‹ Philosophie de la vieChapitre 6 sur 6 · II · texte numérisé non relu

II

8ft PHULOSOPHffi AB Ul VIE.

La nolioii de ÏÈUre suprême lorme donc ce que l'on pourrait appeler Taniieau my^éiiem qui unit d'une manière ios^arable ^ daas leurs principes , la science et la foi. Il n'y a que la perversité et les vues courtes de l'homme qui puissent <! par un déchirement violent, diviser deux objets qui s'identifient essentiellement dans Tunitë divine , et mettre en opposition réchoque ce que Dieu avait uni.

Au peste y cette idée suprême qui fait l'objet de «os connaissances les plus relevées n'est autre chose , si je puis parler ainsi , que le sommet scientifique « ou l'expression élevée à V&at de science ^ de la foi universelle en un Dieu wvant. Car ai Dieu est un Dieu vivant « il implique n^essairement dans sa notion l'idée d'une pluralité de puissance « attendu qu'il est in\possible« même en physique « de se re;présenter la vie dans aucune sg^ihère de Texistence^ sans y voir le résultat de deux agents aumoins concourant au même but. Que s'il s'agit d'une vie parfaite ^en elle-même , rinterventîon d'un troisième agent est indispensable.

On voit par là que la science , lorsqu'on la fait reroopter ans: sommités de l'existence et aux principes de toute connaiasaiice , concorde parfaitement arvec le sentiment général de la vérité et arec l'obf et d'une foi simple. Mais si la science et la foi sont essentiellement une ; si ellef sont inséparables dans leur principe éternel t alors il est aisfé de voir qu'il dépendra de Tbomme d'en maintenir les rapports d*unité dans le couns de leur développenient respectif et dms leur application à la vie réelle»

Pour cela il suffira de conserver l'harmonie naturelle entre les deux faeult^s de la conscience auxquelles chacune d'elles correspond. U faut donc que Tâme t £acuké correspondante à la foi, sache larder dans le sein de la famille de la conscience son rang de maîtresse de maison. L^^prit» auquel est déptrii la sdenee , peut sans donte f comme te chef de la iamille , s'éloigner

du foyer domestique pour vaquer aux affakes

du dehori» ; mais qu'il eilb soin d'y rentrer de

temps «» ..temps 9 afiH de se réchauffer k la

flamme de la dévotion ^ et de s'élever par de

pieuses méditations au-dessus des froides pensées spéculatives. Si dans ses excursions , et surtout, si 9 en passant dans le jardin merveilleux de la nature, il a recueilli quelques graines rares où quelques fragments de bois odoriférant, qu'il en jette quelque peu sur le feu de la famille ; par là il ajoutera à son éclat et à sa bienfaisante chaleur la suavité des parfums. Ou bien, pour parler sans figure, il faut que le principe croyant , borné aux fonctions qui lui sont assignées dans l'économie générale de la conscience , s'abstienne d'appliquer à la science vraie et divine la juste réprobation par laquelle il répudié tout système (aux;, impie et subversif de la vérité. Le principe de la science doit, de son côté , se tenir en garde aussi contre (tout empiétement hostile sur le domaine de la foi positive qu'il ne connaît peut - être pas suffisamment, et qu'il comprend beaucoup moins encore.

' Que si l'esprit, dégagé des illusions de 1' goïsme intellec4;uel , marque la moins équivoque de la fausse science , veille soigneusement sur

LBÇON DC. 8S

ses opérations, s*il se tient rigoureusement éloigné de toute idée, de tout sentiment arbitraire et prétentieux , lesquels sont les premières sources de Terreur et de la corruption de la pensée , dès lors Fâme , perdant ses motifs de crainte et de défiance , peut se dispenser de le retenir à l'étroit ; car elle n*a plus lieu de redouter ses surprises •

Ce que Ton ne devrait jamais perdre de vue 9 c'est que la discordance qui s'établit entre la science et la foi a toujours pour principe une disposition viciée de la nature humaine , et que jamais elle n'a sa cause dans l'essence même de la chose qui en fait l'objet ; car quelle est cette chose , sinon la vérité elle-même ? Or, celle-ci n'est point double de sa nature ; elle est une et simple , attendu qu'elle n*est que Dieu luimême.

On voit par là qu'il faudrait réveiller et revivifier sans cesse la foi , en l'exposant au souffle fécondant de l'ancien esprit de vérité, et en la retrempant dans les sources mêmes de son origine ; ce serait le moyen de prévenir le dan-

86 PHELOSOiFHIB DB LA VIE.

ger toujours menaçant de là tiédeur morale et de la mort du principe croyant.

D'un autre côté, on ne devrait jamais se lasser de purifier de plus en plus la haute sdencê philosophique des scories de l'é^ïsme^ des sefi^ timents arbitraires et dts dëdsions imaginairôât on arriverait par là^ et c'est le terme vers lequel devraient tendre tous les efforts de res-» prit , à en agrandir la sphère , dans le sens de la triple dimension^ si je puis parler ainsi ^ de rëtemelle vérité qui en est l'objet. En effets comment pourrait~elle« sansse dilater^ sa trou^ ver en £aice de l'insondable profondeur^ de l'i^

naccessible sublimité et de l'inaltérable cénti^ de l'Être qu on ne pourra Jamais mesurer?

Ces précautions sont d'autant plus nécessaires que le principe de la scission qui nous occupe réside toujours dans une foi morte , peu com* prise et peu écladrée , ou bien aussi dans les prétentions . arbitraires et dans les décisions partiales d'une science qui s'égare.

Mais si la cause du désordre intellectuel est duejen partie à Timbécillité et à l'impeirfeCtioB

uçoiv ne. 87

de rkomme, gardons-nous, dans les moy.ens que nous tenttrons pour y remédier, de désespérer du succès , dans le cas où notre but ne serait point atteint du premier coup. Gontentons-nous , dans Tattaque que nous liyreron3 à ce principe originel d'erreur, de procéder avec lenteur; des prpgrès successif , mais certains et éclairés , nous conduiront plus sûrement qu'une victoire instantanée au centre de Tunité de la science et de la foi.

Il arrive souvent que Ton manque à cette règle de prudence; les individus particulière*ment n'ont point la patience d'en attendre les tardifs résultats. Et combien ne voyons-nous pas d'hommes qui , avec la volonté la plus droite et un esprit passionné pour la vérité , courent , dans l'excès de leur zèle téméraire, tous les risques d^une décision précipitée sur des points contestés entre la science et la foi?

On sait combien lentement s'opère l'illumination de l'esprit humain dans l'empire de la vérité. Si , eu égard à l'ordre providentiel d'après lequel s'effectue le progrès intellectuel

dans l'empire des sciences^ tnille ans ou même dix mille ans ne doivent être comptes que pour un jour, serait-ce trop , pour la petite sphère scientifique de l'individu , dé prendre les années et même les dizaines d'années pour des joiirs ou pour des heures ? Si vous ne pouvez dans trois heures ou dans^trois jours dissiper un doute pénible sur quelque objet de la foi; si vous êtes dans l'impossibilité de résoudre un problème important que votre raison ou vos vues individuelles croient rencontrer dans ice qui fait l'objet de vos croyances, gardez-vous de désespérer ; dans trois ans peut-être vou$.triompherez de vos difficultés , et si ce n'est pas dans trois ans, ce sera dans trente ans; car en suivant sans interruption pendant cet intervalle la route que vous trace votre position dans ce monde, vous arriverez à réformer bien des choses dans vos idées ; ces |modifications apportées aux vues que vous jj possédez déjà, ainsi que les notions que vous acquerrez encore, finiront par vous rendre clair ce qui auparavant était ténébreux , indécis , et vous tranquillise-

ront sur ce qui était un sujet de trouble pour vous. Telle est la yoie , et il n'en est point d'autre , que doivent prendre ceux qui, avant tout , veulent tenir à la foi divine , et qui ne peuvent se résoudre à renoncer à la science. Et n'est-ce pas là le cas où se trouvent à notre époque tous les hommes bien intentionnés qui sont en contact avec la science, ou bien dont la position sociale réclame le secours des hautes études. Ce n'est donc que par une marche lente que Ton peut progresser avec garantie de succès dans l'empire de la vérité ; au reste c'est aussi le seul vrai mode de procéder, suivi dans les sciences de l'ordre physique. ^

La philosophie ne peut que gagner infiniment au travail intérieur de cet insensible pro* grès ; par là elle se fixe peu à peu sur le terrain solide et sur les bases immuables de Tétemelle vérité , au lieu d'adopter follement les hypothèses éphémères de telle ou telle école , de telle ou teUe secte , hypothèses stériles qui disparaissent comme ces fleurs fausses qui tombent des arbres dans les jours de printemps.

Qu'il me soit permis de citer ma propre expérience à l'appui de ce que je viens de dire sur le caractère du développement de la vraie philosophie. Mon exemple , peut-être i donnera quelque idée du résultat que peut amener la méthode lente que je signale comme la seule con-^ venable;

n y a en ce moment trente-neuf ans que^ pbur la première fois, je lus en grec^ avec une indicible avidité , les œuvres complètes de Pla* ton. Depuis cette époque, malgré les diverses étu» des d'un autre genre auxquelles je me livrai, les recherches philosophiques furent toujours le but principal de mes travaux. J'eus à parcourir, sur le terrûn où je m'étais engagé, bien des systèmes de science, de discorde et d'erreur^ soit des temps anciens , soit des temps modernes ; néanmoins, malgré toutes mes investigations et tous mes efforts, mécontent des idées des autres et peu satisfait de mes résultats personnels > je me sentis toujours retenu lorsque l'envie me prenait de produire mes pensées; il leur manquait, j'en avais la conviction » un complément que le temps

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seul pourait leur fournir. Et si , à diverses époques I il m'arriva de laisser échapper ^ dans mes œuvres littéraires antérieures , quelques aperçus philosophiques^ ce fut toujours d'une manière incomplète ^ partielle et fortuite. Cet aveu ne sera point déplacé pour ceux qui ont lu mes ouvrages. Ce ne fut que lorsque je me pris fortement aux deux pôles de la vérité divine, à la science et à la foi, que je sentis s'affermir de plus en plus sous mes pas le terrain qui les sépare, ou le centre de Téternel principe dans lequel ils viennent s'identifier d*eux-mémes^^ et où y bien loin de s'entre-détruire, ils se rehaussent^ se vivifient et se fortifient réciproquement

Je crois avoir atteint maintenant le point de 1 unité de la science et de la foi , de cette unité transcendante qui a son fondement dans la divinité elle-mémei Après avoir obtenu ce résultat pour mon propre compte , mon vœu serait d'indiquer aux autres , par un exposé public de mes idées y la route qui y conduite Je ne puis que me réjouir d'avoir eu l'occasion d'en faire l'essai au milieu de vous«

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Outre les points communs que je viens d'indiquer entre la foi et la science , celle-ci se trouve encore, à l'égard de la première, dans des rapports de dépendance d'une autre nature. L'idée de la triple vie dont est doué le principe premier, idée qui embrasse toutes choses dans son immense portée, demande,, comme garantie du développement et de l'application qui peuvent en être faits , un motif de certitude qui en établisse la vérité, et un principe régulateur qui en prévienne les déviations; or cette double garantie ne peut être trouvée que dans la foi positive ellemême; Que la mesure que nous signalons id soit nécessaire à la direction de la science divine, c'est ce qu'il est facile de prouver par des Mis historiques.

Quand :nous ouvrons les anciens écrits des Indiens ( sous ce nom j'entends leurs systèmes scientifiques, leurs livres de morale, leurs codes, ou mêùie simplement leurs fictions mythologiques ) , nous retrouvons partout au fond des pensées qui y sont consignées , l'idée de la trinité divine , présentée sous des expressions qui dif-

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fèrent peu de notre manière de Ténoncer. Mais depuis qu'ayant méconnu l'unité essentielle de cette trinité ; ils en ont fait trois dieux , la notion divine chez eux , malgré les nombreuses traces de vérité qu'elle conserve , s'est transformée en une mythologie qui possède de longues généalogies comme toutes les autres. Il résulte de là qu'elle porte un vernis de théologie qui la fait singulièrement contraster avec la mythologie des Grecs que nous connaissons, bien que sous d'au* très points de vue et dans son côté poétique , elle offre avec celle-ci des traits fortement prononces d'alliance et de similitude. On remarque, par exemple, dans leurs doctrines , assemblage chaotique de vérités défigurées , d'erreurs monstrueuses et de pures fictions, dix incarnations , au heu de l'unique événement de ce genre dont ils n'ont eu une connaissance précise et mieux fondée que^ depuis trois siècles.

Dans la pratique même et dans la vie , on trouve également chez les Indiens un renoncement au monde et une mortification corporelle qui surpassent de beaucoup l'austérité des pre-

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miers anachorètes de TÉgypte , et dont l'excès*^ sWe rigueiu: outrepasse les limites de la nature humaine ; et k côté de ces pieuses extravagances; il n^est pas rare de rencontrer une foule d'excès et d'usages immoraux que Terreur et la supers^

tition ont consacres y excès quç nous avions cou* tume de n attribuer qu'au paganisme tout sensuel des anciens peuples occidentaux.

Tel est labîme d'erreurs dans lequel peut se précipiter une métaphysique subtile ^ toutes les fois qu'elle est abandonnée à elle-même et dé^ pourvue des garanties d'une autorité d'e& haut*

A une époque très^etardée du développement de l'esprit grec» on aperçoit une tentative ayant pour terme de corrompre la vérité chrétienne à la manière des Indiens^ Les néoplatoniciens coo^ naissaient très^blen aussi Tidée de la trinîté di^ vine qui se trouvait déjà dans la philosophie de Platon. Je serais conduit trop loin, et je m'écai^ terais de mon imt , si je voulais montrer jusqu'à^ quel point étaient justes les formules i»cieati&ques sons lesquelles ils exprimaient leurs conception à cet égard. Qu'il roe suffise de dire que Técote

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néoplatonicienne, distinguée par la profondeur de sa métaphysique et à laquelle appartenait Temp^eur Julien, ayant pris contre la réyélation du Christ l'attitude d'une opposition hostile , avait cru pouvoir se servir du christianisme comme d'un instrument propre à consommer l'œuvre de corruption religieuse qu'elle avait médité. Son plan était de donner une forme et une direction théologique à Tandenne mythologie des Grecs , de laquelle la foi des peuples s'était en grande partie détachée. Par ce monstrueux n\élange de vérités chrétiennes et païennes; qui aurait considérablement rapproché ses doctrtfies des idées indiennes, elle se flattait de faire revivre l'ancien paganisme.

Mais cette entreprise , n*-eût-ieUe rien eu d'hos* tile h la vérité, ne pouvait qu'échouer. La my tho* Iqgie grecque comme l'ont remiarqué , dans les temps modernes quelques savants, profonds scrutateurs de l'antiquité, renfermait il est vrai^ sous ses formes les plus anciennes et &ous qudques^uns de ses caractères les {dus voilés et les plus mystérieux, ^certaio^ enseignements symbo*-

liques , et certaines idées à demi théologiques , encore qu'ils ne fussent conçus que dans un sens purement ésotérique; c'étaient comme autant de traces d'une antique tradition , émanant de la science et de la révélation primordiale. Mais, malgré la gravité de quelques-uns de ses dogmes, elle ne tarda pas à reprendre dans son ensemble une allure et un développement purement poétiques, et, par l'influence qu'elle obtint sous cette nouvelle forme, elle entraîna dans son mouvement toutes les sphères d'activité de l'esprit et jusqu'au monde politique.

On voit par là qu'il ne pouvait être que souverainement absurde d'essayer, à une époque si tardive de la dégénéradon du paganisme grec, de revêtir d'une métaphysique poétique ce brillant monde de fables , en lui donnant les pro' portions gigantesques du mysticisme en Dieu. Au reste, ce rêve eut le soit de toutes les entrc^ prises fausses et intempestives ; il passa sans laisser aucune trace.

La tendance si universelle des peuples païens occidentaux à s'égarer dans les illusions poéti^

ques de la déification de la nature , nous explique pourquoi il est, tant insisté, dans la première partie de la révélation judaïque, sur l'unité de Dieu; tandis que ce qui concerne le Verbe créateur et l'Esprit vivifiant n'y est insinué que sous des formes pleines de secrets dont la clef était réservée aux seuls esprits doués d'une vue plus perçante et d'une sagacité plus subtile.

Toutefois y malgré la réserve manifeste de l'écrivain sacré à cet égard, tout homme sincère, qui ne veut point s'abuser ni en imposer aux autres , reconnaîtra aisément combien sont fréquentes dans l'Ancien Testament les

allusions mystérieuses aux trois puissances ou aux trois personnes de l'Être suprême. La variété des dénominations données à la Divinité n est-elle pas déjà par elle - même une indication du dogme de la Trinité ?

La tradition judaïque contient d'une manière claire et sans aucune réserve la notion de Dieu, trois en personnes, sauf peut-être

quelques rectifications que l'exactitude théolon. 7

98 PHILOSOfBIB M LÀ VIE .

gique rëdamemt dan^ l'expression* Sans doute cette tradition ne &it point, à pro{>tement paiy IfiT^ autorité pour nous ^ parte (}u*elle ^« troute en dehors de l'Écriture sainte; mais si elle est distincte de celle-ci , au moins elle se tient à ses côtés et^marche de pair avec elle , et si elle n'a point droit à notre foi^ toujours faut-il reconnaître qu'elle recèle une source précieuse d'éclaircissements utiles, à laquelle malheureu* sèment on ne recourt pas assez.

Dans la deuxième révélation qui coïncide avec le commencement de notre ère ; la notion de la Trinité divine jaillit claire et non équivoque du sommet de la foi arrivée au terme de son accompUssement. Si, àroriginé, et lorsque la nouvelle Eglise avait encore pour circonscription, les limites des peuples juifs, on re* marque une certaine iNîtenue ^ une certaine timidité dans l'exposition de cette sublime vérité , qu'on se souvienne que ce ménagement était pris pour ne point heurter trop violemment l'idée de l'unité divine , d'autant plus profondément inculquée dans l'esprit de ce peuple, qu'il

ne conservait plus de la foi qu'une lettre morte et stérile.

Toutefois le voile léger dont on recouvrait encore le Saint des saints se déchira; et le mot de Ténigme fîit hautement proclamé au commencement du quatrième et dernier évan^ gile. C'est aux paroles de saint Jean, comme les plus appropriées à une exposition scienti*fique j que j'ai emprunté ce que j'ai dit de la vie suprême , résumant en elle la toute-puissance ; de la parole éternelle , à laquelle correspond Tomniscience ; enfin de la lumière incréée y princip^4^ toute sainteté.

De profonds penseurs, bien qu'à d'autres égards ils ne partagent pas le sens chrétien , avaient déjà reconnu la portée sublime et la signification profonde du commencement du quatrième évangile ; mais , séduits par l'appât de Forgueilleuse analyse qui de nos jours s'exerce sur presque tout ce qui nous vient de l'antiquité , ils ont aussi soumis à un examen audacieux ce monument

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divin ; et se sont perdus en une foule de vaines hypothèses pour trouver les sources de la doctrine de Tapôtre et le but de ses paroles. A quoi bon toutes ces explications ingénieuses? Ne serait - il pas plus simple de recevoir la vérité avec la même naïveté qu'elle nous a été offerte ? Qu'est - il besoin de supposer des desseins particuliers, si ce n'est peut - être celui - ci : qu'après avoir renfermé dans le monument historique des trois premiers évangiles le dépôt sacré de la foi, il convenait d'y ajouter l'évangile éternel du principe dè|P€hoses , comme étant l'évangile de la science divine parlant à l'esprit , afin de démontrer par là Tharmonie essentielle et constante de la science et de

la foi.

U était dans l'ordre des choses que la parole

<^ui sert de principe à la première révélation et qui fut proférée au commencement de la création terrestre, fiit répétée dans la seconde révélation, que l'on peut considérer

comme une nouvelle création dans l'ordre spirituel , bien qu'en ce qui tient au monde invisible de la vérité , ce soit dans un sens plus sublime qu'il faille dire : « Que la lumière soit faite, et la lumière fut faite. » .

Du double esprit de la vérité et de Terreur dans la science. De la

lutte entre la foi et Tincroyance.

Messieurs,

Quand , dans la création terrestre , Dieu dit : « Que la lumière se fasse, » l'écrivain sacré ajoute aussitôt : « Et la lumière fut £siite. » Nous voyons par là que l'objet de la parole puissante du Créateur se réa^sa soudain dans un brillant épanouissement. Mais il n'en est pas de même dans le monde de Thomme créé libre ,* dans le progrès de son développement intellectuel, dans l'histoire de sa science et de sa pensée, qui est tantôt progressive et tantôt rétrograde.

Ici 9 supposé que le premier appel à la lumière et à la connaissance divine trouve quelque écho dans rinsensibilité du cœur humain,

^ usçoxf x« 403

il s'eiagage d abord une longae lutte entre la lumière et les ténèbres , entre la science et Tîgnorance , entre là foi et Tincroyance ; trop heureu:^ encore si la victoire se détermine enfin,

et ne reste pas indécise dans d'éternelles vadilations. Des siècles et des milliers de siècles s'écoulent souvent avant que Ton puisse dire : « Et la lumière fut faite , » si tant est qu'elle se fesse et s'il n'arrive point qu'après une lutte sans fin, le tourbillon des vaines disputes , semblable à un nuage de poussière, dérobant à la vue le terme vers lequel tend si péniblement notre intdligence mette l'humanité dans la nécessité de s'ouvrir une autre voie pour arriver à la lumière.

Autrefois le grand génie prophétique du peuple juif , triomphateur des ténèbres \ c'est - à - dire ^ du paganisme égyptien déjà transformé en abomination, répéta, lorsqu'il les fixa par l'écriture , les paroles efficaces qui, à l'origine des choses, appelèrent la lumière sur la création ; et sans doute qu'en les gravant sur la matière il invoquait au fond '

de son cœur, en faveur du peuple de sa race ; un nouvel avenir de lumière , un nouveau jour spirituel ; et néanmoins, malgré les connaissances et les dons précieux dont cette nation privilégiée, avait été gratifiée, on la vit , après avoir vacillé pendant quinze siècles entre la lumière et les ténèbres , tomber enfin dans un état de dégradation et d'abrutissement universels, et devenir la proie d*une mort intellectuelle qui se propagea de toutes parts. Traînant son existence sous lé joug de .l'oppression étrangère , elle n'offrait plus , dans son ignominie, que l'ombre de sa vie d'autrefois ; sa foi elle-même était déchirée dans son sein par des sectes ennemies.

L'une de ces sectes, celle qui revendiquait le titre de légitime, et qui l'était en effet, en ce qui regarde la lettre de la loi et la légalité extérieure , mais qui à côté de sa vertu hypocrite, nourrissait une opiniâtreté et une dureté révoltante, ne conservait de la foi qu'une lettre morte.

* Elle était tellement étrangère à l'esprit d'amour et de réconciliation, que son nom, rendu odieux

par ses dispositions haineuses, passa en proverbe, comme une preuve pariante de Timplacabilité de son caractère^ Cette secte , dis-je ; méconnaissait complètement le sens profond de la révélation accordée au peuple auquel elle appartenait; c'est pourquoi elle conçut si faussement le sens de l'avenir que ce même peuple était appelé à conquérir au monde , s'a* busa si étrangement sur les conditions les plus immédiates de l'existence de sa nation; et résolut dans iin sens si peu juste le problème dû présent.

Nous devons dire cependant que, même dans^ le parti que nous venons de signaler, il se trouvait encore quelques esprits modérés, vraiment pieux et bien intentionnés : c'est ce qu'atteste l'histoire des premiers moments de l'ère nouvelle* C'étaient des hommes qui connaissaient la justice et les voies par lesquelles Dieu voulait ouvrir au genre humain le domaine de l'avenir ; ils gémissaient en secret de l'entêtement repoussant et de l'étroitesse des ynes de leurs cosectaires ; mais ils n'osaient les

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contredire en public, ni enseigner contrairement à leurs principes, parce que' ceux-ci avaient aussi le droit pour eux, attendu qu'ils avaient conservé la lettre et les formes exté^ rieures dans toute leur intégrité. Du reste ces hommes étafent doués de grandes connaissances et de talents distingués , et brûlaient' 4'wdeur pour la justice et la vérité.

L'autre secte, celle des sadducéens; se distinguait par l'enseignement de principes, étra»^ gers et par des innovations dans la foi. Ses partisans allèrent si loin dans leur re}âchemwt théologique, qu'on les vit mettre en doute et même nier sans réserve l'immortalité de l'âme. Dans la vie sociale, dans T.ordre politique, ils se signalèrent comme les champions du libé^ ralisme d'alors. Ce fut au milieu de ces deux partis, qui comme deuxnuiageS sombres, répandaient d'épaisses ténèbres, ou si Ton veut, projetaient un éclat trompeur sur le monde intellectuel et moral de la nation juive» que se leva le soleil de vérité.

Personne ne le connut ni ne le comprit d'à-

bord); tellement Tobscurité était profonde de toutes parts. Cette lumière nouvelle n'était plus destinée à former l'héritage exclusif d'une seule nation. Elle s'est répandue insensiblement sur dix ou douze grands peuples, a rempli deux , parties du monde, et a même brillé sur une yaste étendue de la troisième. Partout, et sur les points les plus opposés du globe , les nations qui se sont distinguées par leur supériorité intellectuelle et par leur civilisation sont redevables de leur élévation à la lumière évangé* lique.

Dix-huit siècles se sont écoulés depuis cette époque mémorable de rénovation religieuse et intellectuelle. On paraîtrait peut-être exagérer les choses si, pour faire le tableau des déchirements auxquels la chrétienté a été en proie pendant ce long intervalle de temps ; on empruntait les traits sombres qui caractérisèrent la dissolution de Tancien monde et la révolution des quinze siècles dont il a été parlé plus haut ; ou si Ton prenait les couleurs attristantes avec lesquelles Thistorien peint la désorgani-

sation morale d'un peuple qui, dans son aveuglement, marche à grands «pas vers sa ruine; ou bien encore si on le comparait à l'anarchie et à l'incrédulité de Rome païenne, dont le monde usé s'évanouit dans une dissolution complète.

Et cependant il n'est que trop vrai que

l'homme , par une pente naturelle i retombe toujours sous Tempire de l'esprit de parti et de discorde, tandis que la main providentielle qui tient les destinées du monde, et conduit le genre humain à sa fin, ne se lasse point de lui offrir, à des époques toujours renouvelées, la vérité et la lumière , le salut et la paix. Chacun de nous peut dire si la manifestation de la vérité et de la lumière , si le message divin de la paix et du salut ont atteint le terme d'un plein accomplissement; chacun peut se convaincre si le soleil de justice a rempli et illuminé tous les rapports de la vie, et jusqu'aux relations les plus secrètes de Tesprit et de l'âme. Il n'est personne , en un mot , qui ne reconnaisse si l'on peut dire avec raison; en

parlant de Thmanité entière : « Et la lumière fut £gdte. »

, Je ne parle ici que de cette lumière qui est la seule bonne, parce qu'elle demeure ëtemeUement. Quant à ces météores fugitifs, c'est-àdire à ces systèmes , à ces opinions publiques qui apparaissent au milieu de la nuit universelle , se croisent et s'évanouissent aussitôt , ce ne sont que des éclats trompeurs ou de sinistres éclairs signalant l'approche d'une nuée grosse de malheurs , qui le plus souvent a été formée par le vent des passions : ce n'est nullement la lumière du salut et de la vérité.

Mais au lieu d'attrister plus longtemps vos esprits par la sombre perspective des discordes que peut encore nous présenter l'avenir dans le monde des intelligences , supprimons ce qu'il nous reste à dire , pour achever notre tableau, et dirigeons nos réflexions vers un but plus consolant et plus utile ; et puisque aujourd'hui l'objet de nos méditations est le problème épineux delà guerre qui existe entre la lumière

et les ténèbres ^ entre la foi et rincroyance i cherchons autant qu'il nous est donné de le faire, à établir la paix entre layérité et rhomme, toujours si enclin à la résistance ; efforçons-nous de ramener les esprits à des dispositions dé' gagées de tout esprit de contradiction. Pour cela signalons y sur le chemin raboteux par lequel la Providence conduit le genre humain , tous les points les plus lumineux et les plus propres à provoquer une réconciliation. D^e cette manière nous jetterons les fondements de la paix intellectuelle qui, à son tour, servira de base et de garantie à la paix sociale.

Quand on considère toutes les oscillations de la pensée de l'individu dont Fintelligence n'a point encore trouvé son point de repos dans le sein de Tunité de la science et de la foi divine ; quand on voit avec quelle knteur elle se dégage du conflit élevé par les prétentions en apparence exclusives de ces deux éléments, et avec quelle difficulté elle progresse sur la voie qui doit la conduire à une conciliation fondai mentale, on ne peut que reconnaître Timpor-

LEÇON X. m

tance de la patience scientifique que je signalais à votre attention dans ma leçon précédente » et Ton s€ convainc de plus en plus que c*est le moyen le plus sûr de prévenir, dans une ques* tion aussi aride » toute décision précipitée dont le résultat serait d'exposer le sanctuaire de la foi aux profanations d'une science arrogante ou bien de sacrifier à une foi prétentieuse la vraie science, indispensable dans les régions élevées de la vie , et qui, si je puis ainsi parler, est la sauvegarde de la foi même. Et pourquoi , dans nos efforts pour arriver à la possession de la vérité, qui est , à proprement parler, l'objet de l'activité intellectuelle de l'homme dans le drame d'ailleurs si monotone de la vie humaine , pourquoi , dis-je , ne nous sentirions-nous point portés à embrasser cette patience scientifique, comme je l'appelais tout à l'heure? pourquoi ne l'admettrions-iious pas au nombre des vertus salutaires et indispensables à l'homme ? Pour appartenir à l'ordre intellectuel , est - elle moins nécessaire que la patience morale , sur laquelle, comme on le sait ,

112 PHILOSOPHIE DE LA VlE.

reposent toutes nos entreprises , soit grandes, soit petites, et sans laquelle le succès de nos démarches les moins importantes est compromis?

La patience .est comme une dot indispensable que laProvidence a départie à Thomme^dans cette yie terrestre. Ce serait donc se méprendre sur la destination de cette vertu, ^ue de la renvoyer exclusivement au chevet du lit d'un malade , pour l'aider dans l'observation lente et pénible des effets de l'ordonnance du médecin ; ou bien à côté du siège de l'instituteur, pour le soutenir sous le poids des fatigues de la première éducation ; ou bien encore dans le cabinet d'un juge, pour lui conserver son sang-froid au milieu des embarras d'un procès et des importiïnités des parties qui cherchent à le gagner. Le guerrier, que l'amour de la gloire et l'intérêt commun poussent à la victoire et à la conquête , doit aussi avoir la patience pour compagne; que de privations de tout genre n'a-t-il pas à endurer! que de difficultés à surmonter avant d'atteindre, par un combat décisif, le

terme auquel il vise! Et Thomme d'ëtat, dominant une vaste sphère d'activité , aH:<-il' moins besoin dé Tassistânce de cette vertu pour saisir et embrasser à temps tout ce qui doit entrer dans son plan, afin que là n^achine gouvernementale ne soit point arrêtée dans sa marche par quelque^ ressort ou quelque i^ouage négligé ou oublié?

Cependant souvenons - nous aussi qu'il est des circonstances dans la. vie où il est moins besoin d'une activité persévérante et soutenue que d'une détermination prompte prise avec courage , et de Toption décisive d'un parti. Telle est la position dans laquelle se trouve l'homme par rapport à la foi et à l'incroyance; il s'agit pour lui de choisir sa route , lorsqu'il en est venu au point où la voie se divise devant son esprit.

Mon but n est point ici d'exalter la foi ou d'en établir la vérité, ni de m'élever contre l'incroyance et de lui déclarer la guerre. Dans le premier cas , je sortirais des bornes que je me suis

prescrites; dans le second, je m'engagerais sur

444 PHILOSOiraOE DR LA VIE.

ufli t^ma saBBifia ée pârtîSciibrilës , de préîii^és et â'efteunréettes ou iini«fgiiwrés«. J'aime nieia tracer na tahkaa fidèk: de^ Tûm et de ranitre, tableau ^, éans les dimeuwASi qate jchâ éon* neralt ^mbrâss^ra lès témoignage» de l^istoire uAÎTeiseUeettOEtcequela psychologie peut fburakr d'obMTfafekunJi et de nÎMniiQinetttâ^ Mises ainsi en parallèle , le contraste qu^elles préseste^ ront suffira poiK dëtef miner le choix de rc»prit. La scission apparente ou rcelte , si Ton veut^ maftstongours aceidentelle ^ qui sépare la science

£m^ est une plaâe itàénenre et souvent trèsprofqnda de kteoiisciencev Pour la guérir il faut nécessaircnsent appliquer lie remède jusqu'à la racine du mal. Supposons qu'^m individu ait cherdié' à résoudrdv pour lui la question de cette déplotfaUe dfeharmonie : ou bien la vérité aura triomphé , et alors la victoire sera en fiaveur de Fùaibé de Ib* seience et d^ lia foi ; on bien» la dificulËé* et le dtoute se seront afiermis), et alV>rs, sm;tottt si la dissidence a étéja* ^e àk^msds irrémédiable, if en résuKléra une opposiiââQi fondée^ ceottnd» cette même unité.

amsi qw Contre la foi. DatM là sefeonde faypo-^ thèse ^ le schisme de Id science et dé la foi subit une transformation ; car ce n'^est plus ta science 9 mais bien rincroyaote que b fc^i a: pour ennemie. Cette deitiière goierre entre' Yki-^ croyance et la loi i bien que le problèlne^ qu'elle présente soit intérieur et tï'ès-*attcîen , a pour e£Eet plus qu'une scission pratique de la vie réelle ; l'histoire non» la montre se déve-* lof^pant arec d autres caractères.

Mais afin que le parallèle que nous allonsr établir entre la foi et Tincroyance puisse avou* des résiidtats appticables pour la conduite de la vie i gardons^ious de tous représenief eelle^

^oomme ayant pour principe l'arbitraire, Tan^ tipathie^ le sens propre, et en un mot rig^lK)^ rance ; die est au contraire armée de t{>uti(î6> leti forces de l'esprit et de toute la piiâsance de h science. Une incroyance purem^eni indindueUet ne consistant qu'en négations plates f skas ^afiparence de fondement scientifique « UiofiSrirait dans ses conséquences aucun caractère de contagion publique , comme au9si elle ne pré^en^

terait que peu où point d'intérêt aux observations de la philosophie. Mais si Fincroyance est armée de toutes les forces de l'esprit , il faut aussi que 1^ foi, si elle ne veut point avoir rinfériorité dans la lettre , invoque le secours de la vraie science ; je veux dire de cette science dont elle est le principe et la mère ; il fiaut donc qu'on se la représente dans ses rapports naturels avec celle-ci; il faut que l'on conçoive l'union organique qui les assujettit réciproquement et que Ton comprenne l'unité d'action qui naît de leur harmonie.

Pour couper la voie à toute méprise sur ce qui va être dît , il est important que je fasse encore ici une remarque : c'est que je ^e saurais , à l'exemple de beaucoup d'autres , consi-* d érer la foi comme tenant le juste^milieu entre la superstition et l'incroyance. Pour moi, ces '^eux erreurs n'en font qu'une, et je ne vois aucune raison de les placer aux deux extréanités de la foi. Que si par superstition l'on entend l'exaltation du sentiment religieux , tel qu^-on peut le rencontrer dans tel ou tel indî-

vîdu , alors elle ne présente plus qu'un de ces phénomènes particuliers qui y à raison de leur isolement, ne peuvent être compris sous la foirmule d'une définition générale. Au surplus, une pareille disposition morale n'a rien de commun avec la philosophie ; le soin d'en juger appartient à un for d'unfe autre nature , et elle rentre sous l'autorité à laquelle est soumis tout ce qui ce rapporte à la vie de la foi. Veuton encore entendre par superstition l'erreur puérile (je rappelle puérile parce qu'elle est propre à l'entendement des enfants) de ceux qui , ne sachant poiiit suffisamment dégager des formes 'figuratives le sens ou la substance qtf elles' éhvfeloppent ,xonfoiident la réalité avec l%hà]^ë qui rèiptfmc? alors tout se'bome à une fliîist&n , à itike fati^sé lueur intellectuelle ^ui iie trahit qu'une imperfection psychologique. Mâiis sF^S^ Ce rfiot l'en veut expriitiet un système de C%y àiHiéi' bizàriréà , eihhrassànt dans de vastfô fftBiibhîOBis tout ^ensemble et jusqu'à l'essence de ?ra fëî'j àloTÉ évidemment une superstition de

cette nature doit être rangée parmi les erreurs que noi|S allons définir. ^

Toutes lp3 fpMf que la /superstition renfermé

ou suppose une erreur Te^Iiement positive, elle s'allie nécessairement à l'incrpyance t qu'il faut regarder moins çomine l'absence de toute foi que comme une fpi fa\;^3f;e et erronée ; car elle n'est au fond , de même que toute véritable superstition > qu'une monstrueuse hétérodoxie» et cette dénomination , à mon avis , la caractérisei:ait plus exactement (|ue l'autre ; au moins elle xlpnnerait lieu à moms de xnalentendus JEn effet, qu' est-elle autre chose qu'une déification dç la p^qiture^t up ciUte reodu siu principe,. yi|al4€P

4béQse ^vm îibsQlu, ft Ifa^^i^ 4(1^ laj5W80P

;aa;9çience? , ■ . , i;\.;^ .;•; c v

Qqç si l'pft, vp^t Rç^pdye ring-pywçe ^;ffi^ w s^s sceiptiqD« eim'eptiçç^e Pî*;.U 4^>^W5;Wft- ^ci^£€ a^^}44 , ( fil<ir» encçre'i w^tft tA^ftîH^

LEÇON X. 11d

s'isolant des idées communes , en s'éfeVânt audessus de tout ce qu'il nomme préjugés des au^ très hommes, reconnatc en lui une force de génie au delà de laquelle il ne Conçoit rien, et s'attribue ainsi -un^ sorte de dminité intellect toelle. Il n^ a pa^îusqutà la coupable hardiesse de ceux qui, pour se mettre au-idessus idu droit et des lois i méprisent la Toix de la conscience, foulent aux pieds, comme indigne de la su-i* périorité de leur esprit, tout sentiment de moralité, qiâ me puisse devenir une idole pour rhommis* Dans sa disposition hostile k 1& vérité et ^ la U>h l iH)<^of ant voit dans cette déplpvabl« arrpganc? de la .rai$on |]M»e poissanccf dç génid qui mévit)9 soia encens et ses hommages. Eq somme, je pr/étendf quA Ton peut admettre comme une maxime sûre et; > constante , que quiqonqi|^>qul]|]i§.Qtt bannit d^ sa ipensée Pidéè d'un Dieu bon /tt juste , idonne ^ par là même accès dans son i^me^ à mue idolâtrie plus i bu moins dang^[^use. Il choisira poor aon dieu' ou \emoi individuel ou une passion quelconque; peut-être anssi diyinisera-t^il quelque systèhié

420 PHILOSOPmE DE LA VIE.

scientifique rationel, ou la nature éUe-méme ; comrn;e aussi il; peut s'agenouiller devant cette fapsse supériorité d'esprit, et devant cette prétendue force de génie qui méprise tout et se joué de tout oe; qui n'est pas lui.

PduTiaefdrnier une :nption juste et complète de lia foi y c'e»t-à- dire pour la concevoir dans ^on uipdon organiquifr> et dams ses relations d'harmonie avec la sdence^ soit supérieure, 5oit terrestre, il faut «e la Représenter dans ses rapports avec le triple élément <le là conscience, ou , ce qui revient au même , avec le triple principe qui constitue l'être htnnniaiià , savoir : 15èspidt , l'âme et le corps. G'^st là le moyen le plus. £ai£ile d'en formuler une définition claire et^iexHète, de saisir av^c précisioli ce qui en forme l'essiencô et ie^ propriétés fondamentales, d'éiisobstraîre Vidée '^au ^dainger d^être- vidée par des corruptions hétérogènes.

K MaiSts'il fiatut chercher la notion de la foi dans lis^concért d action des trois éléments de Tin- (}ividu humain , on peut dire aussi que le foyer de^ incroyance et dù-doutè qui l'engendre i^-

LEÇOli X. 121

aide dans la quadruple division de la conscience ,~ ou pour'mieiDc dire dans la scission générale qui désharmonîse les puissances de la conscience, et ise i*eprDdmt principalement entre la raison et l'imagination V et entre Tentendenient et la vo^ 4onté. C'est de cette scission ; comme nous Vavbns déjà vu, que naît toute eiteiir pfhilosôp^iqùe et tout faux système sdentifique; or cette erreur philosophique , ces £aux système» sdentifii^ues', lorsqu'ils hancbissent les limâtes des régions de Tabstr action pour passer dans Tordre pratique et revêtir les formes de la vie i prennent le nom d'incroyance •

'Bans V^ïik primitif d'ufiité de la consciehce, la foi / la science ) ainsi que leur junion essentielle; sontv il est vrai, le résultat ûii contours harmonieux deia triple afction dé Tés prît, dét'âmé et des sèns;t0ùtefèis,et ce ^iîlt ttiéfite ûnebaùte attention, rimé doit toujours être tègardéé tomme te principe spécial de la f€â;6epet)i(l^t, aùliéû de tenir cf^mpte de cette con(ïitiôn foïidàmentàtedàns' Kdée qu'bii se forme ordinairement de Jà foi (je ne^parle point ici du dôgniè 'oti de Vàb^et de la

foi, mm Bimplement de Tactérde. la fin on dn principe croyant ), on semble eh {^cer la raison dana le aehiame même des quatare poissaneca de la conacience ; on la lait di»ri?«|r d'éoe certaâikf nécessité de poser de^ bornes à T^ntendement; de restreiadiceraction de la vokmté, et de répri* m^r l(ts sijliies de l'imagisatioii et méipe de la raison. Une pareille notion reste tout àfaitétapanr gère à Vessence de son : objet qu*el)e ne^nc^s ladt coiinattre que d'uQie mainière 9uper|icie)lé et pt» rement ext^rieurie.

