‹ Philosophie des arts du dessinChapitre 4 sur 31 · PEUPLE · texte numérisé non relu

PEUPLE

Chasscu r et ba rbare .

Agriculteur et contemplatif.

Commerçant et civilisé.

Sous ces catégories tés , transportée de 1 dans l’Histoire. — L étals de civilisation , prédominent tour à t relations historiques, milives se montre dis stituent une société 3° la Science, 4° la 1 cléments sociaux est

nous retrouvous la division des trois f.iculindividu dans le peuple, de la Psychologie e problème est de savoir comment ces trois insi spécifies en raison des trois facultés qui sur, coexistent aussi et s'exercent dans leurs L’exercice de ces trois états ou facultés priersement dans les divers éléments qui consavoir : 1° la Religion , 2° la Philosophie , épi-dation, 5° l'Art. Le dernier de ces cinq précisément l’objet de ce livre.

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ANTIQUITÉ

Premiers Chaldéens, Arabes, Pelasses, Ausoneset Ombriens . Scythes et Massagètes ,' Celles.

TEMPS MODERNES

Germains, Slaves, Tatares , peuplades américaines, Bédouins, peuples du centre de l’Afrique et de l’Océan Pacifique.

ANTIQUITÉ

Bahylonie, Judée, Egypte, Inde, Médie et Perse , Elrurie , Rome impériale.

TEMPS MODERNES

Moyen-âge féodal, nations musulmanes , Ilindoustan , Chine.

ANTIQUITÉ

La Grèce, Rome en république au temps des Gracques et des j Scipions, Egypte et Syrie sous les successeurs d’Alexandre , | et dans les premiers temps du Cbristia- ' nisme.

TEMPS MODERNES

L’Europe et l'Aîné- i rique européenne.

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Maintenant, je sais les difficultés qui peuvent être alléguées contre ce système , et en général contre toutes les théories dans lesquelles l’esprit philosophique aspire à se faire jour. On dit : Mais les trois facultés n’ont point , pour les représenter dans l’histoire, chacune leur époque déterminée et successive de la manière que vous le supposez. L’homme est un ; on ne partage pas ses facultés comme on partagerait les membres de son corps , et la psychologie tout au plus a seule le droit de se repaître de ces vaines et stériles abstractions.

— Sans doute , les théories philosophiques ne possèdent point l’autorité des sciences exactes, et il en est peu qui puissent se résoudre en formules précises et incontestées comme celles de l’algèbre et de la géométrie; mais ne faut-il pas se contenter d’inductions solides , pourvu qu’elles soient fondées sur l’observation des faits ? Or, l’observation fait voir que , bien que toutes les facultés s’accompagnent dans un même homme, et soient loin de s’exercer dans une sphère entièrement successive et isolée, cependant ces facultés sont tour à tour et isolé-

HISTORIQUES. 91

ment dominantes ; de telle sorte que l’on n’hésite pas à dire que tel homme est un esprit impressionnable et passionné, tel autre un esprit intelligent , un troisième un esprit libre et ferme, un homme de volonté et de résolution (1). On ne veut pas dire pour cela que l’homme passionné , l’homme intelligent , l’homme résolu, n’aient aucune participation aux facultés qu’ils ne posséderaient pas à un degré également dominant. La même remarque peut être appliquée aux nations; le triple esprit que j’ai caractérisé peut bien se rencontrer et dominer tour à tour , et imprimer son caractère particulier à la civilisation de chaque époque, sans pour cela que l’on veuille admettre l’existence exclusive d’une seule faculté dans une époque et dans une nation.

Il y a une autre difficulté plus spécieuse et qui me permettra , en y répondant , de placer

ma théorie dans son jour le plus clair.

A voir votre système sur l’ordre progressif

(1) Dans mon traité de Philosophie, j’explique par cette distinction la nature du génie en général et dans l’art en particulier.

