt à la géométrie appliquée, à Tarpentage par exemple, à l'hercotectonique ou à la stratégie. La philosophie est donc, si l'on peut parler ainsi, une sorte de théologie appliquée ; elle transporte sur l'immense domaine des sciences de
rhistoire , des sciences naturelles et des connaissances empiriques en général , ainsi que sur le champ des opinions , des systèmes et des disputes scientifiques; elle y transporte, dis-jei les idée3 universelles d*un Dieu vivant, d'une providence modératrice de toutes choses , comme aussi les notions de rinunortalité de l'âme et de la liberté de Thomme, et ell^ les y fait voir 30US tpus les modes d'application possibles.
Bien que sœur de la théologie et foncièrement unie avec elle par la vérité, elle n'est point tenue à }a même circonspection de lan^aj^e ni a la même rigueur de formules que son aînée, vaut même mieux qu'elle use d'une cei liberté et d'une certaine variété d'expressioi elle le fera avec d'autant moins de danger qu'| n'a point la mission , ni ne peut avoir la tention de faire autorité. De même que les équations algébriques on se sert souv< calculs simplement hypothétiques pour à des résultats pratiques et à des conséqi applicables ; de même au$si il lui est p<
LEÇOJf IX. 63
faire, dans \m but purement scientifique, un usage hypothétique des grandeurs thëologiques et des idées fondapientales de la science de Dieu.
La philosophie peut supposer comme préexistants dans rhomme les articles généraux de la foi dont nous venons de parler ; quant aux notions spéciales du dogme, quant à ce3 définitions de détail que la théologie a rigoureuse^ meut et invariablement fixées , et sur lesquelles toute décision lui est interdite, elle$ ne 3ont point ' indispensables à son but, et tout au plus elles peuvent lui être d'un secours purement accidentel Est-il en effet une nature humaine, à moins que le chancre destructeur de la dialectique n'en ait déjà rongé les dispositions natives, qui ne ren^ ferme en elle , sinon sous la forme d'une notion précise, au moins à Tétat de sentiment ou d'as-^ soupissement , les idées de providence , 4'inimortalité de Famé , et dç liberté de l'homme? Je dirai plus : la philosophie doit en admettre la préexistence , et si elle le fait avec habileté , non-seulement elle ne rencontrera aucune £on-
tradîctîon ni aucune résistance tant soit peu importante ^ mais encore elle arrivera par là à éveiller plus efficacement et à tirer de leur engourdissement ces germes de la foi qu'une sorte de sommeil avait' jusqu'alors empêchés de fructifier dans Tâme. EUe en provoquera le développement;, les formera, et en fera autant de points d'appui sur lesquels s'étayera la persuasion dans le progrès ultérieur de l'instruction. Telle est la tâche pour l'accomplissement de laquelle elle devrait surtout employer la puissance de son art , ou tout ce qu'elle exerce d'empire sur les esprits.
Mais quand, au lieu de prendre une voie si simple , elle se met sur le pied de démontrer, d'après les formes rigoureuses de la science, l'existence de Dieu, par exemple, ainsi que les vérités qui en dérivent immédiatement , telles que Timmortalité de l'âme, etc., elle s'égare nécessairement dès le premier pas , parce qu'elle se propose un but faux. Supposons, si Ton veut, que ce but soit accessible , et qu elle l'atteigne en effet ; toujours sera-t-on forcé de
reconnaître qu'au fond elle n'aura obtenu aucun résultat ; car évidemment elle fera dépendre Dieu des prémisses dont elle aura déduit son existence , et dès lors Dieu cessera d'être TÊtre premier. J'irai plus loin , et je dirai que la cause première dépendra de la raison humaine, attendu que c'est celle-ci qui, en dernière analyse, lui départira et garantira l'existence. N^y a-t-il pas là un renversement coiâplet d'idées et de choses ? Et pourtant l'expérience ne nous montre que trop d'exemples de ce scandale scientifique. Remarquons toutefois que cette absurdité des prétentions de la logique ne tombe que sur les preuves et les démonstrations rigoureuses ; il n'en est plus de ménie quand la science se borne à des descriptions , à des comparaisons , à des explications et à des confirmations ; ce sont là autant de moyens d'établir les vérités premières, que Ton peut employer avec succès. L'existence de Dieu est indémontrable à tout homme qui ne veut pas l'admettre : il en est de la vie suprême comme delà vie en général; pour être connue