1!iïoils deyons convenir Mnsdoutt, et il ettfèo cilede prouver qu'ibp^t y àtoirel qu'il y a, en effetibiai des ?ch«lses q^ U vue limitée de ntitre entendement ne peut !s<mdèr ni pénétra} il est plus facile encore de démontrer que notre voloûté ne trOuTe pw t0i:9<nira en elleîles règles de s* copduit^, et que jWUie^ elle est obligée de S0 SQvmejtU'fi Jt un^ «1^ S9p%ievré/ Quant ^Vih magin^^ot) , ^faci^b^^f^^ftâ^einie&t ^^ttaqhéé à l!o{:çÙ^ des r4aUté^^nstti^les,,et portani|oii)ours

un q^ractère si p-^fondénent «mj^int^ wmji^c^^iH^ ^ il Ji^ç^ jp^ifs^nuQ qui ne «reçcumaisM

LijÇpN ji. 428

promptement à combien dWu^ions elle est soumise ; et ces illusioDS, si cous y attachons quelqoQ valeur, si nous ne jE^isons nos efforts poior les éloigner, nous empêchent de pénétrer dans l'essence de Uvéritée^pv^çent ainsi l'acte delafoL Q^e la raison aitjiiisii de sa nature, ses écarts et s^ «iprc»»^, q^e ^ouvent^lftne ji^e que dp faussée luems, ç'es(t cQque to«t hompi^avou^TH , pourvu qu'il # fait q^elques pas di^s Tart de la dialitcr tiquç, ^ qu'il ait o^^rré cftte faculté avec Toçil de la crit«i«9. pbilosQpbJique, Mai? ce? imperfec"tions , cette fragilité de nos facultés , cett^ n^ssite d'en relsnip l'fissiw? ^ct d'en modérer l'action, ne nonçidQnneji<IWKSm»i|§tiAn positive di? la foijTTout cela é^bj|1;j5i Ken j^iert .; > poasibajté U'w

^î?tèmp fl|iv„pf)ijff'„êteç ^j^pfflpjflU, n'mff^K pais jp^pip» d'açço^d . av^c }^ r^on. Mai8,^uiij^ yqft,qqe,|î^ fbin'^st j^çiatlà? Je parle ^el^fqi {^rQpi:çm«i;i\ dite , i^e h foi Tiv?wt;e^ • nToff, 4a^5 ce„<ï^i ^eiM; ,d'être'<Jit a^»r l'iûsuf

1 24 PHILOSOPfllB DE LA VIE.

que la raison de la possibilité ou de la nécessité d'admettre uiri ordre de vérités supérieures , ce serait Ée méprendre étrangement sur le sens de la foi.-Gelle-ci (je parlé toujours dé Facte par lequel nous adhérons aux vérités surnaturelles), n'est autre chose que radlnission faite dans rame de la véWté révélée. Or, comme râîhe est ps^ ^a nature, là faculté dé Tàmour, 3 S'ènsint qu'on ne j^ut concevoir une foi vîyàhte sans se là re{>réÀentér accompagnée' de l'atiiour. L amour est i dôîiË Ië"earaetèt<e de la

D'apirès céW; il «st aisé d'étàblii' btie règle poup juger le degré' êt^lattiflttrè de là ''M dans )%tdîviduv €ellë^i élâiit> tiiief la^ré ditine , la t&isùn et réntén^ëttré&t êtàiif ihéontipétéiîts ^ôûr prononcer Sur triât" Cfe qtd s'y î^pprirtë^ tm v^biité^ elle-^inéiné déVàiit i^nbnèéf à son îtidépèndance pour se ^Kbutt^ttrè '^è ISôhSk grâce a la loi poskîté^V^léc^f ii^^'^i^^^dèv^^ si le sacrifice ^e ces diverses ifâéultéi "font de letir lumière et de leur sei^'^rëp^ a où non

l'âmè pour principe. S'il n'est V**^^» »

rame n'y est pour rien (la participation de rame à l'acte jie la foi se manifeste toujours par la présence de l'amour ) , alors la foi n'est qu'une croyance niorte, encore qu'au dehors on la considère comme légitime et qu'on doive même la considérer comme telle. Pour que la foi soit vivante , il faut que son objet passe entièrement dans l'âme; et alors, outre le caractère d'amour qui lui est inhérent , elle développe encore une fécondité intérieure qui réagjit sur le règne de là pensée et dans la sphère de la vie morale. L'âme croyante n'est autre chose que l'âme pensante et l'âme aimante que nous avons signalées, dès le commencement, comme étant le centre de la conscience intellectuelle et le centre de la vie morale. La seule modification que lui fasse subir sa nouvelle dénomination , c'est que, sous le rapport de la pensée dont elle est le principe , elle a pris toute la consistance que peut donner le terrain solide de la foi, et que l'amour dont elle recèle l'élétocnt s'est purifié et affermi dans la divinité elle-

même.

126 PHILOSOraUE DE LA VIE.

Si dàu la consdekiw bien organisée soM U tripfe rapport 4e respritvdè Tàmeel des senS) c'est rame qui est le princi]^ de la foi 4 nras pouvons dire aussi que Tesprit est le pdndpe de la science supérieure , et par ce mot j^eaftends cette science subUme dont l'objet n*est rien de moins que la yërité éternelle. C'est Tesprit qà donne Tessor à la pensée libre dans ce céleste domakie , et c'est à ki aiâSi que se rapportent les hautes opérations de rentendement et du Sagement. Les sens au contraire , tocyoïlrs dans l'hypothèse d'une consdence bien orgamsée, sont le principe de toutes les sciences terrestres et humaines, telles que Tétude de la nature, rhistoire , dans son cdté purement huraaw , les langues 9 1^ s^s, et tout ce qiû s'y rapporte. Les mathématiques sont encore soumises aux sem , parce que le nombre , la mesure et le poids qui en font l'objet , ont des rapports matériels avec retendue I la solidité , et la pesanteur.

Il est permis à la science , dans Tordre physique et humain , de sonder ou au moins de chercher à sonder la profondeur , cachée jusqu'à

pséaent^ du te» Aia sur le^l «iHe éM appelée à eseîrctr som adiogn]; mais ^é le«r ^«ù^ se sotiVkM^ nenk de Ée point perdre de v«e lé p6ldff eeittfd %iu 1« oriente ; et de ne point ^'^'ilier étytArt ïimé croyMLte. S'ik b méprisaaieM ^t^ ht fotf^ kkitftt aux pieds en frandbissaM soKl domaine pour aniver aixs régions supérieure» de Tes^rit ^ ils s'égarexadent nécessanremeiit dams leurs recherches; etTaudace qui de leur part, aurait pour objet de s'ëlerer par enxHDiéines, et sâM autres poâls d'appui que k tevrain mt le^foel ils sont placés, à des spécuHaAionsitiraiisceûdantes et d'un ordre supérieur au cerde d'idées dans lequel leur conditioD les cesdamne à se mouvoir i aboutiaradt à coHp^ sâf à 1« déiôcation delà nature. On les Terrait former un no«teau ciiel peuplé d*îdoles eni des fentômes des^ divinité s de Tancieir pa^nisme: Et s'ils ne pe«ire»t plus )eur élever d'autek sensibles ni* les re? étir d^^ le\irs anciennes fovmes, ils leur ofiHront un encens intérieur et les afiuhleront d'uir ntaWl^eaft scientifique qui^ pow les faicc paraître so«B d'âirtresdehcorSf ne dÉangaa aucunement leiH?; nature.

128 PibLOSOPHIB DE LA VIE.

Que l'esprit pareillement sur les hauteurs qu'il habite, se tienne en garde conti'e la tentation de descendre en maître, et au mépris de l'âme^ dans le domaine inférieur des sens. S'il y parlât sans être revêtu de la robe lumineuse d'une foi pure et des traits radieux de Tamour qui anime celle ci, il marchera dans les ténèbres, ira d'égarement en . égarement et tombera d'abîme en abîme.

La foi vivante d'une âme pénétrée d'amour, laquelle prend son point d'appui en Dieu même est donc à proprement parler le centre de la conscience ; c'est le point d'où jaillissent les eaux de la vie où doivent se rafraîchir en passant l'esprit et les sens , toutes les fois que celui-là descepd sur le terrain des sciences terrestres, et que ceux-ci montent dans les r^ .gions de la science supérieure ; c'est le t^me moyen qui rapproche les deux extrêmes de la conscience , les concilie et les unit dans des rap* ports d'harmonie.

Dans ma précédente leçon, nous avons considéré sous son point de vue objectif la vérité ,

LBÇON X. 129

dans laquelle là science et la foi viennent se ré* snmer dans une unité essentielle ; nous l'avons étudiée en elle-même et dans celui q^i en est le principe et la source. Celte même vérité vient de se représenter à nous , sur la voie progressive des idées que j'ai continué à développer ; mais ici ce n'est plus dans la même phase que nous l'avons considérée ; c'est surtout son côté subjectif et ses formes que nous nous sommes attaché à connaître. Nos résultats, à cet égiaird, sont la conséquence de la solution du problème qui vient d'être soumis à notre examen et dont l'objet était de déterminer les conditions d'où dépend la .disposition organique des trois parties de la conscience , quand on veut donner l'immuable point de repos de la vérité éternelle aux opérations de l'esprit , de l'âme et des sens.

Plus Tamour pénètre la foi, plus aussi celle-ci se transforme en expérience et en science par le sentiment immédiat ; car nous avons la science de tout ce que nous expérimentons en nous et hors de nous , encore que la dialectique par des

raisons spécieuses, et le scepticisme par des obn. 9

il s'a®

m. Al\SSl

Tifie et la rend active y arrive au degré éminent

d'une certitude immédiate et prend le caractère

d'une science de sens intime;

Pour se représenter sous les traits d'une figure

la fonction de Tânie croyante, en tant qu'elle est

le centre de la conscience , on ne peut mieux

&ire que de prendre pour terme de comparaison,*

d'après une idée ancienne, le pavillon azuré qui,;

déroulé dans l'espace, dérobe le ciel à nos regards

et dont la dénomination commune de firmament

renferme peut-être un sens vrai à bien des égards.

Ce pavillon forme, selon l'opinion que l'on en

arait vulgairement , comme un mur vivant de

séparation entre le ciel et la terre. La région

Supérieure est remplie par le subtil étîier, qui

se répand de toutes parts et se dilate dans un

espace immense. La partie inférieure est des*

tinée à la circulation de Tair rafrsâchissant de la

vie qui se meut en tous sens. Tantôt 11 se résout

en une rosée bienfaisante , tantôt il se décharge

par une pluie féconde ; quelquefois aussi il

engendre des montagnes de nuages dont les

eaux abondantes font jaillir de la terre les

sources cachées et font nsatre des torrents impétueux.

La foi est comme un firmament dans les régions de la conscience. Elle en sépare la partie supérieure, remplie par les flots de la vie de Fesprit, d'avec la partie inférieure, qui est la sphère des sciences de tout genre ayant rhomme et la nature pour objet. Que Ton fasse disparaître , que Ton renverse ce mur de sépa* ration, il ne restera plus aucune limite pour contenir dans leurs places respectives la lumière et les ténèbres. De part et d'autre , elles se répandront sans ordre , et finiront par se confondre. La lumière s'obscurcira, s'éclipsera de plus en plus, et enfin elle s/éteindra complètement. Les ténèbres , de leur côté, prendront un faux éclat , et se transformeront en la sombre lueur d'une illusion désastreuse. Alors l'antique chaos de Terreur et du doute surgira de cette perturbation universelle, et la conscience retombant dans son état de scission et de désordre natif, redeviendra comme autrefois « déserte et » vide. »

Quand , au contraire , la conscience se maintient dans le bel ordre qui établit Tharmonie entre Tesprit, l'âme et les sens , quand les par- ' ties qui la constituent conservent les rapports de leur subordination mutuelle, alors elle présente dans son ensemble l'idée d'une création intérieure, dont le développement offre deux degrés distincts. Le premier coïncide avec le moment où l'esprit de vérité pénètre en elle ; et il y pénètre quand l'esprit reconnaît évidemment que la science et la foi ont un principe commun dans la vérité divine. Une fois assis sur le fait clairement perçu de l'unité essentielle de la science et de la foi , les agents de la conscience prennent leur essor dans une direction nouvelle , pour se livrer à une étude progressive de la vérité. Et c'est éettc impulsion donnée à l'activité intellectuelle , qui établit le deuxième degré dans l'expansion de ce monde

invisible.

Mais à ce tableau d'une conscience parfaitement organisée v dans laquelle la science et la foi offipcnt le concert de leur alliance na-

turelle, opposons la peintuve d'une conscience déchirée par le doyte e|^ en proie à Tincroyance et àFeireur. Nous trouverons, dans la comparaison que nous en ferons, tous les mpr tifs imaginables pour détermineri en nous , le choix d'un parti au milieu de cette lutte, tt le problème qu'elle £adt naître pqrtçrsi aiiisi sa solution en lqi->m^m9,

Souvent je vous ai fait remarquer dans la quadrupl0 division de là conscience , c'est-àdire daQ$ le& quà^Q f^Ués première^ qui ^ forment comme le$; points çardinjs^ux, une disposition constante à tomber dans la confusion d'une désharmonie universelle, et une propension naturelle à ^'égarer dans l'erreur. J'ai cherché surtout à vous démontrer que l'hostilité actuelle par laquelle la raison et Vimagination se repoussent Tune l'autre , n'^^t qu'accidentelle et nullement inliérente à leqr nature primitive. En effet, ce ne fut que ][orsque rame pensante et aimante , nière des deux &cultes que nous venons de nommer, eut perdu le centre de vie et d'action qu'elle possédait par

iBÇôN x; - 435

la fei dans le seimnéme de là dmnité ou de la vërité étemelle; ce ne fut que lorsque les ténèbres eurent déterminé en elle une disso-^ lotion i que le principe de la pensée dont elle est la source se divisa en deux éléments dé* suuis par une scission profondément tranchée. L'un de ces éléments , la raison; fut aussitôt transformé en une faculté abstraite v plus ou moins morte dans ses opérations , et manquant d'énergie pour régulariser la pensée dont elle est la modératrice ; Tautre , Timagination , dégénéra en une puissance aveugle de production ; ce ne fîit plus que rinstinct brut, quoique vivant, et le sens inculte de la nature. Ces deux éléments ; résultat violent de la dissolution de la puissance d'abord indivisible de Tâme , tant qu'ils demeurent dans leur isolement et quMls dominent aux dépens Tun de l'autre sur la vérité qu'ils se disputent, deviennent à proprement parler la source ou le foyer de toute erreur.

Une espèce d'erreur à laquelle Thommc se trouve enclin depuis que sa conscience a été

jetée hors de son assiette primitive, consiMie à revêtir de formes subjectives les apparences, les phénomènes matériels; Que tonte imagina* tion, même la plus pure et la plus exercée, demeure entachée d'un vice de subjectivité, c'est un fait mis hors de doute. PcHir le rejeter, il faudrait nier que cette faculté prenne naissance dans les impressions du monde matériel , sans qu'on ait besoin, pour s'en rendre compte, d'admettre une intervention démoniaque. Or, cette disposition de l'homme à revêtir de couleur^ subjectives les apparences matérielles, nous donne la raison de toute mythologie ou ridée du paganisme. Cette raison seule de l'origine du paganisme nous fait concevoir aussitôt la possibilité d'une variété infinie de formes données aux phénomènes extérieures dont il consacre le culte ; aussi dans la réalité trouvonsnous , de Tidolâtrie la plus grossière à la mythologie la plus raffinée, une gradation prodigieuse dans les créations païennes de l'imagination. Dans l'application, dans la pratique, la mythologie, quelque spiritualisée qu'elle soit,

LBÇON X. 137

ofTi'e toujours certains traits d'alliance avec ridolâtrie brute ; elle repose au moins sur des bases entièrement semblables qui sont , de part et d'autre , une religion purement poétique.

La seule chose qui puisse la différencier, c'est qu'elle suppose une conception plus réelle de la nature qu'elle déifie d'une manière plus subtile. On remarque aisément que le paganisme , dans son ensemble , se ramène sans difficulté à un matérialisme exprimé poétiquement, et celui-ci, lorsqu'on a reconnu l'illusion des fictions dont la poésie Tenveloppe comme d'un voile, on toux:he de bien près au panthéisme.

Quand nos investigations sur le culte païen des anciens descendent à quelques degrés de profondeur, et qu'elles entrent dans les détails d'un examen un peu minutieux, elles se heur* tent à tant d'usages magiques, qu'alors nous nous sentons moins disposés à ne plus voir dans sa nature l'action d*une imagination démoniaquementinfluencée , encore que, philosophique-* ment parlant, nous n'ayons point de motif suffisant de faire une pareille supposition. Toute-

fois^ comme il a été dit plus haut, il n'y a aucune nécessité d'admettre à cet égard le con^cours d'une puissance étrangère. Tout s'explîque paurles dispositions d'une imagination viciée. Au reste, qu'on ne s'imagine pas que l'erreur de la déification païenne de la nature soit particulière à l'ancien monde ou à ces peuj^es pro^ digieux de l'extrémité de l'Asie^ qui sont demeurés stationnaires au milieu de la marche des temps, comme un monument vivant des premières époques de l'humanité. L'étude et la philosophie de la nature aussi peuvent être païennes même dans les siècles de lumière ; elles peuvent l'être , bien qu'elles soient étrangères à toute expression symbolique et que;^ portées sur les ailes subtiles de la dynamique, elles ne se produisent que sous des formules purement scientifiques ; elles

peuvent l'être malgré toute leur apparence de spiritualité, et malgré letir éloignement pour le matérialisme proprement dit ; et l'on peut être certain qu'elles le sont en réalité, toutes les fois qu'elles ne reconnaissent rien au delà du prin^

LEÇON x; 139

cipe de yie qui se meut dans le monde physique, et du jeu dynamique des lois qui le gouyernent. En effet I font-eUes wtre chose par là que de déifier la nadture en lui attribuant les propriétés de l'infini? Par cet écart de Tesprit humain, la science fait comme une rechute dans le domaine du paganisme et dan^ l'antique empire de Tima* ginationi quii dans ce cas, emprunte les traits sévères de la géométrie; se pare des ornements de la science , et finit par ne plus parler que le firoid langage des mathématiques. Le point dUpdifférence I le pôle positif et le p61é négatif de toute existence sont le^ nouvelles divinités créé w par une philosophie de ce genre; elle les place et les glprii^e tantôt d'une manière et tantôt d'upç antre dana ce mtonde de fictions scientifiques , qu'on a vu se reproduire avec tant d'à- I^Qndlûdee dans les demiera temps ; elles y tiennSPl à peu près le même rang qu'occupaient dans l'ancienne mythologie Jupiter , Mars, Vénus et Apollont

GçpendanI, quand nous porloiis nos regards vers le passé , et que nous cherchons à saisir Tes-

prit de ces époques où les sciences ont pris une prépondérance marquée, nous sommes conduits à reconnsdtre que Terreur d'un naturalisme exclusif ne peut guère être considérée que comme une exception ou un épisode, comparativement à une erreur d'un autre genre qui semble tout envahir, tout dominer dans ce monde des intelligences. Je veux parler du rationalisme, qui est à proprement parler le paganisme de la raison, dans les temps où l'activité intellectuelle se dé-

veloppe davantage.

L'infini dialectique, les disputes interminables livrées sut le champ aride des abstractions et des illusions , la fiaiusse apparence d'^une né* cessité logique sous la loi de laquelle la faculté pensante croit devoir plier au milieu de ce conflit d'idées contraires, telles sont les causes de cette seconde aberration de reprit humain , aberration non moins fondamentale que la première.

Tous les £aiux systèmes, toxAes les erreurs philosophiques , toutes les fausses religions , comme aussi toute incrédulité théorique ou

pratique, et toute superstition scientifique ^ viexH nent se ranger entre le naturalisme d'une part et le rationalisme de l'autre ; ce sont les deux points extrêmes entre lesquels se meut le principe dissoiyant de tous les écarts 4« l'intelligence. Toute idée fausse ', soit en religion , soit en philosophie, n'est qu'une variété de Tune ou de l'autre de ces deux erreurs capitales, ou bien un produit mixte résultant de leur mélange. Et qui pourrait se représenter l'infinie diversité des formes sous lesquelles se reproduisent ces deux éléments de toute hétérodoxie dans la foi et de toute incrédulité?

Mais' si ces deux aberrations intellectuelles sont les éléments principaux de l'erreur en général , quels que soient les dehors sous lesquels celle-ci se manifeste, il faut nécessairement admettre que l'imagination et la raison en sont les premiers principes. J'envisage ici l'imagination dans ses rapports avec la science dont elle est la faculté productive, et dans son état de schisme qui la réduit à n^étre que le sens impur de la nature , tant que Tesprit de Dieu ne

142 PHILOSOPffiB mjLK VIE.

plane çoiat sur la TÎe întcUectuelle; je considère légalement la raison dans ses habitudes d'égoïsme qui lui fascinent ks yeux et font q^'ette ne voit qu'elle seule dan» ses opérations scientifiques. Ce n*est qu avec le secours d'une imagination viciée et d'une raison dé« pravée que Terreur peut revêtir une forme systématique.

Quand je dis que le naturalisme et le rationalisme ont leur source dans la nature viciée de rimagination et de la raison , c'est comme si l'on prétendait que la fièvre et la goutte , maladies que l'on pourrait regarder comme les formes principales du principe morbîfique, ont leiH's sièges dans les organes du sang et dans sa circulation , ainsi que dans les systèmes osseux et musculaires. Quoique cette proposition soit vraie dans sa généralité, il serait cependant faux

d'admettre que ces deux formés de maladies ne puissent avoir leur principe et leurs causes dans des régions plus secrètes ou dans des or* g^mes plus cachés de la vie. Les deux parties de l'organisme où elles signalent leur présence

LEÇON Xi tiZ

sont plutôt le$ deux sphères où elles s'établissent pour exercer teurs ravages. Disons-en de taèmt du naturalisme et du rationaliasie par rapport à l'imagination et à la raison. Quoique Ton puisse admettre que ces deux faodtcs de l'âme soient le terrain où croissent les faux produits des systèmes erronés, le théâtre sm lequel les fausses doctrines se montrent au jour, et où se développe le paroxisme des dissensioBS de la conscience , cependant l*on se tromperait si on les regardait comme les causes exclusives de Terreur. Celle-ci peut avoir son principe , son premier motif, dans des parties plus cachées de l'organisme de la conscience. Dans les maladies de Tintelligence , de même que dans celles du corps , il faut tenir compte de toutes les complications dont le principe morbifique est susceptible.

Ces considérations nous font voir que la cause première de' Terreur scientifique ou de Tincroyance systématique peut résider ailleurs que dans la dissolution psychologique de Tâme ; un «efl scrutateur la trouvera dans les parties les

plus profondes de la conscience. L'on peut admettre en toute confiance que le principe incontestable de Terreur humaiûe consiste dans Tabandon de Dieu , et dans le mépris que l'es* prit de l'homme fait de la lumière éternelle. Cette sacrilège indifférence réagit sur Tâme qu'elle obscurcit y et sur le sens scientifique qu'elle aveugle et qu^elle égare. Celm " ci ne pourra jamais être rétabli dans ses rapports primitif avec la science , et l'âme ne pourra jouir du bienfait de la lumière , tant que l'esprit n'aura point repris le centre lumineux qu'il possède en Dieu. S'est-il fixé de nouveau dans le sein de la lumière éternelle , alors tout le système des agents de la pensée est rétabli dans son hsq:monie première..

Il est toujours vrai de dire cependant que dans la conscience^ telle qu'elle est conditionnée par le monde sensible avec lequel elle a tant de points de contact , c'est la raison absolue et l'imagination abîmée dans la nature^ qui sont les deux pivots sur lesquels roule l'erreur philosophique. Yoilà pourquoi , dans le tableau varié i

LBÇOM X. 145

i*infim que nous Tenons de présenter de celle-ci, nous avons envisage les deux éléments de Tânie , comme les deux centres essentiels autour desquels se rangent d'elles-mêmes toutes les fausses idées scientifiques, en reconnaissant toutefois, dans l'espace intermédiairequi les sépare, la possibilité d'une infinité de nuances qui se rapportent à Tune. ou à Tautre, ou d'une foule de combinai-* sons résultant du concours des deux. L*entendement et la volonté , et par ces mots j'entends l'entendement sophistique et la volonté absolue, prennent, on ne saurait en douter, une part active à la formation de l'une ou de Fautre de ces deux erreurs de la science ; néanmoins les écarts et les préjugés de ces deux puissances de l'esprit portent un caractère d'individualité et de passion qui les rend plus pratiques que spéculatifs; on peut dire au moins que d'elleis-mémes, et sans le concours des facultés de l'âme , elles sont impuissantes à produire aucun système d'erreur scientifique.

Pour mieux définir les espèces d'égarements

propres et comme innés à la volonté et à ren^- II. 10

446 PHILOSOPHIB I» LA VIE.

tendement^ je crois detoir répéter quelqaeil ob-^ servations déjà faites dans l'une de mes première leçons. Je Êisais consister la disposidon vieieûsé de la volonté dans son penchant à briser tout lien de dépendance et k se coiâtituer absolue; penchant qui se réalise toujours dans la vie pra-* tique en une force plus ou 'moins destructive i selon le degré d'importance de là sphère d'acti'* vite de rindividu. C'est ce même principe du vouloir absolu qui se manifeste déjà , quoique à un degré peu alarmant , dans l'opiniâtreté de l'enfatnt , et forme un des premiers obstacles à son éducation. Pour être en apparence insignifiant dans ses résultats , l'absolutisme de la vo^ Içnté de l'enfmt mérite pourtant notre attention ; car il prouve évidemment que le vicé dont nom ' parlons est profondément enraciné dans la cons*' dence, et qu'il est comme inné dans l*hômme d^énéré. Mais si^ laissant de côté les petites passions du jeune âge > nous suivons dans son développement cette plaie morale de la nature humaine, si vsoiée dans ses formes et si inhérente à la vie qer'dUe pénètre profondément dans

LfiÇoN Xé 147

tous ses degrës , nous la voyons s^ reproduire dans Fentétement d'un fondateur de secte ou d'un chef de parti politique, sous des dehors qui peuvent être effrayants, et exercer ses ravages dans un cercle d'action souvent très^vaste. Elle atteint le dernier terme de son exaspération dans l'ambition' d'un conquérant heureux , qui , pour arriver à la domination absolue du monde entier; méprise et foule aux pieds toiit te qui s'oppose à l'exécution de ses tyranniques desseins.

Si, dans l'empire paisible de la philosophie ; l'absolutisme de la volonté ne revêt pas le carac^ tèrc terrible de la tyrannie politique, il y pénètre au moins sous la forme d^esprit de secte: Cest précisément sous cette forme qu'il s'allie à la double erreur scientifique dont nous avons parlé plus haut , et l'exploite selon ses vues am^ bitieuses* Il se joint, à la faveur du préjugé et de l'esprit de système, aux opiiiions scientifiques que nous embrassons , ou aux vues intellectuelles que nous formons , et de cette manière il concourt puissamment à affermir l'erreur ; toutefois,

comme ce vice est moid^ un écart de l'entende-

ment qu'un défaut de caractère j son action, dans rétablissement des faux principes , n'a point de prise sur l'essence des idées ; elle ne porte que sur la forme.

Supposons qu'en philosophie on admette l'absolu comme condition de la science humaine ( c'est un piège dans lequel on se laisse prendre facilement dès qu*on s'abandonne à Tesprit de secte ) : la volonté absolue, dans ses efforts pour réaliser cette chimérique idée , portera Terreur à sa plus haute puissance , et , après l'avoir fait grandir selon les proportions de l'infini^ elle posera elle-même sur sa tête superbe la couronne et les Insignes de la toute-puissance.^

Si cette idée est appliquée à la science de la nature, la volonté lui communiquera un caractère exclusif, rompra tous les liens qui l'unissent aux régions divines , et là- conduira ainsi à une présomption panthéistique et à la déification d'une fausse unité. Si on l'applique à la raison prise dans le piège de son égoïsme, elle mènera celle-ci à l'idéalisme, ou au moins elle la placera

sur la route qui y conduit ; et l'on sait que lîp.déa'

lisme est le premier pas .vers rathéisme sdentifique : c*est au moins le passage ordinaire pour y arriver.

J'ai encore signale précédemment l'abstraction de la pensée comme la forme d'erreur propre à l'entendement. Il est certain que cette faculté de l'esprit peut s'égarer sans réserve dans le désert des abstractions et se transformer ainsi en un agent stérile de la pensée à laquelle elle ne communique plus aucun élément de vie. On peut dire aussi qu'un pareil état d'infécondité, lorsque l'entendement y est tombé , indique incontestablement dans celui-ci une organisation viciée, une direction fausse, ainsi qu'une disposition à propager Terreur au loin. Toutefois, quand nous parlons des abstractions de F entendement, gar*donsrnous de préjudicier aux droits de la raison, qui revendique, comme lui appartenant d'une manière spéciale , la faculté d'abstraire. Souvenons-nous aussi que cette même faculté, prise en elle-même, à part les nombreux abus dont elle est l'occasion,, forme une propriété néces-

150 PHILOSOPBIB DB LA Vm.

saire , et çorreapond à un besoin naturel de la conscience humaine.

L'entendement a pour fonction la comprehen* sion ; il suppose par conséquent une rue spirituelle, un regard vivant qui pénètre l'objet soumis à son examen. J'ai déjà dit plus haut que cet obj^t peut être pris ou dans la nature et dans la vie réelle, ou bien encore dans l'ordre de la pensée ; car l'idée , et même l'expression qui la revêt ^ fournissent également matière aux opéra" tions de cette puissance de l'esprit. Cette simple définition nous fait concevoir très-aisément qu'un entendement qui n'opérerait que d'une manière abstraite manquerait à sa fonction naturelle, et se détruirait en quelque sorte par là même. Une pareille disposition serait l'indice d'une absence totale du principe de la compréhension, ou au moins elle annoncerait un état profondément défectueux de cette même faculté ; or, quand on veut caractériser l'erreur propre à un des élé^^ ments de la conscience , ce n*est point dans un état de pa^ysie ou d'incomplet développement

qu'U feut reuvîsagCT î il feut plutôt Vohserwr dans son action dégagée d^ toute entraxe et dans la pleine e^^pan^ion de 3e3 forQ4S<v Qu'on se rappelle maintenant ce quç je disais aillewa du génie du mal, on le trouveYa alU4 à un entendement éniF» nemment spirituel et Yiyatit. Je prétends donc que c'est dau$ TuuJioQi de Pesprit humain avec l'esprit du mal que se trouve la raison des écar^ de la faculté compréhensive ; et la dénomination la plus propre à la caractériser sous ce point de Tue est la qualification sophistique. |j*entende"» ment sophistique est Tinstrument de tous les £aiux systèmes t c'est à cet organe qu'ils recourent tous tôt ou tard pour revêtir leur dernière forme;

Si Ton veut spécifier IHiafluence que l'entendement sophistique exerce sur l'erreur philosophique , on trouve que, loin de suivre les égarements idéalistiques» de la volonté ahâolue dont jes eflorts tendent à réaliser l'infini dans Tordre naturel , il trahit , au cpntraiiie , un penchant & tûmheip dans un grpssier réalisme. U aifecte un mépris souverain pour t(iute (^ose; il n^est rien dans la sphère de la morale et de la vie pratique,

rien dans le domaine de Thistoire , ni même dans la nature'^ et^l dans Tuniversalité de la création, qui ne porte à ses yeux un même caractèîre de vilîté et d'abjection. Il>ejette toute idée contraire aux siennes, et dédaigne profondément les esprits vulgaires qui ne savent point s'élever au même degré d'incroyance et de cynisme scientifique. On remarque aisément qu une |]^eille tendance de Tentendement sophistique

n'est p^s sans avoir de, nombreux points de rapprochement avec la dialectique tortiieuse de la r^on livrée sans relâche à ses éternelles disputes.

Si la volonté absolue suppose toujours ime certaine perversité de l'entendement , on peut admettre aussi qu*il n'est pas facile de se représenter l'entendement sophistique sans le concours d'une volonté dépravée et sans ua^d^seia prémédité de s'insurger contre la vérité. Néanmoins^ malgré ce point de contact intérieur^ ces deux vices intellectuels , appréciés dans leors effets et^ans la^vie pratique, demeurentuéparés par une distance assez grande.

Que si l'on veut se former une notion claire

LECOrr X. 153

et fecile de la nature de Tentendement sophistique , il suffit de se rappeler le caractère des auteurs les plus distingués du dilc-huitième siècle, lesquels enflammèrent si prodigieusement Tesprit de leur époque. J'aurais pu de même, si la chose m'eût paru nécessaire, rendre manifestes par des exemples les efforts de la volonté absolue, poursuivant le fantôme de l'absolu ; je ne doute nullement que quelquesuns des philosophes allemands des derniers temps ne nous aient fourni l'occasion de la voir mise à Tœuvre. Pour revenir aux écrivains français , il ne sera certes pas facile de trouver, ni dans les temps antérieurs ni dans l'avenir,

Texemple d'un ascendant intellectuel aussi prodigieux que l'empire si universel exercé par le

sophkme de l'entendement sur Tesprit àntiehrétien de cette déplorable époque , esprit qui divinisa son siècle, et qui, à son tour, fut divinisé par lui , mais qui , du reste, déversait à grands flots sut le mondé en^lier le ridicule et le méprisé

Quant auK deux erreurs scientifiques fonda-

mentales V le naturalisme et le rationalisme^ ils sont, d'après la comparaison qui vient d'en être faite, également faux et également ruineux dans leur essence* Aussi» aux; yeux d^ la théologie , le panthéisme , dernier ré&ultat de la première de ces erreurs » est à pçine dis^ tingué j quant à la gravité du danger et quant au degré de fausseté , de l'athéisme, déplorable rejeton de la seconde. Elles occupent la même ligne de dépravation intellectuelle, parce qu'elles;

supposent toutes deux un égal oubli de la vé^ rite et un égal éloignement de l'idée du Dieu vivant. Cependant, jugées dans leur manif^ta** tion extérieure et sous le point dç vuq pra** tique , une philosophie de la nature , conçue dans un sens tout à fait païen, peut; si die i^t pr wntée sous des dehors séduisants , paraî^e pbis dangereuse et plus désols^e qu'un ratk>^ na^me modéréf revêtu de fons^s souples et habilçmei^t ménagées.

]\Iai^ si, cessant de lç$. considérw en eUes-r mêmes, nous^ les observons dans leurs rapporta avec notre époque et avec h guwre intettte-

usçON X. 155

tuelle qui la caractérise , je n*hésite pas un instant à soutenir que le rationalisme apparaît sous des traita évidemment plus dangereux, parce qu'il a jeté des racines plus profondes dans l'esprit de notre temps, parce qu'il est plus universellement répandu, et surtout, parce que, plus souple par sa nature , il s'insinue plus aisé-« ment dans le ^yst^me de la vérité dont il sait sans peine emprunter les formes; d'un autre côté, cette même souplesse le rend habile à

éluder les objections ou à capituler avec les difficultés. Poursuivi sous une forme, il se présente aussitôt sous ime autre , et il sait les varier à rin£ini« En un mot , sa subtilité est telle, qu'il serait difficile à l'observation la plus pénétrante d'assigner le point où l'on pourrait dire avec certitude que cette plaie de l'intelli-^ gence est entièrement déracinée et à jamais ex-> tirpée du sein de la conscience. H n'est qu'un moyen de se dégager des réseaux de la dialectique du rationalisme, c'est d'étudier les Icûs de la vie inteUeotuille duns le triple élément de la consdence* ^

Une fausse philosophie de la nature, au contraire (j'appelle de ce nom^. tout système scientifique de ce genre qui se met en opposition avec la religion, ou la renverse pour se substituer à sa place ), ne • présentera , si elle n'est qu'empirique , qu'un faible danger dans son action , et elle n ira pas loin sans s'évanouir d'elle-même. Si cependant une forte impulsion lui était donnée par la volonté, si l'esprit qui domine en elle, se révélait avec une grande portée, alors , s' apercevant bientôt de l'ctroitesse de ses premières limites et de l'exiguité de ses prétentions, elle jM:*endrait son essor et trouverait un passage pour arriver aux régions du divin. Du reste, la philosophie de la nature ne se présente pas facilement sous les dehors d'un tout systématiquement fini ou rigoureusement achevé; si elle prétendait se pro*^ duire avec les proportions d'un complet développement , elle serait bien vite désabusée , à cause de l'état de progrès ou se trouve encore la science qui en. fait l'objet. IH* qu'elle ne s*approprieplus que le deuxièrate rang dans For-

LB^çon X. 157

dre des sciences « et qu^elle se reconnaît subor* donnée à la philosophie de Dieu, alors renfermëe dans le domaine qui lui est propre , elle perd son caractère d*erreur religieuse , et elle est reconciliée avec la vérité ^ ou au moins elle est sur la voie de la réconciliation. Toutefois gardonsnous bien de porter un jugement aussi indulgent sur la déification toute païenne de la nature due à la science panthéistique.

•Ten ai assez dit pour compléter le parallèle que j'ai cru devoir établir entre la foi et Tincroyance; je crois avoir aussi suffisamment tracé le tableau de la conscience , envisagée dans les conditions de son unité et dans ses rapports avec la science. Un simple coup d'œil jeté sur les traits les plus saillants qui ressorteqt de Texposé de mes idées à cet égard, suffit pour déterminer le jugement et le choix de tout esprit sérieux qui n'a point oublié sa nature ni perdu de vue la vérité qu'il cherche et qu'il aime. Le mode d'examen auquel je viens de me livrer forme, à proprement parler, la tâche de la philosophie relativement à la question qui nous

168 PHILQSOPHIB 0B LA VIE.

occape ; et j'ose dire qu'à moins qae Fasquisse que )t yiens de fadte du tableau de la cons* cience « représentée dans son double état d'il'» nité et de division ^ ne soit foncièrement défee* tueux 9 le problème qu'ofifre le conflit de Tin^ croyance et de la foi est résolu quant au fond< Sans doute » malgré cette solution qui n'est que philosophique , la gueité intellectuelle ne sera point terminée ; le monde est toujours maître de disputer : pour déterminer une victoire réelle de la vérité, il faudrait peut-être l'aittiliaire

d'une puissance surhumaine.

n ne sera pas déplacé d'ajouter encore quel* ques remarques philosophiques sur la nature et sur certaines circonstances de la lutte des intelli'gences à laquelle notre époque est en proie. D'a^ bord il est aisé de reconnaître y ce me semlde i d après tout ce qui a été dit jusqu'ici , pourquoi la polémique, en général, est si infructueuse en résultats de conciliation, lors même que de louables intentions, une volonté droite y le sèle le plus pur pour la vérité, une grande péntoation d'esprit i et enfin une par&ite con^

LBçoif X. 159

naksiËice de cause dans les personnes qui là di* rigent) semblent promettre d'heureux rapprochements; on voit dairement, dis «je; pourquoi toutes nos discussions , même lorsque nous atons lieu d^en espérer d*amples succèa V sont si lentes à semer la persuasion dans lefi cftnts y tandis que la contagion de Terreur se propage avec une rapidité effroyable. Cette rapidité toutefois n'est point due à la puissance de la réthorique qui lui sert d'appui , ni à l'ascendant des talents supérieurs qui se rangent de son côtié en si grand nombre , mais bien , et c^est ce qui se Voit toujours en pareil cas , atr contact pestilentiel d'une atmosphère morale déjà tout imprégnée des miasmes de la corruption spirituelle. H n'en est pas de la réfutation d^une erreur philosophique comme d^un procès? civil discuté devant un juge ; ici , pour gagner sa cause , il suffît de détruire les raisons spécieuses de son adversaire , et de constater son droit par des preuves judiciaires. Sur le terrain de la philosophie, au contraire; voulezvous réïiiter un système d'erreur? Pendant que

TOUS serez occupé à en saper les fondements » deuxou trois autres s'élèveront peut-être» aussi dangereux que le premier; il faudra les détruire encore; et ainsi vpusnaure^ jamais rien terminé. L'exposition de la vérité, £adte d'une manière simple et sans passion ; le développement des hautes connaissances, présentées de la manière la plus claire et la plus complète possibje , me semblent être un moyen beaucoup. plus propre à consolider les principes du vrai et à propager les saintes doctrines qu'une attaque directe contre Terreur, lorsqu'une fois celle-ci a établi

SGfH empire dans le monde. Si on entreprend de la détruire à coup d'arguments, pour peiyu^^n s'en approche, on est entraîné avec elfiiBRios tous, ses détours, et souvent on s'égare aussi dans le labyrinthe des discussiqns. Supposé encore qu'on soit plus heureux, dans son système de réfutation, que gagnera-t-on ? Rien, ou simplement l'aveu de la fausseté du système combattu. De plus, le but des disputes ne doit point seulement consister à faire la guerre aux livres et aux mots ; c*est de l'esprit et de Mme de ^

rhomme qu'il faut expulser et bannir l'erreur ; c'est là qu*il faut rétablir le règne de la yérité et lui €OlM|uérir ce qu'il y a de plus intime dans le cœur. Or, un pareil résultat , si Targumentation l'obtient, ne peut être qu'individuel ; car il n'est possible que dans l'intimité de laconyersation. L'erreur, de même que la yérité, en se subjectiyant dans la conscience , se modifie étrangement non*-seulement dans chaque indiyidu , mais encore dans le même homme, à mesure qu'il parcourt les diverses périodes de l'âge ; en sorte que , pour aller la trouver sur le siège qu'elle occupe dans son sein, il importe beaucoup de choisir la bonne voie ; toutes n'y conduisent pas. Ce n'est donc que par des discussions personnelles que l'on peut suivre le fil de l'erreur dans chaque individu. •

Si, après cela, la philosophie se croyait appelée à la haute mission de détruire Terreur par des assauts personnels, il faudrait nécessairement qu elle donnât à son langage les formes du dialogue , pour s'accommoder autant que possible aux exigences de chaque individualité. Voilà

f$l PHILOSOAI8 ei LA VIE.

aosri p&«f^[ttOi t*kN:c» 6t tes a^ttrés diseiples dé SôCnité àtàitiat ador^té^ datas k gafeitè qi^ill liyr&iént tttil Isdtifaisfeè, là itmmt (âdillièMMè là cMitèirMHiôn ^ cdtttmè ëtàtit le tnôdè le plid

diâlôgUë 4itit tmitM§ né {yrcrdaitàit que dé déttti-fé^ltaté; tOtijdùrS paitë qoéj dépdiimi àé la aôu[dé^â« d'ttâ eBftfétiéfn ée tivé tok, â «e ponltâit qaé ^Gtcilêifièfit kïk)tà^ riSfêiû* Éùiab les f cyïtîM» Variées à riiifini qtkf lui eotnmùtiîque rinditidualité de châqtié ëônsdencëi II ne reneoùtf éfait (pÈé iot^à^mtnt la cùrdê qu il ùAt faite tibrer pcmi' déte^iâinéi:' la pdrsûa^li. Que &at-il àùùc tsàte p^or eupuke^ Teit'eur du Bàû

de riiitélligtoeéët ^tétal^r la térité?