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de la manifestation des facultés , il est évident que l’àge libre est regardé par vous comme étant le point culminant de l'ordre entier de la civilisation. Ainsi une société qui n’aurait pas atteint cette phase heureuse de son développement social , fût-elle douée de tout l’éclat qui appartient aux arts de l’intelligence, ne pourrait prétendre au niveau de la civilisation de telle nation demi-barbare , chez laquelle l’esprit de liberté est développé à un haut degré. Et après tout , Rome , sous la barbarie de son premier Brutus, quelques peuplades éparses dans les déserts ou dans les forêts de l’ancien et du nouveau monde, sont libres, et partant les maîtresses du monde en fait de civilisation.

Réponse. — Si la liberté est nommée la dernière sur cette échelle des trois facultés primitives, c’est qu’elle suppose que l’homme , ou la société qui la possède, a passé par les deux états antérieurs , sensible et intelligent. La liberté , seule et dépourvue des deux facultés qui la précèdent, n’est qu’une volonté fatale, irrégulière et sans vertu , elle n’est pas l’état que

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j’appelle liberté. La liberté , celle qui accompagne quelquefois l’ère de la sensibilité , avant que l’homme ait passé à travers la purification de l’intelligence, n’est que l’instinct d’un bienêtre souvent brutal , qui n’est en aucune sorte relevé parla conception supérieure de la justice distributive , et de la subordination à la loi d’un devoir obligatoire et désintéressé. L’état que j’appelle de liberté est celui où cette faculté parfaitement réglée et pacifiée avec tout le reste de l’ordre humain , plane en dominatrice au-dessus des autres facultés, dont le développement est lui-même très-avancé. Ainsi Athènes fut grande, l’époque athénienne fut la plüs noble de l’antiquité , parce que la liberté qui fleurit à Athènes avait eu pour tige un haut développement intellectuel. Athènes , héritière de l’Orient, avait grandi au milieu des monuments des arts et de la philosophie , au milieu des productions de l’intelligence qui servirent à sa liberté à la fois de marchepied et de couronnement. Ainsi les trois facultés trouvaient simultanément leur emploi dans la Grèce ; mais deux étaient subordonnées à la troisième,

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à celle qui représente le mouvement progressif, à la liberté'.

C’est pourquoi , si vous connaissiez une époque et une nation chez lesquelles vous trouveriez un développement très-intense de la liberté ou de ce qui ressemblerait à la liberté , vous ne jugeriez pas encore que cette époque , que cette nation fût arrivée à cette ère supérieure qui est la troisième et la dernière dans l’histoire de l’humanité. Il faudrait voir si les autres éléments légitimes sont fidèlement associés à la liberté , quoique dominés par elle et réduits à l’unité sous sa discipline ; il faudrait voir si cette liberté ne pourrait pas se confondre avec l’instinct physique, irrésistible, qui veut son bien et qui l’accomplit à travers tous les droits ; il faudrait s’assurer que la liberté n’est pas conçue comme le droit odieux de tous contre tous , comme le droit de faire tout ce que l’on veut, mais au contraire si elle est conçue comme le droit de faire ce qui est juste; en un mot , si le spiritualisme , sous la forme de la justice , enveloppe de sa lumière auguste cette même liberté : car sans lui , sans sa clarté

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qui provient de l’intelligence, la civilisation expire dans le vide, souvent dans la ruine; la liberté n’est qu’une aspiration au déchaînement des passions égoïstes et violentes , à la tyrannie de tous contre tous ; elle est la tyrannie , je le dis , et non la liberté.

Ainsi , une époque vraiment civilisée , la plus civilisée de toutes les époques humaines , est celle où l’esprit de liberté, venant après l’esprit sensible et l’esprit intelligent, ne les détruit point , mais les gouverne , se les assimile , s’en fait le régulateur. Enfin , le dernier mot de cette liberté , tel que je le conçois, est un mot de pure et haute intelligence; le voici : L'homme est libre, il doit rester, il doit se maintenir libre ; pourquoi ? Pour être le maître, pour faire sa volonté? Non, mais pour être moral, pour faire le bien.

L’utilité de ce point de vue dans l’application que l’on peut en faire consiste surtout en ce qui regarde les éléments généraux de la civilisation. Il s’agit de résoudre ce problème : déterminer les éléments essentiels de la religion, de la science, de la morale, de la lé-

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gislation, de l'art, par rapport aux époques diverses de l’histoire, et aux phases générales de la civilisation. Or, ce point de vue, j’ai essayé de l’envisager dans ce qui concerne l’art, et c’est ce qui fait l’idée générale du livre que j’ai entrepris ; c’est pourquoi il est temps de recueillir les éléments multiples de cette théorie, et , cessant de considérer la civilisation en général , il convient de nous occuper de notre objet spécial.