il faut qu elle soit conçue d'une manière vivante, n. 5
66 PHILOSOPSim OB lik VIE.
Or il n'y a que rexpériôticé qili puisse nous pro* curer des notions de eette nature.
Si f comparant la division de notre pbilosd^
phie avec la classification des différentes branches de Tancienne philosophie de l'école^ nous
vouUons établir une concordance entre leurs diverses parties respectives, nous trouverions que nos cinq premières leçons forment ce que Ton appelle la psychologie ; non pas il est vrai dans le sens étroit et resserré que Ton donnait autrefois à ce mot , mais bien dans de vastes proportions qui embrassent tout l'univers. Notre psycholpgie forme un cercle immense dans lequel rame se révèle dans toi|s ses rapports . avec la philosophie et ses divers systèmes , puis avec la vienaorale, ensuite ;avec la révélation^ la nature, et enfin avec Dieu lui-même. Dans les trois leçons suivantes >.^ nqu^ mettrons en évidence . Tordre divin dans ^ef diverses sphèces dje Fejis'
t^cÇf Nousaiprçns» donc fait une espèce deitfaéo-
logie , , mai^ nne t^^olpg^e dont le cadre tracé par rempirisme^setrouverarempli par des faits^pris soit dans Vhistoire delanaturcisoitdaiis celle du
leç6!n tt. 67
dévefoppernent de la vérité , soit enfin dans les .annales uttivcrseUes du genre huihaîn ; c'est la théologie appliquée doitt nous parlions tout à l'heure. Géttè partie de notre tf aVaîl Ctorrespond* . donc à la^ branche de phitiysôphié qui a pbor objet la connaissance dé iTÈtré àufrt^éme .
Si Fon' voulait encore trouver dans notre exposé philo&opliique qitelque' chose qui répon<Kt à Vcfntologié de l'école, é'e^t-à-dire àné sphère scientifique particulière, ayant pour objet là cùfiiiaissaiïée des choies réelles aîinsi que célVe^ de le* essence, il é^t clair qtfôn en trouVeraîf déjà^ l'idée d!an^la nôtiton ^èîirïe dé ntiti^e théologie a^U^uée. En effetycomniént établir lar réaHté èea choses' et Comnient en concevoir Tessencèv fljl oift ne les fait remonter jusqu'à l'idée de Dieu, et si Von ûe se ^ace sur les* soriitnités mêmfetf de Ift tiyolbgie pour en exi^litt^er lé^ prkHipé et k fitt? DaA» toui» Im ea^, it seTatit à désirèi^ (jn'on évitâto dér donti^ le nôtn de théôk>gie naturelle â hk coàn^issan(ie philosophiqiïe de Dieu ; une pa^ teille dénomination suppose lin renversement
dangereux d'idées. Toute théologie qiii , restant
étrangère au domaine du surnaturel, n'envisage toute chose et même la notion de Dieu que sous un point de vue naturel, et prétend tout faire ressortir du cercle des vérités du même ordre , est par cela même une théologie fausse qui méconnaît son but; c'est une science nulle qui manque à sa mission. Au reste, cette partie de la philosophie qui se livre à des recherches sur la nature de la science et de la foi , sur les rapports réciproques de ce double domaine de rintelligence^ sur le schisme qui les divise depuis si longtemps, ainsi que sur les moyens de les réconcilier et de rétablir entre eux une harmonie fondamentale ; cette partie de la philosophie , dis'je , n'a nullement besoin de dénomination spéciale ; elle est suffisamment désignée par la qualification de philosophie en général, ou en particulier par celle de philosophie de Dieu.