II faut Cûtttttetteer p&t ewrrif ié iiéttS dt Pceil intérieur; tl &at faHUMlif l>S{>rH dû tetitré qu'il a péîfdvt ', û tAiit 6t»tâié gagft€f Tâtiaé ^ la (f anrfotnHîf «la fuii^f éVitïè d'toïè ftorttïâfe liie. Oï*, iM (jâftfl réSùHât jteut-il être obtentf ^^ t'iiitéftenlioû d'titoé feîrce divine? P«i»e-t-on qu'il en soit des gtaves dëlyats qui dirt la vérité pttut oljét ccfûitaé d'une action judiciaire , et

que ir pôtir gagnei* sa causej^ It suffise d'un habite

exposé dktlogîque d'un système de preuves ra^ tionnéUes; sans lè concours' d'une action morale qui pénètre jusqu'à Féssence dé Fâme ?

Or/nous sàVons que cette action nibrâle, éette vertu divine dont le Recours est indispensable à^ la conversion de la cotascieiice , excite eH e£fet ce qvk TÉcritar e slàinte nomme dans son lacfgage , Tép/éè spirituelle , laquelle péiiètré Jusqu'à la moelle dès os j et sépare Tltme d'avec l'écrit; Cette exprèssioà ùe FÉicriture est profondément significative ; dk dépreint de' la ma» liièré kt phis énërgiqcre la doùlotcretf^e opération à laquelle sont soumisses le^ âwê^ qifi cbfercbféift k sotth de Pétat d'eïréur. Sî la tnôrt ordinâîre,^ où l'âme seule est sépâifée du corps,' ^atfs être ett outre troublée d^ns toft laâbû a^ee l'espt^ v ptèserttt déjà Fîdéé dHiwe ^ssteû' ftolètite , combieii phïs décMrMf doft être* Fatte-qat Vàtrachie à Vuniôtf ifattrfellé» dô ce dwnfef; Cet adte cependatit cfst la cûhdititrri îndmpënsaMë' dfa triomphe de la vérité dans la guerre à mort que

lurlivre l'erreur. En effet t lorsque la conscience

humaine s*est transformëe en chatpp de rerreur,

Tesprit et l'âme croissent sur cet impur terrein, unis par les liens de Talliance la plus intime. Or^ pour déraciner le germe de la maladie intellectuelle , il n'y a point ^ d'autre ipoyen qu*une division yiolente des éléments delà conscience, par suite de laquelle un trait soudain de lumière éclaire l'esprit sur la profondeur de l'abîme ouvert sous ses pas , et l'âme ^ arrachée subitement aux séductions dé la fausse vie dans laquelle elle s'était endormie^ subit la transformation d'une conversion complète. C^est de cette manière que se remporte la victoire de la vérité sur l'erreur et l'incroyance.

Au reste ^ il n'est pas toujours nécessaire que le tranchant de cette épée spirituelle ait la parole pour mobile ; un événement tragique , une

catastrophe survenue dans les relations de notre vie personnelle peut aussi en diriger le coup, et opérer dans le sein de notre conscience la dissolution salutaire d'où naît la réforme de notre pensée.

Ce que cette arme merveilleuse de l'esprit

fait par rapport à un individu , elle peut aussi le faire par rapport à toute une nation ou à toute une époque ; elle peut même opérer la conversion de rhumanité entière. Plus d'une fois, dans le cours de nos leçons subséquentes , nous aurons Toccasion de revenir sur le thème si riche en réflexions de l'époque du monde où nous vivons.

Dif rapport 4e la vérité et de ^Bti^^ppe hhf :m^ ^ ^^ ffiffiif. dans son application à Tordre des réalités.

Messeetjrs,

Le premier pas par lequel Tesprit signale son entrée sur le terrain de la vérité consiste à reconnaître Tunion fondamentale de la science supérieure et de la foi divine. Il a fait le second pas lorsqu'il est arrivé au point de saisir la différence radicale qu'il y a entre la foi î d'une part (je parle ici de la foi simple, prise dans son acception universelle , et conçue dans ses rapports d'alliance avec la science), et entre rincroyance, la fausse science et les divers systèmes d'erreurs, d'autre part. Et remarquez que ce que je dis du progrès de l'individu doit s'entendre également de la marche intellec-

tuell» dtt gnre humain m général, oud'mie nation et d'une éfK>quQ en particulier. J'ai fait Toir dana raea deux précédentes leçona corn* ment l'esiprit ^'élève successivement à cee deusç premiers degr^ de l'éçbeUft qui forme l'Aude de la vérité. Nom allons considà^r a^o™d'huit ainsi que dans toutes les leçons qui vont suivre» son application à Vordre dei réa» lîtés. La nouvelle phase sous laquelle il va nous apparaître peut être envisagée comme la Irpi^ sième période idu développement. En obaw* vant ainsi Tef prit «'exprimant dans^ la vie réelle» les deu^ premiers degrés da son a^ccnsioni c'est-'à-dîre le coneept Condamental ^e la vérité qui çert de base k la restauration de la CQn«^ cience, et l'aca^e révère du jugement par lequel elle est purgée de toute erreur» recevront leur terme et leur complément du contact de la

réalité.

Mais avant d'entreprendre de résoudre le inrol^ème qu'offire Talliance féconde de l'e&prit, ou , si Ton aime mieux , de la science avec la vie , il me semble convenable de placer encore

(êé PHILOSOPHIE DE LA VIE.

ici quelques remarques faistoriqaes sur ce qui a fait Tobjet dé lios entretiens précédents. Elles en formeront le complément en même temps qu'elles serviront de transition pour arriver aux idées qui nous occuperont désormais.

L^alternative incessante de prépondérance et de crédit que, dans la succession des âgesr de la société , la foi et Tincroyance prennent Tune sur l'autre au milieu de Tétemelle guerre qu'elles se livrent réciproquement; l'instabilité des victoires remportées tour à tour durant la révolution des époques de la civilisation, par la vraie science et par l'erreur systématique , toujours aux prises Tune avec l'autre v sont lin fait du plus haut intérêt pour la philosophie , qtii y puise des leçons précieuses et extrêmement variées. Je ne citerai que peu d'exemples de ces révolutions du monde des intelligences , et )e les choisirai parmi ceux qui me sembleront être le plus en rapport avec le but que je me propose, ou promettre les conséquences les plus importantes.

Notre attention se bornera à deux phases de

LEÇON xr. 169

rbistôire ancienne. Nous observerons d'abord sous son double côté Tétat intellectuel du premier inonde ^ puis nous passerons au déyelop** pement ëtonnant que prit la science chez les Grecs à Tépoque de leur ciTilisation. Nous suivrons le progrès de la pensée de ce peuple éminemment spirituel , nous la verrons dans sa pureté première, ensuite dans Tétat de dégénération qui suivit de si près. Mon but en proposant ces deux périodes de l'histoire de Tesprit humain , est surtout de fiaire voir que tou« jours la vérité précède l'erreur, et que toujours le vrai donne l'impulsion au développement de Fhomme intellectuel.* Je ne prendrai pareillement que quelques exemples de l'histoire moderne; )e les choisirai dans les âges qui présentent le caractère le plus désastreux. Us ser- 'fîront à constater qu'il est des époques dans la '"HH^'^ôn des siècles, ou le problème de la If ses rapports avec la vie se corn-

solution en devient

170 PHiLosopmE m ik vie.

w 1^9 plu9 heureux comnieiiceqiçiii|$ V s'engage tout à coup dana upe fausse direction ^i et finit par manquer son but ; et, pour parler de notre époque^ la science ne présente-t'HiUe pas^ 4ws son application à la yie réelle une question non résolue?

Ces abserrations ï ayant pour objet les rap-* ports réels de la sdence et de la vie , tels que les présente rinstoire dans l'une coQime dans Tautre des époques de l!humanité que nous venons de désignerî peuvent , par la solution des difficultés qu'elles présentent; servir d'in« troduction à la théorie que nous dOions cheiw cher à établir sur Tapplication de l'esprit à l'ordre des réalités.

Quand nous portons nos regards sur l'enfeuice du genre humain et sur les premiers temps du monde , partout nous trouvons les traditions sur l'origine divine des choses mêlées aux figures et aux fables du paganisme ; et nous sommes habir tués à envisager le paganisme, partout où nous le rencontrons , comme quelque chose de men-^ songer et d'idolatrique , ou au moins comme

jffifi pTOdftCjtip^ foUç jet £a})yleuse 4e l'imîfmar tipn. Or» cp ioiélangc 4fi (radilioii^ et de synjbr

})ples paiLeçi9 e§t-il po»fprwe |i te wtw^ d^s

chose? ? ÎÎ9 {^ip^r^it-il pas fidmettr* jdwtôt qw^ d^ns $pn origiaç^ Tl^rrçw qu'il rçjçjSîle $ç pré3en-

jgtjil; j&p^s i«iç form? plws sîixiçle , <w »uppo3aat tPHtpfQÎsqw'U dpirp ï^QQ p«w»pe à IWcw pure ? Il <;$jt vr^i quç ][p pju;» Ipia qu^ 110113 puûi^ 5Îpns por(^ qpfif Fieçardf^ «w le t^rraÎQ de l'aotl* fljujfcé, |ç(5 Ixaditipnis çt 1^ wage» de^ aQCieoB peur çle? nçps ppé^putept mnyersellement le pagamms ddil« up etfLt dfi confusion fantastique plus Qia m(m^ pFQfondi». C'est partout un Teritable ^aos, dans lequel nops démêlons à peine, au milieu des figures symboliques de la nature, quelques grossières esquisses de pensées décousues , Qii quelques faibles essais d'idées isolées. La eû^olio de pouvenirs historiques et tradi«tioanel) qui la recou^re^ couche sur laquelle ont été Jetées, souTent avec tout l'arbitraire d'une poésie dé'rergpndéev les couleurs locales dNine naticm, d^un peuple et quelquefois d*une race et dSinç femiUe, aekèye dHmpriimer le sceau

de rénigme à ce bizarre assemblage de conceplions de tout genre. Comment se flatter de trouver facilement une issue pour sortir d*un parreil labyrinthe ? Ou prendre le fil d'Ariane ?

Il est vrai que nos connaissances et notre certitude historique ne remontent en gênerai pas très-haut dans Tantiquitë. Le déluge auquel nous ramènent les souvenirs de tous les peuples, et dont les sciences terrestres , telles que la géographie, la géologie et la géognosie , constatent Texistence par une masse de preuves irrésistibles , forme un abîme difficile à franchir entre le genre humain des temps postérkurs et la race gigantesque du premier monde abîmé sous les eaux. Cependant une critique soigneuse saitt dans les recherches historiques faites sur cet amas chaotique de toutes les mythologies, distinguer les différenteis couches qui le composent ; elle sait séparer les symboles aux proportions colossales des premiers âges du monde, d'avec les mythes plus raffinés des temps subséquents. Or, ces traditions et ces symboles des premiers tempSy lesquels, à raison de leur air de jeunesse

et de naïyeté, peuvent être considérés comme l'expression la plus simple de la mythologie en général, et forment comme la base de tout Tédifice du paganisme , ne sont à leur tour que le résultat d'une flerturbation plus. ancienne survenue dans le domaine de la vérité.

Mais si loutes les mythologies s'accordent à nous dire que le genre humain n'a point com* . mencé sans Dieu , et que le premier homme , sortant immédiatement des mains du Créateur, a été, en sa qualité de fils premier né de la terre , placé dans le- sein de la nature , nous

sommes aussitôt conduits à admettre que celui-ci ne put être sans la connaissance de la divinité a^ec laquelle il conservait les rapports vivants de son origine. Je dis plus : nous sommes autorisés à reconnaître que cette connaissance divine était principalement une àotion intuitive que la nature lui révélait immédiatement , en sorte que Ton peut prétendre qu'il voyait Dieu dans la nature, et, par une conséquence nécessaire, qu'il voyait la nature en Dieu. Cette idée de Dieu , manifestée par la création , était le vrai

4fi PHiLoso#Ëœ €à ik vœ.

^t^ixàë iês piëui fikiëê Sa ^lit^mSiûa, si pàrlSi dotiàélMendoàsléf religion haftàf^è aérén^ fâdcë du genre Haiàm, tfflè ^ VÉtUtUté èidiUé et le^ ttiMàiis i^và h'f HpptktêHt Hm èti dônflènt ï'idéé. *

Dans lordre suivi {iar Diét^ àkHsk itiâtàm tationdë la vérité, cette tohhiàséitite dii Créa-

teur par la nature éèt là pfeàûèfe et la ■^HtH andei^àë l'é^élatîon' qtiî ait été cônâôhmiqtiéë* i Yhotnnié ici-bï». H izâpo^e ëxiténiëmhi de né poitit ht confondre àv'ét la liëèonrdé f do^éè bëancoâ^ plus tar^, doM l'objétr est UÈA éîmé pdSliivëfeÉéè pài-rÉcritûréV Auééi^AàBm tt^ ^ëà ài&iàs , les ioyoA's-tfôtis toû^oiàraf ^gtréiâe' méHi diàtiùgùéésrûnë détMée. Làiol iMnifê^ tée pit U ^éVélàtiôii dé' la ûitixte , Ibr ^ li'étaft ^oiât gi^avéé ili^' dés iàbfé^ d'àiMtk, rb'àis' (piëïé tàkut éi la consdénëë dé rhottdihé lîsaSéift ttliti^écBateëïoeïïi, éh caractères: vivants et B-HlIMs dé lunrïëf e V sû^ t6Uâ les points dé fé> â^attvbU, étafit béaM^cotip plù^ iiinplè et par coili$'éerde&t moins génatite que éelle qui, dani lés téiàgi pôàténeârât fût consigùéè éaits léà Hvte^. Éa

première màt été âônnëë à rhoihiàé Mê@Hi iiitaèt datis sa nature ; k sëti^fnée eût fidttf ëb-t Jet le stdfat d'iffi peuple déjà fen éégéât^f é , tft Il garde de ses mosurs m xeà^iii dé éatioiift efi^ coFe beHutotfp pim abouties que M. QëUé-â est également moins ônérensè et iùbink pèÈMé dans ses préceptes que la loi ndiitellè ^ ati^ noncée a toutes les [nations dans lé troiiièhië âge du monde ; car cellé-d aussi A nti tërtàé îh^ fimmeiii {âus difficile k atteindre i elle est destinée à former Thomme pour la Itftte décisÎTe qdi doit détermider la victoire wmplète dé la vérité sur Fespirit du mal et daf éieii^is^éj ainsi' tfu'à le libérer de ses àhcieimés dettes él à rai&andn^ du joùg qui Tdppirime.

Mu par les senrtinfeiits é'ttke é^gé p^teiririté ; le Créateur de Thomme a dispoà<é dés lois psfrti'^ tôlières, eenespondant Ttéx bè^iilis de» difié-^ réms âge du geiire humaân. Il dofnne h f entaftcSe du monde une toi féconde de Vie i €>it-à-^dire la Idi d*«ne ricke- expans&on et d'un florissatit déyelopi^enieirt de^ f «ces titales. Il dote sa jeunessie d'une ki de rigouteu^ p#éparatioii , de

176 PHÎLOSOPfflB DE I^ VIE.

promesses et d'attente. Arrivée à Tàge mûr, rhumanité est dirigée par la loi d'amour et de perfection , loi destinée à conduire l'homme à un triomphe décisif sur ses ennemis ; et ainsi cette dernière loi » conformément à la fin pour laquelle eUe a été donnée , recevra une nouvelle application et une nouvelle force pour résister à la lutte qui caractérisera les temps qui précéderont la consommation des choses.

Mais si la loi de nature , donnée à l'homme dans le premier âge du monde; diffère de celle qui lui fiit communiquée par la seconde manih festation divine, nous pouvons dire aussi que cette première révélation, ou si l'on aime mieuxi cette connaissance intuitive de la nature , diffère essentiellement de ce que nous appelons nos sciences naturelles , lesquelles ne sont qu'un système de notions partielles \ combinées par Tart des hommes. Celles-ci ne font guère qu'indiquer à l'esprit humain la voie à suivre pour arriver de nouveau à la vie et à la vérité de la nature , voie dont il est loin d'atteindre le termei quelle que soit l'étendue qu'il semble en avoir

déjà parcouru. H en était bien autrement de la science naturelle du premier homme ; son œil en percevant immédiatement et en voyant en quelque sorte Dieu dans la nature y contemplait en même temps la nature dans Dieu ; et , pour être éminemment simple en elle-même, cette sublime connaissance n'en pénétrait pas moins profondément les parties les plus intimes de la conscience où elle se transformait en un élément vivant et agissant ; on peut même dire qu'elle ne dijQérait point de cette vertu prodigieuse, de cette force magique que Thomme, durant les premières époques du monde , possédait sur la nature ; force dont il fut dépouillé dans la suite, ou qui ne se manifesta plus que dans certains cas , par de rares phénomènes auxqi^els leur isolement a donné le caractère du merveilleux.

Nous nous représentons peut-être en général la première partie de l'humanité , que nous dérobe le mur de séparation du déluge universel, sous des traits qui ressemblent trop à la condi* lion profondément dégénérée des races postdiluviennes ; et f par une conséquence naturelle, IL 12

17S PHiLospraiE ne u. vie.

noua nous méprenons le plus souvent^ d'âne manière étrange v sur la portée grandiose de l'action de ces premiers hommes , soit dans le bien y soit dans le mal. D'abord il est extrêmement probable que Tatmosphère , dans les temps de la vigoureuse jeunesse de la nature , différait considérablement de ce qu'elle est de nos jours; et c^te seule remarque implique déjà la néces** site d'une modification importante dans le ré«- ^me alimentaire de l'homme: Si l'on ajoute quelque prix aux plus anciens témoignages his« toriques à cet égard, il sera à peine permis de douter que les premières races humaines |n'aient été douées , au moins à Tépoque qui précéda la perturbation du globe , d'une structure de corps gigantesque , i laquelle correspondait une force d'esprit proportionnée. Il est encore moins permis de regarder comme invraisemblable en ellemême , et d'éluder par des hypothèses explicatires insoutenables, l'opinion, si conforme aux données de TÉcriture , de la prodigieuse longévité humaine de ce premier âge du monde, longévité qui, comparée à la courte durée de

notre vie, n'est non plus rien moins que gigantesque.Or, toutes ces éminentes prérogatives de la première existence étant admises , on conçoit aisément dans quelles grandioses proportions devaient se développer dans la conscience « humaine, unie à Dieu par toutes ses facultés f les connaissances intuitives des pères du genre humain, connaissances fondées sur la foi vivante dont la nature était le symbole. On conçoit aussi dans quelle effroyable dégradation durent les précipiter Tabus criminel de ces mêmes connaissances , et une coupable direction de leur esprit. Si nos conjectures à cet égard, va labsence de renseignements'historiques circonstanciés, s'écartent en quelques points de la -vérité, nous pouvons néanmoins être certains qu'elles demeurent vraies quant au fond ; en effet , il est une règle fondamentale , confirmée par rétude de la nature et de Thistoire, sur laquelle nous pouvons en toute coiaftance asseoir nos jugements dans de pareilles occuiTcnees : c'est qfte les grandes choses, quand elles dégé-

nèrent de leur nature, prennent un caractère

épouvantable de désolation. Et c*€St ainsi qu'il semble en avoir été de Thumanité, dans les temps qoi précédèrent le déluge.

Un grand philosophe allemand , qui à cette qualité joignait encore le titre d'historien savant et de matUématicien profond , a émis , vers la fin du dix-septième siècle , la proposition suivante y savoir : que la dernière secte qui naîtra dans la chrétienté, c'est-à-dire, dorant le cours du développement de la révélation divine, qui aura pour terme la fin des temps , secte qui se propagera en même temps d'une manière universelle et terrible , sera l'athéisme. Cette proposition, qui ne devait parsatre qu'un paradoxe à Fépoque , si riche en espérance , qui servit de transition du dix-septième siècle au dix-huitième , où pour mieux dire , de ce qu'on appelait ignorance et vues étroites aux lumières , & la :suffisance intellectuelle ; cette proposition, dis-je, maintenant que de nos propres yeux nous eii voyons l'objet beaucoup plus rapproché de son accomplissement, commepcePà nous frapper d^étonnement, pour «e pas dire d'ef-

J^RÇOti XL. 181

froi , sur la profonde portée de Part divinatoire du philosophe.

Mais peut-être aussi, comme il arrive souvent, que le commencement et la fin des choses se touchent , cette dernière secte sera-t-elle ce

qu'a été la première dans la dernière période des temps antédiluviens ? Or, il est incontestable qu à cette époque une stérile incroyance , ou bien Tathéisme et les froides négations d'un entendemexît glacé, étaient aussi incompatibles avec les éléments de vie qui formaient alors les conditions d'existence de Tesprit humain , qu'un paganisme mort et dégradé , réduit dans ses dogmes à un état de symboles arides et de corruptions purement matérielles. Ce n'est que depuis que Thomme eut perdu sa force magique sur la nature que l'imagination se mit à créer les images du paganisme. Privée dès lors des rapports vivants et agissants qui l'unissaient si merveilleusement au monde sensible , elle fut réduite aux expressions symboliques de la vertu dont elle venait d'être dépouillée. Alors aussi la raison , autre clément

efficient de la pensée, se développa de plus en plus. Et^ Ton peut admettre avec fondement que, par suite de la catastrophe qui troubla si profondément l'alliance de Thomme avec la nature , la conscience de celui-là fîit essentiellement altérée et modifiée.

L'idée la plus juste sous laquelle on puisse se représenter l'état d'abomination où tombèrent les générations antédiluviennes dans les moments qui précédèrent immédiatement leur ruine, est celle d'une rébellion ouverte, d'une révolte formelle contre le Créateur et l'auteur de tout bien, et celle de l'établissement sur la terre de l'empire universel et visible du principe du mal et de tous les esprits malins , tel qu'on le trouvé dépeint dans les anciens livres pour les temps à venir de Tantechrist. De pareilles dispositions hostiles à la divinité, de la part de l'esprit humain , peuvent sans doute être nommées athéisme; mais c'est un athéisme d'un ordre particulier.

Quels que soient les traits sous lesquels nous

nous figurions le profond désordre qui amena le déluge universel ( car souvenons - nous toujours que nous sommes ici sur un terrain de conjectures , où nous ne pouvons former que des hypothèses plus ou moins vraisemblables ) , toujours est - il vrai de dire que la puissance spirituelle des habitants du premier monde dut porter un caractère magni^ fique de grandeur, tant qu*elle demeura unie à une foi pure et intègre ; mais aussi lorsque , déviant des principes du vrai i ils abusèrent de cette même puissance y leur chute dut être effroyable* Une fausse application de l'empire v si considérable encore , qu ils exerçaient sur la nature , ne pouvait que faire éclater celle-ci en • excès féroces et monstrueux de tout genre. Voilà pourquoi aussi, pour remédier à un mal si universel et si énorme, il ne fallut rien moins qu une destruction universelle de la société et une rénovation radicale de la race hur maine.

Bien qu'à la suite des désastres qui furent la conséquence des châtiments divins , la sphère

d'actîvfté de rbomme se trouvât considérable- . ment circonscrite , la chute que firent les générations subséquentes n'en fut pas moins trèsprofonde aussi ; et la transition du biéa au mai s'opéra avec une rapidité surprenante.

U est aisé de comprendre que tant que Thomme conserva la foi ifivante que lui dictait la nature et que sa vie ne connut point la fausse direction d'une civilisation factice , la séparation , si contraire à T essence des choses , qui s'établit plus tard entre la science et la vie y ne » pouvait avoir lieu ; il n'était mémi^ pas possible d'en avoir l'idée. Et cette union si intisne entre la vie et la science ne dura pas seulesuent pen-* dant la première période de l'âge d'or du monde , c'est-à-dire pendant que celle-ci conserva sa pureté native; mais encore eUs se maintint durant l'époque de la dégradation amorale, lorsque cette même science fut transformée en principes pervers et en idées démoniaques. C'est précisément à cause de cette unité primordiale de la science et de la vie, que cette première partie de l'histoire de l'esprit humain

LBÇON XI. 185

mérite de trouver sa place dans Texamen que BOUS nous sQissaaes proposé de faire des rapports Kcipcoques dans lesquels se trouvent, aux différentes époques du monde , ces deux sphères d'activité , csnti^es principaux du développement humain.

Il ea fut tout autrement, à cet égard, de la philosophe grecque , à répoque de la civilisation de TeBtiquité classique. Elle nous apparaît déjà tovL% à fait en dehors de la vie , surtout de la viç publique, soit politique, soit religieuse, avec laquelle elle est en opposition tranchée.

Après avoir fait voir comment le paganisme, si effroyablement défiguré «par la succession d£S temps , remonte par voie d'analogie à la religion si simple et à la foi naturelle si pure , dans son origine , des pères du genre humain , je croîs devoir faire observer semblablement, par Thistoire du développement du monde intellectuel (et ce sera le deuxième exemple que j'ai promis de citer), comment dans les temps postérieurs, les systèmes d'erreurs les plus vicieux et les plus funestes supposent toujours^ à

186 PHILOSÔf^HfB OB LA VŒ.

leur origine ï une science plus pure et une conception plus intègre de la vérité.

Vouloir accuser de matérialisme les philosophes ioniens, ces premiers édificateurs de la science ancienne par cela seul qu'ils admettaient Teau , Tair, le feu; comme le fondement et le principe des choses^ et en faisaient la base de Tédifice de leurs doctrines, ce serait vraisemblablement tomber dans une étrange ïnéprise ; en effet, ils concevaient ces éléments dans un sens plus spirituel, et d'une manière toute vivante , en tant qu'ils sont les conditions essentielles de la vie universelle ; ils ne méconnaissaient pas pour cela Texistence d'un esprit supérieur et d'un entendement divin gouvernant et modérant tout dans la nature. L'histoire nous apprend positivement que la cosmogonie d'Heraclite qui envisageait le feu comme la force fondai^entale de la nature et comme le principe de toutes choses, portait le cachet d'un haut spiritualisme. Nous devons en dire autant des principes d'Anaxagore , dont Socrate fut le disciple ; je pourrais encore » si c'était ici le lieu , citer, à la

LBÇON Xlé 187

louange de Theureuse impulsion donnée à la pensée philosophique de cette époque mérno^ rable f de nombreux témoignages du fondateur^ si universellement vénéré, de la thérapeutie scientifique , lequel a puisé tant de choses dans les doctrines de ces philosopheSé La considération seule que Socràte s'est formé à Técole ionienne suffirait pour me dispose^ à porter un jugement favorable sur Tensemble des doctrines qui y ont été professées y encore que nos connaissances à Tégard de quelques - uns des plus anciens penseurs qui y ont pris part soient trop peu complètes et trop peu certaiiies pour servir dé base à une décision définitive à côt égard.

Au reste ^ toutes les fois qu*il est question dé Tesprit religieux ^ soit de la philosophie des Grecs en général^ soit d'une de leurs écoles en particulier^ il faut admettre ^ pour règle d'appréciation ^ de ne chercher dans leurs pensées que les vérités et les dogmes universels qui ont leur base sur le sentiment même de Thottime , tarit que celui-ci demeure exempt de déprava-

tion : tels sont Viàée d'un Dieu vivant et îiypostatique, d*un esprit éternel gouveroaoi toides choses^, rimmortalité de Tâme , la liberté» de même que les maximes immuables du droit ^ àt Thonneur, des mœurs et de la vertu. Prétendre trouver dans les doctrines des philosophes , à des temps encore si reculés , les notions détaillées de U ^oi positive , ce serait leur demander compte injustement des lumières de la révélation dont Teffiision n'a été faite qu'à une éppque bien ultérieure. Bien loin de nous étonner ou de nous scandaliser de ce que , dans les écrits de Pythagore ou de Platon, il se rencontre certaines idées qui, rigoureusement examinées , ne concordent pas avec le christianisme , nous devrions bien plutôt nous sentir saisis d'admiration et de joie de ce que ces célèbres penseurs ont, de leur propre force , connu , su, pressenti et enseigné tant de choses qui ne devaient recevoir»^ une pleine lumière et faire partie du domaine de la conscience générale qu'à une pé^ riode beaucoup plus tardive du développement de l'esprit hummn. Et c'est ainsi qu'envi-

sageaient la chose , dans les premiers siècles de TEglise , les pères les plus éclairés de la doctrine et de la science chrétienne.

Cette haute direction religieuse donnée aux conceptions de Pythagore et de Platon , ^ par exemple ; ce pressentiment scientifique des idées du christianisme et des maximes qui appartiennent à l'époque de la révélation, n'ont pu avoir lieu sans une impulsion supérieure providentielle. Il y a évidemment dans les sublimes efforts de la philosophie grecque , telle qu'on la voit dans les doctrines des esprits supérieurs qui ou concouru à sa fondation, une disposition divine qui prépare les voies à l'immense manifestation de la vérité qui doit suivre; c'est comme une préparation évangélique ou une introduction scientifique aux idées du christianisme. Ceux qui tiennent le premier rang parmi cette masse imposante de graves penseurs sont sans contredit les pythagoriciens, dont toute la science était dirigée vers les choses divines:

J'ai déjà fait remarquer qu'en ce qui con-

cerne les sciences naturelles;; ils possédaient déjà et peut-être mieux que nous les connaissances les plus intéressantes entre celles dont notre histoire des découvertes, depuis trois siècles, est si fière et si jalouse. J'ai dit aussi qu'ils n'étaient nullement étrangers à la science de ces mystères de la création qui, depuis un demi-siècle, jette notre philosophie de la natare dans un si profond étonnement. On se souvient également de ce que j'ai rapporté de leur manière d'envisager la science des nombres. Ils n'en faisaient pas comme nous un espèce de jeu scientifique dépourvu d'intérêt , ni un vain système de formules mathématiques ; mais ils rétudiaient dans la loi du développement de la nature et de la vie, consultant pour cela ses immuables proportions et divisions y ou bien la succession des époques critiques qu'elle présente dans son application.

Mais, pourrait-on demander, d'où leur sont venues toutes ces connaissances sublimes? Cornment se fait-il que, sans le secours du télescope qui alors n'étsdt point inventé, et avec le Êûble

auoaliaire des calc^ls mathématiques encore si bornés de lei^ temps, ils aient rencontré dans leur astronomie le vrai système du mx>nde7 Dira*t-on qu'ils ont emprunté toutes leurs idées aux Égyptiens ? On ne ferait par 4à que reculer la difiicultésans la résoudre. Au reste, l'admission de cette hypothèse ne ferait qu'ajouter un nouveau genre de gloire et de mérite à leur talent scientifique ; car eUe supposerait en eux, comme autrefois dans Mmse , Texistence d'un tact merveilleux pour démêler et choisir ce qu'il y avait de meilleur et d'essentiel dans la science égyptienne» qui alors, sans doute, était déjà souillée d'une foule d'erreurs magiques , capables de séduire des esprits moins dairvoyaqts.

Longtemps après, et jusque dans ces derniers temps, on s* est servi de la science des pythagorideps comme d*un manteau pour couvrir les sombres doctrines d'un mysticisme dangereux, comme aussi le nom des néo{datoniciens a souvent été le mot de ralliement des enthousiastes

de toute espèce. Qu'il y ait une alliance bis-

torique entre nos prétendus pythagoriciens mo-

deiïies et les philosophes du même nom des temps anciens , c'est une chose Su moins fort douteuse; mais fût-elle vraie, on ne pourrait en* déduire qu'une seule «conseifafience, et ce serait une nouvelle preuve de la maxime générale avancée plus haut, savoir : q[uë tout ce qu'il y a de grand dans les différents ordres du nohle, du heau et du grand, lorsqu'une fois il dégénère et se corrompt , tombe jusque dans le dernier degré de la dépravation, et finit par se présenter sous les formes sauvages de Terreur la plus profonde.

Pour bien juger des doctrines pythagoriciennes dans leur rapport avec la vie et la politique, car on ne peut nier que Tune et l'autre ne soient entrées pour quelque chose dans le terme des efforts de ces graves penseurs, il faut avant tout tenir compte des mœurs et des opinions régnantes chez les Grecs de leur temps ; il faut aussi ne point perdre de vue le bouleversement profond déjà survenu dans les dHTérents, éfeâjts de ce même peuple. Cela pœé , il pi^ak ip^*feste qu'il entrait dans les vuieS: de Fs^yiia^oe

qu'ils formaient entre eux, de former comme une puissante aristocratie spiritueUe, basée sur la culture scientifique de Tintelligence , sur la noblesse des mœurs et de la vertu , dans le but de fonder une constitution politique meilleure, et de contrebalancer l'anarchie et la souveraineté démocratique;, qui, à cette époque, déchira tou^ tes les républiques , grandes et petites. Mais le mal avait déjà &it trop de progrès pour que leur plan régénérateur pût être exécuté ; leur entreprise échoua , et ce non-succès entraîna la dissolution de leur ligue. Plusieurs vues politiquet» analogues, que Platon a, plus tard, consignées dans sa philosophie , sont pareillement restées à Tétat de piore spéculation et sans aucun résultat pratique.

Mais si rinfiuence politique de la vraie philosophie fut nuUe , il n en fut pas de même de celle qu'exercèrent les sophistes. Ceux-ci, sous le rapport politique, furent^ dans toute la force du terme , de dangereux démagogues et de bas flatteurs du peuple qu'ils entraînèrent à sa perte.

î^on-seulement ils ruinèrent la religion poétin. 1 3

194 PHILOSQnHB PB LA VIE.

que et purement extérieure de leur nation,^ mais bien plus ils sapèrent jusqu'aux maximes et aux sentiments qui servant de base à la' moralité; en enseignant un athéisme tout (pratique qu'ils firent prévaloir dans la vie réelle.

C'est id que pour la première fois^' dans Thistoire^ la philosophie grecque nous montre le phénomène frappant de la science du vrai et du divin repoussée par la vie extérieure, isur laquelle elle ne peut plus exercer son action bien^ Causante; tandis que la science sophistique de JL'eireur se propage partout^ et pénètre de sa corruptrice influ^oce, à la faveur de ranarchie qu'elle provoque^ les mœurs et les usages de tout un pei;^e , et le précipite ainsi de révolution en ré^ Vplution;

L'isolement complet de la vraie science^ avec laquelle la vie et surtout la vie publique vensdt de divorcer,* se reproduisit et se personnifia «n quelque sorte, sous les ^traits les plus caractéristiques; dans le plus grand esprit des philosophes des temps qui suivirent, je veux dire dans Aristote et dans la position sociale qu'il garda

par rapport à so?| pièjçle; Tppt Ç8 que h pçnsép bumaipe avait produit à^ rsmt^^i^^l^ avant lui , cç penseur sagace I9 reeufi^lit avec un tact el upç appUcatipR a4inira)>liç; il l'anaîysa avec le ÇQÙp 4'(;çil (i^jçuqic ^critiqua wbttts^ puW, par W acte 4e son va^te enteniiemwt $ û l'ordonna «n

»n no^yftau tppt, ^t ep fprnia un yériteble sy3tè»$ , ce qi4 ju3quç-là c'avait poiot encore été

Quelle que pnMiç« êtr^e notrç admiratîofli

PQ^^ Ijp gé»îç d'Arî$tot;p, q»i pçu|: pa?sçr poiir

le iw^e j Jbç pédagogue de resprit lnun^alu^ wit SÛÏ13 le rapport de la pénétration de l'e^Ditepdemept et 4e la profopdeur 4® h scieuçe » soit

inéine (CojnnK écrivaiii I pf>u3 gommes forcéa de reconnsâtre que son système jei^erme ^ d'une

n^iapière wapjf este » le germie des deux foripes jçapitales 4e Vf^vmr philosophique^ c'e5î-à-4ire 4» paturali^ipe etdura!tioAali?jne.AM§?j, â^ns

Itfi siècles poçtérieurs, les ayo^-np^s vue^ resaor^r l'yne et rayitre de§ égrit^ 4e ce philosophe, selon que la disposition générale de$

^rits eu favorisait ou non le 4évcloppemem

196 PHILOSOFHm DB LA VIE.

n serait à désirer qu'au moins , dans ses notions sur la divinité, la critique eût précisé davantage sa pensée. Il y a plusieurs points , tels que les idées qu'il émet sur l'activité individuelle et absolue de la raison , où il incline visiblement vers Tidéalisme ; or Tidéalisme , comme nous l'avons déjà dit, ouvre la porte à Tathéisme scientifique. Ce n'est qu'à des époques bien reculées dans l'avenir que les doctrines d' Aristote reçurent leur plein développement. Dans son temps, ce philosophe se borna à former une petite école, dont l'action sur la vie publique fat bien inférieure à celle qu'exercèrent deux autres sectes, par lesquelles se termine Thistoire du développement de la philosophie grecque.

Le système des stoïciens, avec sa morale dure et impraticable, avec sa nécessité absolue et son destin aveugle , se présente tout d'abord sous' les traits d'un austère rationalisme. La rigueur rebutante de ses maximes de conduite lui procura peu d'adhérents. Le naturalisme délicat des épicuriens, au contraire, se propagea

universellement ; il prit insensiblement la place du paganisme mythologique qui s'évanouissait de plus en plus. Bien que différent quant à ses formes, il conserva les mêmes bases païennes. Une indifférence complète pour toutes choses, une heuteuse oisiveté , les jouissances personnelles, telles furent les règles de sagesse que les partisans de cette secte introduisirent dans la vie : au reste, ils ne firent que les emprunter à leurs divinités.

Mais si c'est Fépicurisme qui est la cause de cette perte de tout sentiment et de cet épouvantable vide moral d'où jaillirent les flots de corruption et de ruine qui se répandirent toujours de plus en plus sur la société, on peut dire aussi que le' stoïcisme n'était pas la barrière qu'il fallait opposer à la contagion de cet abrutissant sybaritisme.

Appréciées dans leurs rapports avec la vie publique, avec la société et l'état, les maximes des stoïciens présentent plus de dignité et de grandeur que les voluptueuses doctrines des épicuriens ; voilà pourquoi aussi les grands hommes

d'ëtàf deHoméy li partir des derniers temps de la république jusqu'aux derniers siècles dé Pcmpire, leur furent également fkvo^ables. Mais si nous les é:icaminons Sous le point dé vue purement scientifique , nous ne yoyon^ dans Tun et dans Fautre de ces deux systèmes d'erreui^ qu'une dernière décomposition chimique, si Ton peut parler ain^i, de la science des Grecs passée à rétat de corruption. Noud pouvons donc coudure, après tout ce qui vient d'être dit, que dans là Ûrèce l'action dé la philosophie sur là vie fut nulle, ôu, si Ton veut, extrêmement préjudiciable.