Application de la théorie précédente à l’histoire de l’art.

Il est aisé de voir comment les éléments dont l’art se compose peuvent aussi se ramener à t trois types généraux , correspondant aux trois éléments que nous avons trouvés dans la psychologie des sociétés. Ainsi on peut préétablir les universaux de l’art , comme aurait dit l’école , les catégories de l’art , selon l’expression de Kant ; et , malgré les diversités spéciales , toutes les productions du temps et du

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génie passeraient à travers ces moules généraux une fois déterminés. C’est assurément une étude curieuse , digne d’être approfondie , que celle qui s’attache à généraliser , à recueillir les lois sommaires, primordiales de l’humanité, en faisant abstraction des détails par lesquels les divers arts et leurs productions ont coutume de se distinguer sur l’échelle indéfinie de la conception. Puis, quand on a fait, comme . tout à l’heure, la synthèse sociale des époques, il est intéressant de préciser les divers procédés de l’esprit , et de voir par quelles lois progressives la pensée humaine est sortie de son abstraction métaphysique, et s’est manifestée dans la plus noble de ses applications , dans l’art.

Résumons d’abord en peu de mots le principe de l’exposition qui précède. Empruntant à la psychologie ou à l’exercice des principales facultés de l’homme une division générale , nous venons d’établir que les nations peuvent être classées en trois degrés, selon qu’ elles sont plus ou moins soumises à la prédominance de l’un des trois éléments qui constituent l’homme.

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Il y a des sociétés chez qui domine l’élément sensible , brut , matériel ; ces sociétés représentent les diverses nuances d’un premier degré , qui part de l’état de barbarie radicale , et s’achève au point de départ des monarchies civilisées , alors que se forment les époques de moyen-âge, telles que les antiques états de l’Orient , et le moyen-âge proprement dit chez les modernes. Ce second degré est l’âge de l’intelligence; cette faculté y est surtout développée sous la forme de la contemplation astronomique et religieuse. Le troisième degré est l’âge où règne, par-dessus les autres facultés, la liberté ; c’est la Grèce , c’est le temps moderne, c’est l’époque des renaissances soudaines et du progrès indéfini. Ainsi les phases de la société ne peuvent être expliquées que par l’évolution opérée par les peuples quand ils passent de la domination d’une faculté à une autre de ces facultés que décrit la psychologie (1).

(I) Voir dans la Géog. de Balbi , p. 63 , le tableau des diverses classifications du genre humain : elles ne sont point métaphysiques, mais elles sont plus vagues que celles que nous proposons ; c’est ce qui peut se reprocher aisément à la classi-

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On peut, ai-je dit, montrer l’exercice des trois facultés primitives dans tous les éléments qui constituent une société , la religion , la philosophie, la législation, l’art. Or, pour ce qui regarde ce dernier point , le problème général peut être posé comme il suit : Etant ramenés à trois degrés principaux les éléments de la civilisation humaine, chercher quels sont les caractères également généraux que l’art présente aux principales époques de l’humanité ; savoir , 1 0 dans les époques barbares ; 2° dans les époques contemplatives ; 3° dans les époques de mouvement et de liberté. Car l’art suit la marche des sociétés, il s’associe à la fortune de la pensée humaine , et acquiert un développement égal à celui qui est le partage de l'esprit humain.

Je vais établir dans un tableau , toutefois moins synoptique que le précédent , le paral-

fication adoptée par Malte-Brun, en peuples sauvages, barbares, civilisés. On a pu voir, par le tableau synoptique, que notre division n’cst autre que la division reçue, en chasseurs , agriculteurs et commerçants; seulement nous avons établi celle vieille distinction sur la nature des choses, en la rattachant à la psychologie humaine.