Le point capital des matières dont nous entreprenons aujourd'hui le développement est précisément la scission qui isole Tune de l'autre la science et la foi, pour les constituer dans un ^tat d'hostilité réciproque .
J'ai d^jà écarté plus hiaut du cercle des idées philosophiques la dissidence qui divise la foi positive jusque dans son sein ; elle présente une question qui doit être soumise à la décision d'un tribunal supérieur; et, selon ma conviction, c'est de Dieu seul que peut émaner la sentence qui la tranchera dans son universalité. Ce n*est pas à dire pour cela que dei» ouvrages solidement fondés sur les faits de l'histoire , et lumineux de science, ne puissent, pourvu que la portée en soit vaste et grande , concourir à détruire l'erreur. Des vues étendues et exemptes de préjugés sont toujours droites et pacifiques , et naturellement elles provoquent un rapprochement des esprits. Si leur action conciliante ne peut pénétrer jusqu'au sein même de la foi , au moins jettet-elle quelque jour sur des points particuliers de doctrine et contribue-t-elle à ébranler les cœurs pour les replacer sur la voie de Tunité.
Je suis donc loin de dépréder les ouvrages qui peuvent être composés dans ce but. Ce que je prétends , c'est que tous ces eÔbrts scientifiques n'ont jamais qu'un cercle d'influence bornée à
70 PUILOSOFHip jm hiL VIE.
certains individus , ^^ ^ certaines elas^ps d'hommes. Ppfir PPP révolution complète de l'esprit dç l'e'poqif^, ppur mm pw^sUe iUioifiinalioa , pppr \e réyeil de tqutes le^ patiof^ , iiqu^ lie pq^yons Tattenidre qqe d'un^ iiqpuIsJLpn ^pi^pr^eHe» donnée par la main dp )a providence , totijours
attentive au progrès de Tordre divin dans i^ empire de la vérité.
Pour préparer les voies à la paix qui doit nattre de l'unité uiiiverseile de la foi, paix qui a été annoncée même à notre monde ^ et dont les promesses sont si précises et si variées ^ Je ne connais point de moyen plus efficace que celui de détruire la triple dissidence qui désole l'homme intellectuel, et dont nous avons parlé plu^ haut. Qr, comme cette dissidence a pour objet la science et la conscience hpmaine, eUe est naturellement du rassort de la philosophie. Il faut donc que celle-ci dirige %ts efforts vers }e hut d'une pacification intellectuelle , et qu'elle se propose le rétahlissemept de Tharmonie de la conscience et dé la vie.
La première de ceà dissidences, c'est-^à-dke
LBÇON tX. 71
eeile qui , téellt oa imaginaire , place la science et la foi dana on ^tat d'hostilité réciproque , demande, pour être détruite, des éclaircissements et des explications de part et d'autre. La deuxième, celle qui met Pincrédulité en face de la foi, je parle ici de la foi en général et même de la foi purement naturelle et philosophique , ne peut disparaître que par suite d'une victoire complète remportée par la vérité. D faut que de Texposition grande et majestueuse de celle-ci* sorte une effusion de lumière et une force magique qui suitnontent la résistance des esprits et tripmphent de )a npit du doute. Quant à la troisième , celle qui établit la foi et la science en opposition avec la vie, elle réclame moins les diseussions de la philosophie qu'une réunion franche des éléments discordants. Les résultats les plus salutaires provenant du rétablissement de cette alliance prouveront mieqx que toute autre chose combien la foi et la science ^sympathisent avec la vie tant que les rapports isatutels qui tes harmonisent n'ont point été détruits. Les deux dernières de ces plaies de l'homme intérieur feront
Tobjet de nos réflexions dans les deux leçons qui suivront immédiatement. Aujourd'hui nous chercherons à porter remède à la première.