Plus tard, précisément au milieu de l'histoire de l'humanité et à Tépoque qui servit de transition de Fancien au nouveau monde , parut, avec des formes tout autres ^^ une science foncièrement nouvelle, qui, comme dans le premier âgé dd genre humain , ne faisait qu'une avec la vie. Cette science , si on peut , l'appeler de te nom ^ où bien l'élément vivifiant qm pénétra, dans l'individu comme dans la société, tous les sentiments et tous les principes de la

LBÇON XI. 199

pensée morale et spécolatire y qui modifia et transforma complètement les opinions dominantes de répoqne; cette science, dis- je, triompha non-senlement du paganisme ^ mais encore de la philosophie des peuples dyilisés d'alors. Basée sur la certitude même d'une foi rigoureusement définie v elle se présenta avec tous les traits de lumière que peut communiquer la vérité , et, bien dififérente de tout ce qu'on avait appelé science antérieurement, c'est de la vie même qu'elle sortit, et c'est dans le sein même d^ l'amour divin qu elle se perfectionna et se fortifia. C'était doncypuis^ que nous convenons de la nommer science; une science éminemment vivante , ou , si Fon aime mieux, une vie nouvelle, éclairée» certaineji; et conséquemment une vie élevée à l'état de science.

Des bornes étroites de la sphère particulière et locale où elle prit naissance , il lui était fa^ cile de s'allier aux anciennes formes de la vie publique , ainsi qu'aux vieux systèmes des connaissances humaines; elle pouvait les pé-

200 PHILOSO^UE DE LA YŒ.

nctrer, se les approprier et les réformer, et, développant ainsi dans tous les sens sa sphère d'action^ parvenir aune expansion universelle.

Mais ici l'impulsion divine rencontrera de la part des hommes la résistance tantôt forte, tantôt faible , qui leur est ordinaire. Yoilà pourquoi cette nouvelle science, unie à la vie par son essence même, et qui devait se confondre de plus en plus avec elle dans tous les degrés de son développement, ne fut point univer* sellement accueillie; et même là où elle était reçue et obtenait quelque empire , elle demeurait inefficace, parce que, arrêtée à la superficie de la conscience , elle ne jetait point de racines dans les profondeurs de Tâme, ou n'éclairait point tous les sentiers et toutes les directiqns de l'esprit, ou , si elle pénétrait dans le coeur de l'homme , elle y demeurait enfouie à Tétat de semence, sans énergie et sans action capable de réformer et de vivifier les éléments de Thonime intellectuel et les produits de l'intelligence.

Il est évident qu'un pareil état de choses devait favoriser une nouvelle introduction de Ter-

reur dans le sein de la science : aussi, chose remarquable, la voyons-nous reparaître sous les deux éléments fondamentaux que l'histoire de la philosophie nous a déjà fait voir à plu^ sieurs reprises diversement transformés," Ces deux formes de Terreur se présentent enoMre ici avec les traits si frappants qui caractérisent et font contraster leurs physionomies, qu'il est impossible de ne pas les reconnaître à la première vue.

Pour commencer par les gnostiques, il y avait dans Fexaltation fanatique de toutes les sectes de ce nom une tendance plus ou moins prononcée à réaliser la philosophie de la nature; et avec leurs longues séries d'émanations de la divinité) fictions qui n'étaient point sans analogie avec les généalogies des anciens dieux ^ on les eût bientôt vus, s'ils eussent été vainqueurs, transformer le christianisme en une sorte de mythologie philosophique. Dans l'arianisme , au contraire , ainsi que dans toutes les sectes qui en dépendent par quelques rapports de filiation, ou qui s'y rattachent par quel-

SS03 PHILOSdPHIB DB LA VIE.

ques traits de ressemblance, c^est Tesprit du rationalisme qui domine. Celui-ci, s'attachant, avec un certain air de sëvérité et d'exactitude qu'il se donne ^ à certains points de doctrine ; soit de la théorie , soit de la vie , semblait ne disputer que sur un motf et toutefois il ne lâchait prise qu'après avoir miné jusque dans leurs bases les idées les plus essentielles.

Tous ces partis qui déchirèrent le monde dés intelUgences pendant les trois ou les cinq; et même, si Ton veut ; pendant les huit premiers siècles; disparaissaient presque aussitôt qu'ils avaient vu le jour; en sorte que leur influence corruptrice ne pénétra pas avant dans la vie, ou au moins elle ne fut ni universelle ni durable. Cependant l'amour y perdit beaucoup de sa première ardeur, la vie en reçut une altération considérable, et l'élan de la haute science fiit par là singulièrement affaibli.

Ici se présente un phénomène unique dans son genre, c'est de voir comment un grand génie de l'antiquité , lequel, n'ayant agi que faiblement sur son siècle , devint par une sorte de

LHÇOlf XI. 203

prodige; durant le moyen âge; le problème et le centre de toute la science ; c'est de voir com* ment, pendant plusieurs siècles consëcuti&, Tes* prit humain s'évertua t jusqu'à exténuation ; à déchiffrer les écrits d'Aristote qu'il ne compre^ nait pas, et qu'il ne pouvait comprendre quant au sens intérieur au moins, car il manquait pour cela de conditions essentielles et d'auxi-' liaires indispensables ; c'est de voir enfin com-^ ment cet ingrat labeur, entrepris sans dessein, ne fut pourtant pas sans exercer une influence grande et variée sur les tempis d'alors; ainsi que sur les époques SHbséquentes?

Ce qui ^9mble «Kvoir déterminé et stimulé rincroyable ardeur avec laquelle, dans une très^grande partie du monde du moyen âge, on poursuivit les fiduilles scientifiques dans le système universel d'Arisjtote, afin de découvrir le trésor spirituel qu'il recelait dans son ^ein, ce fut vraisemblablement un désir, vio* lent d'y trouver une science vaste et secrète de la nature , science qui était regardée comme le firuit défendu de cette époque ; et ce désir

S84 PHILOSOt»Bl£ DE LA YIE.

a pu être excité en eux par les écrits mêmes du philosophe grec, car, nous Tatous vu, il trace la voie au naturalisme.

Vu la division des pays et des peuples de ces temps-là , ce n est que dans des traductions et des commentaires arabes qu'ils pouvaient recueillir la pensée d'Aristotè pour la reproduire ensuite en latin; on conçoit donc aisé-^ ment à quelle immense distance ils se trouvaient de la véritable intelligence et de l'esprit si essentiellement critiqué de Tauteur, et combien , dans leurs recherches ^ ils restaient en arrière de ses vues. Car, quel que puisse être le mérité de Tesprit arabe dans son histoire propre , dans la poésie ou même. dans quelque science par-^ ticulière, ce qui le caractérise généralement et partout , c'est un dé&ut complet de critique ; ce défaut est d'autant plus saillant lorsqu'on le compare aux propriétés du génie grec, que c'est celui-ci qui est le père de la critique; comme au^si c'est lui qui l'a portée à son plus haut point de perfection.

Que des hommes d'un grand talent et d'une

LEÇON Xï. 205

haute autorité soient venus après cela s'emparer d'un auteur si long-temps débattu ; qu'ils se soient approprié Aristote , si singulièrement aflFublé de son manteau moitié arabe, moitié latin ; qu'ils aient exploité en outre toute la direction scientifique de leur siècle, il n'y a là qu'un acte d'une haute prudence. Et quelqu'étrange qu'il puisse parsatre, au premier abord, de voir prendre voix et séance au milieu des théologiens un homme étranger au christianisme, et qui n'était, au fond, que le résumé vivant de tous les anciens maîtres païens de la pensée philosophique, nous ne pouvons nous empêcher de voir dans la résolution hardie de ces sages du catholicisme, lorsque nous en apprécions les motife , la conduite d'un médecin prudent, qui, à la vue d'une matière morbifique universellement répandue , laquelle va nécessairement se transformer en miasmes, n'hésite point à l'inoculer afin de la dominer avec plus de sûreté. Il faut , dans cette circonstance , distinguer dans ces grands hommes deux personnes bien distinctes : c'est, d'une part, le père de

g06 PHiLoso^ppis PB lA vm.

VÉ^]m^ U théologien h ToMl pénétimilt et aiûr qmp et de r^utM 9 U commentot^w Molastique à'Amtote dont notre époqne 4^étiirmie t lie-' ritéii copum d'mi mal d#?Miu nécAssstkei

ï>jW3 le^ lutte» de h /s^eolaftique, telles qfifdr les se i&uaient aloi^ , le# demi (jiga^cM»s» ï con^ foiwment aux: usagjs/» de V époque ^ nt ^e^en^r daîept d^n^ rarèue qu'aprè* #'^tpe ermés d'aiNgumeut» de pied m cap. Des pjieirrf s let des propoMtiow eaujs fia fon»dient p» leur eiir

ii^mfDmt (ComiBe les muoinbriables aimeaux d'une lourde coMe 4e œaillies , qui envjeloppak bomiu^ et 4^yd ^ et les rendait pour ninisi i^ laécoiw^^sys^Jt^k^. Le but de tout cet apparat guei;iiçr étoit de désengoiuiier son adT^rsaîre. Mm mmênt h te^op giiapdk igaUte des arin^s IftUait Debout les coups , au èien ^ pMtiâet4 49m h i^e^ Vmnjc la plupart du ten^ y ks diem eoQibafetaiiljS m rebrouYaient à la fia de la liltlie sw le ^Biéme terram, ou ils s^^ voyaient i^uiés i jpiès «voir eu quelque avantage.

<Ce genre de soolastique ; que l'on envisagfitft àê9A r^oole^ iepMxne la parfectiou de Vart da

UBÇOJ^ XL SOI

tournoi logique, passa aux âges suivants comme un mal enracine; ce fut la source des discordes intellectuelles qui enfantèrent les partis scku'* tifiques i ainsi que l'élément du rationalisme des derniers temps.

A la suite de la destruction de l'empire gtec et de la découverte du nouveau monde l'Europe occidentale fiit tout à coup comme inondée par des flots de connaissances historiques i physiques et philosophiques, qui auraient nécessairepient déterminé une r^énération de la science^ et opposé une véritable réforme dans toute la vie chrétienne, sans l'immense corruption demœjoiis qui dans Je même temps a£Qigeait tous les payjs de notre partie du monde, et mus les indicibles désordres auxquels la politique était en proie* Quand on prend en mains un de ces gramds auteurs platoniciens du quinzième siè cle i dx)nt l'Allemagne, après l'Italie,, se glorifie d'en avoir produit plusieuxis ^.andesxient célèbres; quand Bpres l'avoir lu; on considère la tendance scientifique qui «'y révèle libre et dégagée de toute entrave <i quand on y voit i:eîrfvre cet

â08 PHILOSOPHIE DB LA TIE.

esprit élevé j mais doux , des anciens , ainsi que ce profond sentiment du beau et la noblesse des formes qui en font l'ornement^ on ne peut qu'être pénétré d!un pénible regret en 'jetant ses regards sur l'état de barbarie où la lutte désolante des partis qui suivirent, réduisit la science pendant le seizième siècle et pendant une partie du dix-septième.

Ën6n, la paix se rétablit dans les états des peuples chrétiens et le calme reparut insensible-^ ment dans les esprits. On eût dit alors qu^une science nouvelle allait surgir du sein de cette tranquillité apparente , ou qu'une lumière plus parfaite allait s'élever sur le monde des intelligences pour éclairer le dix-huitième siècle ; et principalement le milieu de ce même siècle.

Il a déjà été question , dans ma première leçon f de la philosophie du dix-huitième siècle ; mais je ne l'ai envisagée alors que sous le point de vue scientifique et dans ses rapports avec les systèmes remarquables qu'elle a produits. H n'entre plus dans mon plan d'en faire ressortir le caractère de vérité ou de fausseté ; je me

bornerai à jeter un coup d'oeil sur Imfluence universelle qu'elle exerça sur son siècle.

De nombreuses découvertes avaient enrichi le domaine des sciences naturelles ; l'étude de l'histoire avait également pris un plus vaste développement; en philosophie même on avait fait bien des recherches ou du moins on s'était livré à d'audacieuses tentatives. Or, toute cette

science nouvelle fut répandue et disséminée

parmi le peuple avec une universalité dont on

ne s*était point formé d'idée jusqu'alors. Le sentiment agréable des charmes de la civilisation , devenu à la mode^ contribua encore singulièrement à en accélérer et étendre la diffusion* Mais plus tard, toutes ces lumières répandues avec tant de profusion et tant de rapidité , et qui, au reste, n'avaient été comprises que dans leur sens négatif, furent reconnues insuffisantes et trop superficielles ; ce fut alors que la liberté populaire qu'on en déduisait où du moins qu'on voulait en déduire rationnellement , porta ses fruits amers;

Les désolantes doctrines de ce siècle à jau. 14

210 PHILOSOPHIE PIt LA VIE .

mai^ f^Qieuj^ n'^t^ifint, poar ea juger favorablement, Qt lorsqu OQ l?9 eQvîsagf dans lemr géqéramé, * qtt« 1^^ i^ew aYortéci^ d' we ^cieqce plys Té^Hei et p}i^ parfaite, à(f^ Vimprudçatf avidité 4^ peupk a» fausse le de'vçloppewwt- Aprc^ qii.e les terrible» catastrophes qui

oppuyantèrew^ le rooude, et; daut cette période de potre époque ^ uuique d^u^ sq^ gepre % fut 3i féconde, dans s^ QQwsie r^^pide , eureut ouvert les yeux i rhumanité $m Vahîme où l'avait jetée le désÂr téméraire^ de JQuir des fruits pré-

ijiatwrç's de la S4:ieuçe, ou vit dans plusieurs n^tlopa des hommea di^jigués sie ^ouev g\or lieuMmept. à Vosu^re de la re^tauieaticm ^es, idéea et des opiaions^ Toutefois ^ malgré; lewa Iqus^Ica effbrt^.^ les prw<»peft d^ çes^ diH^tm^ perviersef . semUeui eikter^te^uJQWs,,. \mn qu^

se oachettt aooA de& fofcnes. ipptes «laïU^te^',; pJka souples e)t plusi subtiles. Ou fWÊ^it^^ ^msà^. que H rafoiwe qWoo a cherclué à i^rtifodiMM se hosneit la plupart, du temps» à des. pipcédé^ l^*

ques plus rigoureux qui ne font que^i^^lto^leff l^4N

ixyixi«[ies dwger^oi^e^ ^m lies. dé<imùe$K Près-

que jamais on n'est descendu j;asque dans les profondeurs de la vie spirituelle, m on n'est remonté jusqu'à la source du divin et da Uen éternel.

Cette génération de la pensée et de la science forme,, à proprement pacler, le problème de Tépoque. C'est pour Tenvicoaifer des liumières de Pex^érience et Uamenèr au point dé clarté ou il se trouve maintenant que j ai osé ébamch^ la £aible esquisse des époqui^s pirîiucipalas de Tki^ toire die: la pUlosophie^ à parti» de Ycmptie du gomn kuiminr jusqn» à nos jows.

ApBcr a^roir vu laisdieiiee et la iFie* unies- p&c le cMKear^ de leur awaîont au» époques qw si^ ^Bslenblft CDUmencemenl et le mâiea de cette même Usto&re, pxHir sf isotei ensuite dans^ lés îniianFaUes iitfernédfaâr^^ dans^ Vère ctirétifétiiie comme dans l'ère païenne , nous ^maitf^^ en droib dit eonelurer qut'dKw se îeeéUSVitUéront enceisx d'anBT uM? pwfasfe^ bikrnioAie. Aw M^ef , totflt am temps oui nom ^iAAis^ csonspire i^i^ ée buÉ* Cette nowreUvr unvoni s'bptémsraH^elle dans lesensde bi vérité, ouP seraKe^èans te- sens èe

Terreur? La vie sera-t-elle réformée par la science du vrai et comme retrempée dans la vérité divine , ou bien sera-t-elle à jamais ruinée sous le poids des idées perverses et mensongères ? C*est ce que le temps décidera.

Après avoir, dans un coup d'œil rapide , examiné sous leur côté historique les rapports de la science, vraie ou fausse, avec la vie tant individuelle que publique, il nous reste à les envisager sous leur côté théorique. Observées sous ce nouveau point de vue , elles ne sembleraient devoir leur isolement réciproque qu'à des causes accidentelles et à des circonstances purement locales , telles qu'il s'en rencontre dans les diverses époques du monde , ou telles que peuvent les faire naître , de part ou d'autre , certaines dispositions défectueuses qui vicieraient leur action.

En efifet , la science , prise en elle-même , n est autre chose que le résultat de l'unité , ou l'unité elle-même de la vie et de l'élément pensant. L'influence de la science sur la vie, pourvu que celle-là ait le vrai pour objet, est donc

LEÇON xi; 213

d^jà essentiellement exprimée dans cette définition. Ou bien, autrement, la science est la vie élevée à l'état de pensée et par conséquent transformée en l'élément pensant ; comme aussi on peut dire qu'elle est la pensée réalisée , passée à rétat de vie , avérée par la vie qui l'élève au point d'une parfaite certitude ; ou bien encore que c'est l'élément de la pensée transformé en l'élément de la vie.

Pour arriver à ce point de parfaite certitude , la science a à parcourir les trois degrés que nous avons déjà signalés si souvent dans les diverses opérations de la conscience. Elle passe d'adord à l'état de réflexion^ et c'est le premier degré. Or la réflexion , dans le sens le plus profond du mot, n'est que le sentir, l'ouïr et le voir , ou les perceptions, en un mot, des sens intérieurs du principe agent de la pensée , perceptions analogues à celles des sens extérieurs. Par ce premier travail intellectuel, la pensée s'élabore en quelque sorte et se dispose à s'exprimer dans l'ordre de la réalité. Malgré cela , la réflexion n'est guère qu'un état pas-

sif de la ^eonseience , durant lequel Tàme ne fait que tourner dans un même cercle ^ incapable de produire le résultat fécond d\ine science applicable à la vie réelle.

Le deuxième degré ,c est Tabstraction , opé-^ ration par laquelle on résume toutes les proprié« tés d'un objet ou d'un produit de la pensée en une propriété générale et essentielle , sous la-v quelle on exprime et on communique cet objet , ce produit de la pensée.Toutes les langues et les moyens de communication de tout genre reposent sur la faculté d^ l'abstraction , qui dans ce cas est un acte arbitraire de Fesprit , parfaitement libre dans son choix. Bien que^ par l'acte de la généralisation et de la communica-^ tion , lesprît rapproche de plus en plus la pensée vers Iç terme de son expression vivante et extérieure , cependant, tant qu'elle n'a point franchi les limites de la spéculation pour passer dans l'ordre de la pratique , la réalité n'en est point suffisamment garantie ; car cette liberté ^ laissée à l'esprit, d'en résumer, comme il veut, les propriétés, et de les caractériser par l'exprès^

LBÇOIf Xlé 31 S

«ioil y oilTtre uû cbafidp sans berne à rarbitraire^ C*est Ce <iue Toli Voit dans ceë mnombrables terminologiiBs (juè la science a tucb édore si légèrement et que leur futilité ia tepldngées dans l*oubli ; ce éOnt comme autant de dialectes phi>losophiques qui^ sur la tour de Babel des syfttèmes méthodiques que Ton a si souvent récom<-* mencéâ, désespèrent Tintelligence dé l'ouTriër le plus habile» Supposé même que cette eipres^^ sion vei'bale ^ cette communication abètraitë de la pensée, soit la formule exacte des propfiétéÈ» de cell^ci ^ toujours est^il vrai qu^ellè manque des rapports de concordance nécêèfiAiresâVe<i âôn résultat réel et extérieur, et que par conséquent elle demeure toujours uii élément d'intermina-^ blés disputes dialectiques*

Ainsi ni la réflexion qui ne s'élève jamais au-dessus dé la portée de là simple obsef'Vitioni , ni Fabstraction ^ faculté toujours âfbitf aif é dans ses actes y ne peuvent conduire uUe peuséè spéculative au terme d'une parfaite certitude , fd rélever au rang de la «cienCé ptùpte^ ment dite. Il n'y a donc que la pratique ou

une réalisation extérieure dans la sphère de la vie qui puisse lui faire atteindre ce double but. Je serais volontiers porté à donner à ce nouveau degré de la science, qui est le dernier des trois que j'ai indiqués, la dénomination de conséquence. Je n'entends point par là une conséquence logique résultant rationnellement d'un enchaînement de pensées; mais je veux parler d'une conséquence , fidèlement déduite, du sentiment et de la vie, laquelle, en d'autres termes , n'est que la persévérance dans le bien. Il est vrai qu'on accorde souvent au principe du mal l'honneur d'être conséquent; mais il est évident qu'en lui la conséquence n'est qu'apparente et nullement conforme au sens que nous lui donnons ici. Je dis plus : n'ayant aucun principe d'harmonie au fond de son être que les passions déchirent incessamment, étant en opposition ouverte avec sa divine origine qu'il a répudiée, il présente toutes les conditions d'une inconséquence nécessaire. On ne peut être vraiment conséquent [que dans la vérité ,

ft&çoN XI. 217

c'est-à-dire dans celui d*où découlent toute vërité et toute existence, ou enfin dans Dieu.

Ainsi, pour me résumer , la science n'est que la pensée appliquée^ ou, en d'autres termes, c'est la pensée passée par la réalisation dans le domaine de la vie. Celle-ci lui communique sa réalité et sa certitude. H n'y a que la réalisation par la yie qui puisse garantir la vérité d'une idée ou d'une vue spéculative, et l'élever enfin au rang de science proprement dite.

Les idées, selon le sens primitif du mot, sont, à proprement parter^ les pensées ainsi réalisées et exprimées par la pratique dans la sphère de la vie. Aussi lofbgtemps que ces mêmes pensées appartiennent au domaine de la réflexion , elles ne sont que des £adts de la conscience subjective; l'abstraction, de son côté, ne fait non plus que les transformer en formules arbitraires , et ne les réalise pas davantage. Mais comme une vie fausse, maladive , vaine, pourrait être substituée à la vraie vie, ce que je viens de dire de l'idée ne se

218 PHILOSOPBBDS DB hk VIE.

rapporte qu'à la forme de la pensée vivante» par opposition à. l'apparence sensible et â la notion morte. £n effets que l'idée divine soit une idée dans le vrai sens du mot » c'est ce 'quil £aut prouver par la conséquence dont je parlais plus haut, c'est-à-dire qu'il faut que l'influence de cette idée ou l'action divine se manifeste dans la vie.

L'évidence ou l'espèce d'intuition intellectuelle que plusieurs philosophes donnent comme la certitude de la pensée spéculative , n*est point un motif de jugement sufjGisant $ elle peut dontier lieu à de nombreux mal entendus. Je vais plus loin, et je dis que même l'intuition réelle de la divinité dont jouissent les saints , fût-elle possible pour nous dans ce monde , elle serait dé* pourvue de toute certitude humainement philosophique. Pussions^nous sentir réellement la vie divine ; pussions - nous entendre de nos oreilles la parole étemelle et contempler de nos yeux la lumière sacrée de l'Être incréé ; pu»^ sions-nous, en un mot, expérimenter par nos propres sens toute la majesté de Dieu selon

la définîUon qui en a été donnée ailleurs, il ne résulterait de cette sublime intuition absolument rien qui puisse être appliqué à la science de Thomme , ou qui puisse servir de base philosophique à un système humain* Une évidence, une intuition intellectuelle de celte nature ^ supposé qu'elle e^dste réellement et qu'elle ne soit point une simple formule d'abstraction présentée sous un nom nouveau ; cette évidence, dis- je , n'aurait d'autre résultat que celui de donner à la science spéculative uù caractère de vision équivoque et douteuse, et de l'exposer à tomber dans Tillusion» Avant de pouvoir élever l'homme au point d'une certitude complète , elle a besoin d'être certifiée eUe-même par la vie, H n'y a que la conséquence pratique d'une science, fondée sur Dieu lui*inéme, qui puisse établir d'une manière 3atisfai3ante pour nous la certitude de l'évidence et de l'intuition spéculative. La notion divine, telle que je l'ai donnée dans la neuvième leçon, forme la base spécu^ lativQ de l'idée vivante de l'Être suprém^e. C'est sur cette base que s'élève twte science supé-

220 PHILOSOPHm Bfi LA VIE.

rieure ^ c^est à elle que se rattache le fil de la conséquence vivante de la réalisation extérieure, laquelle exalte à Tétat de science toutes nos pensées qui ont le divin pour objet.

Les trois leçons qui^suivent immédiatement, plus spéculatives et plus métaphysiques dans leur objet, quoique toujours accompagnées de documents historiques, ont un rapport constant avec la science delà logique qu*elles supposent. La logique, ou les règles disciplinaires de la pensée, telles que nous les ont transmises les Grecs, sont surchargées d'une foule de détails purement accessoires et appropriées à des besoins simplement locaux. H n'est aucun peuple chez lequel la réthorique ait eu autant d'importance et d'influence que chez les Grecs ; il n'en . est point non plus chez lequel le sophisme ait exercé une action plus puissante et plus désa;streuse ; voilà pourquoi , parmi eux , toutes les ressources et tous les détours de la chicane dialectique ont été portés à un point de raffinement, de pointillerie, devenu inutile et inapplicable de nos jours.

LBÇON XI. 221

Les Indiens, depuis la plus haute antiquité, sont en possession d'un système scientifique de logique; de là est venue Topinion qu'Àristote a puisé sa logique dans leurs livres que lui aurait communiqués Alexandre le Grand. Quoi qu'il en soit , je suis porté à croire, pour la raison que je viens de faire connaître, que vraisemblablement la logique des Indiens devait être conçue d'une manière beaucoup moins compliquée que celle des Grecs, qui par un excès de procédés analytiques et par une infinie dissection de la pensée , fait souvent manquer le but , toujours si simple , de la vérité, et rompt sans ressource le fil régulateur du jugement , bien loin de mettre l'esprit sur ses traces;

Un moyen de rendre dans les écoles Renseignement de la logique éminemment fécond, serait peut-être de l'étudier dans ses rapports avec le développement historique de la pen*sée humaine, mais surtout dans son application avec la théorie du langage; car l'union indissoluble de la pensée et de la parole nous donne le droit d'étendre la logique à Timagi-

%C2 PHILOSOMUS. M& LÀ VIE.

nation^ ^ la partit, symbolique idmî fa*)siux rè^ foiidainftntale& du tangage.

Une lûg;iqiie de )a mésiioyre , si Fc» vie ptf ^ met cette ea^cessioa^ serait d'fue fatMite «tsitibé pour réducation scientifique* En ci&t, que pecKhil y SToir^de ipkaa propre: à gfarantins le succès dans Vëtude des* sciences , qja'Me mémoire formée à la sévère gymnaafiqiie de^ L'art du raisonneur, kquel lui cosnoMinique; lai clarté^ et la métlMMle;

U^ n*y ai certainement rien de pkis important ni de phis désirable pdwt la "de qme la logique de la cosscieneci par laBqMlle Aoos ndéméfeÉs dans ta. foule de nos^ aentimieiils tes illusions de l'égoïsme et les suggestions s^plwtîqpiea 4e l'intérêt f^rson^; ^lais^ cutto^. dernière espèce dei legicfiae se« cD9ion4 a^iee la aaiiK3^ caisoitt , dont bi premâère cMtdîtiooi e$fr un wâentimenb coASctenideux de lar Téiilé.

Quant à la logique^ de la. sdienjcei $u|rérjturey ette dbit< néeesss^ment être moias Festrietiive daas ses^ lois et plus ii^astie dams ses pcoporàeASf 96» de nep€Ma|t.efttr»iier le déirelopp^mmti de

riniipîe vérité à l^uqUa elle s^applique. I^o^ réfle:^pns» 3oit dam cette leçoa^ soit dansiez» deuK précédeatesy peuvent être considérée»' comme nn esaaji en ce genre; £n effet» la logî* que a, en général, trais objets j aavoir : la noticNn ou l'idée » le jugement et la conséquence ; ette doit de plus renfermer une règle décrive de véritéf qui noua garantisse la possession de celle-^ ci 9 autant qu'elle est acc^sible à Thomme.

Mais, si la vérité étemeUe est une en éJ^ ndéme y fl s'ensuit cgme la nation , une aussi , de cette même vérité> su£6t pour baser ^ en ce qu'elle a d'essentiel, la science snpérieuce ou divine ; celle-ci ne réclame | non plus qu'un jugement qui embrasse tous les autres , comme aussi il lui suffit d'une seule conséquence qui serve de conclusion générale à l'ensemble du système. Or, nous aveA^* dît que la compréhension est le complément de^la notion, et nous nous sommes occupé dans notre neuvième leçon de la vérité éternelle, ou de celui de qui découle toute vérité. Nous avons dit aussi que la connaissance est le complément du ju-

224 PHILOSOPHm DE LA VIE.

geinent,et nous ayons vu, dans la dixième leçon, le jugement distinguer et décider entre la vé- »rité et Terreur. Nous venons de dire que la science est le complément de toutes les productions spéculatives de la conscience; et cette science, réalisation extérieure de la pensée i et par conséquent essentiellement unie à la vie , forme la conséquence de notre logique. Tel est le terme que je m*étais proposé d'atteindre dans cette leçon; nous verrons dans nos réflexions subséquentes l'application de cette même science aux différentes sphères de l'activité de l'homme.

LEÇON xn.

De la natare symbolique de la vie dans ses rapports avec l'art et avec

la condition morale de Phomme.

Messieurs 9

Produire au dehors sous des formes sensibles ridée que Ton a^conçue dans le sein de la conscience, c'est un genre de création dans Texécution de laquelle bien des efforts échouent, et rarement Thabileté, même la plus consommée, la conduit au dernier terme de sa perfection. Pour s'en convaincre , il suffît de consulter, entre autres exemples , les productions des beauxarts ou de l'art du beau. Ce n'est donc point sans raison que \^ théorie du beau, ou l'esthétique , qu'il serait beaucoup plus exact de nommer la symbolique, est considérée comme le

pendant naturel de la logique.

On comprend aisément que je n'envisage ' point la logique ici selon la notion ordinaire que Ton s*en forme, laquelle la réduit à n*étre qu'une sèche classification des différentes sortes . d'idées , ou bien simplement un système de formuitQd 4^ jugements, et de condodioas ^ mais je la considère dans se» rapports avec l'ordre surnaturel et divin, et en tant qu'elle est pour nous la règle de la vérité éternelle* En tShk , quand élevés au-dessus de la sphère des vérités matérielles et subjectives , nous nous transportons dans les régions du divin, et que nous envisageons la beauté dans ses rapports avec la vérité éternelle , comment nous apparaît-elle y sinon comme le côté figuré de cette même vérité éternelle? Et Fart qui h reproduit exprimct-il autre chose que lesi formes du yrai? La beauté, ne peut donct^ en aucune socte^ être séparée de la vérité , pourvu toutefois qjue Vartt sachant »e tenir à la hauteur de celle^, ne prenne ks charmes sensibles dqnt il revêt ses créaiiow que cooane les traits çoxhléroatiques du sens profond qu'il cberchf |i e.\pi;in|kerf. et

qu'il ne 8*x)ublie pas au point de ue> rieu voir au deU des formes qu'jl a pow c^jet de r^alir

Le^ innombrables productions de Tart en %i^ néral ne sont que des imitatioas d'un type déjà existant ; toutefois ces inûtatîons n'ont rien de commun avec la basse servilité du plagiat» parce qu'elle» supposent un talent 4'artiste exercé dans celiu qui les reproduit. Le nombre «des œuvres originales que l'on peut i^egarder comme l'expression d'une ïàé% neuve est «xceasive* ment petit; et parmi eelles^ci la plupart res* trat longtemps à l'état d'esôai^ et n'atteignent souvent qu a une époque bien reculée et après de nombreux efforts lon^^temps répétés, Le com-^ |4â9ient de leur perfection.

J ai^Ue idée tp«te c^Mcepiloo întiellectoeUe qw l'^t tend à prodinir# §9M des fiotriAe» Ma^

sibles* D«iisila mMitue^l]4Mii#me»f^*«(»t m^v»

le sentiment immédiat» wnple ^ isolé du cri

de la passion , le4|uel par l^i^Miâme n a rien de

commun avec l'art , que l'idée de ce sentiment

qui forme l'objet des efiS^rta 4e .l'arMste ; c'est

ridée qui enfante le beau et le merveilleux dans le cours de la mélodie ; c'est elle qui en anime la modulation , qui en ménage les transitions inattendues ^ les accords soudains f les reprises ^ et en amène la conclusion, ou bien, lorsque la pièce ne doit point en avoir, elle prépare , soit par une suspension douloureuse et brusque , soit par Textinction insensible du ton de la plainte et de l'accent du soupir, le coup final qui doit la terminer.

Nous retrouvons dans la division des beauxarts l'application et la confirmation du principe ternaire de l'individu bumain. La musique est par excellence l'art de Tâme ; la sculpture se rapporte particulièrement au corps. Dans la sculpture , ce ne sont point non plus les formes réelles, prises en elles-mêmes, qui forment l'objet de la création artistique , mais c'est Fidée de ces mêmes formes , c'est leur parfaite structure, leur développement organique , leur exacte symétrie et leur beauté, à laquelle est subordonnée, jusqu'à un certain degré , l'expression du caractère et de la passion. Comme c'est la

LEÇON XI t 229

pierre brute et le marbre firoid que la sculpture est appelée à animer, elle croirait manquer son but si elle se bornait à reproduire Tins^gnifiante uniformité et l'insensibilité de glace des divinités égyptiennes ; son triomphe consiste à donner aux formes de ses œuvres, créées pour l'immortalité , l'expression la plus vraie du mouvement le plus véhément, et à y représenter dans l'état de la plus violente exaltation la vie dont elle se rend maître, et qu'elle semble enchaîner pour Tempécher de fuir.

Pour se convaincre que l'imitation de la réa* lité , quelque habileté qu'elle suppose , du reste , dans le talent qui l'exécute , n'est point le but ni l'objet de la sculpture , pas plus que des autres arts, il suffit de remarquer qu'elle exclut les couleurs du nombre de ses ressources. Ce moyen, d'un effet trop plein d'illusion pour elle , transformerait immanquablement son idéal, si elle l'employait en de véritables marionnettes^ présentant l'aspect d'un mouvement mécaniquement déterminé ou artificiellement contrefait. La copie ou la reproduction d'un objet réel

n*e$t donc point k but principal de Tatt pla^** qae ; liàbe^ttfté des forme» ne l'est point toujours non plus i an nidin» ne Te^t-elle point exdnsive-ment ; ear celleHci doit être sobordcHméef à l'cxpt'ession et au caractère que Ton cherche i reridre sensibles sous des traits e^rtérieurs. Le premier objet de Tart est donc toujours mie pensée , trne idée que Ton veut ret étir de formes corporelles , on ^ pour le dire en un mot , tout art est symbolique. <

Quand je dis que tout art est symbolique ^ je ne prétende point parler exclusirement des arts plastiquéSymais je comprends encore dans cette définition la peinture v la musique et même la poésie. C'est cette propriété d'être symbolique qui distingue les arts qui ont le beau pour objet, d'avec une autre espèce d'arts, qui bien qu'en apparence alliés aux premiers, n'ont ponrtant et ne peuvent avok qu'«|ii but tout pratique et tout extérieur , absolument étranger à l'esprit dé la symbolique: telle est, par exempte, la rhéto^ rique par rapport à la poésie; car il est certain €^e la rhétorique eatun art aussi, au moins a-

Leçon xn. 2§1

t-ettô toujours été regardée comme telle parmi les Grecs. Il est important de tnaintenîr sévèrement cette distinction; autrement Tart du beau perdrait entièrement son caractère et son vrai mérite. On orateur dont le discours ne serait composé que de beautés poétiques et de mots harmonieux , sans preuves frappantes et sans nerfs ne produirait qu^une bien faible impression sur son auditoire. On peut dire aussi qu'il n*y a point de reproche plus humiliant ^ pour un poète de réputation, que .de dire de lui qu'il ne connaît que la rhétorique de la passion, et qu'il n'a aucune idée de la vraie poésie; . -

Si, parmi les productions symboliques du génie humain , la musique peut être envisagée cotnme Tart correspondant à Tâme ; si la sculpture, en tant qu'elle a pour objet l'épanouissement organique de Tidée du beau , se rapporte plus particulièrement au corps , nous pouvons dire aussi que la peinture est l*art de l'esprit. De même que dans la nature la lumière, avec le jeu des Couleurs qui en dépendent , fermé Té-

232 PHILOSOPfflE DE LA VIE.

lement le plus subtil; de même que Foeil, . parmi les sens, est Torgane le plus spirituel: de même aussi la peinture, par la spiritualité de ses effets, semble s'élever à un degré d'immatérialité qui la distingue des deux autres arts que nous venons de nommer. La subtilité des propriétés dont elle est douée la rend éminemnnent propre à favoriser les mystérieuses productions de l'esprit symbolique. La peinture ne s'adresse qu'à Tœîl et agit exclusivement sur lui , la plastique, au contraire, outre le regard qu'elle intéresse , offre encore au tact un tout matériellement complet. Moins limité dans son objet , le pinceau du peintre ne se borne pas à donner le jour à une beauté abstraite , si l'on peut parler ainsi , ni à en développer les formes selon les règles d'une exacte structure , mais il s'empare encore , pour le reproduire sur la toile, de tout ce que Tœil peut saisir dans le monde sensible. Les effets de lumière, les ombres habilement ménagées parin^ la prodigieuse variété d'objets représentés dans le tableau du peintre, l'éclat magique des couleurs dont il est illuminé , çon-

courent à donner , noii-seulement à l'ensemble de l'œuvre, mais encore aux productions de détails que , dans son inépuisable fécondité , il a su revêtir de caï*actères variés à Finlini, le coup d'œil le plus intéressant pour la vue, et Faspect le plus instructif pour Vesprit.

Ces hautes propriétés de la peinture la rendent merveilleusement propre à représenter ou à dévoiler les secrets de l'amour divin dans la^ religion. U n'est donc point étonnant si, dans les temps modernes du christianisme, la, musique' et la peinture , c est-à-dite là symbolique de rame et celle de l'esprit on attdnt un si haut' point de perfection et ont pris une prépondé^ rance marquée sur la sculpture ou la symbolique du corps qui peut être ne recouvrera plus, ou, au moins ne surpassera jamais le sublime degré de développement auquel elle ^ait parvenue dans l'antiquité classique.

U suffit, ce me semble, de considérer Tart ou la symbolique du beau et du diyin sous les trois formes principales que nous venons d'examiner. L'architecture, il est vrai, pourrait paraître , vu

i$A PHILOSOPflK BB l^L Vm.

la diffârenee de son application tï de siss réâùltats extérieurs, former un art spédal ; eependant, <)uaûd on Tetinsâge de près, on tfovtè que des rapporte essentiels la rattachât & la ^ttilptute , et qu*eUe se tient sur la même ligne qil^élle. £n effet , la beamté de la strattûtie; la sublimité des pro{Mirtions et les chatmes de la symétrie , <)ui sont Tobjet fondamental dont la réalisation est {Nnoposée au talent plastique dû sculpteur , forment également l'idéal de Tart de ratcbitecte. Ghes les Romains et chez les Grecs , où ratebi^ tecture a atteint le point le plus életé et le pluft riche de la perfection , lés règles et les proportions qui servent de base à ses productions se rappi'ochent visiblement de celles qui président au développement organique : et qu'on tema]^()ue qu'il ne s'agit point ici d'un rapprochement purement métaphorique, mais bien d'une similitude réelle, ou au moins d'une alliance frappante. La symétrie plus mathématique de ratchiteiCtùre égyptienne t comme aussi les créations de Part gothique qui semble affronter les Ciéux pai^ la prodigieuse élévation de ses édifices , et dont les

uçoN jan. 285

formes^ semblables ii des rejetons que dëyeloppe une poissante force de yégétationy présentent l'aspect de pluaiears faisceaux de tiges rampantes dont les dmes se croisent et s'entrelacent i leur sonrartet ; ces deux Tariëtés dans l'art de cons* traire, dis*)e^ forment comme les points extrêmes du caractère organique de rarchitecture ^ carac* tère par lequel celle^i se trouve confondue arec la. sculpture. Et n'est-il pas sourerainement conforme à la nature des choses que Tart, dont le but est de former l'enceinte et d'élever le théâtre où figurent les créations et les divinités de la sculpture; ait avec celle-ci des principes et des règles identiques? Au reste , il eA aisé de remarquer que ce qui distingue surtout Tarchitecture égyptienne et la gothique, c'est le symbolisme qui se révèle partout dans ses productions y tandis que l'architecture antique s'exprime principalement par la pureté des formes ; oeUe-d présente bien auasi dans ses proportions un caractère symbo* lique f maisit n apparaît pas avec le même degré d'évidence.

lia poésie n'est point non plus un art partico-

lier ; c'est plutôt une symboliqde uttîverselleirésu)fnânt les trois autres , et se les assimilant, en quelque sorte, par un. mode différent d'expression. En effet, le rhythme et les règles de la versification communiquent à la poésie la cadence et rharmonie qui lui prête les charmes de la musique. Son langage figuré forme une source intarissable d'images d'où découle comme un torrent de tableaux mobiles qui , par leur apparition successive , présentent l'effet magique des couleurs. Enfin, dans son plan, dans sa structure, elle tend à réaliser une grande et belle organisation architectonique. »

Le principe créateur de la poésie elst toujours un traiit de lumière jaillissant de quelque tradition symbolique. La muse du poëte, une lois inspirée, non-seulement embrasse dans ses conceptions artistiques les souvenirs dû passé toujours si digne de respect; mais elle s'élance encore dans le domaine de l'avenir, et s'efforce d'en dévoiler les événements. Parmi les grandes productions épiques des anciens , on en trouverait difficilement une qui ne portât des marques du coup d'œil

LEÇON xu. 237

prophétique dupoëte, dont la pénétration semble interroger les mystérieuses profondeurs de l'un et de Tautre monde.

