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CHAPITRE PREMIER

Lit

Les lois qui régissent l'harmonie des couleurs s'apprennent par démonstrations; les couleurs, comme les intensités de tons, sont susceptibles d'être mesurées et comparées aussi bien que les lignés et les distances.

L'organe de la vue est ordinairement juste; et si, pour mesurer les distances, le calcul mathématique est moins infaillible que l'œil, il n'est pas non plus le seul régulateur des combinaisons qui résultent du mélange des couleurs. On peut errer, ou ne pas ap-

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porter toute la perfection possible dans l'art du coloris, mais il n'est pas permis de faire de grossiers contre-sens et de ne consulter que ses yeux.

11 est facile de se rendre compte exactement, par l'analyse, de combien s'altère ou se fortifie (elle couleur dans le tableau, selon la situation du corps éclairant, celle du spectateur, la pince qu'elle occupe, le choix du milieu colorant, ainsi que du degré et de la nature des reflets.

De môme que le sentiment de la justesse des accords en musique se développe et se perfectionne par la pratique, le sentiment de l'harmonie des couleurs et la justesse chromatique de la vue s'acquiert par les mômes moyens, lorsqu'on sait mesurer et analyser. Nous croyons que les fautes contre les lois de l'harmonie proviennent plutôt de la routine et du manque de raisonnement que d'un défaut de l'organe ou du sentiment.

Les finesses de la palette, c'est-à dire, les rapports délicats de certaines combinaisons, peuvent être plus ou moins difficiles à saisir, mais la marche de la nature étant la même dans les détails que dans l'ensemble, la même science conduit à l'imitation des teintes rompues aussi bien qu'à celle des teintes positives.

Le grand nombre de tableaux dans lesquels les couleurs sont mal distribuées prouve d'une manière évidente que ces erreurs proviennent moins d'un mau-

rais organe que de l'ignorance des lois de l'harmonie.

Les lois de la tonalité, dans la peinture, sont semblables à celles des tonalités musicales, qui ont servi à les dénommer. Qu'est-ce en effet qu'un tableau, si ce n'est un rhythme d'idées sur lequel le coloriste a établi un effet chromatique? Or nous remarquons que les grands maîtres se distinguent dès le premier aspect, parce qu'ils s'attachent principalement à de certaines gammes colorées dans lesquelles ils se complaisent, et qu'ils affectent aux différents modes de leurs compositions.

La gamme est appropriée à l'idée qui conduit l'artiste, ou même des gammes soigneusement reliées & l'harmonie générale, comme dans l'œuvre la plus composée de Paul Véronèse, les Noces de Gam % où il a fait entrer plusieurs conceptions d'effets non identiques. Ce tableau nous offre le type de ces compositions gigantesques dans lesquelles le parti pris est colossal comme la réalisation qui en a été faite.

En musique, on sait mieux approfondir les données que nous venons d'indiquer. Les gammes du chroma* tisme général ont toutes une physionomie connue, dont on a tiré parti pour établir les différents modes, selon la pensée du compositeur.

Les peintres exécutent aussi bien que les musiciens; mais ils ne comprennent pas tous de même les fondements philosophiques de l'harmonie, parce qu'ils n'ont pas les mêmes facilités pour en étudier les lois, et que

le cabinet du physicien est inconnu du plus grand nombre.

Le tableau d'un grand maître est, le plus souvent, une gamme ou une nuance particulière de la résonnance chromatique d'où il est parti pour établir l'harmonie de sa composition; de sorte que, une fois ce parti adopté, il est obligé de le soutenir et de le conduire sans faire la moindre fausse note.

Les coloristes se sont particulièrement distingués par la direction puissante qu'ils ont donnée & leur effet général, d'où provient le jugement sans réplique du premier aspect. On voit leurs œuvres se compliquer de gammes composées et surcomposées sans que le principe en soit altéré; car il en est de la couleur comme d'une perspective très-compliquée : a Ce sont des bifurcations, mais nullement de nouvelles règles à suivre 1 . »

On dit le coloris de Titien y de Rubens, de Rembrandt, pour exprimer le point de vue d'où ces maîtres partaient ordinairement pour réaliser leurs conceptions; mais, au fond, c'est un résultat de leurs études, et surtout do leurs tempéraments personnels. Pour devenir un grand coloriste, il faut, premièrement, avoir un sentiment à soi ; secondement, trouver une gamme qui le réalise.