Là division qui sépare la foi de la science estelle réelle et fondée sur la nature même des choses; ou bien n'existe-t-elle que dans les formes , et n'est-elle que le résultat de dispositions fausses de l'esprit humain? En d'autres termes, peut-il y avoir une opposition essentielle entre la « foi et la science , tant que Tune et l'autre restent vivantes ?
Si Ton fait de la foi une affaire de mémoire ou une stérile adhésion à quelques idées acquises,
plutôt qu'une persuasion intime qui a jeté ses racines jusque dans les dernières profondeurs de Tâme ; ou bien , supposé encore que Tâme l'ait conçue dans le sein de son amour, si elle demeure trop exclusivement sous l'empire d'une imagination mobile , privée de la lumière de Tentendement et de la réflexion du jugement ( car toutes les puissances de la conscience doivent concourir au développement de la vérité dont l'âme a été mise en powssession par la ré-
yëlation ); si, d'un autre côté, la science, présomptueuse, se recherche elle-même plutôt que la vérité > si elle s*appuie sur les bases illusoires de l'orgueil, au lieu de se reposer sur le fonde<ment inébranlable du vrai , alors on conçoit aisément, la possibilité d'une répulsion réciproque qui détruise entre les deux toute condition d'harmonie. Ne se comprenant ni Fune niTautre, il n*est pas étonnant qu'elles se répudient mutuellement.
Qu est-ce donc que la foi prise çn elle-même, sinon l'accueil ou l'admission, faite dans l'âme de la vérité divine, révélée d'une manière surnaturelle? Et la science, qu est-elle autre chose que la corruption, par l'esprit, de cette même vérité ? Serait-il possible qu'il y eût deux vérités dont l'une ou l'autre ne fiât pas vraie? A côté de l'esprit de vérité, il y a, nous le savons , l'esprit de contradiction et de négation ; mais ce n'est nullement un esprit de vérité : c'est au contraire le génie du mensonge et de l'erreur , génie actif et puissant, qui triomphe infailliblement delà vérité toutes les fois que , dans ses labeurs scien-
74 PHILOSOBHIB DB LA VIB.
tîfiques i l'^esprât humain se cherche luir-méme au lieu de 9 -attacher à la véritd ; car alors la yénié lui ^chappei de toutt» parbi, et le laisse seul awc le néant sdentifiqiie de sou moi.
Lt'âpie 9xmi se prête ^e son câté auK enyahissemei^ts du génie de l'erreur, et seinble aller à sa rencontre, cela arrive toutes les fois que, pe sachant point embrasser ou maintenir dans ses croyances , l'esprit de l^ vérité , elle Ifiis^e s'éteindre la vie de la foi pour ne conser^ver qu'une lettre moite et de vaines formules. De seniblables dis^positions ouvrent dans la conscienGe humaine , deux voies faciles aux invasions du mensonge*
N'est-ce dojic pas la même vertu de la vérité? ' h'eat^e paa la mêmfe révélation qui , d^une part, pénètre l'Orne de l'hoipime, lui demande» loi et ^éclapM aon amour , et , de Taulre , se mettant à la portée de lei^prit du croyant , lui révèle le secret de sa croyance , et luj offre VintelUgesnce scientifique du seps mystérieqsff qu'elle eç(ve^ loppe?