Après Tépopée, se présente la poésie du sentiment , par laquelle Tâme s*exhale en accents suaves et mélodieux. Ce nouveau langage du génie poétique, qu'accompagne toujours l'agrément du chant, a pour objet les soupirs du moment et les regrets éphémères des passions qui rongent le cœur. En répandant ainsi sur son objet ses grâc& et ses charmes inépuisables, elle lui assure l'immortalité.

Dans le drame, qui forme le troisième genre de poésie^ celle-ci atteint le plus haut point du développement organique. Le dramatiste a pour but de nous représenter la vie dans l'état de sa plus violente exaltation. Les tableaux qu'il en trace sont si vivants et si frappants de vérité, que l'œil croit contempler la réalité corporelle des images ofïettes à l'imagination.

Il y a donc, comme on le voit, une analogie visible entre les divers genres de poésie que nous venons de signaler^ et les trois formes, de l'art

23S puiLospP;Hie iw i^ "^^^

matériel 4u h^m. I^e cariactère symlfQU^^fm qw? Foa remarque daii$ Fobjiet, danii rea^pârie3$Woi ^ dans le but des productions de çelui*ci , se r**trouve également^ et peut-être k ua degré i^upérieur, dans les œuvres de la muse poétique*

Me Toici arrivé au terme que je mie suis prQ<^ posé dans ces brièves considératious faites sur Tart en général. Il nous sera permis maintenant d'observer, sous un jour plus lumineux, le $^m et le côté symbolique de la vie en général , qui va faire Tobjet de nos réflexions aujourd'hui. Eu

effet, si, comme je me suis efforcé d'en fonder la persuasion dans mes précédentes leçons, la science supérieure ne doit Caire qu'un avec la loi divine , si elle doit s*unir à la vie , se coufondre avec elle et se transformer en uotre propre existence, cette union , cette transfbrm^tipp ne peut s'effectuer qu'en plaçant Tesprit sur la voie du symbolisme. Tout au moins, le sens symbolique de la vie forme la base de cette union ; c'^t lauxiliaire indispensable qui la provoque ; c'^est comme le pont nécessaire à la faveur duquel s'opère la reiu:Qntre çt se consomme V»\lk^f des

éléments de la science i de la foi et de U vict

C'est dope avec fondement que je me sim pmx^

cette digression sur les beaux-^artSi. dont la |^o-

priété symbolique^ universellemeitf; reconniie el;

aisément comprise,^ forme un point de transition

naturel pour nous faire passer de l'objet de noa

méditations précédentes à celui dont noua allons

nous occuper dan& nos entretiens ultérieurs^

Au reste , la ph^e symbolique de Thomme et

de la vie est asses remarquable et assez attrayante

par elle-même , et assez importante dans ses^ conséquences , pour mériter qu'on lui accorde ,

comme à un épisode intéressant, une place dans

un traité de philosophie. Je la signale d'autant

plus volontiers qu'elle sert de nouvelle cpnfirma-

tioii à la notion psychologjique que j'ai donnée

de la conscience humaine ; car elle reproduit

TappUcation du triple élément de celle-ci dans le

domaine de l'art.

Tout développement ultérieur des esquisses

que [e viens de tracer sur ce su^et demeure

désormais en dehors du cercle de nos idées, dont l'obîiet immédiat est la vie, qui,, par' spn cari^-

tère symbolique, touche de si près aux principes divins qui Im servent de base et de direction.

H serait Ëicile de démontrer que , de même que Tart y l'éducation , soit domestique, soit publique , des jeunes générations, est et doit être essentiellement symbolique , sous peine de la voir dégénérer en un mécanisme trivial. Cette propriété , à mon avis, constitue en grande partie la différence qu'il y a entre une pédagogie mesquine et routinière, et par cela même infructueuse et impuissante à tirer l'esprit de sa torpeur naturelle , et une éducation plus solide et plus appropriée aux besoins de Thomme, laquelle opère toujours efficacement , encore que dans ce principe les résultats en soient peu appréciables.

Que le sens de Tentant soit impressionnable à tout ce qui tient de la nature du symbole^ dans les choses qui sont de son ressort ; qu'il saisisse et conçoive d'une manière vivante tout ce qui se présente à lui sous le voile de l'image ^ c'est ce dont on peut se convaincre en fixant un moment son attention sur quelques-uns des jeux les plus ordinaires aux diverses époques du jeune âge,

dans ces^ temps heureux où les enfants se plaisent à imiter ou plutôt à figurer de mille manières , et souvent avec beaucoup de sens , les occupations et les fonctions de la vie réelle , qui pour eux est encore du domaine de l'avenir. Qui ne sait tout le mouvement que ce genre d'exercice occasionne dans leurs petites sociétés? Or je prétends que ces jeux innocents laissent souvent dans leurs esprits des traces plus durables et plus variées que plusieurs leçons d'un maître , dont le fastidieux appareil pédagogique neutralise toujours l'effet

Sans doute il ne faut point que le jeu dégé^ nère en vains amusements, il ne doit point avoir d'autre but que la récréation et le plaisir de l'esprit, dans les intervalles où le travail est suspendu. Néanmoins, malgré cette observation, on peut dire que même le côté sérieux de l'éducation, où il entre dans la tâche du maître de mêler l'agréable au difficile afin d'en faciliter l'intelligence, se pr^te fort bien aux formes d'un symbolisme vivant. S'il est vrai que l'éducation, en général, n'est qu'une préparation aux H. 16

fonctions des âges postérieurs de la vie ^ il est évident qu'on ne saurait trop multiplier les exercices figuratifs qui la mettent en rapport avec ces mêmes fonctions ; car ce n'est qu'en entourant d'images le sens et l'imagination Tolage de l'enfant , qu'on peut lui faire pénétrer et concevoir d'une manière vivante Tesprit des leçons qu on lui donne; de sèches définitions sur Vétat social qui Tattènd dans le monde, ou sur la destination de l'homme en général n'atteindraient ^mais ce but « .

Il n'y a rien qui doive nous étonnap si nous voyons Taptitude au symbolisme dont est doué l'homme^ se révéler, dès les premiers pas du progrès de son intelligence , avec le même caractère d'évidence que dan» les productions artistiques les plus sublimer du génie; il suffit, pour nous expliquer cette disposition permanente en lui, die reporter nos regards sur les eoH[>dîtkMis de son existence actoelle , ou bien sur la nature de ses relations primitives avec le monde et avec Dieu. J*ai déjà fai* remarquer en pl»sieurs occasions que depui» que l'homme eut

liBçoN xtt. 243

perdu V par l'abus qu'il en fit, ses hautes prérogatives originelleSf il tomba sous le pouvoir de l'imagination et de l'emblème à un degré qu il n'aurait point connu, s'il eût 'persévéré dans son état primitif; et on peut dire, avec toute sorte de vraisemblance, qu'à la suite de cette déchéance il s'opéra dans tout son être et dans sa conscience une transformation considérable. Si, comme tout nous porte à le croire , il fut| avant sa chute, doué de la faculté de commûni* qiier sa pensée par un pur acte de sa volonté , sans l'intermédiaire d'aucun langage sensible, cette faculté , il ne la possédé plus ; et supposé que maintenant enccnre dans l'étnissiojti de ses idées on rencontre quelquefois certains phénomènes analogues à cette communication immédiate, ce ne sont plus que de mefveiUôuses exceptions beafucoup trop rares pour établir Une règle générale de la conscience* L'état de l'homme déchu est donc, avant tout, un état symbolique. La propriété du symbolisme supplée en lui les puissances ou les facultés immédiates dont il a été dépouillé par sa faute , et sans

parler des emblèmes qui , dans les hautes régions de la vie spirituelle, lui sont indispensables ^ quoique le choix en soit toujours libre , le secours des images lui est encore nécessaire, même dans ses relations purement terrestres.

Indépendamment de cette première considération, l'homme, par le fait seul de son établissement originel sur la terre dont il est le fils premier né, et par son installation au centre de ce monde planétaire dont toutes les parties sont matériellement alliées avec notre globe terrestre^ Thomme, dis-je, se trouve nécessairement dans des conditions d'existence fondamentalement symboliques. En cfifet, il vit dans le sein d'une nature dont toutes les productions organiques et les élénients de vie sont comme une immense et magnifique image de la vérité et de l'essence , simples en elles-mêmes. U n'ep est plus de même du monde invisible des esprits, c'est-à-dire d'un monde compris dans un système d'étoiles plus subtiles que nos planètes ; car là les rapports avec l'essence sont plus immédiats, la vérité y est moins voilée, et conséquemment la nature

LBÇON XII. 245

moins matérielle et moins symbolique. D'un autre côté, si nous ajoutons foi aux premières

pages de la révélation, ne trouvons-nous pas encore queThomme, dans sa fin première et dans sa destination la plus sublime , est un véritable symbole? car n'a-t-il pas été créé pour être l'image de Dieu?

Si donc les dispositions naturelles de Thomme ont une tendance nécessairement symbolique; si sa position actuelle dans le sein de la création, si l'ensemble de ses relations dans le monde sensible, si enfin sa fin divine portent le même caractère , y a-:t-il lieu d'être surpris si la religion elle-même ne se -présente la plupart du temps que sous le voile de Temblème et de l'image? Je ne parle point ici du paganisme purement poétique des anciens peuples, lequel n'est qu'un rejet abâtardi de la vérité, mais bien de la primitive religion de la nature , de cette foi primordiale, pure, intacte, qui peut être considérée comme la première manifestation divine ; j'entends encore parler de cette religion de

chante, où Tamour s'offre lui-métne en saciîfÎGe, laquelle correspond à la deuxième rëvélation.

En effet , dans l'ancien monde , ou durant le temps de l'ancienne alliance , tandis que le soleil de foi encore caché pour les hommes n'annonçait son apparition que parles traits peu certains d*une faible aurore , nous yoyons tous les caractères symboliques de la création luire dans l'espace de la sphère religieuse, comme autant d'étoiles étincelantes qui éclairent la nuit dès intelligences ; ils forment par leur concours, si Ton peut parler ainsi , le pompeux diadème de Tastre qui Ta se lever, et même , aux . époques subséquentes , lorsque la même aurore, brillant dans tout son éclat, éclaire de ses feux toute l'étendue de Thorizop, ne voyons-nous pas encore l'art, comme l'étoile du matin , orner son front pourpré ?

Si Ton voulait trouver à Tart dans le monde sensible un point exact de comparaison , il faudrait Tassimiler à la lune dont la lumière mystérieuse éclaire l'empire de la nuit et les sombres régions de Timagination créatrice ; car Fart,

LEÇON xn. 347

non pluS| n'est que la réflexion du soleil de la vérité ou le reflet d'une lumière supérieure. Chez tous les peuples et dans tous les temps l'art du beau, tant qu'il n'a pas démenti sa dé*finition^ a en général, toujours eu pour objet es^ sentiel de refléter ou de réaliser le divin; et bien loin de le considérer comme un ornement exté* rieur de Ja religion , on l'envisageait au con^ traire comme lui étant étroitement allié par les rapports d'une origine commune. Les produc*tions futiles et toutes mondaines qu'il enfante aux époques de dégénération, et qui semblent l'éloigner de son but et de sa divine origine, sont comme les formes gigantesques et aériennes que produisent les exhalaisons de la terre et qui se mêlent aux ombres de la nuit ^ pendant que la lune, par son éclat magique, nous transmet le spectacle des mystérieuses constellations du monde des esprits, que le jour nous dérobe par un voile d'azur.

L'histoire dépose partout en feveur de l'on*' gine divine de Fart ; elle la rend si évidente qu'on ne saurait la révoquer en doute ; au reste

Tart Tcritable est tellement conscient de sa condition surhumaine, c[u*il ne se dessaisira jamais des titres qui lui donnent droit à une vertu et à une consécration surnaturelles. Supposons ^ s41 se peut, que la religion se perde pendant une époque, que non-seulement les doctrines positives de la foi , mais encore toute idée du divin en général , s'effacent jusqu'à la dernière trace dans la conscience de Thumanité; la pensée humaine une fois privée de la lumière supérieure qui dirige ses efforts , le cœur de rhomme une fois rendu désert par l'absence du sentiment de Téternité et de l'amour céleste, je prétends qu'au même instant on verrait disparaître l'art proprement dit de la sphère de l'activité de l'imagination.

Toutefois ce qui se passe de nos jours semblerait démentir cette assertion ; car, tandis que, par un effet désolant de l'incroyance politique qui règne universellement et qui n'est elle-même que la conséquence naturelle de l'incroyance religieuse, on a cessé de reconnaître et de comprendre le sens et la dignité symboliques de

la TÎe en général et de là vîe publique en particulier, et que, par un contre-coup inévitable j l'Etat a perdu son éclat ainsi que le caractère sacré et ridée de grandeur qui 1 e rendaient si vénérable à nos pères; tandis que le sentiment religieux qui survit encore aux désastre? de FindifFérence générale reçoit tous les jours un échec plus ou moins violent dans les luttes incessantes qu'on se livre sur le terrain des doctrines théologiques, et que la foi simple et sincère trouve à peine, au milieu de cette désolation universelle , un asile inviolable où elle puisse s'abriter contre la tempêté, nous voyons un grand nombre d'hommes parmi la classe instruite accueillir Tart du beau comme l'unique joyau qui leur reste des choses divines ; ils semblent s'en faire un palladium de la vie spirituelle ; mais il est aisé de voir que leurs prétentions sont vaines, et queTart, privé de l'appui de l'esprit religie;ux , est impuissant à protéger la vie intellectuelle.

Notre époque, en cela, ressemble passablement à une maison noble , mais déchue de sa

260 PHILOSOPHIH DB lA VIE.

fortune et de sa plendeur, laquelle, après avoir^ soit par TadTersité , soit par une mauvaise ad-^ ministration , soit enfin par une folle dissipa^* tion^ perdu tous ses biens ^ après avoir engage à ses créanciers jusqu'au i^hàteau théâtre de son opuljence passée ^ ne conserve des débris dé sa fortune que d'anciens ornements et de vieux joyâuic de famille , stériles souvenirs d'une gloire évanouie ^ et qu'une transmission fidèle de père en fils leur a fait parvenir par voie d'héritage. Sans doute que, dans le cours des temps, un bon nombre de pierres fausses ont été glissées parmi les véritables diamants dont se compose Tan^ tique écrin; bien des métaux falsifiés auront été substitués à l'or vierge qu'il recelait ; néan-^ moins^ malgré toutes ces altérations, ils forment un tout apparent qui témoigne de l'ancienne gloire de la maison. Disons^en de même de notre siècle : il ne vit plus , quant à la vie in« tellectuelle , que des beautés extérieures de l'art. Pour ce qui concerne les immenses richesses de l'antique foi , d'où le beau tire son eidstence et le charme de ses formes, il y a

iBçoN xn. 354

longtemps que l'esprit gënëral de notre époque en est dépouille*

Toutefois le Toile symbolique ,qui recouvre partout les mystères de la religion n'est pas la seule forme extérieure qui nous la rende sensible ; il en est une autre encore qui ne lui est pas moins adhérente : je veux parler du lien vivant qui unit les différents membres partki^ pant à une même foi« Cette dernière forme consiste dans la propriété essentiellement sociale de la religion ; car celle-ci, par sa nature même, ne peut jamais s'isoler dans individu, mais toujours elle suppose une communauté. Pour attirer sur nous , d'uhe manière visible, la vertu d'en haut, il faut que nous soyons réunis au moins au nombre de deux ou de trois dans le sentiment d'une même foi.

La communauté religieuse est un lien vivant qui enchaîne les âmes par des rapports tout spirituels. De même que l'étincelle électrique parcourt en un clin d'œil tous les anneaux d'une chaîne de fer pour se reproduire à son extrémité opposée ; de même que l'aimant attire

à lui /par une sorte de contact invisible, toutes les aiguilles qui se trouvent dans sa sphère d'activité, et leur communique une merveilleuse propriété qui les établit dans de nouveaux rapports avec le globe entier; de même aussi , dans Tordre de la religion, les éléments mystérieux de la grâce se transmettent par une communication vivante , invisible et spontanéç , à tous les membres de la société.

Il y a deux fonctions bien distinctes dans cette communion intérieure des esprits : la première, nécessairement active, se rapporte à ceux de ses membres qui sont comme les conducteurs» les instruments de propagation de la viç des âmes ; la seconde , plus passive par sa nature , consiste à s'approprier, à absorber cette même vie. D'une part, c'est une puissance de bénédiction , une vertu de consécration qui se développe , s'affermit de plus en plus dans ses effets; de l'autre , c'est la grâce , le don efficace du salut qui est accueilli dans les cœurs.

Nous avons à faire ici une remarque qui demande une attention toute particulière, c*e$t

LEÇON xn. 253

que, si même la révélation et la vraie religion revêtent des caractères symboliques pour s'approprier à la condition et aux exigences de la nature humaine , nous ne devons point oublier qu'il est difiicile de donner une règle générale qui puisse nous diriger dans l'emploi des traits figuratifs dont nous caractérisons notre foi. U est inutile de faire remarquer que je ne parle point ici de symboles qui touchent à l'essence des choses , mais bien de ces images arbitraires et de pure analogie que l'on applique à une vérité pour la rendre plus intelligible. Les figures de ce genre , pour répandre un jour clair et efficace sur les idées qu'elles enveloppent, supposent un choix qui les mette en rapport avec la capacité des divers individus. Mais quand il s'agit d'un symbole émanant de Dieu luimême , il n'en est plus de même ; car alors le caractère figuratif n'est plus simplement un signe, mais c'est l'expression essentielle et la réalisation sensible de la chose qu'il représente, autrement il faudrait dire que le logos éternel , principe de toute existence et de toute connais-

254 PHILOSOffHIftjBB LA VIE.

sancê I n*eatqu*uD mot puremeat emUématique, dépourvu de Tcfficacitc et de la toute-puissanoe qu'on lui attiibue. Il est aans dcmte parfaitement conforme à la nature des choses v quoiqo*à d'an* très égards ce soit toujours pour nôtre faible pensée une vérité surnaturelle et mystérieuse y que le sublime symbole qui (orme le principe d'unité et le centre vivant du christianisme Soit à la fois le signe et la chose signifiée^

Comme, depuis^ que le sacrifice de Tamoiir divin a été consommé, il n*y a plus stur l'autel de la religion d'autre feu que la flamme de la prière et l'ardeur de la volonté unie it EKen, lacté par lequel le lien des âmes dont nous pariions plus haut, et qui est une condition në*^ cessaire de toute religion , conserve son énergie, consiste dans la communication et dans raceeptatikm de la substance es^ntielle de la vertu ifivine et de Tamonr de Dieu pô» les hommes ; cet acie est comme le scean de l'anîon de ceux-ci avec la divinité. L'autel dé ta religion réc)amc-t-il dé riches décorations, ou ne eomporte^t-'il que de sitûples ornementa? Il

Li^N xûé 255

est difficile t comme nous Tâtons dit, d^ëtablir une règle à cet égard. Un christianisme dé« pounru d*autel dans le sens rigoureux du mot, tel que Font rêvé légèrementi et san^ danger d*un prosélytisiine ëtendu et durable , quelquesuns des penseurs qui se sont mis en frais d'idées en matière de réformation religieuse , un pareil christianisme, dépouillé de tout symbole et de tout mystère , perdrait par cela seul son caractère religieux, et tomberait au rang des opinions humaines, ou tout au plus conserverait Vaspect d une école philosophique. La connaissance de la Bible elle«méme, si Ton y tenait encore , dans la position désespérée d^une relîpon purement abstraite, dégénérerait nécessairement en une étude de pure curiosité, et, comme tous les monuments des anciens temps, elle n'aurait plus d*^autre utilité que celle d'occuper les loisirs de Tantiquaire. Que si , pour élever une religion sans autel au-dessus du niveau des opinions humaines , on prétendait Tasseoîr sur les seules bases de la prière et de la prédication, on concevrait par là Tidée d'une institu-

tion qu*on ne pourrait réaliser qu'en adînettant Thypothèse d'une inspiration continuelle, immédiate et universellement diffuse, inspiration qui ouvrirsiit la porte au fanatisme le plus alarmant. Et tout homme qui connsut un peu l'histoire des sectes et des peuples mahomctans, anciens et modernes, reculera d'effroi devant les terribles conséquences d'une pareille tentative.

n faut avouer qu'il y a quelque chose de grand et de peu compréhensible , je dirai même quelque chose d'impossible en apparence dans cette disposition de la religion qui , pour enlacer l'âme de l'homme dans ses rapports d'amour, la met dans la nécessité de provoquer et de désirer avec ardeur son union avec Dieu. Et remarquez que ce but surhumain de la société de l'homme avec la divinité avait déjà été signalé par la philosophie ancienne, qui ne faisait pas moins d'efforts pour y tendre que la révélation. Il en est de cette exigence de la religion comme des équations compliquées de Talgèbre , qui présentent une question insolur

ble, ou au moins semblent n'admettre aucune solution, tant qu'on n'en a point surmonte la diffi-r culte: En effet , comment établir unet^ équation entre Ta de notre nbioi 9 principe de Talphab^' de nôtre pensée et de notre yie , mais principes limité , variable , imparfait à tous les égards: et si peu déterminé , et entre l'iacompréhensible ^ d*un Dieu, immense ? Quel est le moyen de résoudre une pareille;^ difficulté, et comment un tel rapprochement p^it* il s'opérer?

La question se complique encore si nous venons à considérer que Va ; le premier des éléments de la parole , ne correspond point au principe de Talphabet de l'existence du moi humain ; celui-ci n est point absolu , il est dérivé , et l'homme est forcé de remonter de source en source jusqu'à l'infini pour découvrir la première cause de son origine.

Et non-seulement l'alphabet de notre existence nous conduit, vers sa fin , à un a? com^plétement incompréhensible , mais déjà Va ou le

piçincipe en est défectueux. Si nous substituons II. 17

25S PHILOSOPWB DB lÀ VIE.

le ternie À au terme a;, n<^9 iNUt^ûvons une neunlle di^ftcahé; cair èk ne j^é^eol^ point non plus u^B^' qnamtifee simpieet^^ dégagée de toute YlAeiuri .]^ti^à]igère ^ maq Aé^ it BSir oempliqué avQc mq autre incemilic»; il se préieqte ^ne deui^ ioconnues^ dafis Véifi^tioii ''db-wnre^vie: c'est dhifjGe paît IHnsaîsissatxle ^ ; e4 4e' l^^tutre le^rebeile y^^t^^est ainsi que noo» repuébenteroBS laseQondôi),Jecpiel s^appœe à taute tentative de rapiuroehéoeept^^otre k& ^fux tte#mee.

Que la quantité désignée par notre y^ soit réeUei, i^estnàtdire qu'il y ait an obsiaele originel ^uii empêche Thommip de tendre v^rs son teranè sii)>linie, e*^est un fait q»e personne fie ré^oqutt en do«te , bien que tous ne sachent peut-élpe point le reeonnatire comme un mao^ vais princifie, ob ne veuillent pas adopter la définîtièn qu'en donnent la ^eienee et la rérélation.

La question est maintenant de savoir ceinméat nous pourrons ramener notre è à son a primitif, comment nous le dégagerons du nàauvais principe figuré par ly , et comment. efifia

LEÇON xii*. ^ 259

qoa$ pourrons Tétever ati JMwaû de la sublifitité dp Va^, Il ne nous acra* possible^de^tropver la solution de çf$tWéq»toti©n , 6h -appafeiKie îrtipodsible, qii'aiitaQt que nonr psaitimas du piiiiëpè émis plus h^ut^iavdir^ qM Vesaènce dé la religion* con^ist^ ^pjî )a GominivoicalioH vivaipte de là^ haute T^rtu dont »0U6T[»rl£©ii? ^îlleors^ laquelle^ çman^at df premiç^ aanëan de la chaîne iper- Teilleu^e que fpone la coiùmunauté religieuse^ lç3 parcOvrtî tous sucdessivem^ntc jusqu'au der^ nier» Maj^ « pour ^nner à cette solution toutie la clarté qu'fdle jpojqfiporte, je meperm^trai encore Weçourte-digTia^ionsur les hiéroglyphe» e'gyp^

tiens.

Puisque h nature et la eb^dUion syaitK)Hque djç Te^prit ^t de l'être humain en général ont été lloJbjet principatl dont nous nous sommes oeeup^s au commencement 4e cette leçon , nous alionrs^ moyennant quelquei^ wnsîderations sur le carae^ tère symbolique de l'4(çrit»pe primitif ou sur le

]pjus ancien mode d'expression graphinuevterim^ ner par le mèin^ thème Je développement de

nos ide^^ d'aujourd'hui-

260 PHILoàoPHIE DE LA VIE.

On peut maintenrâd: soutenir et admettre a\ec toutes les garanties de la certitude que les alphabets dés peuples de 'l'ouest dq l'Asie, ainsi que de ceux des nations occidentales , des Juifs par exemple , des Phéniciens et des Grecs , lesquels ne sont que des dérivés des premiers , on peut admettre , dis-je , qu41s ont tous une origine hiéroglyphique. Quaiit à ralpha];>et des Indiens , la question est moins décidée ; voilà pourquoi aussi )e m'abstiendrai de rien établir sur le plus ou le moins d'ancienneté de Tart graphique de ce peuple par rapport à celui des Égyptiens. D'après les découvertes faites jusqu à présent , et dont Fhonneur était réservé à notre siècle , découdvertes qui , pour être incomplètes et insuffisantes ai tout expliquer, n'en sont pas moins appuyées SUT des bases certaines, l'écriture hiéroglyphique repose sur unp rincipe très-simple : ce principe, bien qu'entièrement symbolique dans son origine , renferme déjà en germe tous les éléments des caractères alphabétiques. Il consiste en ce que la figure qui représente un mot exprimé par un hiéroglyphe désigne en

même temps la lettre par laquelle commence ce mot.

Coinme récriture hiéroglyphique est applicable à toutes les langues aussi bien qu'à la langue égyptienne , nous pouvons , pour servir d*exemple , prendre un mot dans quel idiome on voudra. Je ferai remarquer toutefois que , dans ce genre d'écriture ; il n'y a que les lettres principales et les éléments essentiels et radicaux des sons qui soient indiqués ; quant aux voyelles et aux autres lettres qui , dépourvues de son par elles-mêmes , ne sont que des caractères complétifs des premiers , elles sont sous*entendues : on semble les laisser à deviner à Tintelligence du lecteur.

Prenons , si Pon veut , pour donner une idée de récriture hiéroglyphique, le mot allemand Leben {vie). Ce mot, selon ce qui vient d'être dit, admettrait dans sa composition les trois lettres radicales L, B, N. Un^ lumière {licht) flamboyante donnerait la raison de VL initiale. Le B offrirait l'idée d'un arbre {Baum). Quant à ÏJN , on pourrait en expliquer l'origine par la

262 pmiiOSOPHiB db la vie.,

figure de quelque liquide ÇSass), d'un jet d'ead^ ou d'une ligne ondoyante , signe caractéristique de la surface mdbile formée par le liquide. Ainsi une lumière I un arbre, une surface ondoyante, désigneraient , par le moyen des lettres L > B ^ N, le mot Leben.

On voit par cet exemple que le mode d'expression dont notis parlons, pour être alphabétique , porte néanmoins une forte couleur de symbolisme. En effets la lumière ou une flamtne brillante^ la nature prôgresrive de l'arbre^ comme aussi la fluidité et le mouvement d'un liquide, expriment parfaitement les éléments les plus essentiels et les caractères les plus distinctifis de la vie. C'est dans cette couleur symbolique^ qiii communique une signification si variée à l'écriture alphabétique hiéroglyphique^ que consiste, à proprement parler ^ la difficulté de te genre d'écriture , du reste si attrayant pour l'esprit.

Ce que nous veAons dfe dire he se rapporte qu'à un mode d'expression hiéroglyphique de la pensée ; il en est un autre qui , si on eti juge par les résultats obtenus jusqu'à présent daâs les

iiS^Nt »i.. . 263

tentatives que l'on a iaitles pour le 4eCfaiflBper, est incompaMbiémeiit plus diffidle et plus énigtna-tique que le premier; on pourrait Diéme croire que^ pour ^ coitiprendre ou devilier quelque chose souis ses caractères mystérieux , il faudrait déjà avoir la coilnaissânée j^éalable de ce qu'ils désignent» D'aprèà les telles de ce genre d'écriture , la figure d'un mot \ commençant par une lettre donnée, si|;ilifierait déjà par elle-même l'autre met commençant par la même lettre \ en sorte que, poilr m'en tenir à l'exeniple cité plus haut , la figure d'une lumière flamboyante donnerait déjà par elle seule l'idée et le sens du mot vie. Il y a comme un jeu hardi d'équations algébriques dans l'exercice intellectuel que suppose le déchiffrement de ces caractères, de ces images énigmatiques, qui ne sont qu'indiqués et commencés , et dont le complément ne peut être ajouté avec sûreté que par ceux qui en ont l'intelligence préalable.

Me voici arrivé au point de pouvoir reprendre le problème ouTéquation de l'existence humaine;

dont la solution est désormais rendue possible

264 PHULOSdFRlB DB LA VIB.

par les r^exîons qui viennent d^étre faites sur les hiéroglyphes. L'écriture hiéroglyphique, d'après ce qui a été dit , est une expression graphique symbolique de la pensée ; eUe consiste en caractères radicaux et inachevés dont le complément reste à suppléer. A l'aide de ces caractères, toutes les choses, même les plus vulgaires, prennent une couleur mystérieuse , et passent ainsi dans le domaine du merveilleux et du symbolisme. Or la solution de notre question consiste en ce que T^?, l'insaisissable x de l'immensité divine , s'est , en tant que Yerbe étemel , fait a, et s* est revêtu de toutes les conditions de l'humanité, qu'il conserve encore dans toute sa réalité. Ce nouveau principe , cette nouvelle lettre initiale donnée par Dieu à l'alphabet de l'existence humaine, principe que le b supposait déjà, mais dont pourtant il était privé. Ce nouveau principe , cette nouvelle lettre initiale ^ dis-je , auxquels se rapportent toutes les autres lettres , peuvent désormais être mis en équation avec Ta? infmi, en sorte que l'on a oc=a. Il est évident que le dernier terme, de cette équation est à jamais

LEÇON xu. 265

dégagé de réternel obstacle de la quantité— y, laquelle n'étant par rapport à Va: qu'une quantité négative, ne saurait tirer à conséquence. Au reste, quelles que soient les comparaisons scientifiques dont on se serve pour faire concevoir l'ineffable mystère de cette équation , toujours est-ce un £ait que 1'^ divin s'est fait a humain, c'est-à-dire que le Logos éternel s'est fait homme dans toute la réalité du mot ; toujours est-il constant que la foi à ce fait est le commencement d'une existence nouvelle et d'un ordre supérieur ; c'est l'anneau qui lie l'humanité, c*est le premier chaînon d'où toutes choses dérivent comme de leur source, et où toutes choses nous ramènent comme à leur principe , dans la chaîne spirituelle de la vie.

Au pointoù nojas voici arrivés dans l'exposition de mes idées 9 je m'aperçois que j'ai poursuivi le développement de la nature symbolique de la vie humaine, à partir de la notion que j'ai donnée de l'art du beau considéré dans ses différentes sphères, jusqu'au hiéroglyphe suprême de toute existence. Après avoir, dans les trois

266 PHILOSD£HIB DB LA VIE.

kçoàa' préeédèaCes^ envisagé souâ le point de vue purement scientifique le Yerbe éternel^ en tant qu'il est la loi fondamentale de la Vérité^ il me reste à faire voir, da^s les troiB dernières leçons qui vQBt suivre^ ce même Yerbe comAie étant la parole souveraine, modératrice de toutes choses^ et seule capable de donner là solution du problème rendu si difficile par lès graves complications doot l'entoure la lutte de

la vie. Ce serait ne point comprendre Timmense portée de ce Yerbe divin que d'en restreindre l'action à la vie intérieure de l'individ u. Sa puissante influence embrasse tout ; il est donc applicable à l'universalité des choses ; il agit aussi bien sur la vie extérieure et publique, sur la société et sur l'état que sur la petite sphère de l'existence spirituelle d'un seul homme ; en sorte que l'on peut dire que ce sublime hiéroglyphe, qui est le principe d'une vie nouvelle \ forme aussi le fondement divin des états^ et leur communique un caractère sacré.

C'est parce que l'application de la vérité chrétienne à Vétat politique est ordinakement

LBÇOlf XHi 267

si méconnue f que j'ai cru devoir, pour en établir la certitude d'une manière plus solide, m'élever aussi haut que possible dans mes réflexions sur ce sujet ^ afin d'ajouter à ma pensée les vastes et profonds aperçus qui peuvent la

rendre lumineuse et convaincante. Mon but est d'amener les esprits à reconnaître que l'état chrétien est un état symbolique, et par cela même historiquement consacré ; tandis que l'état purement profane, qui n'a d'autres bases que les prétendus droits de la nature , se présentât-il du reste par ses ingénieuses combinaisons comme un chef-d'œuvre de la raison humaine , n'est au fond qu'un résultat dynamique produit par la pondération des éléments qui le constituent , ou, s'il n'est pas cela , il ne peut être qu'un état absolu.

Il y a trois sortes de pouvoirs dans la vie et dans la société humaine , ce sont : le pouvoir paternel , le pouvoir sacerdotal et le pouvoir royal ou la suprême puissance de Tétat. Ils

ont tous trois un sens symbolique; ils portent tous un caractère de sainteté, et reposent

tous enfin sur une base divine. Les tendres soins de la paternité terrestre offrent, il est vrai , des traits de ressemblance avec la bonté et la sollicitude omnisciente du Père céleste ; mais ces traits sont si faibles qu'ils forment à peine une légère analogie. Aussi n'est-il pas possible de définir et de formuler rigoureusement l'autorité domestique , ainsi que le droit fondé sur les aimables prémices de la vie humaine. Si , sous le point de vue civil , la législation fixe ; dans certains cas , des bornes au droit de famille; si elle limite l'autorité paternelle , autorité toute amoureuse et toute sentimentale, ses lois répressives n'ont d'autre but que de prévenir la possibilité d'un monstrueux abus de ce droit et de cette autorité qui ne relèvent que de la nature. Quand la législation des anciens -Romains accorde au père de famille le droit de vie et de mort sur ses enfants , on sent facilement que c'est donner trop d'extension à l'autorité paternelle , que les limites des divers pouvoirs sont mal définis, et qu'un père qui userait d*un droit pareil; serait par^cela seul un père dénaturé.

LEÇON xn. 269

Le respect des enfants pour les parents , respect qui a sa raison dans les sentiments mêmes de la nature, a toujours été regardé par le# peuples sauvages et barbares, de même que par les nations civilisées, nonseulement comme une obligation corrélative ordinaire 9 mais bien comme un devoir sacré soms tpiis les rapports ; et la loi morale , dans Tancienne révélation , en joignant sur ce point sa voix, au concert des législations de tous les pays , leur communique la sanction de la vertu de la parole révélée. Selon le droit chrétien , le point de la liberté des croyances et de la différence en matière de foi , forme aussi , par rapport au domaine spirituel , une borne naturelle de l'autorité paternelle. Quelles que soient les modifications et les atteintes que diverses circonstances particulières , telles que la faiblesse de rage , les maladies de Tesprit , les défauts de caractère et les violations civiles , puissent apporter, dans des cas particuliers, au pouvoir et à la dignité des parents, toujours demeure-t-il certain que, lors même que ce même pouvoir et

^^0 PHILOSOPKB i» lA VIE.

çettg m^^ ' dig^itié ft-écaitent le * plqs de leur Q^tui^fi §t .CQrrespendent le makis à }a tiotioB qi^ rpi) s'^Q forme natuKellement , le sentiment iHQral 4^ rhumanité £ût une loi à ; f <M|faftt V ^^^ toute rëtçfl^uô du globe habitée f de* paye* h» auteur^ df^ sq3 jdor^ du retou^d'un tra^menl^ re^pgctiieiiK et d'un tendre ménagement qui ^ in^ife^t^ dans toutes leurs relations iiliatos. C'est dH lieQ) moral de l'amour paternel él de la piété ftliaJe , lien qui dérive de la nature elle-même, qtjuen^U le caractère de sainteté qui 3 Vtaçl^^ Jl t^Ul^s le§ relation» àt ^pimilletet comr mupiqu^ à IVutorité des parents ce fonds par« ticuUeii;* de tendr^^a qui la rend sî aimable et 1^ distingue d« fow les. autres pouvoirs.

JLç prêlre, dajis Lçs pays où la qplîgion en rei» çppngglt U9 (p;ir ce mot jç o'4nt$nds pass«ule^ m^t rboinptnie chargé du ministèi^e de la pa^ tple, mé^ j'eatçiid» encore l'homme élu et C^ois} ppm: ^tfi^ 1(3 dépositaire et le dispensa*^ tei^r 4ç§ grâces divines), le prêtre, dis^je, est dâfls cette dermèr<9 fonction le représentant dç PiçHr Saa$ dput« il m le représente pcûnt

: 1 liEÇaitf XU. QSti-^

eRjtant'^tt'iL eaè •eràatfiiH'Ott autfeur dçs lois de^ lamatuDei qiais'il ast' spn vicaire dans VctsuMq de la i^demption ^ c' fest;te Jîeiitabaiit du aâu^duDJ des hommes. Le pouvoir sacerdotal a dottfiiiwwlfiit; comme om 1« voit^ uneiiaqe.diiiiiieàAlak comme tcmt ceqdfBe rappofte ài ta soeiétë d^ FbomirKje^^ a^jp .Diôa se pas^e dans ie: règnes de la loi et 4e cônsdBMx^ par Fespvit de la &)i^ y Sl s'ensuit quei la puissance sacrée du prêtre doit^ par sa na-» tuf e mâqie , sel renfermer dans le cjonainei des ch(Me& spisiliiellèa.

La fonctioq de juge ^ ' tit o^ tiàt esb dûgmatîn quémej^l réeoimue , doÉb aossi defleneimei^ âuhoiv donnée à cet autre caraetj^ve du pouToir auim quel se rattache la pirërogati^^ di^aoçor^r les bien&hs de 11ndu}genee et de ditt^fibu^r les gradée. Vm puissance judiciaire dépendant umquemenl de l*arbîtrai|:>e y, ql ^qnt l'exe;r€ioe[ sevaàfc abandonné à des volontés individuelles^^ sans garanties extérieures de jnslicei ne mérin terait point à proprement psirler le nom de pouvoir ; il le imérîterait d'autant mpins qœ le, chef de l'état revêt déjà , piir Taete nime de

son sacre, un caractère spirituel dont l'influence pleine de bénédictions, doit 9e répandre sur toutes les branches ^ sur tous les actes de son autorité.

Ces trois pouvoirs , portant tous un caractère

de sainteté /ont entrejsux au moins une certaine f^ - ^

espèce d'analogie et une secrète alliance ; ce, qui ne les empêche pas toutefois d'être distincts et séparés les uns des autres par des limites es-^ sentielles et profondément tranchées qu'il im-* porte beaucoup de ne point leur laisser iranchir. L'autorité domestique elle-même, concentrée dans le secret de là vie de famille, est regardée par les meilleures législations comme un sanctuaire qui jouit du privilège de l'inviolabilité, et où le pouvoir civil ne doit point pénétrer au moins sans nécessité. Si,^ dans le langage ordinaire, on applique quelquefois au pouvoir sacerdotal et au pouvoir civil la dénomination d'autorité paternelle, cette qualification n'exprime aucun rapport rigoureux de similitude. Quant au premier ^ elle ne fait que lui prêter une dénomination pleine de respect ; attribuée

au second , elle se borne à désigner un caractère particulier de douceur et de bonté du gouvernement, et elle n'exprime aucun attribut qui lui soit essentiel. En effet, le propre de la puissance suprême n'est point d'être paternelle dans toutes les occurrences ; une sévère impartialité , par exemple , est la première chose requise dans un juge. Or, cette dernière qualité serait-elle possible^ serait-elle raisonnable dans un père de famille ?

Le pouvoir judiciaire est l'élément dominant de la puissance d'un état , et le haut exercice de ce même pouvoir en est aussi la fonction la plus essentielle. Cette fonction suprême est comme le centre autour duquel viennent se réunir tous les autres attributs , tous les autres caractères ou toutes les autres prérogatives de l'autorité souveraine. C'est par cette sublime fonction que la souveraineté civile, souveraineté qui n'est responsable qu à Dieu , embrasse toute la réalité corporelle, si l'on peut parler ainsi , de la vie publique , prise dans l'universalité de ses rapports. L'autorité paternelle , au n. ^ 18

contraire, laquelle n*a d'autre base que les relations d*aniour du père au fils , ne sort point du cercle de la famille. Le pouToir sacerdotal ne dépasse point non {dus les limites du domaine spirituel.

