La Révolution de 1830 esl venue à la Iraverae
toi , THElZffiME LEÇOS.
penchant connu, ma prédilection déclarée pour cette école, je ferai voir que je ne me suis pas fait une religion de ses erreurs, et je saurai tourner contre elle les armes solides que me fournira souvent le bon sens de l'empirisme et du scepticisme. En attendant, c'est avec la dialectique spiritualiste que j'ai combattu les extravagances de l'école empirique dans son premier représentant au dix-huitième siècle. Et ce n'est pas l'idéalisme antique que j'ai invoqué contre l'empirisme moderne, car l'un ne répond pas à l'autre ; la philosophie ancienne et la philosophie moderne ne se rencontrent et ne s'éclairent que sur les hauteurs de la science et pour un petit nombre de penseurs d'élite: j'ai opposé à Locke des adversaires venus après lui, et qui devaient le combattre pour le surpasser et faire marcher la science. Ce n'est pas môme k Leibniz, déjà trop loin de nous, c'est à Reid et à Kant, que j'ai emprunté leurs arguments; mais j'ai dû presque toujours en changer 'la forme, car cette forme se sent un peu du pays et de la langue de ces deux grands hommes. Têus deux s'exprimaient comme on ^'exprime à Glasgow et à Kœnigsberg, ce qui ne veut pas dire comme on doit s'exprimer en France. J'ai donc négligé la phraséologie de Reid et surtout celle de Kant, mais j'ai gardé le fond de leurs raisons. Vous ne connaissez pas Kant; un jour je tâcherai de vous faire faire connaissance avec cet esprit si ferme et si élevé, le Descartes de notre âge*. Mais vous pouvez lire, dans la traduction d'un des meilleurs élèves de l'Kcole normale, aujour-
J. La pj'Ojnior(^ série de nos coups n'était pas encore pnbliée.
UUERTK. AME. DJEU. CONCLUSIOX. 405
d'hui mon collègue à cette Faculté, le judicieux Reid, avec le commentaire vraiment supérieur des belles leçons de M. Royer-Collard*. C'est à Reid etàKant que je rapporte en grande partie la polémique que j 'ai instituée contre Fempirisme, dans la personne de Locke. Je devais être juste aussi envers l'école empirique, tout en la combattant; je devais y faire la part du bleu comme celle du mal, car l'un y est avec l'autre. Je vous le demande, n'est-ce pas aussi ce que j'ai fait? N'ai-je pas reconnu et mis en lumière tout co qu'il y a de bon dans les différentes parties de VEssai sur F Entendement humain ? N'ai-je pas montré les heureux commencements de la méthode et des théories de Locke, avant d'attaquer les erreurs dans lesquelles l'a jeté l'esprit de système ? Enfin n'ai-je pas rendu un éclatant hommage à son caractère et à ses vertus? Je l'ai fait, et de grand cœur ; et sur ce point du moins je suis sûr d'être exempt de reproche et envers Locke, et envers moi-même, et envers la philosophie. En effet, quoique appartenant à l'école spiritualiste et si dévoué que je sois à cette grande famille de penseurs qui reconnaît pour chefs dans l'antiquité Socrate, Platon, saint Augustin, et chez les modernes Descartes, Bossuet, Leibniz, je n'en professe pas moins un respect sincère pour toutes les autres écoles, filles légitimes de la liberté humaine, et pour tous les hommes qui ont servi chacun à leur
1. J'ai bien souvent cité dans la Philosophie Écossaise la Iradiictioii de M. Jouffroy et les admirables leçons de M. Roycr-Coilard ; et partout je me suis plu à rendre hommage à celui qui fut et sera toujours pour moi un maître révéré, et à celui que je puis nommer aujourd'hui le premier des élèves sortis de mon auditoire.
manière, avec talent et loyauté, la cause de la philosophie, là vraie' muse de l'histoire n'est pas la haine, c'est l'amour; la mission de la vraie critique n'est pas seulement de signaler les erreurs trop réelles et trop nombreuses répandues dans les divers systèmes, mais de démêler et de dégager du milieu de ces erreurs les vérités qui peuvent et qui doivent y être mêlées, et par là de relever la raison à ses propres yeux, d'absoudre la philosophie dans le passé, de l'en» hardir et de Téclairer dans Tavenir.
Je ne veux pas me séparer de vous, messieurs, sans vous remercier du zèle remarquable, honorable pour vous, encourageant pour moi, que vous avez apporté à ces leçons. Â.ux prises avec des discussions dont je n'aurais pu vous épargner la longueur et la sécheresse qu'aux dépens de la rigueur scientifique, votre attention et votre bienveillance ne se sont pas un moment démenties; je vous prie de me conserver l'une et l'autre ; j'en aurai besoin l'année prochaine dans l'exposition et la discussion approfondie des conséquences de la philosophie de Locke, c'est-à-dire de tous les systèmes qu'a produits au dix-huitième siècle cette riche et féconde école sensualiste, dont vous connaissez aujourd'hui le père et le premier monument.