Les traités d'esthétique éveillent l'attention, servent

1 Louis LucavnuUw de V Acoustique nouvelle, de la Chimie nou~ celle, cîc, etc.

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de direction au génie, mais leur utilité sera nulle si Ton ne se résigne à toir et à penser de soi-même. L'artiste doit faire son microcosme de toutes pièces, et, pour atteindre ce but, il ne négligera pas ce qui résulte plus de la science que du génie. On n'est pas maître de se donner du génie, on est maître de se donner des connaissances, et, sans leur appui, on n'excellera dans aucun art.

DR LA NATURt DBS RATORS LUMINEUX, BT DB LEUR DtCOMPOIITIOtt IM RAYONS COLORtl

Les couleurs ont entre elles des sympathies et des répugnances que Fart met en harmonie selon les lois de la nature. Ces lois se rattachent à une partie de la physique dont l'étude a été constante parmi les plus grands génies dont puisse s'honorer l'humanité, et nous allons en faire l'objet de notre examen*

Newton a constaté par une suite d'expériences qu'un rayon solaire est composé d'une infinité de rayons colorés qui se réfractent différemment, et dont le prisme a la propriété d'opérer la séparation.

En effet, si nous faisons arriver sur un prisme trian» gulaire un rayon lumineux émanant d'un petit trou

pratiqué dans une chambre obscure, ce rayon s'épanouira suivant une infinité d'autres rayons qui, & leur sortie du prisme, formeront un faisceau divergent dont les rayons lumineux présentent les couleurs de l'iris. Le rayon inférieur est rouge ; ce rouge passe par gradations & l'orangé, l'orangé au jaune, le jaune' au vert, le vert au bleu, le bleu à l'indigo, l'indigo au violet, qui est la couleur du rayon supérieur.

Afin do voir ces couleurs avec l'éclat de l'iris, on place une feuille de papier blanc aussi distante que possible du prisme, et située perpendiculairement au rayon lumineux incident; ces couleurs présentent alors, sous la forme d'une image oblonguc, toutes les nuances de ce brillant phénomène : c'est ce que l'on nomme un spectre solaire.

Si nous présentons a un rayon solaire deux prismes semblables, de telle façon qu'ils soient opposés parle sommet et leurs faces parallèles, le faisceau de rayons colorés sortis du premier prisme éprouvera, en traversant la face du second, une réfraction égale et contraire a celle qu'il a subie en traversant le premier.

Ces rayons colorés sortent suivant des lignes parallèles au rayon incident, et le rayon émergent parait du même blanc; d'où Ton a conclu que le blanc était la réunion de toutes les couleurs.

On appelle rayon incident celui qui arrive sur le prisme, et rayon émergent celui qui en sort.

Ccite propriété que possède la lumière de pouvoir

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•'épanouir en rayons colorés lorsqu'elle trarerse un corps transparent, est ce que Ton nomme la ditpmion, et la réfraction, considérée dans les rayons colorés, prend le nom de riflrangibililè.

Le rayon rouge est le moins réfrangible des rayons colorés; le violet est celui qui se réfrange le plus. Le rouge est donc une couleur plus forte, plus puissante de sa nature que la couleur violette.

La dispersion de la lumière donne lieu & ce phénomène que Ton appelle arc-en-ciel, la plus belle des images d'optique. On voit ce phénomène dans le ciel, les cascades, les jets d'eau, lorsqu'on a le soleil derrière soi et un nuage qui se précipite en avant. Chaque goutte d'eau présente une forme sphérique; les rayons solaires arrivent sur chaque goutte, et sont en partie réfractés, puis réfléchis; enfin ils sortent pour éprouver une nouvelle réfraction. Or ces réfractions épanouissent les rayons solaires en rayons colorés, et composent les rayons émergents de filets colorés et divergents.

