‹ Philosophie de LockeChapitre 44 sur 56 · Plus haut, leçon vu, etc · texte numérisé non relu

Plus haut, leçon vu, etc

ESSAI. SrilTE ET FIN DU LIVRE IV. 3Î7

core , qu'il y a un être sous les phénomènes que la conscience aperçoit. Ce principe est, à proprement parler, le principe de l'être; c'est lui qui révèle le moi : je dis révèle, car le moi ne tombe pas sous l'aperception immédiate de la conscience; l'entendement le conçoit et y croit, sans que la conscience l'atteigne et le voie *. La sensation, la volition, la pensée, sont crues parce qu'elles sont vues en quelque sorte dans l'intuition interne de la conscience : le sujet de la sensation, de la volition, de la pensée, est cru sans être vu ni par le sens externe très-évidemment, ni par la conscience elle-même ; il est cru parce qu'il est conçu. Le phénomène seul est visible à la conscience, l'être est invisible; mais l'un est le signe de Tautre, et le phénomène visible révèle l'être invisible, sur la foi du principe en question, sans lequel l'entendement ne sortirait pas de la conscience, du visible, du phénomène, et n'atteindrait jamais l'invisible, la substance, le moi. Il V a encore cette différence éminente dans le caractère de la connaissance du moi et de la connaissance des phénomènes de conscience : l'une est un jugement de fait qui donne une vérité, mais une vérité contingente, cette vérité qu'il y a, en tel ou tel moment, sous l'œil de la conscience, tel ou tel phénomène ; tandis que l'autre est un jugement qui est nécessaire, une fois sa condition accomplie ; car aussitôt qu'une aperception de conscience est donnée, nous ne pouvons pas ne pas juger que le moi existe. Ainsi, pour le second terme, le sujet moi, il n'y a pas

1. Voyez Premiers Essais, cours de 181(>, et Du Vbai, du Beau et DU Bien, leç. u^ p. 50.

ZÎS DOUZIÈME LEÇON'.

seulement connaissance, et par conséquent jugement, comme pour le premier terme; mais il y a connaissance et jugement marqués de caractères tout particuliers. Il est donc absurde de tirer le jugement de l'existence personnelle de la comparaison de deux termes, dont le second, pour être connu, suppose un jugement d'un caractère si remarquable. Et il est trop évident que ce jugement n'est point, un jugement comparatif; car de quelle comparaison pourrait sortir le moi? Invisible, il ne peut être amené sous l'œil de la conscience avec le phénomène visible, pour qu'ils soient comparés ensemble. Ce n'est pas non plus d'une comparaison entre les deux termes que se tire la certitude de l'existence du second ; car ce second terme nous est donné tout d'abord avec, une certitude qui ne croît ni ne décroît, et qui n'a pas de degrés. Loin que la connaissance du moi et de l'existence personnelle ne vienne d'une comparaison entre un phénomène et le moi pris comme termes corrélatifs, il suffit d'un seul terme, un phénomène de conscience, pour qu'à l'instant, et sans que le second terme moi ait été connu ailleurs, l'entendement, par sa vertu innée et celle du principe qui le dirige en cette circonstance, conçoive et en quelque sorte devine, mais devine infailliblement, ce second terme, en tant que sujet nécessaire du premier. C'est après avoir ainsi conçu le second terme que l'entendement peut, s'il lui plaît, le rapprocher du premier, et comparer le sujet moi et les phénomènes sensation, volition, pensée; mais cette comparaison ne lui apprend que ce qu'il sait déjà, et il ne peut la faire que parce qu'il a déjà les deux ter-

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mes, lesquels renferment toute la connaissance qu'on cherche dans leur comparaison, et ont été acquis an-^ térieurement à toute comparaison par deux jugements difTérents, dont la seule ressemblance est de n'être pas comparatifs.

Le jugement de l'existence personnelle ne porte donc point sur la comparaison de deux termes, mais sur un seul terme, le phénomène de conscience : celui-là seul est immédiatement donné, et c'est avec celui-là que l'entendement conçoit l'autre, c'estr-à-dire le moi et l'existence personnelle elle-même jusque-là inconnue, et par conséquent incapable de servir de second terme à une comparaison. Or, ce qui est vrai de l'existence personnelle l'est de toutes les autres existences et des jugements qui nous les révèlent : primitivement, ces jugements ne reposent que sur une seule donnée.

Comment connaissons-nous le monde extérieur, les corps et leurs qualités, dans la théorie de Locke? Pour commencer par les qualités des corps, si nous les connaissons, nous ne devons les connaître que par un jugement fondé sur une comparaison, c'est-à-dire sur deux termes préalablement connus. Telle est la théorie ; mais elle est démentie par les faits.

J'éprouve une sensation, pénible ou agréable, laquelle est aperçue par la conscience : voilà tout ce qui m'est donné directement, et rien de plus ; car il ne faut pas supposer ce qui est en question, les qualités des corps ; il s'agit d'arriver à les connaître, .il ne faut pas supposer qu'elles sont déjà connues. Et vous savez comment on arrive à les connaître, comment on

passe de la sensation , de i'aperception d*un phénomène de conscience , à la connaissance des qualités des objets extérieurs. C'est en vertu du principe de causalité *, qui, aussitôt qu'un phénomène quelconque commence à paraître, nous porte irrésistiblement à en chercher la cause. Dans l'impuissance de nous rapporter à nous-mêmes la cause du phénomène involontaire de la sensation qui est actuellement sous l'œil de la conscience, nous le rapportons à une cause autre que nous, étrangère à nous , c'est-à-dire extérieure; nous faisons autant de causes qu'il y a de classes distinctes de sensations, et ces causes diverses nous sont \e$ puissances, les propriétés, les qualités des corps. Ce n'est donc pas une comparaison qui nous fait arriver à la connaissance des qualités des corps, car la sensation involontaire nous est d'abord donnée seule, et c'est d'après cette seule sensation que l'esprit porte ce jugement, qu'il est impossible que cette sensation se suffise à elle-même, qu'elle se rapporte donc à une cause , à une cause extérieure, laquelle est pour nous telle ou telle quaUté des corps. La théorie de la comparaison ne peut donner les qualités du corps; elle donne bien moins encore le siibstratuîn^ le sujet de ces qualités. Vous ne croyez pas qu'il y ait seulement devant vous de l'éiendue, de la résistance, de la solidité, de la dureté, de la mollesse, de la saveur, de la couleur, etc.; vous croyez qu'il y a quelque chose qui est coloré, étendu, résistant, solide, dur, mou, etc. Mais il ne faut pas commencer par supposer ce quelque chose en même temps

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