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lélisme qui existe entre les trois degrés auxquels nous avons ramené la société , et les degrés qui leur correspondent dans les arts du dessin :

ainsi on verra dans quel rapport, étant donnés certains éléments particuliers à chacun des trois degrés sociaux , il s’ensuit nécessairement la diversité d'un art qui reçoit sa vie et sa lumière de ces mêmes éléments.

Je dois encore le répéter , en renouvelant par rapport à l’art le tableau des degrés de la civilisation , les divisions établies sont vraies , mais vues dans leur extrême généralité ; ce sont de grandes classes dans lesquelles on doit toujours introduire des subdivisions. L’échelle sociale est constamment progressive ou mobile; bien qu’on puisse la diviser en trois parts, les stations que font les peuples d’un degré à l’autre sont nombreuses. Il ne saurait donc y avoir d’identité réelle entre diverses époques que nous plaçons néanmoins sous la même catégorie. Dans le développement de la société, il existe une dégradation de plans presque insensible ; de sorte que chaque fraction intérieure d’époque se nuance diversement, selon qu elle

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se rapproche plus ou moins de celle qui la précédé ou de celle qui la suit. Toutefois , les caractères généraux sont assez frappants , assez fondes sur la nature philosophique pour avoir fonde' notre division en trois époques distinctes : en toute science , ce sont les caractères généraux qui sont la loi , et c’est la loi que nous cherchons ici.

Il y a trois choses dont se compose la civilisation dans chacun des trois états qui ont été déterminés : trois choses , la religion , la politique , la vie intérieure. Eh bien ! cherchez de quels éléments se composent à leur tour la religion , la politique , la vie privée , au premier degré des sociétés, dans l’âge sensible par exemple , et vous aurez aussi les divers éléments d’art qui existent à cette époque de la civilisation naissante. Et vous suivrez ce même rapport à l’égard du second degré , puis du troisième , et vous serez près d’avoir atteint la loi qui unit le développement social avec celui de l’art. Voici comme j’ai cru pouvoir résumer et opposer entre eux ces éléments.

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Age sensible; peuples enfants, chasseurs, etc.; sauvages de diverses nuances.

Religion. — Adoration du ciel et de (a terre, des astres du ciel et des puissances de la terre. Fétichisme , intelligence obscure d’un grand esprit , mais d’un esprit redoutable qui aime le sang , et qui ne se distingue pas des forces terribles de la nature personnifiée. Le sauvage prie en plein air; la nature est à la fois le dieu et le temple. — -Art . — Pierre sacrée, tombelle, table du sacrifice , pierre debout , tous monuments à peine dégrossis ; grottes profondes , sculpture grotesque , mais effrayante , symbolisant les puissances matérielles , et courbant les hommes sous la superstition. Les forêts sont les sanctuaires.

Politique. *— Liberté brutale , pure sensibilité , instinct destructeur , inimitié de races , guerres ; cités qui sont des villages ; délibération en plein air , gouvernement des vieillards, subordination aux rois barbares et aux prêtres, Comme interprètes de la puissance invisible.

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— Art. — Anciens monuments politiques , une enceinte au milieu d’un bois est le Champde-Mars; habitations fragiles, isolées, bâties de terre et de chaume.

Vie intérieure . — Naissance du commerce , mais par voie d’échange; vie de chasse et de pêche , errante , mais attachée au sol qui l’a vue naître ; au repos, la vie se passe, indolente, dans la cabane enfumée. — Art. — Industrie pour suppléer à l’absence des métaux ; haches et couteaux de pierre ; ornements assez soignés pour la parure et pour les armes. Ciselure ; sorte de mosaïque avec des plumes ; vêtement en plumes et en substances végétales, gommé à défaut du tissu ; peinture en tatouage* ( Voir le musée maritime, première salle , au Louvre. )

Age de l'intelligence; peuples sérieux, contemplatifs, ngriculteurs; l'Orient antique et, sous un point de vue, le moyen-âge moderne. (Suivons notre division. )

Religion. — Le culte a reçu l’empreinte du panthéisme et de l’infini ; la domination théo-

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cratique pèse sur les peuples. Au fétichisme primitif succède ou plutôt s’associe un sentiment profond d’idéalisme ; la doctrine de l’émanation absorbe l’individu dans le tout infini duquel il est descendu et où il doit revenir. — Art. — De même que la pensée religieuse domine chez ces peuples, l’art aussi est consacré à la religion. 11 exprime l’infini : c’est donc l’architecture qui règne ; car l’art , c’est le temple. La statuaire et la peinture se subordonnent à ce séjour terrestre de la divinité. Ces deux arts ne font pas de progrès ; ils sont exclusivement consacrés à exprimer des symboles, et les cultes austères de l’Orient maintiennent un caractère informe et inachevé dans les symboles qui leur sont consacrés.