Ces idées que je viens de formuler sur la puissance souveraine , je les développerai dansmes leçons suivantes i en les appliquant k la sphère de la réalité historique , telle qu elle nous apparaît au milieu] de la lutte de la vie et de l'époque.

Pour terminer mes pensées d'aujourd'hui, j'ajouterai la réflexion suivante : Les trois puissances dont nous venons de parler sont saintes ; elles sont toutes trois fondées sur la nature , sur la révélation divine et sur le droit historique. Le bon père, c'est-à^re le père intelligent et aimant, le prêtre pieux , le roi juste sont tous trois les représentants visibles de Dieu sur la terre ; leur autorité agit sur la vie quelle modifie et dirige» bien que dans des sphères et selon des modes particuliers. Le dernier de ces trms pouvoirs, toutefois, est plus

que le représentant de Dieu , c'est encore l'exécuteur plénipoteniisire de ki justke divine.

Cette base divine de ces mêmes pouvoirs qui portent avec eux un caractère inviolable de sainteté, forme le côté pratique du sens symbolique de la vie dont nous nous sommes occupés dans cette leçon.

De i^esprit de vérité et de vie appliqué aux rapports sociaux , ou de la constitution politique et du droit des gens dans le christianisme.

Messieijbs,

Les démonstrations asiatiques d*une adoration extravagante prodiguée au monarque terrestre , les titres de roi des rois , de gouverneur du globe, de splendeur du ciel et autres semblables, ne sont plus et ne doivent plus être connus dans la civilisation chrétienne occidentale. Son principe, que tout pouvoir vient de Dieu , est fondé sur une idée profondément élaborée , celle que tout pouvoir social doit représenter la justice divine, que c'est son objet, la raison de son existence ; mais que dans la gestion de cette magistrature il n'est responsable qu'à Dieu. Si l'histoire nous offre un état où,

en vertu des constitutions établies, le pouvoir suprême , la puissance executive , soit responsable devant un autre , alors ce dernier est le vrai souverain, et le premier n*est que sonre- . présentant. C'est ce que , d'après nos idées plus claires sur la souveraineté , ses caractères et ses signes , nous pouvons reconnaître dans le gouvernement de Sparte , qui nous montre les éphores beaucoup plus puissants au fond que les possesseurs du pouvoir exécutif, bien que ceux-ci s'appelassent rois , et même qu'ils fussent héréditaires. Mais deux régnaient en même temps , fait qui déjà exclut l'idée d'un pouvoir indépendant, c'est-à-dire indivisible, pouvoir bien plus annulé encore par sa responsabilité devant le corps des censeurs lacédémoniens. D'autres républiques anciennes, dont la constitution est naturellement fondée sur la division des pouvoirs , leur organisation légale et leur pondération réciproque, qui par conséquent rejettent la souveraineté comme nous la comprenons, offrent le même phénomène de magistrats, revêtus d'un caractère inviolable et sacré comme

278 PHILOSqPKIE PE iA VIE.

ceux de l'âreopage d'Athènes, ou comme les censeurs romains du temps de la république, qui étendaient leur action sur les chef3 révocables et passagers du pouvoir exécutif, et aillaient même quelquefois jusqu'à les juger. En général, toute dispersion du pouvoir sur plusieurs personnes décèle l'état républicain : or veut-un diviser par la pensée les diverses fonctions dont se compose la souveraineté complète ? Il est clair que celle de juge suprême est la principale , la plus caractéristique , cdle qui suppose la position la plus indépendante, celle, en un mot d'où découlent toutes les autres, comme ses suites naturelles et nécessaires. C'est aimsi que le beau droit de faire grâce renferme en lui-même la plénitude de tous les droits. Quant aux lois et au pouvoir législatif, il est assez naturel que la constitution crée nn corps de conseillers chargé des examens préalables et de la présentation des projets , ou bien que le monarque lui-même , ne pouvant tout diriger à lui seul, choisisse librement les hommes qu'il veut charger de cette mission ; et il est généra-

LBÇON xm. 279

lemept dij[(icile de déterminer avec justesse le degré de participation au pouvoir législatif qu'il faut confier à ce parlement ; la seule chose certaine , c'est que la sanction dernière qui établit une loi, ou la retire et Tabotit , doit venir du souverain, &an$ quoi il cesse d'être td.

Le droit même de faire la guerre et la paix se confond pour ainsi dire avec le droit su-* préme de justice; car^ en supposant que la guerre ne $oit pas un acte de pur caprice, elle est |a justice a' exécutant à Textérieur par suite d'une sentence juridique prononcée contre un état voisin* Seulement, comme toutes les nations sont égales en droit et ne reconnaissent au-dessus d'elles aucun juge comn^un , il s'éta-^ blit alors entre les deux partiea une lutte par la force brutale % jusqu'à ce qu'un accommodement devienne possible et ramène l'état juri<* dique» Dans ces procès qui se vident les ar*me^s à la main i les deux parties sont juges de leur propre cause , à moins que Tun , voyant

son tort , renonce au droit de guerre , ou bien recoure à un tiers , et charge un gouvernement

neutre du rôle de médiateur et de la fonction d'arbitre. Les insignes royaux eux-mêmes , le trône et le sceptre , ne sont que les insignes judiciaires rehaussés d'un degré, et tirent historiquement leur origine du tribunal et de la main de justice. La couronne seule demeure ainsi réservée exclusivement à la dignité suprême ; mais ce n'est en réalité qu*un brillant fardeau pour ceux qui la portent ; car, si d'un côté elle les élève au-dessus de toutes les lois humaines, si elle les dégage de toute responsa^ . bilité terrestre, elle leur rappelle ^ans cesse,' par sa lourdeur et son éclat , le compte sévère qu'il leur faudra rendre au juge incorruptible, éternel, dont ils l'ont reçue avec les austères obligations qu'elle impose.

Rajgportons ici la cérémonie symbolique du glaive tourné vers les quatre vents , par laquelle on proclamait les empereurs du moyen âge. Dans les idées d'alors ce symbole ne servait pas seulement à différencier le rang, le titre et la

puissance d'empereur avec celle de roi, il établissait une complète séparation dans l'essence

LEÇON XIÏl. 281

et le but de ces deux dignités saintes, et distinguait radicalement l'empereur électif d'avec les rois , ducs ou princes héréditaires , parmi lesquels il était ou pouvsât être élu. Car c'était cet homme qui devait tenir le glaive au milieu de la chrétienté, et veiller en sentinelle sur tout le système des états européens. Cette ancienne idée du saint empire sera développée ailleurs, et on en montrera les bases divines dans le chapitre sur le droit commun de l'Europe, et son système de balance politique fondé soit sur la prépondérance absolue d'un ou de plusieurs grands états , soit sur une pondération de forces qui se contrebalancent; problème dont la difficulté fait naturellement naître cette question : l'ensemble des états civilisés ne pourrait-il donc pas adopter un principe de justice général un peu moins défectueux, un peu plus chrétien? Car il y a désharmonie dans l'un comme dans l'autre système ayant pour but la prépondérance de quelques-uns ou l'égale pondération de tous ; appliquées soit à la coïistitution intérieure d'un état particulier, soit aux rapports

282 PHILOSOPHIE I>B liA VIE.

diplomatiques de tootea le» natioBS du monde , ces deux formes sont également videusesw

Au contraire, e& ^hfrchmit dans la relig^ le fondement de Tétat t ^b proutiuit le dioit divin psu* la nature méine dç U sjoi^élé et la destination de Thommet ïsii fait Toîr qde le monarque, aussi bien que le {Mrétre^^est nfl représentant de Dieu sur la terrc^i ^vec lA différente que le prêtre représente davantage la doctrine, l'amour et Tesprit de pardofi, bîea qvfil ait aussi le droit de réprimander et die ccmdaiiinart t;andis que le roi tient la place du ^^ céleste, formidable et vengeur. Ainsi, dans le cbriaUa^ nisme, les deux pouvoirs^ s^pirituel et temporel revêtent un caractère repii'éMntatif ,i bien dl£E^ rent sans doute de ce qu'on appelle aai$i dans Tordre politique , ofifrant même sou# ^e «apport le contraste le plus tcancbé : cw quell0 opposi** tion plus grande que celle qui faisto entfe un représentant de la grâce divine pour le salut de rame et de Fesprit, ou un représentant de la justice céleste sur la terre , et ces anarchistes d'horrible mémoire , ces représentants du peu-

Lsçoil xm. 283

pie on ceux qu^ les ont remplacés. Quand même il serait reconnu que le peuple , comme la majesté invisible dç Dieu, peut et doit être représenté , il serait encore bien douteux s'il l'est réellement dans le mode qu'on a choisi. En effet vous appelez de cette manière toute la population mâle d'un état à former une loterie de voix , et les hommes qui en sont tirés comme au hasard s'en vont, comme chiffres additionnels , prendre pour un temps leur part du pouvoir législatif. Mais , dans leurs principes , leur caractère, leurs tendances , les candidats élus ainsi ne so^t d'ordinaire que les représentants du moment ; i)s cèdent à l'esprit de circonstance I au torrent trouble du siècle , bien plus qu'ils ne servent le peuple ; et ce dernier , subdivisé en quelque sorte à l'infini i réduit presque à l'état élémentaire, et par conséquent trèsfacile à désunir 9 et dans cette dissolution ne formant plus un êtfe organique, individuel, se tourne destructeur contre lui-*méme. Le remède; a ce mal n'existe que dans la séparation du corps social en divers membres , ou en

classés et corporations , au sein desquelles Tétat et le peuple se conservent et se développent d*âge en âge. Alors seulement la nation forme un tout vivant, un individu; alors elle peut avoir de véritables représentants , ou hommes du pays , dans le sens rigoureux du mot , c'està-dire des hommes dont le caractère , les convictions , la tournure d'esprit , toutes les tendances, expriment d'une manière éclatante leur époque, la dirigent, la devancent même. Mais ce n'est point cela qu'on se propose ; aussi Tobtient-on très-rarement dans ces assemblées par des élections de députés soumises à tant d'incidents. Au contraire, Scipion et Caton demeureraient les représentants du génie et du caractère romains , quand métoe ils n'auraient revêtu aucune dignité, eussent-ils vécu dans l'exil. D'autres êtres, dont l'action a été purement intellectuelle , ne sont pas des images moins fidèles de leur temps; Horace, et bien plus encore Tacite, reflètent leur époque d'une manière presque aussi complète que les deux grands hommes précités, et cependant ils ne gèrent point comme eux de

LEÇON xni. 285

magistrature, soit dans la guerre, soit dans la paix. Cicéron est encore un de ces hommes, et il le serait bien davantage, s*il s'était contenté d'agir par Tesprit, sans se mêler aux factions intestines pour lesquelles il n'était pas né. Mais tous les écrivains célèbres ou les tribuns éloquents sont loin d'être ainsi les hommes de leur temps ; outre un talent qui fasse époque , il faut encore pour cela des dispositions de caractère , des sentiments et des idées en harmonie avec ses propres actes , concours de qualités qu'on peut rarement réunir. Du reste un cercle d'action pratique n'est point nécessaire pour atteindre à ce degré d'influence sur ses contemporains ; mais un écrivain n'y arrivera pas par le simple mérite littéraire ou artistique , il faut en même temps qu'il soit national, et pour ainsi dire historique. Tels sont les vrais représentants dé la nation. Pour ces candidats élus , mentionnés plus haut, ils demeurent sans action, s'ils ne se posent pas comme organes d'une corporation particulière, dont ils accordent les intérêts locaux avec les besoins généraux du

corps fiocial, composé de ees difFêffcntes corporations comme d'autant de membres essentiels ; mais ces députes retombent dans le néant, s'ils demeurent de simples individus soHîs de la masse sans la comprendre et là résumer.

Cette dispersion des esprits dans une assemblée nationale est déjà par elle-même une sorte de dissolution de l'État , ou du moins y conduit directement. Aussi toute constitution , même républicaine , bien réglée , s'appuiera sur les corporations et la division organique des classes , plutôt que sur leur égalité et ce gouvernement par votes , qui est toujours un élément de trouble, et tôt ou tard une source positive d'anarchie. Mais ce ne serait pas seulement une exagération, ce serait une complète erreur, de considérer l'état républicain comme exclusif de l'idée chrétienne que tout pouvoir vient de Dieu , ou inconciliable avec elle , puisque le devoir d'obéir et la soumission au pouvoir reconnu légal sont obligatoires pour l'homme né ou entré par choix dans cet État, comme pour le citoyen d'une monarchie héréditaire. Tout ce qu'on peut af-

LEÇON xm. 287

firmer, c'e^l que le christianisme incline plas à cette dernière forme , sans pourtant répugner aux autres ^ comme le prouve toute Phistolrc moderne.

Le fondement de cette préférence déèidëe est probablement que le caractère religieux du pou* voir se montre moins là où la responsabilité des ^ chefs et la mobilité du pouvoir transforme l'État en un cercle dont le centre de gravité change sans cesse , tandis qu'il est fixe dans les États héréditaires immédiatement rattachés à la justice divine , n'ayant à rendre compte que devant son tribunal. De plus , dans ce système ; la vie pu^ blique revêt plus facilement une empreinte relih gieuse. A la vérité toute chose terrestre est im-« parfaite et changeante ; et ce sérail un prodige si l'État ne participait pas de cette faiblesse hu^ maine : l'espérer serait s'attendre à une chose contre nature ; et, pour prendre un exemple dans le peuple que Dieu a si spécialement favorisé et conduit , on voit le sage Salomon , aipres avoir occupé le trône avec tant de gloire et de bon* heur, être remplacé par un enfant faible et mi-

neui% dont les fautes personnelles , jointes à des circonstances terribles , occasionnent les plus grands maux. Salomon lui - même ^ bien que sa sagesse fut sous certains rapports plus qu'humaine, ne s*est pas pour cela préservé d'écarts ou d'erreurs. L'inspiration d'en haut, qui nom vient de Dieu, descendue dans une volonté libre, peut être détournée de sa voie , et employée par l'homme au mal.

n n'est point dans la nature qu'un même État ofSre une rangée non interrompue d^ souverains également doux et paternels , glorieux et chéris, heureux et sages. La prospérité ne dépend pas non plus toujours des qualités personnelles du prince , elle dépend aussi des circonstances et de rétat général du monde. Qui oserait dire que cette alternative de souffrances et de bonheur, de périodes prospères ou lamentables, est moindre dans le système républicain? L'histoire est là pour détruire cette prétention par d'innombrables faits. Au contraire, cette alternative est ici, pour ainsi parler, plus grande, et la décadence qui s'ensuit est plus rapide ; car, dès

LEÇON xm. 289

que la république s'est accrue en force et en territoire, le mouvement de progression s'accélère et produit des révolutions de plus en plus fréquentes. La grande et importante différence est que, dans la monarchie héréditaire , on s'attend à cette alternative de règnes plus ou moins heureux et illustres; on reçoit chacun d'eux comme de la main de Dieu , et on les supporte par devoir de conscience : de sorte que le droit divin n'est pas uniquement un fait légal, il implique encore, d'après l'histoire, une idée d'intervention providentielle de Dieu dans les événements politiques , quels qu'ils soient. Et en réalité le ciel n'intervient-il pas dans tous les mouvements de ce monde ? Tout déchaînement du mal, grand ou petit, toute calamité, considé*rés de ce point de vue , doivent être supportés comme une expiation , une dure épreuve , une douleur salutaire, un état de lutte et de passage vers un degré plus haut de perfection. Les événements de lunivers doivent être vus du même œil que nos propres destinées , c'est-à-dire avec

une inébranlable confiance dans la force et la II. 19

290 PHILOSOPHIE M (iA VIE.

sagesse divines qui dirigent tout. Si, pour la conservation du corps et de la ^anté , il £^iit quelquefois soutenir une lutte doulonreiise , à [dus forte raison est-ce nécessaire pour mainte*^ nir l'état moral.

Comme moyen d'appréciatiop, non plus sim*" plement humaine , mais religieuse i des rapport! et des événements politiques , ceU« fpi générale au gouvernement de la Providence , bien qu'applicable dans tou$ les Ét^ts , subit $ious la repu* blique une modification essentielle, en ce que là tout dépendant du choi^ capricieux des bpmmeSf ou, si l'on veut, de leur mérite et de leurtalenti toute faute, grande ou petite, réelle où supposée, du gouvernement , est aussitôt attribuée aux hommes. Or un dommage qui nous est fait par les hommes excite en nous l'amertume , l'indignation^ la résistance, tandis que si le malheur vient uniquement de Dieu % et qu'on reconnaisse ne pouvoir l'attribuer h qui que ce soit, loin de nous aigrir, il évc^iUe en nous des réflexions salatairea« Par exemple % il est tout a fait naturel qu'un homme doué de raison supporte avec r-é-

LEÇON XIU» 291

signation et patience l'alternatiye des moissons abondantes ou mauvaises. Au contraire, arrive--* t-il une cherté générale, une disette ou une calamité quelconque par rapport aux moyens de subsistance d*un peuple livré à Tindustrie oaaa commerce j si la cause en est dans une fausse mesure de police ou dans le calcul égoïste des administrateurs , alors tous les esprits s'animent, s'enflamment, il y a bientôt pleine révolte. C'est pourquoi il avait raison et exprimait un sentiment tout à fait en harmonie avec la nature kvtmaine , ce pieux roi qui, dans TËcriture sainte, disait : « J'aime mieux tomber dans les mains de Dieu que dans celles des hommes. » Or cette même Ecriture sûnte^ de l'ancien monde , d aocord avec toutes les époques religieuses , consirdère les momentu^ malheureux pour uu peuple et les mauvais règne» eomme de& châtimieiits jooérités, ceofnme des éprei^ves^ que Dieu convoie et que les hommes de bien doivent soistenir avec une m^le feripeté , sans céder à ce i^ serait injuste , craignant IHeu et iuiUemeat la puissance

humaine.

^ iV

L*hi8toire des anciennes républiques nous a conservé une foule innombrable de faits où une vexation d'abord insignifiante, quoique réelle, une faute légère du gouvernement, ont déterminé dans le parti de l'opposition un mécontentement vif et une réaction qui, devenant générale, eausait cent fois plus de ravages] que| n'aurait fait Tacte arbitraire , peut-être dans la forme seule, contre lequel on s'était révolté ; et bientôt on perdait de vue ce premier grief pour attaquer les bases mêmes de l'État ,. jusqu'à ce que , de catastrophe en catastrophe , il s'affaissât sous ses propres ruines.

Jusqu'ici je pense donc que le principe chrétien sympathise plus avec la monarchie héréditaire qu'avec la république. Mais il faut se garder de pousser plus loin la proposition ; car prétendre dans un sens exclusif que l'état républicain .est i rejeter comme anti-légal, ce serait renverser toute idée de droit, et le principe chrétien lui-même. Car l'Église conserve tous les droits établis, même ceux qui dérivent d'un état social imparfait, et c'est pour cela qu'elle repousse toutes les

révolutions , dont le début dans la carrière est toujours la négation des droits acquis et des grands faits hbtoriques du passé. En outre, à la plus rigoureuse justice le principe chrétien unit une charitable indulgence , respectant avec douceur tous les rapports fondés sur des circonstances locales. Enfin la doctrine chrétienne et la philosophie sociale qui en découle sont trèsfavorables à la liberté en général , tant intellectuelle que morale et intérieure. Or ce premier affranchissement précède et surpasse de beaucoup la liberté extérieure et civique , suivant le grand mot defÉcriture : « Celui-là seul est libre , que le Fils de Dieu affranchit ; » et ceux pour qui cette maxime a du prix comprennent déjà sans explication que le Fils de Dieu ne sait affranchir personne que comme il était affranchi lui-même , c est-à-dire par Fobéissance , mais parfaite , poussée au point de s'ofirir lui-même tout entier en sacrifice à son père.

La prédilection décidée de TEurope moderne et du christianisme pour la ûionarchie est historiquement si bien connue , qu'il serait presque

superflu de la rappeler et de montrer commeiit, non-seulement de nos jours , mais un siècle et demi avant nous , une grande monarchie chrétienne e^t tombée dans Tétat républicain^ et comment alors, aussi bien qu'aujourd'hui, saisis d'un fanatisme délirant pour les idées de liberté et d'égalité, après la crise passée, les esprits repoussèrent ce système comme étranger ; et de là naquit le système d'équilibre politique, fondé sur la division des pouvoirs contrebalancés l'un par l'autre, ou la constitution anglaise, si admirée et si étonnamment perfectionnée de nos jours. Il serait inutile de rappeler aussi comment un peuple maritime de second rang, après avoir eu la république, s'e^t de plus en plus rapproché , de la monarchie jusqu'à ce qu'il l'ait reprise tout à fait ; comment un autre Etat, qui se disait répu' blique , et l'était réellement en partie , n'ayant qu'unç monarchie élective, perdit, dans les factions et Fanarchie qui en résultèrent , son ancienne grandeur , sa gloire , et en même temps son existence : tellement que dans tout TOccident il n'est plus re^té que de petites républii)ués

LEÇON xm. 295

sans importance. Quant à celles des colonies d'Amérique ^ même les plus anciennes sont encore trop jeunes pour qu on puisse asseoir sur elles un jugement arrêté.

Apportons cependant, en preuve que le chris^ tianisme ne répugne nullement à l'état républicain, un phénomène moderne tout particulier et plein d'un caractère grandiose : c'est le Sainte- Empire allemand du moyen âge , qui a fleuri eb s'est maintenu puissant durant plusieurs siècles. Quoique monarchique et unitaire dans sa forme, il se rapprochait du système républicain par son principe d'élection. Car, même alors que l'iiistoire nous montre une longue liste de souverains de la même maîfson se léguant Tun à l'autre la couronne êuprême, il y avait cependant toujours une sorte d'élection sanctionnante ; et plus d'une fois la ligne de succession s'est interrompue même après que le droit d'hérédité eût été reconnu. En outre, ce vaste ensemble de royaumes et d'États se composait d'éléments très-divers , dont une partie tout à fait démocratiques. Les quatre grands duchés primitifs 9 conjointement

avec les autres seigneuries héréditaires d'une date moins ancienne , formaient la partie monarchique , sans perdre pour cela leur caractère national et leur action éminemment populaire* Auprès d'eux , les principautés ecclésiastiques , électives par leur nature même, formaient une grande aristocratie ouverte non-seulement à la naissance , mais aussi à la supériorité intellec- ^tuelle et surtout au mérite. Les villes industrielles et commerçantes , avec leurs privilèges et franchises impériales , formaient à la base de la pyramide une véritable démocratie j conçue dans le sens élevé du mot , fondée non sur l'égalité numérique et ranaréhie des classes , mais sur de puissantes corporations et sur les droits sacrés de la bourgeoisie. Il suffit de citer la Hanse pour montrer quel immense cercle d'action avait ce seul élément, même jusqu'aux temps de la décadence. Ce grandiose empire germanique à bases républicaines a traversé, il est vrai, de nombreuses guerres civiles, et, après bien des secousses , il est enfin tombé tellement qu on a peine à le comprendre dans toute sa profondeur,

sa sagesse et sa force , aujourd*hui que les théo* ries sociales sont si autres.

Toutefois cette création des meilleurs temps du moyen âge demeure dans Thistoire une grandiose et toute chrétienne apparition , aussi forte et digne qu'aucune monarchie dans les plus brillantes époques du monde , et bien plus riche et variée qu'aucune d'elles pour le développement libre de ses éléments intérieurs, oui, plus libre vraiment que celle des constitutions les plus vantées de notre époque. Car Texpérience historique, d'où découle tout savoii; dans la politique, nous montre avec évidence que cet équilibre de pouvoirs des Etats constitutionnels repose au

fond tout entier sur les ministres et l'opposition, qui s'arrachent mutuellement la puissance législative , tandis qu'au-dessus d'eux siège la figure sacrée du monarque héréditaire, servant seulement à couvrir de son manteau les partis pour qu'ils puissent plus commodément se déchirer sans relâche.

Le christianisme ne repousse , comme nous l'avons dit, aucune forme sociale ; il les recon-

nait toutes^ laissé subsister et se développer dans son sens naturel tout ce qui se présente avec une existence antérieure. Il respecte la fbrme constitutionnelle ^ sans pourtant la croire aussi parfaite que se Timaginent ses partisans passion*nés j et il tolère Tabsolutisme , tout en le regardant comme un état inférieur et vicient. L'un et Tautre s'expliquent et se justifient par des circonatances locales, comme un mal nécessaire dont on déguise la forme , comme un danger moindre I les prémisses étant données , ôu bien aussi comme le moyen de guérison des sociétés malades ^ et la transition à un état meilleur. Or cet état transitoire ^ qui sert à faire sortir un peuple d'une longue anarchie dans laquelle il ê'est épuisé en fureurs délirantes^ est un absolutisme ou dictature perpétuelle soua quelque forme que ce soit, mais toujours sans nulle sanction divine : ce qui doit faire distinguer soigneusement cette souveraineté informe d'avec les monarchies légitimes et héréditaires , dont elle diffère essentiellement par son caractei^e et son mode d'existence. A la vérité, TheureuH usurpa-

LEÇON xin« M9

teur n'a pas de peine à ae concilier les aympathies du inonde, s'il arrive au pouvoir dans le moment le plus critique du fléau révolutionnaire^ et surtout s'il n a pas contribué personnellement à la chute de l'ancien état de choses t tel a été ^ par exemple, le fameux Auguste dans l'anciennt Rome. D'abord accepté conditionnellement , It dictateur est peu à peu reconnu , et il peut en venir à la fin jusqu'à se faire légitimer, s'il sait suivre fidèlement une direction de plus en plus morale. Mais , au ipontraire , sur les ruines de la révolution toujours renaissant de ses cendres, s'élève*t-il un pouvoir qui n'est que Tanarchie transformée , élevée de la boue sur le trône , pouvoir turbulent et sans loyauté , destructeur et animé de la manie des conquêtes, pure tyran*nie militaire ou anarchie supérieure; alors le second mal devient pire que le premier qu'il avait promis de guérir; et, fondé sur Tespéranc^ frustrée de cette guérison , le pouvoir nouveau perd par là même toute base morale. L'histoire contemporaine nous montre d'une manière frap. pante et complète ce phénomène du passage de

390 PHILOSOPmE DE LA VIE.

l'anarchie au despotisme. Dans le monde antique; et surtout dans le vaste corps romain , ce pas-sage s'est effectué beaucoup plus lentement ; d'une nianière plus régulière et par là plus historique. C'est pourquoi le tableau de ce développement dans ses phases successives est tout particulièrement instructif; c'est comme un cours d'expériences d'où sort la théorie.

Un aussi complet ensemble d'états républicains aux formes les plus variées, embrassant l'univers civilisé , comme (m le voit dans la plus florissante période de Tantiquité, lorsque auprès des cités grecques , de Rome , de Garthage, des munidpes italiques, les peuples indépendants de l'Europe centrale et hyjierboréenne avaient des constitutions ou entièrement ou en partie républicaines , un accord aussi grand vers un même but politique ne se répète nulle part dans l'histoire moderne , phénomène digne, aux yeux du publiciste, de la plus sérieuse attention. Néanmoins cette liberté de ja parole et de la pensée, ces élans passagers mais sublimes de patriotisme*, ces grands ca-^

LEÇON xm. 301

ractèFes , ces exploits héroïques , n'empêchent pas d'énoncer en principe général , et conformément à l'expérience , qu'un tel système n'est pastenable, qu'il n'est point approprié aux lois organiques de Thumânité , et qu'après avoir promis merveilles, il n'apporte en définitive que confusion , ruine et barbarie. A peine commence-t-il que déjà il laisse percer des germes incurables de dissolution et d'anarchie , qui , se développant avec une rapidité irrésistible , poussent vers un mode informe de tyrannie. Les grands penseurs et publicistes de l'antiquité étaient le plus souvent eux-mêmes en opposition avec l'esprit et la constitution démocratiques de leur pays , dont ils prévoyaient et prédisaient que la chute arriverait par cette cause , contre laquelle ils ne pouvaient rien. Tels Platon à Athènes , et dans un autre genre t et sur une moindre échelle, Cicéron à Rotiie, sage entraîné au milieu des factions. Les têtes politiques, les philosophes et les hommes d'état consciencieux de l'antiquité cherchaient le contre-poison à ce mal destructeur du génie dé-

302 PHiLosopjBn im la ym.

WQCratique, et pensaient U plas part da temps le trouver dans une aristocratie grandiose y mais exdusive , qui aujourd'hui ne satisferait pas plus notre cœur que notre raison. Car l'idée proprement dite de la monarchie héréditaire et de droit divin n'était pas encore découverte ; à peine en voit-on dans le monde antique poindre de faibles commencements; car au fond il lui faut le christianisme pour se développer pleinement selon son vrai caractère. La chute des républiques grecques succombant

à leurs discordes intestmes et à leurs guerres extérieures, leur asservissement à la Macédoine i puis le démembrement de cet empire, d'où sortent des royaumes moitié orientaux , moitié helléniques, sont une nouvelle preuve de la marche ordinaire que suit Panarchie, et de la ruine qu'elle prépare quand vknt le re^ làchomient des mœurs. Mais le tableau de cette marche des institutions présente un bien plus hamt intérêt dans le monde i^omaîn , parce (}ue là ^Ue s'aixompUt avec plus de circonspection, ipim de conscience d^elle^-méme , d'après à%s

usçûN xui. 808

principes clairs et approfondis. Là^ quand les plu3 a6&*eiifiçs guerres civiles eurent veraé dea torrents de aang^ et quand cette rage^^dea eon<« quêtes , deyenue depuis tant de siècles une né«« cessite, ne trouva enfin plus d'aliments, la ca«» tastrophe prévue longtemps d'avance appro« cha. Pour transformer autant que possible se puissance militaire en une domination pacifique, Rome essaya de rétablir le pouvoir absolu en lui rendant son antique caractère religieux^ et le laissant m|me se rapprocher autant que pos<sible du principe d'hérédité. Dans cette ten* dance à de meilleiires idées gît Tapologie, la raison des événements historiques d^alors, et dW absolutisme politique, informe, à la vé-

rite, et presque monstrueux.

Car doter le trône d'une famille héréditaire était alors impossible, vu l'extrême fréquence des divorces et des adoptions ^ vu la dissolution totale des liens conjugaux et des liens de famille , dissolution à laquelle les meilleurs empereurs essayèrent en vain de remédier. Ensuite , quoiqu'on espérât rendre plus sacrée la personne

du souyerain en l'environiiant d'attributs sacerdotaux, et lui donnant le suprême pontificat de la religion nationale ; elle n'en recevait pourtant aucun accroissement de pouvoir depuis que la dissolution morale , ayant miné la religion tout autant que TEtat, transformait le paganisme en poétiques chansons sur les héros , le culte en fêtes et cérémonies purement extérieures , et le dogme en rêveries philosophiques décousues : s^outez à cela que le sacerdoce manquait d'une constitution forte , comme celle , par exemple , de l'ancien paganisme brahmanique. Cet état de choses augmentait les contradictions inhérentes au polythéisme , et la comédie devenait révoltante, quand un de ces tyrans d|i monde , universellement haï; après uii règne où ils n'avaient fait que peu de bonnes actions , souvent même que des cruautés, s'en allait parmi les dieux et obtenait des autels. Le bon temps deJMarc Aurèle et des Antonins passa vite sans pouvoir laisser de trace historique dans la constitution, comme cela eût eu lieu sous la monarchie héréditaire chrétienne.

Néanmoins, en jurisprudence , et aussi bien pour la théorie que pour la pratique , les Romains ont toujours été grands, d'autant plus peut-être que les vrais amis de la justice j restés en petit nombre , se retiraient de la vie publique et allaient chercher des consolations sur le domaine non envahi de l'ancienne législation d'Italie. Mais quand tous les rapports sociaux et le principe même de la société sont basés sur l'injustice , à quoi servent des lois admirables sur la propriété , sur le vol , la tromperie, le meurtre et les autres crimes, qui scmt d'ordinaire partout les mêmes? A quoi servent les plus belles théories , les habiles dispositions juridiques, quand le fait du droit manque? C'est comme si, pour accréditer ou excuser un vaste système d'erreurs philosophiques , on di-^ sait que les règles de la plus saine logique y sont parfaitement observées ; cette circonstance^ «u lieu d'abolir le mal ou de le diminuer,^ le rend au contraire plus spécieux et lui élargit les voies.

Mais ces bons éléments de jurisprudence poru. 20

306 PHILOSOraiB DR LA VIE.

tèreat des finiits utiles , quand Tempire romain renaquit christianisé en Germanie. Â la yérité le, droit allemand concorde en général avec Té* glise mieux que le droit romain, parce qu*en Allemagne les coutumes étaient plus en harmonie avec réquité naturelle, La science romaine avait développé Vidée du droit avec une habileté merveilleuse, précisément parce qu'il tranchait davantage sur les rigueurs de la législation réelle , rigueurs établies dès Torigine , et dont on cherchait . à diminuer la dureté en corrigeant le code : tandis que sous l'action de * régUse la justice idéale et les lois humaines doivent concorder énsen^le et se fondre en un seul corps , sans quoi Tétat manque d*une base chrétienne. Cette difiérenee essentielle et si grande des deux sodétéa pourrait servir de point de départ pour développer une théorie chrétienne du droit dans son véritable esprit. A. eette douceur, à cette équité » premier caraco tèi:e du droit cïffétien, s'en joint un second également distinctif , c'est son respect pour ce que les t^ao^s ont consacré. C'est pourquoi la

législation germaine j| portée Àéjfik par sa tiatwe

à laisser subsister tous les droits «antérieurs, tai^

politiques que priyës^ ou autrement à se fond^

sur rhistoire t put s'assimiler beaucoup plus ii*

cilement le prkicipe chréii^n^ Néanmoins^ con^

sidéré dans ses rapports avec Tétat^ aTecFen-a

semble des nations civilisées et eti continuelle

communication d*un bout du monde à Tautre ,

le droite dans le sens étendu de ce itiot^ pour

être complet et véritabletnenl historique ^ a be^*

soia d'être chrétien : alors seulement il peut s'ex^

pliquer l'univers et embrasser toute Thumaniti^.

Si les hommes n'avaient pas été dè^ Torigine

en discorde entre eux et avec Dieu et 18 nâfltii^,

ils n'auraient point besoin d'être contraints paf

la force sociale; car cette force n'est autre cho^e

qu'un glaive tiié pow k maintien de la pftiM

contre les individus isolés ^a eoH€G^ qui f dtf*

draient la troubler, un rempart eoniri Im aMâ^

que» injusite» et Id guerrtr^ Oà trcHif eiT âflleiM

que dans le sy^ème complet dficbHsIiAniMiWv

et au commencement de l& Bible ^ là raisoi^ de

l'eiListenee do mal , de sa repri^ucsiiai^ printf'

tWe et de l'antique malédiction prononcée sur nous tous, malédiction qui est la cause historique de l'existence des états, érigés comme ime barrière divine contre les suites du pécbé omginel et du premier fratricide? Toute nation chez laquelle se trouvera une explication pré-* cise et claire de ce phénomène, Ta certainement empruntée à cette source. Il faut remarquer cependant que Fétat ne se constitue , n'obtient sa sanction divine qu'après la disparition du monde antédiluvien , comme on a essayé de le prouver dans la leçon précédente. A cette re*

naissance toute religieuse de l'humanité , la paix est annoncée et descend du haut des cieux ; ce

n'est pas sans doute la paix complète ^ récompense et fruit du combat terminé ; mais c*est une nomvelle et forte promesse de la paix future, qui d^à commence à germer ici-bas. Car toute paix humaine, pourvu qu elle ne soit pas apparente et £einte, quelque incomplète et partielle qu|S nous rjobtenions , est un pas en avant vers r échelle céleste, une introduction à l'uni verséHe paix« de Dieu , - qui , élevée au-dessus de

LKÇON XIII. 309

toutes les intelligences , fera cesser à jamais leurs débats. Si l'injustice pouvait disparaître du inonde et être remplacée par la paix divine , le but de la société serait atteint , elle déposerait les armes. L'exercice du droit suppose une résistance ; il ne s'exerce que tant qu'elle dure , et il n'est au fond rien autre chose qiiie la lutte même contre l'usurpation ; d'où il suit que le droit chrétien, en pratique comme en théorie, est le plus complet, le seul qui satisfasse la science , car seul il montre quelque chose de plus haut encore que le droit , seul il tient la clef historique du commencement et de la fin. Ce dernier caractère ne lui vient pas seulement ' de ce qu il explique les origines , et établit sur l'histoire les bases sacrées de l'état ; il le rtçoit encore de la tolérance avec laquelle, étendu aux rapports généraux de la société, il laisse subsis- . ter' ce qu'ils ont d'incomplet , supporte: les abus invétérés ou que le cours des choaes amène inévitablement, et les considérant comme un ^noindre mal , cherche seulement à les diminuer. €eci fail comprendre comment il a pu non-seu-

à^ PHILOSO)^HIE DB tA VIE.

lénlïêrit *e réconcilier avec le morislîrtfeux âbsb-

hrtisMte dù^fhioiidéromaiil à ^a de'cadeilce, mais

encore é-'ùrift-, se fondre eii ïùî, léfàife refleu-

i^ir, et Crêper U briiïant phéttomènc historique de; Témpire rom^ain chrétiené

A kl vérité cette pacifique reccmnaissiaiice

d*Qne constitutioiv so€ia>)€ imparfaifle , ne se rei^

èOBtrè pas au métoe degré dans les états où^ le

germe eerrapteot/ au lieu d'être le fruit d'im

évéïieiftent adeiéentel qpit s'affaiblit en s'élo^

gùant pow ftfîre placée à «ni état de tamn» eti

BàoJR^ ticiéex f est, ftu contraire, le fdndémeiit

kiamovible de Tordre^ eomn^ dans Teihpîfe

immeiSise de Mahomet et de ses suocesMin's. Là

gbait f dans le berceati même de l'islamisme ^

tm «rdent et laîiiatlque esprit de conquête qui ^

développé d^s Te^igine, était le fondement,

le principe Vital de là sociétés Quelque sé-*-

duisanl5 que ^soient le cnrâctère et la ^oiijft

personnelle des premiers califes, quelque poé-^

tiqdes quils pçraisseiît^ leur despotisme auiri yeux

de rhistorieii, l'état moral de ces fanatiques

destructeurs eM bien pite encore que *eëliti de

LEÇON xiii. 311

Tancien empire romain, à Tépoque de sa plus profonde décadence. Ici la tyrannie est en queh que sorte personnelle , c'est le fruit des caprices d*un chef cruel : tandis que chez les caUfes le despotisme est un fait permanent, que n*interrompent pas même les plus glorieux règnes ; c'est Tapogée du despotisme ou la rtîunion des deux pouvoirs spirituel et temporel maniés par une seule main , dirigés par une seule tête. La comparaison historique et morale des deux empires romain et musulman est encore tous un autre point de vue au désavantagé de ce dernier. L'immoralité qui domine sur la der** nière époque de Rome en était venue à déna-^ tarer le mariage et tous les liens domestiques ; mais ces liens furent complètement anéantis par le Coran v de sorte qu'il ne faut rien lui de* mander de cette unité de là famille , fondée sur le droit et la liberté morale, qu'on trouve dans les monarchies chrétiennes. C'est ^pourqlioi il ne faut pas s'étonner de voir, à l'époque du triomphe des Arabes , l'empire du croissant et celui de la croix être vis-à^ris l'un de Fautre

dans des rapports beaucoup plus hostiles et étrangers que ne Tayaient été TËgiise primitive r.t les païens. Il faut bien aussi reconnsutre les piémes tendances politiques déterminant des événements analogues chez les nations chrétiennes de l'Europe ; mais elles se laissent de plus en plus dominer par le principe de paix du christianisme, qui crée une justice douce et tolérante dans laquelle sont respectés tous les droits. Cette marche progressive, bien comprise , ne peut certainement encourir aucun blâme : car la racine du mal ne peut être enlevée que par une complète victoire de TEglise sur Terreur et le fanatisme, anciennes bases de la société. En n e voyant la chose qu'historiquement, de grandes difficultés s'opposent à ce que les nations musulmanes entrent peu à p^u ilans les mœurs , les usages et les princi[pes chrétiens ; mais dans le grand développeme^ de l'humanité , c'est* à-dire dans les desseins de la Providence,, des circonstances peuvent rendre ce rapprochement possible : T Orient a même déjà commencé à en senâr le besoin ;

LEÇON xni. 313

plus d'un fait local contribue à entretenir cette haute espérance.

La diplomatie et une politique amie de la paix , dans ses rapports avec les empires non chrétiens, pourraient autant que cela serait conciliable avec leurs autres devoirs , accélârer ce rapprochement des peuples dans la grande paix de Dieu. En efFet, cequiTéloigne le plus, ce qu'il y a de plus destructeur, c'est incontestablement lorsqu'un état chrétien , violant sa destinée, s'anime d'une passion cruelle pour les conquêtes. Quels progrès restaient réservés à l'Europe civilisée , si cette pensée sauvage , cette démoralisation privée et nationale qui fut pour la première fois affichée dans les lois mêmes par la révolution, et qui se développa avec une si afifreuse rapidité, avait continué de régner? Descendue jusqu'au plus bas degré, la révolution serait retournée à un despotisme militaire complètement païen, armé des deux glaives spirituel et temporel, comme les empires doût on vient de parler. Ces souvenirs shnt encore

314 PHILOSOPHIE im hk ym.

trop récents et trop vifs pour qu'il soit nëces*

saîre de les rappeler.