F^i^t^il 4<mc qu'il y ^it des divisions intestines
dans k sein de la ponscience de Thommef Fai^t-il qu entr^ l'âiv^e pt Fesprit qqi en sont les éléments pn FetrpUT^ vnç guerre dç pftitîs tpUe qi»« celles qm ^é«pljçq|; un éta^ n^^ orgapîs^ , dam lequel» à côté du pouvoir wavcriaip , s'élève une pppo^ f itîpil qui prétend dominer ^us^i et donner ses
lois ? Sédpite par les cliarittes et les pratiques
d'un libéralisme secret , Tâme seçouera-t-elle le joyig de la foi , pour goûter Içs dquceurs dSwe liberté trompeuse dansi, une sorte d'indifférence qui n'est guère autrç chose que Tincrédulité; tandis que F esprit, en ppsse^sipn de la légitimité, pensera et parlera eonformément à la vérité? Ou bien encore , foj^ement retranchée derrière le rempart d'une toi franche et sincère Vâme joqirat'^Ue de la prérogative d*étre ultrf;^ dans> le vrai sens du mot; tandis que }* esprit, de son côté, impatient de toute espèce de frein, se foi^aiera dans les voies de Tinsubordi^ation ? Cette mésinteDigsnce entre les éléments de rhomme spirituel est si peu nécessaire et si peu naturelle que, même dans là vie extérieure $ on verrait se disàiper et se perdre le nom de parti, si la con-
naissance et Tenthousiasme de la vîc , je veux parler de la vie suprême, c'est-à-dire de Dieu, s'emparaient de tous les esprits pour les réveiller et les réuriir dans Tesprit et dans l'ardeur d'une même foi et d une même science.
Or, le terme moyen et conciliateur qui unit la science à la foi , autant que la conscience petit le fournir et que la philosophie peut l'indiquer , c'est la faculté du discernement. Mais le discernement est susceptible de diverses applications. Déterminons exactement le sens que nous lui donnons ici.
Autre chose est l'acte par lequel l'esprit dfaf tingue entre le juste et l'injuste , par exemple , et
établit des catégories fondées sur les différences d'un contraste extérieur , et autre chose est celm par lequel nous comprenons et nous reconnaissons que deux choses extérieurement différent ciées n'en font pourtant qu'une dans leur fis-sence. Ces deux fonctions appartiennent Tune et l'autre au discernement , et c'est dans le dernier sens que nous l'admettons pour le cas qui Boas occupe. Nous entendons donc par ce mot le
jugement ou l'acte le plus sublime de la pensée, par lequel Tesprit, pénétrant Tessence même des idées , prononce sur Fhomogénéité naturelle de deux choses.
La puissance du discernement ainsi défini est quelque chose de plus élevé que la science proprement dite, ou que la simple faculté de con* naître ; c'est une science d'un ordre supérieur , ou, pour me servir d'une expression mathématique, c'est la science élevée à une plus haute puissance. Or, c'est de ce profond et judicieux coup d^œil du discernement que dépend le rétablissement de la concordance entre la science et la foi , car c'est lui qui établit la conviction de leur unité fondamentale. Toutefois, si l'action de cette science de la science , restait concentrée dans les limites de l'égoïsme intellectuel, alors^ et c'est ce qui s'est déjà vu, jelle n'aurait d'autre résultat que d'arracher la conscience aux
illusions ordinaires du moi pour la plonger dans une erreur plus profonde, plus ingénieuse et
beaucoup plus subtile. Cette erreur, je l'ai déjà
caractérisée plus bautr
79 PHILOSOPHIB mr LA VIE. .
Ce Ttesn. ^e dans l'abjèt cdinmùn h lai seience et à lafeîr, c'est-à-dire dans laTérhe , que l'on peut reconnaître les tracée de lewr îdeniâté foii^ damentale. C'est donc dans Dieu, vérité àbsokiè et principe de ^ toutes vérités âecandai^es^, qA'il &ut les^ cbercher.