Politique. — Dans tous les états qui marquent ce second degré de civilisation, la société est divisée par castes plus ou moins inflexibles ; la caste des prêtres est souveraine ; le roi règne par le prêtre et pour le sanctuaire. — Art . — Les palais sont subordonnés au temple, mais ils lui ressemblent. Le roi est une divinité , son palais est donc un temple. Tout est

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pour le roi ; vivant , il a des palais magnifiques; mort, il a des pyramides qui e'ternisent son néant. Mais le principe politique ou royal n'est pas capable de faire sortir la peinture et la statuaire de leur immobilité sacerdotale. Un roi de Perse imagine de faire son image avec le sommet du mont Athos. On doute si l’art pouvait franchir les types conventionnels assez pour exprimer la ressemblance des princes , et si les statues des rois qui se trouvaient dans les temples auprès de celles des dieux représentaient vraiment la ligure de ces monarques.

Vie intérieure. — Dans la vie privée , l’élément de variété, de mouvement , réagit contre le principe immobile de la théocratie et du despotisme. Tout ce qui tient aux usages et aux ornements de la vie reçoit sa perfection. Les ornements d’or sont splendides ; toutefois, on y voit encore la pensée dominante qui plane au-dessus de toute la vie en Orient. Tels sont les bétyles et le grand nombre d’amulettes qui remplissaient les tombeaux. Du reste, une grande élégance dans les chars, les armures, les costumes flottants. Là aussi se place la cari-

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cature, elle représente cet élément inférieur de la vie et qui est au fond de toute humanité. (Voiries planches du Voyage en Égypte, de Champollion. )

Dans cet aperçu du second degré de l’état social dans son rapport avec l’art, se trouve compris , non-seulement le monde oriental antique, mais le moyen-âge moderne. C’est le point de vue de Vieo sur le retour des âges similaires. Mais nous n’admettons point le cercle inflexible du philosophe napolitain ; et malgré les affinités que nous trouvons entre l’antique Orient et l’époque chrétienne du moyen-âge j bien que, dans ces deux époques, la société entière soit disciplinée par la conception religieuse de l’infini et obtienne en matière d’art des résultats analogues, nous trouverons dans l’époque chrétienne un germe irrésistible de progrès : elle n’a point de doctrine secrète recélée dans ses sanctuaires ; elle a détruit l’esclavage ; et la liberté , qui dort ensevelie sous les emblèmes pontificaux de cette longue période, tend à devenir séculière, à se manifester au grand jour.

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Age du progrès , de la diffusion de la lumière et de la liberté. Il a deux grands représentants, le monde grec et romain chez les anciens , les trois derniers siècles pour les temps modernes. Saisissons leurs rapports généraux, toujours avec le double point de vue de la civilisation et de l'art, qui en est l’expression.

Religion. — A jeter un coup d’œil sur la religion hellénique , ou sur celle de Rome , ou même sur le christianisme des temps modernes , on voit régner comme base commune la tendance à l’émancipation, au mouvement, au progrès. La philosophie , dans l’antiquité grecque, corrige l’immobile influence des vieux sanctuaires ; aux temps modernes aussi , la philosophie tend à balancer l’influence théocratique, et soustrait les diverses branches du savoir à l’exclusive domination des hommes du sanctuaire. — Art . — De là un art qui révèle le mouvement, la liberté , la vie. Les types immobiles sont détruits, l’homme renaît dans la statuaire ; cependant le souvenir de l’Orient se montre encore dans la statuaire grecque’, de même que sous la forme grecque introduite

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par la renaissance moderne , on retrouve encore les souvenirs chrétiens du moyen-âge.