J*ai dit que Tessence du despotisme est la confusion des deux pouvoirs, la réunion sur un trône monstrueux de là pourpre militaire et de la tiare du pontife. Le droit chrétien repose sur la séparation des deux pouvoirs : il est donc bien important de déterminer la ligne de démarcation qui les sépare. Poser une règle générale pour résoudre tous les cas réels ou possibles de collision serait une tâche difficile , cette règle se modifiant à Tinfini selon les traités conclus , les besoins locaux et les cons*-'

titutions de chaque peuple. Elle dépend donc plutôt de la conviction éclairée et de la bonne volonté des représentants de ces deux puissances , toutes les deux sanctionnées d*en haut et revêtues d'un caractère sacré , chacune dans sa spbère ; c'est à la foi loyale à régler ep tout Qt toujours ces rapports , sujets à des coUi3ions fortes el ^équentes. Bien des fois déjà Tbistoire nous <»a montré les deux parties s'empor-

LEÇON xm* 315

tant outre mesiire ; mais il est arrivé aussi que par préjugé ou par ignorance des choses et des siècles^ on a blâmé de louables résistances. Durant la période qui vient de s'écouler il était devenu de bon ton de critiquer sans réserve sous ce rapport quelques papes du moyen âge. Il faut dire à la louan'ge de la critique allemande que ce furent précisément des historiens du protestantisme qui les premiers apprécièrent historiquement et justifièrent ces hommes grands pour leur temps. On ne prétend point nier que les souverains , pontifes n*aient alors et plus tard abusé en certains cas ; mais difficilement prouvera- t-on qu'ils ont franchi les bornes au point où Ta fait Henri VIII d'Ang)ieterre, devenu souverain au spirituel, en même temps que despote politique. Ce prince, le plus tyrannique de tous ceux de la Grande- Bretagne , en fondant TËglise anglicane , a été sans le savoir, le véritable père de la constitution nationale qui repose entièrement $ur TËglise. Cette constitution anglaise si admirée,^ où la balance entre le gouvernement et l'opposition,

316 PHILOSOPRIB DE LA VIB.

les forces organisatrices et l'anarchie devenue incurable , est maintenue avec une incomparable habileté » sort des discordes religieuses. £t cette discorde au sein de TEglise, qui , dans les plus grands royaumes chrétiens , rendait si difficile depuis quelques siècles son gouvernement intérieur, couverte qu'elle est de mille plaies saignantes, a reçu chez les Anglais, du royal réformateur, une organisation si compliquée, qu'elle forme jusqu'à présent un insoluble problème, regardé par beaucoup de penseurs

comme humainement impossible à résoudre.

\it^ résultats qui sortent de ces prémisses , de cette esquisse première d'une législation complètement chrétienne , embrassant par conséquent tous les droits , seront développés dans les leçons suivantes.

Da partage de la société en classes, et des rapports réciproques des États entre eoz dans le système chrétien; de la science considérée comme pouvoir et de Porganisation de ce pouvoir.

Messieurs^

Armée de principes puisés dans elle-m^me, la philosophie ne s'avance jamais sur le domaine de la religion et de la politique , sans qu'à l'instant même elle les attaque en les pénétrant. Or cette prise de possession , dès qu'elle est réalisée dans la pensée, cherche à se faire jour au dehors ; et soit triomphante , soit repoussée , elle s'accommode avec la science; et de là sort un système quelconque de croyance ou de droit. Mais le mal est grand, si la séparatioaintérieure se voile à la surface par de serviles promisses d'obéissance I pendant que le principe délétère,

réprimé et non détruit , se développe en secret, étouffant dans leur naissance tois les germes de salut , et couvrant d'un inévitable mépris la science, qui ne peut maintenir sa dignité qu'autant qu'elle reste indépendante. C'est pourquoi je me suis franchement déclaré dès le commencement de ces leçons, contre ces empiétements de la philosophie sur un terrain qui lui est étranger, et ce parti une fois pris, je ne crois pas y avoir dérogé jusqu'à ce moment.

,,JMp||l^ philosophie cherche-t-elle à s'orien* tejCf.r^ se sonder elle-même, à comprendre l'homme dans son essence intérieure et extérieure, dans ses rapports avec Dieu et la nature, avec le monde et la société , alors , quand elle a trouvé et reconnu k point centrsd et cdiminant d'où sort la vie même, elle peut, elle doits'élancer de cftie cime , et embrassent d'im vaste coup d'œiLet en pleine liberté les plus hauts intérêts de^ l'homme, soumettre le monde,vi^l€à ses spéculatioivs , le comprendre, l'expliquer, en déduire les |ois idéales, incréeesv inexécutable peut-jâtce, mais dont la possibilité pnié&ente à

LBÇOfI XIV. 319

l'imagination de nouveaux mondes hypothétiques. Conformément à cette distinction, j'ai pu, dans les leçons dernières , exposer mes conceptions propres ; toutefois je demande qu'on les juge dans leurs rapports avec la pensée fonds^ mentale de ce livre, dont elles ne sont que la conséquence , une philosophie de la vie devant, pour mériter son nom , offrir le développement historique et varié d'un même principe : toute application détournée, tous les exemples de dé* tail , ne doivent être considérés ici que comme une simple opinion personnelle»

Dans les premières leçons, j*ai essayé de déduire, d'après une règle large et certaine, de la nature de Tâme considérée en elle-même , ses rapports les plus importants avec Dieu, la nature et la vie terrestre ; puis j*ai cherché à ces prin«« cipes une confirmation dans l'ordonnance di-^ vine de la nature, dans la philosophie et dans Thistoire; enfin, poursuivant le *£! des choses, je me suis efforcé de montrer comment Tesprit d'éternelle vérité va de plus en plus se développant dans la science ei dans la yie : d'abord

comment il repose au sein de Tunité divine et de la foi , ou science suprême ; ensuite comment il sort victorieux de l'antique lutte entre la foi et Tincrédulité , pour s'enfermer finalement , et d'une manière active , dans le cercle ëtroit non-seulement de la science, mais même de la vie réelle. J'ai tenté d'expliquer ce phénomène et le sens symbolique de l'existence par une sanction imprimée d'en haut à la vie tant individuelle que publique ou sociale ; et de là est sortie l'explication chrétienne et véritablement* historique de la justice universelle, sujet de la discussion précédente.

En suivant la même marche, j'ai rendu cette idée sensible dans la sphère des réalités historiques, plaçant en face Tùne de l'autre les deux formes de gouvernement les plus opposées^ comparant dans leur histoire , leur essence et leurs traits caractéristiques , les états absolus et constitutionnels. L'ancien monde romain et le khalifat m'ont fourni le type du premier, et le second m'est apparu dans la constitution anglaise au plus haut degré d^ perfection qu'il ait en^

core pu atteindre. Ce chef-d'œuvre de la politique, qui, afin de la rendre moins dangereuse, déclare légitime une opposition éternelle introduite dans TEtat, ressemble aux remèdes donnés quelquefois pour provoquer dans le malade un miasme local qui permette de dompter le mal en lui assignant son but et sa mesure 9 fixant le temps même de la crise , et préservant de souffrance le reste du corps. Placée sous son véritable point de vue, cette forme gouvernementale satisfait Tesprit, se justifie elle-même, mérite le plus haut respect et même Tadmiration. Seulement comme tout y est accidentel et historique , et que te moindre changement de lieu ou de nation prée de nouveaux besoins et nécessite pour des difficultés inattendues de nouvelles formes sociales, il faut bien se garder de considérer une constitution bonne pour un peuple comme applicable à tous les autres. Il en est comme de Timitation servile des modèles originaux dans les arts : ce ne sont point de ces choses qu'on

puisse transplanter vivantes. Sans doute le n. 21

322 PHILOSOPHIB DB Là vm.

nœud gordien subisiste dans ce grand œuvre de la constitution anglaise , malgré Thabileté avec laquelle on le couvre ^ comme le prouvent ces troubles religieux qui menaient journellement d*éolater en guerre civile « et journellement sont refoulés dans les limites légales où il leur est permis d'agir^ Et ceci est une confirmation nouvelle de ce que j'ai dit ailleurs , à rhotineur de r Allemagne , sur la tolérance religieuse s ()ui est devenue comme notre caractère distinctif, et qui mieux qu'une constitution , veille sur notre liberté intérieure , et nous assure une bien plus grande unité. Cette charte de nos droits est non-seulement écrite sur le papier^ mais encore au fond de nos âmesi C'est pourquoi, dès qu'il arrive à un écrivain, fût- il illustre, d'énoncer une proposition intolérante , où à on homme d'état de se permettre une vexation ré^ ligieuse , à l'instant là désapprobation générale punit et repoussé l'injure , dont les suites ou disparaissent entièrement , ou ne laissent qu'une trace peu profonde. Ce n'est donc pas le droit d oppOBitk)n diths l'état qui eSt désirable ou qui

LEÇON XIY. 823

mérite d'être loué> mais bien la paix qoi en résulte , paix dont les bienfaisants résultats n'ont point encore été assez appréciés par les peu**ples auxquels il est donné d'en jouir « Mais cette sécurité ne peut être comprise et estimée que quand on la compare à l'état des autres nations civilisées. Car si toute paix civile^ aussitôt qu'elle est véritable , profonde et sincère , influe sur la marche de l'esprit et le développement natio* nal, qui commence à tendre en silence vers une pacification universelle et divine, comment la paix bien plus haute et intime des intelli*^ gences ne serait^elle pas la source d'an avenir plus riche et plus grand , le symbole dé Tac-^ complissement des promesses et de la réunicm finale du genre humain ?

Puisque nous sommes à Tarticle des dissent sions ou divergences religieuses , et des possi*^ bilités de discorde entre les deux pouvoirs sU'prémes et sacrés de la société ^ le spirituel et le civil I séparés irrévocablement dans le système chrétien, il n'est pas inutile, pour éviter tout

mal entendu, de faire encore une courte obser-

vation sur le cas où cette collision atteignant son plus haut degré , se transformerait en violence ouverte. La partie offensée dans ses droits estelle la puissance politique , celle-ci saura toujours, au moins dans notre temps, se défendre, car la justice même l'y autorise ; seulement il faut désirer que Temploî des moyens répressifs ne dépasse pas les bornes de la plus grande modération. Au contraire, l'attaque part-elle d'un trône pour se diriger contre l'Eglise , la défense alors doit être légale, c'est-à-dire sans emploi d'aucune arme matérielle directement ou indirectement , et sans ce qu'on appelle machinations : autrement les bases sacrées de la sûreté et de Tordre publics seraient complètement renversées. Dans ce cas la religibn placerait son point d'appui dans l'état , aussi longtemps qu'il demeurerait chrétien : chose que la vraie religion et ses pieux pontifes ne peuvent faire et ne feront jamais. La résistance spirituelle ne doit donc être que passive ; il serait superflu de le prouver par de pénibles raisonnements et de subtiles distinctions , qui presque jamais ne

donnent une réponse satisfaisante dans la complication impossible à prévoir des mille événements et cas particuliers. Quelques exemples historiques, qui se trouvent en quelque sorte près de nous , expliqueront plus vite et avec la plus grande clarté notre pensée. Contemplons dans l'époque qui vient de s'écouler la grande et malheureuse scission entre l'Etat et FEglise, et la résistance légale de cette dernière dans la personne du vieillard apostolique , reconnu comme pontife suprême par la moitié de la chrétienté y contre le dominateur militaire de FËurope , auquel jusque dans son cachot il re-^ fuse d'obéir, recevant pour cela même de l'Europe protestante les preuves les plus grandes de respect et d'admiration. Préférez-vous un exemple tiré de la vie privée? nous le trouvons dans l'histoire du saint patron de la Bohême , qui n'est pas seulement une légende , mais un fait , dont la magnifique simplicité prouve comment la constance spirituelle peut lutter avec plein droit contre l'oppression du chef de TÉtat. C'est par de semblables moyens , jamais par

d'autreis, qm dans les premiers siècles PEglise^ encore invisible au dehors, occupait déjà une place si grande ; et c'est par là seulement qu'elle devint la religion de tout l'univers civilise. Mal^ gré cela il demeure certain que la scission publique ou même cachée entre les deux pouvoirs sociaux , FËtat et TËglise, est un grand mal, une plsie presque toujours destructive de Tun ou de l'autre. Par là l'Etat mine ses propres fondements, placés nécessairement dans la religion qu'il ébranle ; non*-seulemait il paralyse ses finances et les autres branches de Tadrai'^ nistration qui ne souffrent jamais seules dans une société bien liée et douée d'énergie morale, mais encore il introduit dans son sein Tincrédulité politique, suite naturelle , immédiate, de

l'irréligion , et cause rapide de la destruction des Ëtats.

Les deux principes de vie , les deux pouvoirs d^ Thumanité, quoique essentiellement et nécessairement séparés , doivent donc agir de concert ; car l'un existe pour l'autre, la société reposant entièrement sur le fondement moral ,

i^BçoN XIV. 327

et la relifpon n^ pouvant exercer sa pleine in^ fiuence que dans une sphère où règne Tordre

public. Si TËglise ëtait une et délivrée du choc intérieur des partie, et que TEtat fui *%n parfaite harmonie avec elle , et pénétré de sa force vivifiante, nous serions maintenant bien plus haut dans Téchelle de la civilisation, et plus près d'atteindre à cette sainte paix , dont la paix humaine n*est qu'une imparfaite image , essai inachevé qui se recommence sans cessé, désir qui jamais n*est rempli. Mais la séparation des deux puissances, nécessaire dans Tétat actuel

de lutte et d'ascension de l'humanité , e^t beaucoup, plus ancienne qu'on ne le pense communément. On en trouve des vestiges dans le monde primitif , et dès l'origine du paganisme. Le plus ancien peuple connu , les Indiens , qui nous ont conservé la plus fidèle image de l'humanité à son état primitif, exprime positive^ ment dans ses lois cette séparation , en plaçant une barrière infranchissable entre la dignité de roi et celle de prêtre. Quant au monde grec et romain, il ne* peut guère être invoqué ici pour

ce qui regarde la constitution de Tëtat sacerdotal , vu que dans le paganisme de cette époque dégénérée, le sacerdoce était devenu quelque chose de mobile et de vagiie, se conformant aux diverses phases de civilisation de ces peupies. Au contraire , chez les vieux Indous, un brahmane qui voudrait empiéter sur le trône ou l'usurper, un rajah qui prétendrait être pontife ou voudrait opprimer les prêtres, paraîtraient encore aujourd'hui comme dans les premiers temps un fléau , une monstruosité destructive de Tordre divin et de la nature humaine. Le mélange des castes , la confbsion des classes leur représentent toutes les horreurs de V anarchie; et c'est avec ce mot qu'ils désignent les révolutions par lesquelles ils ont passé jadis , mais d'où ils se sont tirés , revenant toujours avec une inébranlable constance à leur primitive constitution , dont il n'est pas déplacé de remarquer ici les rapports de parenté avec la constitution germanique , considérée comme base de la plupart des Etats européens. Là aussi, sous le nom de noblesse , le corps entier des pro-

LEÇON XIT. 329

prîétaîres du sol avait TobHgation de défendre le pays, d'où vient qu'on les appela gentilshommes ( hommes de la nation ). On a même retrouvé dans l'Inde quelques traces d'anciens rapports féodaux , bien que ces inféodations primitives et simples soient loin de rappeler notre législation compliquée des fiefs. A cette noblesse propriétaire appartiennent aussi les princes et même les rajahs ; car l'agrandissement relatif et fortuit de chaque noble famille détermine dans le cours des siècles son élevation ou sa chute; dans cette hiérarchie militaire il n'y a point de démarcation formelle entre les divers degrés , l'ensemble s^ul compose une inviolable caste. Les écrivains démocratiques du dernier siècle , d'après leur faux système, ont, il est vrai , exhalé toute leur haine et leur horreur contre cette organisation de castes, qu'ils ont tâché de rendre méprisable à jamais : mais, en écoutant l'histoire , je serais porté au contraire à penser que ce vaste et populeux Indoustan , malgré tant de conquêtes subies dans les temps anciens et modernes, doit à sa division en

castea, quelque incomplète qu'on la trouTe parfois , U permanence dans ses mœurs et une indestructible prospérité. Sans doute cette division asiatique des classes manque de la dou*ceur et de la perfectioi^ imprimées par le christianisme à celles d'Europe. Et pour cela même la comparaison entre elles a de Tinterét pour servir à prouver comment la hiérarchie sociale chrétienne diffère de celle du monde antique, qui manque encore de l'élément divûit D'abord rétat sacerdotal dans le christianisme ne dé-^ pend plus delà naissaiice , mais d'une vocation spéciale et surnaturelle : cet état ne peut donc plus être héréditaire , il doit se recruter dans les autre3 classes où l'hérédité existe. Mais cette hérédité même, quoique conservée en principe général , n'est plus un fait irrévocable : la barrière peut dans certain3 ca$ se lever entre les classes pom faire monter le mérite , ou ceuK que des circonstances exceptionnelles appellent à changer de place. Il est maintenant facile de comprendre comment, dans la pensée chrétienne , ou mieux dansla législation qui en dé-

coule comme do principe de toute justice, il devient possible d'alléger le sort des classes ouvrières « qui par le «ort de la naissance, c' estr à*dire, d'après nous, par la volonté divine, ont reçu en partage des douleurs et des fardeaux, et de leur adoudr l'existence , sans léser les droits individuels établis ^vant eux , ni déranger rharmonie générale. Au reste cette division en classes, mise sous la protection des mœurs douces du christianisme, doit se subordonner aux grands fgiits nationaux, et, dès qu'ils sont devenus légitimes , les reconnaître franchement en se fondant dans Tordra nouveau* Je ne rappellerai à ce sujet: qu'un seul mais in^posfint exemple, celui des villes et confréries qui, après avoir occupé longtemps dans la constitution germanique du moyen âge , et surtout dans l'empire d'Allemagne t une place presque insigni^ fiante , grandirent à mesure que le tiers-état s'élevait, obtinrent des droite politiques, s'orgsH nisèrent sur pne grande échelle t et furent reçues comme élément nouv^^u dans le système qui les avait préiçédé/s.

332 PHILOSOPHIE DE tA. VIE.

Peut-être dans notre époque si agitée, mais certainement pas iniéconde , qui au milieu de tant de fleurs empestées produit aussi quelques bons fruits , y a-t-il de même plus d'un fait nouveau destiné à devenir réellement historique, et qui par conséquent mérite toute notre considération vu qu'on ne peut le repousser sans intervertir Tordre naturel et sans en être puni. Une aristocratie hautaine , effrénée sous certains rapports , ou plutôt sans esprit ni direction , comme on la trouve ça et là au berceau des temps modernes, affligerait aujourd'hui principalement les amis de l'ancien état social, parce qu'elle ne peut être que

nuisible, comme elle l'a été autrefois, tout extrême ou exagération produisant, tôt où tard,

d'après la marche historique des choses, une réaction opposée qui s'organise à l'autre ex* tréme sous une forme quelconque. La nK>narchie héréditaire, comme la plus ancienne forme connue de gouvernement, dominée de nos jours par l'esprit de modéi'ation et de charité évangéUques > pourra bien être le système le

plus durable et demeurer le dernier de l'humanitë : car un tel état, fondé sur la distinction juste et chrétienne des classes entre elles , doit obtenir chez tout esprit raisonnable la préférence sur l'état constitutionnel, pénible élaboration reposant sur la division et l'équilibre des pouvoirs, balance dont les oscillations exposent le pays à de continuels dangers, et qui ne paraît bonne aux yeux de ses partisans que par sa comparaison avec les gouvernements tyranniques , malheureux extrême qui , employé avec adresse , est la dernière ressource contre

l'anarchie populaire, et peut sous ce rapport être justifié par l'histoire.

En outre, les deux genres de monarchie , absolue et constitutionnelle, ne sont pas seulement applicables à chaque état en particulier et à ses phases successives de souffrance ou de prospérité; ils peuvent encore diriger la famille entière des peuples européens , qui , en contact réci^ proque , offi:iraient dans le premier système le spectacle de nations sœurs, soumises à la prépondérance absolue de l'une d'entre elles

334 PHiLosomiE de la vib.

qui led entraînerait comme à sa soite; état généralement repoussé comme indigne ^^ et que nul n*acceptera au moina de boni^ volonté ; ou bien l'ensemble des peuples civilisés peut s'organiser dans une espèce d'équilibre de toutes ces forcôs rivales se faisant mutuellement contre -* poids , système qui gouverna tout le dix-huitième siècle^ et qui^ lors de sa formation» fut admiré universellement. Mais Texpérience en a démontré Tinsuflisance et le peu de durée^ tellement quil ûe peut guère être imaginé comme possible qu'autant qu'il embrasserait tout le globe terrestre ; et dans ce cas il aug** monterait plutôt les embarras réciproques quU ne serait un moyen de salut. Au moyen âge, Tempire allemand, lorsqu'il cpmmença à dégénérer de sa sainte origine ^ trouva dans la puissance pontificale ce contre-poids salutaire ; et le violent caractère des Gibelins i

imprimé dans leurs actes tant politiques que privés I est la nieilleure justification de ce contre'* poids soutenu par le parti opposé i et du reste ii^nim^nt plus doux > des grands OueUea.

UBçoxf xiv» 385

Mais, depuis que cette antique distinction entre les deux pouToirs spirituel et temporel i surannée pour un siècle édairé comme le nôtr«i a perdu &a, s'éteignaïkt sa signification primitive^ comme il faut pourtant , à ce qu il parait, nu dualisme dans Fhumanité , il n'est plus resté que l'opposition naturelle de Teau contre la terre ferme ^ comme le prouve le schisme politique, d^ manifesté dans plusieurs circonstances , entre TEuropê ii^sulaire et le continent* Car réellement ce grand empire maritime , puisqu'il faut appeler empire , par opposition à royaume, une monarchie formée de plusieurs Etats et peuples différents de mœurs et de coAs-' titution , cet empire , disons-nous ^ qui parcourt et dominis toutes les mers , allant partout où il lui plaît dans les quatre ou cinq parties du n.ond. remplir «s comea d'aboad»,» . m désormais à lui seul équilibre à tout le Continent. Or, quoique la possibilité d'une séparation politique, universelle dés deux éléments , aquatique et terrestre, soit prouvée par le fait, il A'eâ est pas moins vrai, et l'eatpérience l'a

confirmé , tjue de celte manière les deux partis peayent se causer mutuellement des maux infinis > sans obtenir jamais un résultat décisif, parce que les deux adversaires ne se touchent

qu'indirectement. De même que le mouvement

des rouages constitutionnels tire son utilité des besoins locaux et du désir de repousser le despotisme ou d'en prévenir les approches , de même il se pourrait aussi que la grande invasion militaire eût déterminé dans le continent le respect pour les îles , au point de les égaler à la terre ferme. En outre, l'intérêt d'état des grandes puissances se trouvait alors bien moins dirigé veri^ l'agrandissement territorial que vers la conservation de la paix, depuis qu'elles avaient reconnu dans l'inquiet génie du siècle un ennemi commun à combattre-, et qui est loin encore d'être vaincu.

Si donc une prépondérance absolue est généralement regardée comme intolérable , et si un équilibre dynamique de tous les Etats est en partie insuffisant , en partie inexécutable , au lieu de ces deux systèmes également vicieux 9

ne devrait-on pas songer à puiser dans une source plus haute le principe d'unité universelle , et à le fonder unanimement sur la justice chrétienne ? Cette profonde idée ne sera-t-elle jamais que le rêve sublime des grandes âmes ^ et faut-il la croire irréalisable , parce qu'elle a rencontré des obstacles , inséparables de toute œuvre divine ? De plus , comme une telle pacification et réunion politique ne saurait naître que de^ la conviction et du consentement des esprits , sa réalisation précipitée , ou obtenue par la force , ne ferait que la fausser , en altérer la pureté primitive , et détruire son principe. Il faut cependant le proclamer ; au moins comme droit , afin d'avoir une force bonne à opposer au mauvais principe de l'époque , et une base générale de justice chrétienne pour les rapports politiques. Sans doute la tendance des Etats absolus, fortement déclarée contre cette antique prépondérance , exclut déjà , par sa nature même , l'idée d'une réunion. Mais, s'il est vrai que cette forme sociale se légitime de plus en

plus , il ne serait pas absolument impossible de u, 22

338 PHiLosOPlOE «E I.A vie;

laretiOîBrer d'une manière subordonnée au prince généiiàl èes sodées euï*op^eim€!SK L'àtftre moftîé toute lilbétéé et là chrëtteiAé, maïgfé son o^]^slîâob légale > et trëâ^moàét^e dâiïs la forme , ^à {^M II ptfii abàtùfdoi^né «eflfe toute de coteciëatîonv retraite que les pèniseiffs considèrent comme pleine de conséqluences et de menaces |)our le rqpos «général. Le besoin éiôdcint de r^poque-, «dans quelque système qufecè^Mit , celui qui se montre le plus ardeoâinient désiré , est, ^q^ès avoir allégé Toppres^n générale, d' obtenir nne réorgamsalion aes mœurs , ^appelées à vénirv avec la science ^ feâte te cùr^ipoids diu pouvoir. Et comnsent, dans les Ëtats chrétiens ; obtenir "cette réorg^^aisation inté- *iietire , sans set^phcer s«^ lanliqâe base religieuse ? Au Teste, <:e besoin étant un >£rit, '6t la ^soldtion du Jppoblètne<deY«nbnt de pli» im j^s -presssMe, qdelle qiie^soitlà i^éossilè^dèsr^irëâiièi's -ressaisi, inMliblëtoëtitl^ËuMpe^ratôton^ttrd «rafrienée-à ce {frin<5ipedè salut;

Au nloy6n«&ge, te Sc^lM'^Empite '^tdk r^e unitaire «Mttfijbr'daflttd^âMllaie^ ^dité-

Mço» »¥. 339

tien$ , mal^é qa€ pli^iaara 4'ientre «ux repou^ sassent }>ien loin cette infloeiioef Plu3 tard 6e fonde un oQuveau droit des ^as , d; TEairope s*orgwîse $iir des ba3es r^épublkaines , dont le peu de fixité cause une foule de courts ^ ;et .dea embarras sans cesse renaissants. Tel est Tétat où nous sommes. Maintenant la période qui cota^f oaence ^a qm s'approche est-elle destinée à voir selormer dans la paix et la justice du Christ une vaste confédération d'États , qui, plus for^ tement unis , remplaceront les deux précédent^ systèmes^ désormais réduits à Timpuissancef Ceci paraît vraisemblable. Le problème se rér sondra donc ioiA autrement que ne le pensenf; ices pbiJioAOïphes f étrangers au monde réel , qi4 dans leur$ ^cabinets rivent la paix éterpeU^ Une telle alliance des ^ands É^ts , Iftad^e pqf Ja justice b plu3 intè;gcp f est si^r Jp j^pît ^P?ujoiim chrétiep , xenfeimeiïiit en elle ,l«? rpl^ sûrs 41ément3 4e diu?e ; ^ m^o^TiWf^ wpiçi quels résultaji^ se laissent philosophi^QO^^Vt déduire d!un tel état de dhoses :

Cle gjud est le pliis aécesiwir^itl'lwiBiwitét c'es^^

340 PHILOSOPHIB DB LA YIB.

sans contredit , cette paix générale et divine , où non-seulement les diverses sectes réconciliées s'embrassent ,^ mais encore où les denx pouvoirs spirituel et temporel unissent leur action dans une intime harmonie. Mais ce fait ne se réalise que quand la science et les mœurs , surtout les mœurs publiques , sont d'accord avec la foi, et que ces trois fondements de l'humanité ne forment plus qu'un seul principe. Une telle harmonie serait , il est vrai , déjà plus que la paix et ses bienfaits périssables ; ce serait presque une nouvelle réconciliation de la terre avec le ciel , ou du moins son heureuse annonce. Mais ni l'art diplomatique ni les hypothèses de la science ne produiront cet état de choses ; il ne viendra que de Dieu. Et quant à la manière dont s'opérera ce salut de la société , elle ne peut être déterminée ni par la philosophie , ni par l'histoire , qui doivent se contenter d'en signaler les approches. Aujourd'hui que le combat du siècle contre lui-même absorbe de plus en plus toutes ses forces présentes y c'est assez d'avoir hasardé un coup d'œil

sur le terme futur de cette lutte des intelligences ; retournons maintenant au milieu de la mê-

lëe. Il est de la plus grande évidence que si la sciei;ice , la religion et l'Etat , dans leurs trois empires respectifs ^ continuent à vivre en hostilité comme ils ont fait jusqu'ici, le monde retourne à grands pas vers le chaos. C'est pourquoi honneur à la philosophie , si elle peut encore faire naître quelque espérance, si elle peut , sur ce penchant rapide , trouver quelques points d'appui, afin d'arrêter la chute !

Assurément, la crise révolutionnaire est loin d'être finie ; le corps social , loin d'avoir recouvré la santé , souffre encore , dans plusieurs parties de l'Europe, jusqu'au fond le plus intime de son être. Si la première cause de tant de maux gît dans une complète ignorance du vrai , dans une incroyance politique et religieuse qui a pénétré toutes les classes , et les a comme enivrées d'une superficialité intellectuelle inconcevable , il est absurde de vouloir dompter les erreurs philosophiques par de simples mesures de police : la térité et la vraie science , posées

343 PHiLosoi»Elâs i/É tk vm^

sur u^e base divine^ peutent stuUë y mettre fin ; car le génie turbulent de Tanàrchie j et le génie opposé du despotisme, qui ne salit au fond qu'une seule et méoie chose , sont des puissances intellectuelles. Quelque Vaine que soit leur raison , une simple négation ne les fei^ pas taire i mais elles crieront atl Contraire âvefc plus d'amertume et de violence qu'aupa^ rayant. L'esprit de Térîté seul peut , en se ma^ nifestant , les faire rétrograder dans le néant. Là lutte immédiate contré l'erreur a ce désavati'^ tage, de faire paraître le mal intellectuel comme une force positive , tandis qu'au fond il est im-» puissant , et ne parvient a agir qu'en dissolvant des éléments étrangers & lui-même , en dissémi«* nant à Tinfini une masse d'idées fausses , qu'il dirige ensuite à Son but. En outré , dans le feu dé la lutte , îl arrive aussi qu*on exagéré , qu on se lance dans ^extrême et dans des mesures de rigueur qui , légitimes comme droit , deviennent fatales en application , parce qu^elleS déterminent dans le parti opposé des réactîohîs correspondantes. De là vient, surtout hors de l'Àlle-

w^^j Vif^iêétmil^i 4ea I«lwt3 qui «e vo^^nt à la grande n^^is^^p de réorg^giiser |e monde moral par la «ci^acr^. Leur polémique mal entendue paralyse Tinfluei^e dont \h jouissent , ou bien la dénature. Si Ton pouYait représenter sans préjugés ni passions résidente haranoaie de la science et de la foi , les suites de eette vérité dévoilée rejailliraient sur toute la vie morale ; et de cette 30uree simple et pure décquleraienft abondamment les principes réorganisateurs de la société,

pieu est la vérité ; q esf pourquoi toute vé-; rite dans une science qui mérite ce nom ne peut être que divine , de même que son but final est nécessairement Dieu même : d*où il suit qu-il n'y a moralement aucuae science indifférente ) car la science qui manque de fondements reli? gieux j cette science raisonneuse , superficielle , matérielle , est une science fausse et de^trucrr trice* C'est pourquoi , bien qu'elle soit destinée par sa nature à fortifier le bien , j'ai été obligé de CQnsidérer la science comme opposée à la

foi et à la société , dans la grande lutte où notre époque est engagée contre les principes de mort qui l'entourent. Le pouvoir de la science ne peut s'exercer que dans la sphère des esprits ; mais cette sphère influe puissamment sur tous les autres cercles d'activité. D'un autre côté , la religion a pour principal objet Tâme et son salut, ou sa réunion avec Dieu ; mais, bien que ce soit sa région spéciale , elle touche de mille manières aux hautes questions de la science, et s'ingère' même dans la vie réelle ou publique. Quant au troisième pouvoir , l'Etat constitué , c'est lui seul qui peut faire triompher pleinement la loi divine , ou l'idéal de la justice suprême tempérée par Tamour ; c'est lui seul qui peut en quelque sorte l'achever, en l'établissant sur la terre , en la fondant dans la vie humaine. Seulement l'État n'a de base que la re- « ligion, et ne peut agir que par la science. Ce parallèle et cette réciprocité des trois grandes puissances sociales ont leur source dans la division de l'homme en esprit, âme et corps ,

LBçaiir xrv. 345'

triade qui fait le fondement de la philosophie chrétienne , dont l'autorité vient confirmer ainsi la fécondité de notre principe.

Toutefois il serait contre nature v et par là même impossible , d'opérer une séparation complète de ces trois sphères , puisque ^ dans le double sens politique et psychologique y ces trois principes de yie sont unis intimement, et que rien de complet ne peut être produit dans l'un des trois mondes saps leur concours commun. Observons cependant que la science vraie v c'est-à-dire divine i considérée comme puissance dans ce monde, agit d'une tout autre manière que la religion et l'État. Ce dernier repose sur le sentiment de l'éternelle justice , c'est dans le principe du droit qu'il^ise toute sa force ; pendant que la religion est la médiatrice qui communique à Thomme'la grâce et la vie d'en haut, laissant à la vraie science le rôle d'élever Tesprit vers la contemplation de toutes chqses en Dieu , contemplation impossible à la fausse science. Ainsi l'idéal d'un État est d'être consacré par la re-

346 PHiLosoMiK M lia vm;

ligiôn , quel que aoit le système sur lequel il k fonde ; car rien de plus dangereux que de chercher exclusivement le salut politique dans telle ou telle forme de gouvernement , ces formes n'étant souvent eu*un vain jeu , une dëco-^ ration de théâtre , quoique ^ sous un autre rapport , elles puissent être la fidèle image de IVtat intérieur du corps social. Par exemple , dans les Etats de droit divin, tels que les mo«^ narchies héréditaires 9 le sacre du prince est une oérémonie essentielle ; pleine de hauts et magnifiques enseignements. Néanmoins , tx** cepté dans certaines contrées où le'sacre est la condition même pour être reconnu roi, le mo^ narque , pour être vraiment souverain , n a nal besoin du Saint chrême, qui ne fait que confirmer son droit. U en est tout autrem^git pour un pouvoir partagé ou simplement délégué, comme celui d'un ambassadeur ou d*un plénipotentiaire ; car dans ce cas il emprunte toute son autorité de celui qui l'accrédite, et sans lequel son pouvoir retourne au néant. Ce principe s'applique à toutes les délégsdions possibles de

MÇON xtf. 347

poutoir; depuis les plus basses jusque dans les plus hautes sphères. Et ici , c'est encore l'Eglise qui nous sert de gidde, comme étant la vraie source des pouvoirs et des grâces divines , et la plus haute délégation sur celte terre. De là vient que dans son sein la forme est aussi essentielle que la chose même , qu elle en est inséparable i le sacrement devenant le rayon même par le* quel l'esprit descend.

Il en est tout autrement pour la science ; fohdée sur le penchant naturel de Thomme à connaître et à se développer. Si ce penchant se maintient pur jusqu'à la fin , il peut devenir une tendance divine ; et de même pour ce qui regarde le mode de communication de la science par la parole , c'est-à-dire par un moyen tout humain , ce mode peut aussi devenir instrument de [vérité divine et vivifiante , et contribuer à élever Thomme vers des régions plus hautes. Mais il e^t impossible de déterminer la sanction extérieure , de marquer le signe précis auquel doit^ se reconnaître ^ la tendance divine dans la science, qui par sa nature est chose

348 PHiLOsoram de ul vm.

libre et indépendante de telle ou telle forme. Le divin ne peut s'y manifester que par lui* même, agissant, diaprés sa propre loi, comme force surnaturelle et réconciliatricé entre la religion et TËtat , servant à consolider Tun et Tautre ; car partout où il est réellement présent il ne contredira jamais la vérité , ou loi tant politique que religieuse , puisque la vérité est une et la même partout. Mais dépouillez la science de sa liberté, fondez-la avec la religion, refoulez exclusivement les savants dans l'état ecclésiastique , vous aurez les castes de Tlnde et le sacerdoce d'Egypte; et privé de l'indépendance nécessaire à son développement , l'esprit scientifique ne pourra croître , il sera resserré de tous côtés par des liens. Si, au contraire, la fausse science s'arroge le droit des dieux, ce droit d'agir en pleine liberté , qui appartient à la vérité céleste dont l'empire n'est point de ce monde , droit qu'on ne peut lui ôter , parce qu'il est impossible qu'elle en abuse , s'il passe de la religion entre les mains des sophistes, alors l'erreur se propage avec rapidité , et voilà

LEÇON XIV 4* 3/i9

ce qui explique comment peut s'emradner si avant dans les âmes le préjugé en faveur d'une liberté illimitée de la presse » droit qui n'est ni légal ni raisonnable ; car , chaque fois qu'une action est directe et sans formé ou sanction extérieure , comme l'est celle de Tei^rit , il ne peut y avoir qu'un droit individuel et relatif.

A ce sujet , une question de haute importance , que peut-être notre époque résoudra , est celle-ci : Ne pourrait-on pas organiser toute cette sphère de la science , ou la république des lettres, y compris les coi^s enseignants, de quelque espèce qu'ils soient , les littérateurs et les artistes , en une société , constituée d'après les besoins du temps v et placée comme intermédiaire entre les deux sphères dominatrices de la vie publique , l'Etat et la Religion? Ces rapports se régleraient suivant un système plus large que les précédents qui sont morts , ou qui ne répondent plus à nos besoins , tandis que les institutions nouvelles qui devaient les remplacer , ou trop hâtées , ou encore trop prématurées , n'ont réussi presque nulle part« Quant à

350 PHiLoso^ip UB M vie;

moi^ après avoir réfléchi de bngues aimées sur im problèn^ qui me touchait de si près , je suis resté convaincu que , au moins pour le momexit, un changement radical dans cette sphère viendrait trop tôt 9 et ne pourrait avoir de suites sahitaires. Là, tout est encore trop isolé; ce qui s'y rencontre de bon ^ d'excellent même, est encore trop peu développé pour pouvoir ^'étendre sur tous les points , et imprimer une di* raction x:ertaine à chaque portion de la science. £n somzibeUant trop vite ce^ éléments h une légblation organique , on les étoufferait plutôt qu'on ne les ferait croître. Bans le chaos actuel de la science , le mal seul s'alUe et forme «in en^ semble ; son action dissolvante a {uroduit u» dékige d'Àdées , ies unes dangereuses et teni* Mes , les autres indifférentes et ,nulleus , parmi Aesguelles jiagent çà iet .là quelques principes utiles. iSa , ^u milieu de cette dispersion de i'esprit 9 perdu , pffécipÂté ^a quelque sorte ^mme un élément chimique dans cette mer 4e systèmes rcontradictoires , i*Etat , pour se défendre , ^[£ut ,éle,ver une barrière forohibitivey

uçon xrr. !^i

établir des rigtements provisoires > conEvne efa «tirrogation <à l'ordre général «t ^iait ^e la m^ciétéii il «n a le droit, €t les reproi^s et les plaintes povssés contre hd à ce sujet sont iDΫ8tes> soat «ans fondement. Tout Etat où des dff- Constances locales rendent ces re^sictions imfiossibles «st exposé aux plus ^ands dangOTS , et présente le plus criant d^acocard dan ^ms institutions.

De la mesquine polén:ique de notre temps v qui de plus en plus menace de s'enseyelir dans le journalisme , si nous élevons nos yeux vers ces grandes disputes d'a*^:trefois qui dessinaient toute une époque , -en -conçoit comment la science est réellement et peut redevenir une puissance dans le monde. Non-seulement la période actuelle , mais encore et surtout les derniers siècles , apportent , en preuve de ce fait ^ assez de génies littéraires d*une influence plus ou moins européenne ; il est malheureux que ces talents aient pris très-souvent une direction destructive , et cherché à enterrer sous la science Téternelle vérité. Cependant , si nous

embrassons Tensemble des périodes de l'humanité et la marche de Fesprit , il reste clair que la vérité divine tend à établir la science comme une ei^èce de gouyernement théocratique , libre , des intelligences , gouvernement qui , plus qu'aucun ailtre , serait susceptible de recevoir une force divine et un noble élan vers les choses surnaturelles.

De la théocratie conçue dans son vrai sens ; du pouvoir de la science ^ du rétablissement définitif de la conscience humaine et de Paccomplissement de ses destinées.