Dans les pays plats, on ne voit qu'un arc, parce que le cône sur lequel est situé l'arc-en-ciel ne parait qu'en partie au-dessus de l'horizon; mais, sur les hautes montagnes et les cascades, on voit quelquefois l'image d'un cercle entier.

Lorsque les rayons colorés rouge, jaune, bleu, passent à travers des trous pratiqués dans le papier qui reçoit l'image du spectre solaire, ils ne se décomposent

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pas on traversant un second prisme; d'où Ton a conclu quo ces couleurs étaient élémentaires.

Si le papier n'est porcé que do deux petits trous, de manière & ne laissor passer qu'un rayon rouge et un rayon vert, un orangé et un bleu, un jaune et un violet, la réunion de ces couleurs, opérée au foyer (runo lentille, donne un rayon blanc. On a nommé. couleur» complthncnlaim ou op/mant* harmonieux celles qui, étant réunies deux & deux, ont la propriété de reconstituer la lumière blanche.

Chacune des couleurs du spectre solaire peut toujours être reproduite par la réunion de deux nuances voisines : le rouge et le jaune donnent l'orangé; IV rangé et lo vert donnent le jaune ; le jaune et le bleu donnent le vert; le vert et l'indigo donnent le bleu; le bleu et le violet donnent l'indigo.

L'impureté dcscoulours dont on se sert en peinture ne permet pas d'obtenir le jaune par la combinaison de l'orangé et du vert, ni le bleu par celle du vert et de l'indigo.

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Jll

OC Là POLARISATION Dl LA LUMlfeRK, DIS OPPOIART»

HARMONIEUX 1T Dl LA COULEUR PROPRE DIS COUPS

Si les rayons solaires sont plusieurs fols réfléchis, ils donnent lieu A un phénomène qui se nomme la polarisation de la lumière. Il a ceci de très-important pour les arts, c'est que, ou moyen d'un appareil facile à construire et peu coûteux, on se forme l'œil aux rapports de nuances des opposants harmonieux dos couleurs, que l'on étudie et compare sous tous les aspects. Cet apporeil consiste eu deux petits tubes do carton noircis & l'intérieur, d'une longueur do 10 à 12 centimètres, et qui s'cnchAsscnt l'un dans l'autre comme une lunette. A Tune des extrémités on placo un quart*, sorte do vorro qui a la propriété do diffuser la lumière; et, do l'autre côté, on llxo un prlsmo do Nicole. On dispose un miroir noir h plat ol on face de la lumièro, puis, donnant 6 la lunette une angulaison qui fasse l'anglo do réflexion égal 6 l'anglo d'dicidonco avec le rayon lumineux, et rcgardantlo miroir noir, il apparaît simultanément deux ronds colorés qui représentent

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les couleurs complémentaires du spectre solaire. En toisant tourner l'extrémité où est situé le prisme, on compare le rapport de toutes les nuances possibles : armé de sa lunette comme d'une baguette magique, l'observateur évoquora h volonté les riches nuances du soleil couchant.

Pour compléter ces expériences, on interpose entre l'œil et la lunette des verres colorés de différentes nuances, qui remplissent l'oflice do milieux colorante, par lesquels on suppose le tableau éclairé : un milieu rouge, par exemple, absorbe la couleur du même rouge, noircit le vert, le bleu; le noir prend une teinte violacée, le jaune devient très-éclatant, et le blanc reste blanc.

On observe les mômes effets en regardant des étoffes ou des tapis de plusieurs nuances h travers des verres colorés. Nous aurons l'occasion de reparler des' ml-' lieux colorants dans la perspective aérienne, et de démontrer l'utilité pratique de ces calculs.