Politique. — La vie politique pi’end le dessus sur la vie religieuse. Mouvement social et liberté : il suffit de nommer la Grèce. Puissance matérielle, dominatrice de l’univers : il suffit de nommer Rome. Diffusion du progrès intellectuel dans les sciences, les lettres, la philosophie , toute la pensée : c’est assez de nommer les temps modernes. Et combien ce progrès s’est propagé depuis la découverte de deux mondes , d’un monde matériel par le vaisseau de Colomb , d’un monde spirituel par la presse de Scheffer, l’imprimeur mayençais ! — Art. — Dans la Grèce, à Rome, chez les modernes, surabondent les constructions politiques. Athènes a ses propylées , Rome ses amphithéâtres , ses basiliques et ses aqueducs ; les temps modernes ont leurs hôpitaux, leurs hôtels de ville, leurs cités fortifiées , leurs musées, leurs vastes tribunaux. La statuaire élève ses monuments, non plus seulement à la gloire des princes, mais à celle des citoyens. Les arts qui représentent l’homme priment l’architecture ,

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avec des variétés que nous ferons connaître.

Vie privée. — Elle s’explique par un seul mot qui établit une communauté entre ces diverses époques : c’est le luxe , mais le luxe ingénieux , perfectionné ; non pas se prodiguant par couches purement somptueuses comme en Orient , mais appelant les arts à la culture de l’existence , dissimulant sous la grâce de la forme la mollesse de la vie , et se signalant par de brillantes productions où la richesse elle-même reçoit son prix de l'élégance unie à la simplicité. — Art. — Lisez , dans un chapitre d’Anacharsis sur la vie privée d’un Athénien , ce qui est raconté sur sa maison , sa bibliothèque, ses jardins, sur les embellissements de la cité; lisez la description du palais d’un riche Romain , par Mazois ; ou bien voyez le récit qui vous est fait, par le même auteur, de l’une des maisons de Pompéia , modestes et simples , mais si heureusement construites pour le bien-être complet et raffiné de l’existence intérieure; voyez enfin ces charmantes habitations que les dessins des Primatice introduisirent dans notre pays au temps de la renais-

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sance, et vous saurez comment l’art se plie aux convenances de la vie privée , dans le troisième degré , aux époques de pleine civilisation. Puis ces maisons, votre imagination les peuplera de ces mille trésors qui font l'ornement de la vie fugitive; en Grèce et à Rome , vous aurez ces merveilleuses pierres gravées, qui désespéreront toujours le génie de l’art statuaire ; vous aurez les peintures et les mosaïques d’Herculanum , les vases de Chiusi , exquis pour la forme , la matière et les dessins dont ils sont ornés. Et dans les temps modernes, vous aurez les mêmes trésors embellis par un art encore perfectionné sous la main des Palissy et des Boule.

Un syllogisme très-simple mettra en rapport tout ce qui précède avec les chapitres qui suivront. Selon que le mouvement social varie , se développe ou retourne sur ses pas , il se place sous l’une des trois facultés dirigeantes qui sont tout l’homme : or , l’art n’est que le symbole , l’expression de la société , c’est-àdire des idées ou des facultés qui représentent

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cette société; donc l’art doit aussi changer, se développer, retourner sur ses pas, avec des variétés de nuances selon le mouvement social lui-même.

Alin de me conformer à l’idée que je viens de développer , j’aurais voulu subordonner à cette idée le plan tout entier de mon livre, et grouper ensemble certaines époques très-distinctes dans l’histoire, pour en faire mieux sentir les ressemblances et les oppositions. Ainsi l’Orient et le moyen-âge auraient composé un même chapitre ; l’époque grecque et l'époque moderne se seraient également fait mutuelle opposition d’ombre et de jour. Cette idée ainsi conçue avait présidé à l’insertion d’un premier fragment de cet ouvrage dans le premier volume des Mémoires des antiquaires de l’Ouest. Mais il y a malgré tout plus de clarté historique , il y a aussi plus de liberté à suivre la série des époques selon l’ordre de l’histoire , plutôt que de marcher en spirales continues et toujours revenant sur le sol que l’on a quitté. Cependant je prie que l’on n’oublie pasla pensée mère de ce livre , qui est de poursuivre l af-

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