Messieurs,

La théocratie est rarement comprise dans sa yéritable acception par les diplomates et les savants de l'opposition libérale : j'entends par libéraux ceux qui , combattant le droit divin et niant, soit en secret, soit publiquement, Torigine religieuse du pouvoir, sont par là même aussi révoltés contre TEglise. Ceux là donc embrouillent ridée de théocratie , et emploient ce mot pour désigner une puissance spirituelle exclusive, comme fut ou comme ils supposent avoir été celle des prêtres d'Egypte , ou bien encore un

despotisme politique d'accord avec l'Eglise et n. 23

appuyé par elle. Les défenseurs mêmes de la bonne cause , traitant ces hautes questions, adoptent très - souvent pour la théocratie une définition tantôt inexacte, tantôt presque aussi fausse que celle de leurs adversaires , comme si par ce mot il fallait nécessairement comprendre une alliance de l'Eglise et de TEtat, se défendant réciproquement : ce qui est tout à fait erroné , puisque la dignité de roi , aussi bien que celle de prêtre , par rapport à Tautorité divine qui s'y rattache , n'est que représentative et dérivée d'une source extérieure. Puisé à cette source, qui n'est autre que la révélation chrétienne , ce principe théocratique apparaît bien différent de ce qu'il est dans l'hypothèse adoptée sans examen par les deux partis comme simple et naturelle. La théocratie politique ne se manifeste proprement que dans lliistoire da peuple juif comme forme sociale possible et réelle. C'est par cet exemple qu'on peut le plus vite et le plus clairement la faire comprendre ; de même que le passage de la révolution des guerres civiles et de l'anarchie au despotisme

LEÇON ^y. 35&

36 montre 4i3 la iiaanière li^ pbxs çon^plète f t U plus jiastruçtiTe d»ns Tl^istpjir^ rpmainQj d?

tiitiolmel #e laisse jbtfftuç^i^p mieux juger dV près ^s diéyelpppem^nts ^illtpriques eu Aii^a*^ t^rre que par une pure théorie , uoe recettç préf parée d'fiiranc^ pour les Etats qw voudroBt l'exir périmeuter ; c^r» pour transformer £#tte théorif en fait, il faut iau pioin^ Tespeiience d'un demi-'siècle^ Par une rtisoa toute semblable, l'esïf sence et le caractère de la théocratie ne pavent null^ p^rt s'pfirir i^vpe la mli^e cjUrté qm ians rhl^toire héJiraïquç elt^ pour mi^wx, ékf, ne ]â p^UVfSnt ^ue là , le^ Hébreux it^iit Tupique aa^-r tj^oq 091 la théocratie aub régné hSûstoriquement «t réeli^emc^t^ dp moins pendant les quatre pre^ OÂ^FS siècles 4e son eiistenee. Quelqiie peti|; qu'aft été ce rojaume «omparé aux gpaads fm^ imfts ficrsiçie , gnee ctropuin, ji jr>n méiitf pas mpiM «tne f;raAde attention comm^ figura prophétiqiae , commA cmbiènie du ipcMide mor deme , outre que sa constitution et ses lojtf so^

par ^es«-mémes digi^^ -des f^ aérîeuses

études. Car l'appréciation histonque ne mesure pas la valeur d'une chose à son éclat ou à la grandeur matérielle , comme l'ont déjà remarqué au sujet dés Juifs plusieurs historiens nul-* lément suspects de trop d'amour pour la religion , et qui ont également signalé comme un phénomène inexplicable et unique dans son genre la persistance de ce peuple dan& ses mœurs antiques malgré sa dispersion ^ et son indestructibilité , quoique sa puissance soit brisée depuis deux mille ans.

Moïse , de qui est née ou sous lequel a commencé cette théocratie^ ne devait et ne voulut pas être grand-prêtre ; il remit ce titre à son frère. U ne possédait aucun héritage , n'avait point été élu par le peuplé , et pourtant il ne prit la place de personne , n'empêcha personne de parvenir ; de sorte que , oubliant tout à fait pour un moment le point de vue théologique , on ne peut , même dans les plus sévères principes de droit , appeler Moïse un usurpateur démagogue. Durant la première période de sa vie il semble, il est vrai, n'avoir été 'qu'un^ sim-

pie libérateur de son peuple ; mais c'est dans le sens juste ; et c'est pour avoir prématuréméi^jt frappe un de ises oppresseurs qu*il fut arraché du milieu des siens. Plus tard , lorsqu'il reçut sa mission , on le vit en face des rois d'Egypte se conduire en toute équité , sans violer jamais les notiops du droit commun. Le pouvoir qu'il exerçait sur son peuple , la force par laquelle il le conduisait^ découlaient d'une communication divine ^ prouvée par des faits , et qui lui conciliait Tobéissance de tous. Aucun doute ne s'élevait contre son droit reconnu divin ; c'est pourquoi aucune formalité , aucune sanction extérieure ne vient le cotifirmer. Il était en même temps revêtu d'une puissance prophétique , non dans le sens ordinaire du voyant qui découvre Tavenir , mais dans le sens d'une ins^ piration dominatrice de la vie et de la société. Ainsi^ en imaginant le cas où Dieu, dans un autre temps et chez un autre peuple , enverrait un autre Moïse , les signes pour reconnsâtre s'il est vraiment envoyé seraient , comme pàur le premier , son respect de la|loi et de la propriété,

368 PHILOSOtËIB DB LÀ VIE.

iôA ëloignemefit de toute u^tiipatiôti ; cai* tine {itti^atiiCé Têélietheht dëcoulëe dé Dieu ne se itn^a jamais de ^on dlTôit, quelque âaiiit qu'3 soit f potir ble&JBer te qui réfitùure , faible ou fortf cm pont détrtiirë tioléfnimént. Ce principe sert à déthiire toute pdÀflibilité dé eônipa^àiéoii ejaitre Moïse et Mabdmet f ûû Tanden Bouddha, ce Mahomet de Tlnde ^ tloitt le nom sera ou générique ou petl»oilnel ^ peu importe en ce îoaioment. Notre principe sera applicable égale^ ment à tous les autres réformateurs religieux des âges tairants, et aulc Mahoitlet qui pourront se lever encore^ Pour ce qui regarde la re^ Hgion coMme prodoit de la révélatiofi^ celui qui la prêche doit présenter comme digne ei^térieur de sa véritable mission un autri! témoi^ gnage ^ négatif il est Vrai ^ mais fondé sur Thistoire I c'est que là doctrine qii'il apporte soit en même tempa àncientiè ^ ât^VttlIé : iionVèUe quant à son a^lieatièn à là vie, dont felle réveille les forces morales et 'Spirituelles afïais^ sées ; ancienne , en ce qu'elle se foride sur la révélation antérieure, en ce qu'elle âîécôtile de

^ LIÇON XV. .

la Itimière primitÎTe y pour aller se perdre dan$ l'océan dfi réternelle vérité : conditions qui se trouvent toutes réunies dans la révélation mo* saïque. Elle conduit son initié par des réglonjs toujours plus hautes et plus vastes, jusqu'aux sources de la lumière infinie ; aussi la philosophie chrétienne Ta-t-elle toujours considérée ., elle et son fondateur , comme divins* Absolument nouvelle dans le domaine religieux , elle n eût été qu'une erreur sans base , dépowllf e de tout rapport avec l'éternité y une constitution arbitraire et d'un jour. Comparativement à la vraie révélation , et en parallèle avec elle^ là fausse est aussi peu réellement neuve qu'étran-^ gère à la tradition de l'antiquité , comme 1# prouvent le Coran et sa doctrine , quelque cé^ lébrité qu'on leur donne comme force de poésie et art de rhétorique. Le contenu et les dogmes n'en sont point neufs ; c'est le christianisme mêlé de judaïsme antique. La législation de Mahomet ne l'est pas davantage ; elle manque de profondeur ; elle ne remonte pas même aux principes originels de la natpre et de

Thomme , loin de s'élever jusqtt*à la triple source de la vie divine. Quant à Mo'&e, un critique peu familier avec le caractère et la mission de ce patriarche pourra dire : Ce monde nous est trop étranger , il est trop éloigné du nôtre, beaucoup de points de cette histoire sont obscurs , diâidles à interpréter. Quoi qu'il en soit, on ne peut du moins contester que ce personnage n'ait eu une portée d'esprit extraordinaire pour son temps, et une force de caractère tout aussi étonnante ; ce qui explique sans miracle comment il a pu briser tous les obstacles , tout entraîner par l'ascendant de son génie ; alors au lieu de l'action directe de Jehovah, et de la puissance prophétique de ses délégués , tout se réduirait à porter l'empreinte

d'un caractère héroïque. Mais quand même ce faux système qui évite, ou, pour mieux dire, dénature l'interprétation religieuse , paraîtrait plausible appliqué à Moïse , à cause de Tabondance de génie qu'on ne peut lui refuser, ou de la sublimité de son style admiré par les Grecs pjjïens eux-mêmes , il ne peut pas se répéter

successivement pour chacun des nombreux chefs qui sont venus , durant la longue période theocratique jusqu'à l'érection du trâne, s*as^ seoir Tun après l'autre sur la chaire de Moïse ^ tous sans instruction étendue , dirigés par le seul esprit divin et prophétique. Ils ne se léguaient point le pouvoir par héritage, ni par une élection formelle : étrangers comme Moïse au sacerdoce y mais appelés directement de Dieu , ils se levaient chacun à son heure , prenaient sans résistance les attributs de jugés suprêmes y et commençaient leur mission et leur règne saris consécration extérieure, sans légalisation. Considérés en dehors de cette intervention surnaturelle , les Hébreux avaient la constitution de peuple nomade , à mœurs pures, et nullement grossières ni sauvages , à peu près comme celles de leurs frères les Arabes avant Mahomet, lorsque les principales tribus de cette nation , sous des patriarches ou petits princes à nombreux troupeaux , promenaient dans les solitudes leur indépendance héréditaire , genre de vie conservé encore aujourd'hui

dflS PHILOSC^HH 9B LA VIE.

par phis d*uiie tribu de Tintérieiir de. rArabie. Td5 étaient à ptu près les mœurs et Tétat social des Hébreux durant les ÎDterrègpies de la périade des juges. A la fin seulement de <:ette période apparaissent quelques juges revêtus en même temps de la dignité sacerdotale. Ils forment coRvne la transition aux dynasties royales ; car le peuple youlant avoir un roi proprement dit y comme il en voyait cliez Jes païens ^ il fallut le 3atis£aire ; mais la race élue pour oor cuper le trône, tout en recevant ronction d^ prêtre , fut rigoqreiisement exclue .,du isancr tuaire ; tout; attribut sacerdotal fut enlevé à celui qui portait le glaive. Ces cris du peuple réclamant une cour brillante , à la manière des païeQS y pour être plus libres de s*écarter de la loi y ainsi qu'on l'a vu plus tard i et ainsi que cela s'est répété dans l'Europe moderne , furent reprochés aux Israélites comme une ingratitude et une chute ; les sages leur peignirent ce vœu comme une infidélité religieuse , parce qu'auparavant j soumis à une théocratie positive , ils avaient pour véritable roi l'invisible Jehovah ,

qui dirigeait lui-même^ ainsi que le dit FEcrif ture^ les juges et autres chefs. L'histoire âainte montre même les ptemiérs toiû comme étant en possession d'une partie de ces £drces suma*- ^tureUes de la théocratie. Mai^ peu à peu la grande séparation s'accoihplit, et le contraste devient frappait par la force toute personnelle v toute humaine^ des rois qui succèdent auX' pre^ miers ^ et se présentent dans Thistoire avec un caractère entièrement semblable à celui des autres monarques d'Asie. C'est alors que je vois se révéler dans le monde la véritable théocratie politique^ ce système cohipris d'une manière ai fausse ^ ou du moins si défectueuse , par les libéraux de notre époque: C'est pourquoi j'ai voulu remonter jusqu'à la Source de cette institution sociale^ Et remarquons encore que> durant dette période de la royauté juive , un seul élément reste de la pritniiive théocratie ; ce n-est plus ) il est vrai , la suprême puissance politique passée aux mains des rois ^ mais c'est Une opposition formelle et légale contre le trôné, ayant pdur but de le retenir dans de

JQstes bornes. Cette opposition , qu'on pouiirait appekr divine , se manifeste dans le rôle des prophètes de la dernière époque , qui , sous les mauvais règnes, paraissent avec des paroles

de menace et de châtiment à la cour des rois oublieux de leurs devoirs, et sont respectés bien qu'ils n'aient ni titre ni pouvoir , tant la personnalité dans ces temps simples avait d'ac-

tîjon.^ Ce genre d'opposition politique reconnu comme légitime , débris de l'ancienne puissance des prophètes ^ lorsqu'ils représentaient la théocratie exclusive , est un phénomène d'une haufe importance , et uniquement propre au royaume d'Israël. Ceux qui aiment tant l'opposition partout auraient pu remarquer celle-d ; 3s auraient pu, si les formes modarnes et les -abstractions de l'école ne retenaient leur esprit captif^ .apprendre qu'Elie fut un membre de cette grandiose , forte et légitime opposition , et que le prophète a peut-être géré cette charge avec plus de circonspection; d'énergie > de caractère et de bon sens pour la justice , que n'ont jamais fait les éphores à Sparte, Déinoâthène

LBÇÇN XV. S6Ô

au temps de la prépondérance des Macédoniens dans Athènes , les plus dignes censeurs et les meilleurs tribuns du peuple à Rome , ou même le parlement britannique. Ce n'est qu'à l'époque de la complète décadence du judaïsme , immédiatement avant la conquête romaine , et * lorsqu'elle conmiença , qu'on voit la dignité royale et celle de grand-prêtre s'unir dans la même famille ; mais elles continuent encore d'être distinctes , ne se réunissant* jamais sur une seule tête, réunion qui fait cependant la base de la théocratie telle que l'entendent de nos jours beaucoup de penseurs.

Du reste , il en est tout à fait autrement dans le monde chrétien. Les premiers fondateurs apostoliques de la loi de grâce et des siècles nouveaux ne possédaient certainement pas moins de cette force thaumaturgique accordée à Moïse et à Elie ; mais ils ne s'en servirent que pour la propagation et la gloire de la vérité. Une seule fois y le prince des apôtres , pour sauver la hiérarchie sacrée et Tordre de la sainte Ë^se confiée à ses soins , employa cette

386 PHILOSOPHIE OlB LA VIE.

puissance à faire périr par le regard vengeur de sa volonté , unie à celle du juge suprême, un profanateur qui voulait acquérir par argent les secrets de Dieu. Mais famais ces hommes tfont usé de leur force divine pour s'op« poser i l'Etat , quoique le despotisme romain d*alors , appliqué aux nations subjuguées , dût paraître passablement usurpé. Même dans' les cachots et les supplices , ils refusent d'employer leur puiflsance pour sauver leurs jours. Âujottr»* d'hui que l'idée de la théocratie est si diverse»» ment et en partie si fausseraeiH; interprétée , il est nécessaire de montrer combien peu elle exkbe , envisagée sous son véritable 3ei|s , dans la simple et primitive théorie sociale du chris^ tianisme. Durant les époques suivantes ^ à me«^ sure que l'Eglise se développe , ette ii8« il «st vrai de temps ea temps d'une puissance «extra^ ordinaire ^ mais toujours pour la reli^on , soit afin de retendre et de la glorifier , soit afin d'«n consolider les antiques fondements, ja-* mais dans le but de s'ériger *en puissance taor^ fûBolk. ToHtefobla théocratie ^ telle ^'eUe a

MçoN XV. 367

vraiment exista , ne dépendant d'aocane tiieo rie y mais venant 4ire€tëment de Dieu > qui communique pour cela sa puissance à un homme , il serait téméraire d'avancer qu*<eUe ne reparaîtra jamais. Le mirade de la tireratie ne se conçoit que comme événement historique ; Tesprit théorique ne peut rien décider en pareille matière. Disons seulement que le cours naturel des choses dans le nonde et dans Thumanilé est le suivant : Toute chose a som principe en Dieu ; raak le mal viest gâter oe principe , et le mal dans le monde hamam esfe bien différent du mai dans le monde physique ; tous les deux, la première impulsion donnée, se développent d'après des lois particulières et diffét'entes. De même aussi Tbomme qui , noumis à Tautorité suprême, se gouverne d'après la loi 9 et celui qui reçoit de Diai une forée et une iifôpiration directe , sont deux êtres bien différents. De même donc que le monde phy^que suit un cours naturel , et que tout phénomène qui interrompt les lois^ générales e^ une rarc exception ; de même la marche 4irdîaaire

du genre humain est fondée sur des règles morales et procède d'une manière historique. On ne trouve que rarement des époques théocratiques y et ee ne sont que des moments rapides où l'action divine , manifestée à Fimproviste , crée comme un nouveau monde. Alors tous les rapports antérieurs sont changés ; la société tout entière se sent remplie d'une force surnaturelle ; elle se voit arrachée comme par une main triomphante à Tantique servitude. Mais l'enthousiasme de la; reconnaissance envers Dieu , après avoir éclaté un instant , retombe , hélas ! et s'évanouit , plus passager encore que toute autre affection de l'homme. Notre histoire nationale contemporaine offre de ce fait un remarquable exemple qu'il est inutile d'expliquer.

Ces hauts moments théocratiques de l'histoire ne se révèlent pas seulement par un miraculeux retour au bien , par l'affranchissement du joug du mal ; ils se trouvent encore quelquefois comme moteurs divins d'une impulsion sociale qui , s'ayançant irrésistible , ouvre des

voies à ^rhumanîté. On en pourrait ciler bien des exemples, si c'était ici le lieu. Tel fut, par exemple , le premier triomphe de la croix et de l'Eglise sous le grand Constantin , triomphe de la société universelle ; tel fut encore , à mon avis , le développement providentiel de 1 empire chrétien d'Occident sous Charlemagne. Les historiens superficiels sont souvent, dans leurs critiques, exposés à prendre ces moments de création divine, ces crises d'où part le salut , pour des révolutions ordinaires , parce qu'ils en ontVapparence, même pour des usurpations violentes, quoiqu'aux yeux de l'observateur attentif ils en diffèrent essentiellement, par la manière dont ils s'établissent et se développent ^ et par leur caractère toujours pur et grandiose; On peut maintenant comprendre dans quel sens j'ai parlé d'une théocratie de la science. Le pouvoir de la vérité dans la science qui a Dieu pour but, et sa haute influence sur les destinées humaines, sont déjà divins ,par euxmêmes ; mais leurs effets se passent dans la

conscience, ils manquent d'une forme extén- 24

rieure, d'une sanction. La même chose a lieu pour Terreur qui est incontestablement une puissance pour détruire v agissant négativement sur Tintelligence et matériellement sur les corps ; elle peut même devenir une puissance infernale qui souffle Tanarchie , comme il arrive si souvent de nos jours* Mais en ne considérant rhistoire de Tesprit humain que dans notre sphère habituelle, l'Europe, on comprend moins clairement de quelle manière la science peut devenir un pouvoir réel. Chez les Grecs , par exemple, la rhétorique s'était misé au service d'une politique corrompue dans ses formes, et la suivait dans tous ses écarts. La poésie servait, il est vrai, de son côté, le culte et les *my thés du paganisme, mais avec beaucoup plus de liberté , comme art et jeu de l'imagination. De là dans les plus purs et les plus iprands po*étes ancien^ une symboliquer profonde de la vie,' qui jette comme de prophétiques éclairs, où s'entrevoient les vérités suprêmes; et bien comprise, cette symbolique toute Hbre n'^t'nuUement hostile au christianisme; toute-

fois ces ëlans heureux, ces inspirations d'en haut rendues par des expressions divines , ne forment point encore une puissance intellectuelle dont Faction soit décisive sur la vie so* dale. Quant à la philosophie , elle fut presque toujours chez les Grecs en opposition flagrante avec la religion populaire , aussi bien qu'avec l'Etat et les mœurs publiques. C'est pourquoi elle n'obtint jamais sur la vie réelle qu'une influence médiocre, superficielle, toujours contestée par le pouvoir. Ce qu'on est en droit d'affirmer sur l'état de la science et des idées en Grèce peut se dire aussi des Romains, avec quelques modifications i et en employant une plus petite écheiUe. La littérature romantique et la poésie chevaleresque du moyen âge jouèrent,; dans un ordre différent , à peu près le même rôle que l'art et la poésie antiques. Quelque influence que puissent avoir ces (créations idéales sur la. vie morale des peuples ^ il est néanmoins difficile qu'elles deviennent la Murçe ^d'qn . pouvoir intellectuel. En outre, la science du moyen

âge était paralysée par deux tendances discor*

dantes : d'un côté il y avait aspiration secrète ; et même visible , vers la philosophie psïenne regardée comme finit défendu; de l'autre , quand le conflit fut devenu inévitable , il y eut effort pour trouver des moyens de s'identifier cette philosophie étrangère et pour christianiser Anstote devenu le monarque absolu de Técole. Ainsi enchaînée, la science chrétienne pouvait difficilement se faire jour et devenir une puissance sociale. Comme telle, elle n'apparaît que dans les écrivains d'alors étrangers à la scholastique , par exemple dans saint Bernard. Puisée à une source complètement païenne, la dialectique des écoles ne pouvait pas même créer une méthode ou forme de raisonnement qui fut chrétienne.

On a déjà souvent parlé de l'énorme pouvoir acquis par la science dans les temps modernes , pouvoir qui de plus en plus a pris une direction destructrice , s'étant partagé en deux afin de soutenir uii combat terrible , et toujours indécis , d'un côté pour l'anarchie , de l'autre pour le rétablissement de l'ordre et de la vérité. C'est à cette dernière puissance combatr

tant contre le mal, rincrédulité et le mépris des choses divines, que pourrait s* appliquer cette idée d'une théocratie scientifique , à laquelle elle devrait son triomphe dans cette lutte où le nombre de ses ennemis Técrase. Si, étendant son horizon , notre regard se tourne vers les anciens peuples d'Asie , ^'il envisage leurs monuments scientifiques sous le point de vue religieux, il y trouvera beaucoup de formes et d'institutions où la théocratie s*est empreinte, et qui peuvent nous servir à rendre ce système plus clair. Tout Tensemble du brahmanisme , ses lois religieuses et ses commentaires authentiques , sa philosophie , son histoire , ses légendes , sa poésie , presque aussi variés et riches que la littérature et la philosophie des Grecs , forment un vaste édifice qui semble fondu d'un seul jet, et dont toutes les parties reçoivent de la base religieuse qui les porte un' caractère de consécration. De là son incommensurable force , qui Ta fait subsister intact pendant des milliers d'années ; de là sa puissance sur la vie indienne doi;it toutes les actions son réglées

par cette loi , encore subsistante aujourd'hui : au point qu*on pourrait presque dire, qu'ici la science y devenue un système complet y s'est identifiée à la vie même et a formé pour le peuple comme une seconde nature. Or, je me garderai d'attribuer l'inébranlable solidité , la force de vie et la perpétuité d'action extérieure de ce vaste système religieux, aux grosédères et nombreuses erreurs dont il est souillé ; la raison de son influence est dans l'énergie des croyances vraies qu'il a reçues des anciens patriarches du monde primitif, et qu'il a écrites en traits grandioses , quoique dénaturés.

Cependant, quoique l'opposition ait beaucoup moins combattu dans ces contrées que chez les Grecs ou dans l'Europe moderne , on trouve encore sous cette législation si compacte bien des livres hérétiques , et un système entier de révolte. A la vérité ce réformateur religieux, paru huit siècles avant notre ère, comme Mahomet huit siècles après, ce philosophe impie, fondateur de la secte idéaliste mais in&male

des bouddhistes , n'est parvenu à établir entiè-

rement sa réforme que dans la presqu'île orientale et dans les régions chinoises et tartares du sudest, où elle règne encore aujourd'hui sur le tiers à peu près de la population du globe ; mais l'antique et grand Indostan n'a pas su se préserver entièrement de ses atteintes , les plus funestes, les plus mortelles de toutes celles que peut por« ter l'erreur s'emparant de l'esprit humain.

Comparons maintenant les Yédas à la sainte Ecriture des Hébreux , considérée humainement et non comme révélation divine et loi obligatoire pour les Israélites comme pour tout peuple d'origine chrétienne, malgré son caractère

local et son style si national qu*il en devient souvent obscur et difficile à comprendre. Envisageons la Bible en dehors du point de vue théologique, dans lequel la théocratie de la science se trouverait établie de droit ; prenons ce livre simplement comme rédt des origines , de la vie et de la législation tout entière d'une nation, comme renfermant les promesses de l'avenir, l'histoire, la poésie, le code, la sagesse, toutes les espérances de ce peuple. Envisagé

ainsi humainement , comme une simple histoire nationale , il n'en est pas moins extraordinaire par rimpression qu'il produit, et par l'influence indestructible qu'il exerce d'âge en âge depuis trente-trois siècles , époque de sa première révélation et de sa rédaction par Moïse , jusqu'au jour présent, sur une nation primitive, laquelle, dispersée dans tous les royaumes , réduite à douter de sa propre existence , forme cependant toujours une société à part, exemple unique dans

l'histoire.

A l'origine des temps nouveaux , la seconde

révélation, déposée dans les quatre Evangiles et dans divers écrits dogmatiques qui les complètent, offre enfin le dénoûment de la grande prophétie. Mais ce flambeau universel du monde moral ne peut nous guider ici ; autrement la question de la théocratie se résoudrait encore d'ellemême. Ce premier germe lumineux, perpétué dans la tradition vivante, fait sortir de ses rayonnements, durant les cinq x)u six premiers siècles , un vaste système de science chrétienne et de littérature nouvelle en toutes les bran-

ches , histoire , enseignement , éloquence ,* polémique; et ce vaste développement d'idées dans les deux langues classiques de Fantiquité est resté comme une mine inépuisable pour la plus lointaine postérité. Car, quoique des opi« nions particulières, une opposition à la doctrine dominante, même d^ncontestables erreurs, se soient glissées çà et là, surtout dans les premiers siècles, Tensemble forme néanmoins, malgré ces légères désharmonies, un système si bien lié, une force intellectuelle si grande , que ses auteurs, ou pour mieux dire les porteurs duVerbe, ont été universellement appelés les pères de TEglise, c'est-à-dire de la société moderne, et de la vérité progressive, mais invariable qui Talimente et la fait croître. Ces exemples, puisés à des sources si connues , ont pour but de dé-r montrer comment notre idée d'une théocratie de la science, ou d'un pouvoir divin de la vérité organisé pour combattre et anéantir enfin complètement Terreur, ne peut reposer sur nul génie isolé,* quelle que soit sa force , mais bien sur une réunion d'êtres et d'idées embrassant dans

878 PHILOSOPHIE DB lA VIE;

leur vaste cercle toutes les formes du vrai et du beau. Seulement une direction divine doit dominer Tensemble ; la base et le fsdte doivent être Dieu. Quant aux efforts individuels j aux rayons isolés, quelque purs et clairs, quelque divinsméme qu'on les suppose , quant aux glaives qui combattent à part , quelque tranchants qu'ils soient^ quelque prudents, quelque universels même que soient les esprits qui les portent, nul d'entre eux ne pourra faire rétrograder ce déluge nouveau d'incroyance et d'erreurs, qui, dépouillés de tout rapport avec le monde étemel , poussent Thomme au blasphème , aux forfaits , au délire. Contre cet athéisme dont la société est inondée de toutes parts , la force divine ou la vraie, théocratie peut seule opposer une nouvelle arche de salut -, pour qu on s'y puisse rélugier quand approchera le déluge intellectuel. Il est clair que ceux qui aideront à la construction feront un corps fermement uni , et qu'à l'exemple de rarchitecte qui bâtit l'arche du premier déluge^, ils aurotit en vue beaucoup plus l'avenir que le prescrit avec ses querelles de

petits intérêts. Cette Traie théocratie de la science, basée sur la pure vocation divine , si rare à trouver, et plus rarement encore persévérant jusqu'à la fin , ne peut agir complètement et sans entraves que sous la protection d'un gouverne-^ ment de droit divin, dont toute la force dérive de la religion. L'individu ne peut agir que de concert avec tous ; quant à la force , elle vient d'en haut, de la source de toute vérité et de tout bien.

La science proprement dite et sa direction divine dérivent de la conscience; elles ont pour but de la compléter en la faisant remonter à sa pureté première , ce qui produirait en même

temps le triomphe de la science. J'ai commencé ces leçons en prouvant combien la conscience humaine dans son état actuel était incomplète^ dérangée , déchue de ce qu'elle fut à Torigine , lorsqu'elle sortit du souffle créateur dans toute son énergie native et sa fraîcheur de vie^ La conclusion naturelle de notre cours est dotic d'offrir le moyen de réintégi'er la' conscience humaine , en lui Èdsant accomplir ses destinées

finales ; ce qui établit en même temps la science sur une base divine , et lui imprime une direc«tion certaine vers un but qu'elle ne peut manquer. La première source d'erreur, d'incroyance et de destruction pour la conscience, gît dans les froides et stériles abstractions de Fesprit, dans la volonté aveugle et passionnée, dans une raison qui se joue au milieu des subtilités dialectiques sans jamais atteindre au but, dans une imagination affaissée à force d'enivrement et qui soupire sans cesse vers de nouvelles impressions , dans rame tout entière abusée par ses péchés , et que tout éloigne de Dieu , même les objets les plus innocents , les pensées les plus indifférentes. Entre une intelligence et une volonté faussées l'âme se partage , ou plutôt se déchire et demeure comme morte à force d'impuissance. Immortelle cependant , il faudra qu'elle renaisse et qu'elle achève ses destinées. Cette réintégration finale de la conscience s'accomplira dès que l'âme tout entière se sera rattachée à Dieu; Plus Fâme avide d'immortalité embrassera avec ardeur le Verbe fait homme ,

plus eUe recevra et fera germer en elle ce second créateur de Thumanité , plus Tintelligence et rimagination désunies se rapprocheront, plus leur harmonie augmentera, jusqu'à ce qu'enfin pensée et amour ne soient plus qu'une seule et même chose. Alors cesseront les froides et arides abstractions de l'esprit ; il s'éveillera vivant et libre , animé d'un souffle nouveau. La volonté également s'éclairera ; dégagée des pas^ sions, et devenue comme voyante , elle ne fera plus qu'un avec la conscience, elle en sera pour ainsi dire la sentinelle armée.

Cette troisième faculté qui domine le sentiment le rendra actif et profond de passif et d'extérieur qu'il était auparavant. Jusque-là subjectif , le sentiment recevra une force morale intérieure qu il manifestera avec éclat au dehors. Tel est le but du perfectionnement moral de l'homme , et ce n'est qu'en suivant cette voie divine que la science peut aussi par degrés atteindre le sien. Ce but obtenu , un monde vraiment nouveau commencerait. Or, la terrible agitation de notre époque naît de ce qu'elle enfante

ce monde nouveau contre lequel lutte le faux principe pour Tempêcher de paraître et pour Tanéantû:.

Deux humanités nouvelles sont en présence : mais la vraie ne pourra fleurir que quand la £ausse sera repoussée avec Tesprit de mort, lesprit mondain , qu'on appelle à contre-sens génie du progrès. Seulement il est clair que cet esprit ne périra que sous le glaive de la parole Qu de Tétemelle vérité , dont les atteintes déchirent l'âme et pénètrent jusqu'à la moeUe des os. Alors cette âme immortelle de l'humanité , qui| venue de Dieu, doit retourner à lui , se dégagera des nuages dont l'ont enveloppée pour un temps les esprits de ténèbres ; alors ce génie du . progrès , converti , reconnaissant et expiant ses erreurs, abandonnera les parties à jamais morjtes de l'arbre social , et se plongera dans les torrents de feu régénérateur et nouveau , coulant de la croix* Quand s'épanouira cette théooratie divine de la conscience, l'homme n aura presque plus qu'à rester passif, se bornant à ne pa3 la dénaturer; tandis quei sous la

LJBCON XV^ 383

théocratie de la science; il est encore i^tif jusqu à un certain degré.

Mais ce but , où tend Thumanité nouvelle encore cachée i ensevelie par sa fausse rivale , cette grande paix dont toutes les pacifications même religieuses, même les plus sincères i ici-^ bas ne sont que le prophétique symbole et les premiers essais , n'arrivera point par la puissance et Fart de Thomme ; de mutuelles concessions diplomatiques , qui dans ce cas seraient coupables, et n*offriraient qu*un amalgame contradictoire, n'amèneront jamais cet état social, où , comme l'infaillible parole Ta promis , il n'y aura plus qu'un troupeau et qu'un pasteur. Cet état final du monde, le pasteur éternel, qui a tout fait et qui nourrit tout, peut seul en déterminer l'aurore.

Arrivés à la conclusion , ou à la réintégration de la conscience en Dieu, et à la consommation des destinées humaines y qu'il nous soit permis de faire ici une pause, pour' résumer encore une fois dans un rapide coup d'œil tout l'espace parcouru, et déterminer avec plus de clarté les divisioB& 4e ce cours dans ses rapports avec les

questions de recelé et les définitions habituelles de la science philosophique. Les cinq premières leçons traitaient de Tâme dans ses grandioses rapports primitifs avec la\ie terrestre, la nature et Dieu , problème dont s'occupe , mais en le raccourcissant, la science appelée psychologie. Les trois leçons suivantes avaient pour objet l'organisation divine du monde ; c'était donc comme un cours de théologie naturelle, mais éloigné de toute rêverie, se fondant sur l'histoire même et se proposant pour but la vie réelle. Des sept dernières leçons , les trois premières étaient consacrées à rechercher la vérité en elle-

même d'après la notion de son unité dans la foi et dans la science, d'après les décisions de la raison dans le combat entre la religion et l'incrédulité , et d'après la nécessité d'une réunion finale de la science et de la foi dans la vie humaine qu'elles sont appelées à diriger. Cette haute logique , qui scrute l'essence des choses, pourrait être désignée comme ontologie, ou bien, parce que tout y découle de Dieu pris pour principe, on pourrait l'appeler théologie ,

ILEÇON XV, 385

en employant ce mot dans le sens mathématiT

* que. A celte partie succède une métaphysique

de la vie , ou science de ce qui est au-dessus de la nature , exposition des principes sur lesquels tourne le cercle entier de l'existence et du monde réel connu à l'homme , théories qui , embrassant la vie intellectuelle , morale et physique, étaient désignées dans Fancienne langue de l'école $ous le nom de cosmologie. L'épanchement des forces divines dans la religion , la base sacrée des Ëtats, la direction sainte de la science, et la réintégration de la conscience en Dieu, forment les quatre points cardinaux de cette science élevée au-dessus du monde matériel.

Ayant atteint le dernier d* entre eux, le rétablissement divin de la conscience, nous n'ajouterons plus à ces considérations que quelques mots concernant la réconciliation avec Dieu, non-seulement de Thumanité , mais encore 'de toute chose ou de la nature entière : ce sera la meilleure conclusion pour ce dernier chapitre d^une cosmologie tirée uniquement des principes révélés. En se réintégrant en Dieu, lacons- II- 25

dence produit premièrement la rântégration de rimage de Dieu dans Thomme. Purifiée et redevenue coniplète v l'âme recouvre sa fecon^ dite spirituelle j fsiculté inconnue mx esfnt» purs, et qui nous rend semblables au Gréateurt quoique éloignés de lui d'une infinie distance; L'esprit vivant qui agit dans la création res-^ semble, en effet, à Tétre in^osnmeMiufable qui a§^ dans F éternité ; et le sentimfHat devemi iâ* faillible ; troisième élément de )a coBs^ucsice complète i, correspond en tant qii'^^sant au: Verbe éternel et créateuir. Sortie die soar soramieil de mortyla conscience iraniméei re|^lace L!hamBm dans tQus ses droits Qt dana son pouvoir par mitif sur 1^ nature. Par 9on âme il ne fait plus qu'un avec Dieu ; par son esprft revivifié il ren-* tre en contact direct avec tous les ordres, des pas» esprits ; et par sa volonté redevenae divine^ ment active, fl reprend le sceptare de laMitmie; comme étant son fik dhQé et son légitime sov^e^ TdàjÈé Maâs la nature, avec tons les être» qui la composent soupire encore vers son rétabliseen ment en* Dienj ceci e^t le seol poiât de vue vrai

et chrétien 5ous lequel on puisse la considérer. Ainsi ^conçue comme une créature soupirante ; la nature nous donne l'explication claire de ses prophétiques pressentiments ; son état de som-* meil donne l'espérance d*un grand et universel réveil. Ayant rejeté cette théorie^ et ne regardant la nature que comme un sépulcre, la

science physique s'est ensevelie avec la nature dans un état de mort d'où elle ne commence à se relever que depuis une ou deux générations: C'est pourquoi le système chrétien et la science purement expérimentale s'accordent si peu, cette dernière .voyant dans le monde extérieur quelque chose d'absolu €t d'achevé, et l'Ecriture nous montrant évidemment le contraire. Aussif bien des considérations de théologiens et d'o^ raAews sur les harmonies providentielles de la nature sont défectueuses , en ce qu'elles jsupposent qiue notre monde actuel est resté entîèrement tel^u*il sortît des mains du créateur. Contre cette opinion milite éndemment la. promesse divine d'un nouveau cid et d'une nouvelle tarre pow la fin des temps , promesse qui

388 PHILOSOPfflB DE LA VIE.

implique une grande réintégration de la nature, sortant du cercle ordinaire de son développement connu jusqu'ici, et se plaçant sous Taction directe des forces divines , ou d'une théocratie céleste , organisée pour cette période du réveil général. Nous penchons à attribuer dans l'avenir à Satan un bien plus grand pouvoir sur le monde humain que sur le monde natureLToutefois Tétat actuel pourrait bien n'être qu'un armistice conclu^pour ainsi dire, avec les puissances mauvaises , qui jadis ont sévi avec bien plus de fureur; et il serait plus orthodoxe de considérer la paix de l'univers physique comme un temps d'arrêt du pouvoir désorganisateur, au lieu d'y voir une pacification définitive. Néanmoins il ne faut pas citer à Tappui de cette idée les fléaux destructeurs réservés au genre humain; car ils peuvent être de simples accidents, nécessaires à l'équilibre des éléments , comme les inondations ordinaires , ou comme ce3 ouragans destructeurs qui rétablissent la pureté de Tatmosphère, et rendent plus sain Taii^ qu'il nous faut respirer. Mais il y a une foule de phéno-

mènes , soit comme maladie , soit comme organisation , d'affreux engendrements d*insectes ou dans l'atmosphère ou à la surface du sol , des bouleversements au sein de la terre , qui , sans compter les fléaux épidémiques, témoignent d'une ancienne puissance terrible des démons sur la nature , puissance qui n'est plus , il est vrai, maintenant quune exception. Le fait seul des lunatiques prouve au moins quelle influence dissolvante peut exercer la seule action des astres. Même dans ces plaines lumineuses du ciel, parmi ces brillantes légions d'étoiles, beautés mystérieuses du firmament, qui ne dévoilent leurs fronts que la nuit à l'âme méditative^ il y a encore désharmonie; Tunité que le premier coup d'œil croit y reconnsdtre n'existe pas. Témoin l'apparition, rare sans doute 9 de ces astres excentriques et irréguliers , dont le nombre est considérable, et qui, en s'approchant,|tantôt dessèchent et brûlent la terre, tantôt font déborder les eaux : l'astronomie a prétendu calculer leurs révolutions, mais souvent les comètes . échappent à ces calculs. Le reste de notre science

PHILOSOPHIE DB Lk VIE.

natinrelle, purement historique, se borne à la terre , n'en sonde que la superficie; n'en connaît qu'un coté, tandis que l'autre moite, la partie intérieure V qui nous reste cachée, est peut-^tre la plus importante , celle où se dévoile le plus l'Ëtemel. La nature vue dans ses profondeurs intérieures doit ressembler bien peu à ce que nos yeux contemplent. A chaque pas nous heurtons contre de nouvelles preuves de notre ignorance; et çà et là d'autres phénomènes nous font pressentir de nouveaux mondes inconnus. La nature entière est pour notre esprit comme une pyramide couverte d'hiéroglyphes entassés, dont quelques-uns à peine nous sont compréhensibles, parce que la clef de l'ensemble nous manque, et que nous la cherchons dans la nature même où elle n'est pas , au lieu de la demander à Dieu, dénoûment de tous les mystères*

Danj^ la partie extérieure du monde physique, aux espèces si variées, tant animales

que végétales ( variété reproduite, pour ainsi dire, jusque dans les éléments atmosphériques

et les oi^gfines de la vie), on ne connaît aucune loi aussi universelle que celle de la mort. Si donc il est vrai que la mort s'est glissée dans le monde , qu'elle a été apportée dans la nature par cet esprit du mal , insurgé à l'origine contre Dieu; on sent que toutes les destructions terrestres doivent sortir de cette force mauvaise ; source de l'étemelle mort. Aussi est-il fort douteux que les premières créatures soient nées autrement qu'immortelles. Hiéroglyphes des idées éternelles, fruits vivants des pensées du Tout- Puissant , les êtres créés ne peuvent guère ; à leur état pur, se représenter autrement que comme doués d'incorruptibilité. Mais le premier invent^ de la mort a su envelopper la nature dans la malédiction dont il s'était couvert y et que le premier homme n a fait que fortifier ^^ au lieu de la lever. Aussi ; même après le renouvellement divin de l'humanité, le ciel a prononcé de nouveau cet antique anathème contre l'arbre de la vie terrestre ; condamné à se dessécher de plus en plus sous un souffle fatal. Car rhomme seul peut vaincre la mort en re-

393 VEULOSëPOlÈ m LA VŒ.

to^nqûératit la p^Bifeùtioa teoriale > d^ôUf^^âivt'à la réintégration de la nature en Dieu ;> c'ést-à-dire la Traie théocratie, état daiisl lëijuél - toutes les créatures recouvreront leâr immoralité , et qui complétera Thair^^nie de là création.

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