De pores négations, telles que Tidée de rinfiûi et cdle de l'immensité, idées qui péu^ vent aussi s'appliquera la nature , ou bien en^ core celle de l'absolu qui se prêteàtanè de seni» erronés , sont incapabies' de iioufi' Sdtirmr une notion suffisante de la dîviikité. Une sidnple énu-
mératîonl deS' attribuAs de Bienv sau^ autilh^fà]^ port de connexité^ îi'àkfùntM pas à^ un rékukàl plus complets
Mais> supposé k pc^btlitéd' acquérir là oonh niaissànièe ,ila compréhension dis^t vie en« général^ 0t o'estf ce que le boh Sens de l'komiiie.Be peèt s'empâchcr d'adiJuettk'e en dépîb dû! sceptîciBHUe le plus absEolu, dès lôrs Vidfée dé la vie aup^eBue cesse d^^étre inaccessible ; on peut la concevoir y au moins jusqu'à un certain pointé-
Telle est la voie qu'a tû^fOUDS'auivie la waie
LBQOlf OLé 79
philosophie pour arriver à la ûotidU qtie lious cherchoQS à formuler ici* C'est daiis le» troià puissances qui se résument en uHe fteuie } c'est dans la triple vertu et dans la triple condition de la cause première qu'elle a toujours trouvé li solution de ce sublime problème^ On l'a Vue, 4 des époques tout à fait différentes et chez dès peuples très-éloignés leà uns des autres i défink* toujours de la même manière ^ quant an fond au moins , sinon quant soix idées accessbircs , l'objet suprême à l'étude duquel nous nous livrons en ce moment.
Dans tous les temps elle a retoona qu'il réside dans la vie par exceUte£e> c'est^dîre dans cette vie qui a son principe en eller-mên^e et qui est la source de toutes les vies dérivées , tmè pensée créatrice , qui i dès le commencement^ s'est produite comme verbe éternel f aivec tow le^ car ractères de la puissance et dd ri»4épQndaàee. Elle a également reconsMi que la lumière qui jaillit de ce verbe étemel^ n'est elle-mêjne que la vie première.
Or» ce qpi caractérise q^pf^ vie preimèjce, c'est
moins Tattribut de l'infini que la propriété d*étre la source de toute vie , soit infinie soit finie. Et si c'est une yie lumineuse qui s'éclaire elle-même et éclaire toutes choses ^ on peut dire aussi que la lumière qu'elle produit est une lumière vivante, dont la propriété essentielle est moins l'immatérialité que le surnaturel et la sainteté. Ces deux attributs ne sont pals toujours inséparables, comme on pourrait le croire , car l'immatériel n'exclut pas toujours le naturel. Cette lumière a donc sa source hors du dohiaine du naturel; c'est un principe céleste, c'est un élément redoutable ^ux ténèbres de tous genres , dont elle dissipe la nuit et anéantit Tempire.
Cette vie , ce verbe , cette lumière , formant trois puissances qui se résument en une seule, peuvent être considérés comme le degré le plus élevé de toute existence. C'est en même temps le point suprême de toute science et le centre de toute foi. Or la connaissance , même purement scientifique, de cet objet le plu^s sublime de tous,, ne peut se présenter à notre esprit cdmplëte^ ment isolée de la foi ; elle suppose celle-*ci t
malgré son caractère tout spéculatif, elle laisse entrevoir avec elle plusieurs points de contact. On prouvait facilement , et par les arguments les plus variés et les plus évidents, que, sans une notion complète et juste de l'Être suprême, toute existence et toute science secondaire n'ont plus ni raison ni sens proprement dits. Mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer souvent , il n'y a point de force ni de contrainte logique qui puisse élever jusqu'à ces régions sublimes l'esprit de celui qui a résolu en lui-même de^s'en tenir éloigné. Et il n^en saurait être autrement; car, en dernière analyse, la persuasion repose toujours sur une action libre de la conscience ; elle suppose cette adhésion tacite et intime de la volonté dont il a été question ailleurs , adhésion qui établit une union réelle entre l'homme et Dieu , ouvre de plus en plus dans celui-là le sens et l'organe des choses divines , dont elle est elle-même le premier acte> Or, cet acquiescement de la volonté , condition nécessaire pour arriver à la transcendance de la science divine , est déjà par lui-même un acte
de foi.