Gœthc, dans son traité des couleurs, donne une. formule Irès-ingéuicusc pour connaître les opposants harmonieux des couleurs. Il construit deux triangles équilatéraux dont les angles sont opposés par le sommet, ce qui forme une étoile & six rayons. Il place sur le premier triangle les trois couleurs élémentaires t le rouge au sommet, le jaune et lo bleu & la base; et, combinant ces couleurs deux & deux, il place les résultantes sur le second triangle : le vert au sommet, le

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violet et l'orangé à la base ; do tello sorte qu'on réunissant par uno ligne droite les angles opposés par le sommet, on a le vert opposant harmonieux du rouge, le violet opposant harmonieux du jaune, l'oronge opposant harmonieux du bleu.

En joignant de la même manière les angles rentrants! on obtient les couleurs complémentaires des demi-teintes : par exemple, un bleu verdfttre a pour opposant harmonieux un orangé tirant sur le rouge, etc.

La construction de cette figure Facilite l'examen du rapport des couleurs entre elles, ainsi que toutes les combinaisons qui en dérivent.

Les reflets subissent également la loi des opposants harmonioux. Si Ton observe une étoffe jaune ou tout autre objet reflété par une surface jaune, cctlo couleur aura plus d'intensité, parce que le jaune se corn-

binera au jaune ; et, si la surface est de couleur bleue, le reflet sera verdâtre, etc.; mais, si l'étoffe jaune est reflétée par un violet, le reflet sera incolore ou & peu près, puisque les rayons violets, combinés aux rayons jaunes, ont la propriété de reconstituer la lumière blanche. 11 en sera de même pour les reflets de toutes les couleurs complémentaires.

La couleur propre des corps provient de ce qu'un corps rouge ne renvoie que les rayons rouges du spectre solaire, et qu'il absorbe les rayons d'une autre couleur; un corps bleu renvoie les rayons bleus et absorbe les autres; d'où il résulte que les corps qui renvoient tous les rayons sont blancs, et ceux qui n'en renvoient aucuns sont noirs.

Newton, dans ses belles expériences sur les accès/ attribue à la contexture moléculaire des corps cette propriété qui leur fait réfléchir un rayon et absorber les autres \

L'harmonie dans les couleurs dépend de la connaissance de leur nature physique; et celle des opposi-

1 M. L. Lucas, dans sa Chimie nouvelle, pense, avec quelques savants, que la théorie des accès de Newton, de Fresnel, est complètement à refaire. « La couleur propre des corps, dit-il, provient tout simplement de ce qu'ils ont le pouvoir de modifier moléculairement les rayons de lu résonnance lumineuse; car un changement quelconque, soit dans le corps objet du phénomène, soit par communication, varie sa couleur sans qu'il soit question d'absorption ou de non absorption. • Ses belle* expériences du bleu de Prusse paraissent confirmer de tout point cetle nouvelle manière d'envisager la question.

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lions, de l'application des lois de l'unité. Quand les couleurs sont associées d'après les lois qui les régissent, elles se font valoir mutuellement : le rouge parait d'un plus beau rouge, à côté du jaune ou du bleu, que lorsqu'il est seul; et réciproquement pour les autres couleurs.

Si les couleurs complémentaires sont subordonnées, comme ton, aux couleurs élémentaires, celte associa* tion leur donne plus d'énergie : un vert subordonné fera ressortir le rouge, un violet fera briller le jaune, un orangé donnera de l'éclat au bleu. Toutefois il faut qu'une couleur domine les autres par son étendue ou sa lumière. Par exemple, la couleur dominante étant bleue, si l'on place par opposition une couleur orangée ayant trop d'étendue, l'unité bleue sera détruite par celte seconde unité orangée. Les oppositions font ressortir l'énergie de la couleur dominante, mais elles ne doivent pas lutter avec elle, autrement il n'y aurait pas d'unité.

Une couleur parait différente de ce qu'elle est réellement selon. les couleurs qu'on lui associe : ce principe est bien connu en optique. Si l'on oppose du blanc, du noir, à une couleur quelconque, sa véritable teinte sera d'autant plus apparente que le blanc elle noir ne sont pas des couleurs. On reconnaît l'application de ce principe dans les œuvres de tous les coloristes.

Les oppositions trop fortes détruisent le caractère

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