CONCLUSION
Us chefe-d'œuvre répandus dans les musées do l'Europe permettent» avec l'ouvrage que nous présentons, d'étudier avec fruit la théorie et la pratique de la peinture. Les mérites divers que présentent les écoles italiennes peuvent faciliter l'étude de la partie de l'art pour laquelle on se sent le plus d'inclination : depuis les œuvres élevées de Léonard de Vinci» de Michel-Ange, de Raphaël, les peintures du Titien, du Corrége, jusqu'aux sujets familiers du Rassan, on peut parcourir toutes les modifications dont l'art de la peinture est susceptible.
ftS INTRODUCTION.
De même que les œuvres des anciens sculpteurs de la Grèce avaient fait sentir leur bienfaisante impulsion & ritalie, en lui faisant cou naître la beauté et l'idéal dans l'art; les Italiens, à leur tour, donnèrent de l'émulation et servirent de modèles à tous les peintres de l'Occident. Les élèves de Michel-Ange, de Raphaël, et Titien lui-même, enseignèrent la peinture en Espagne, en France, pendant que les artistes allemands instruisaient ceux de la Flandre et de la Hollande.
Les écoles qui ont cultivé les arts par transmission, sans rattacher leurs œuvres et leurs idées aux grandes pensées qui découlent de la religion ou de la philosophie, ont cherché à séduire les yeux par une imitation vraie de la nature. En un mot, ils ont employé leur génie à faire vrai; aussi excellent-ils dans le coloris, qualité dominante de toutes les écoles qui ont mis peu de poésie dans leurs compositions, et chez qui l'imitation a été à la fois le moyen et le but de l'art. Peut-être doit-on l'attribuer & une tournure d'esprit qui a pu leur être propre, aux idées introduites parla Réforme, ou à ce que le ciel ne leur a pas envoyé un Homère, comme à la Grèce, un Dante, comme à l'Italie.
On rechercherait en vain, dans leurs œuvres, cet amour profond de l'humanité, ce respect de l'homme, qui font de la peinture un art moral, relevé, poétique; ils n'ont jamais recherché la beauté idéale d'une manière synthétique, et, s'ils ont quelquefois rendu la
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beauté dos formes, ils ne doivent qu'au hasard de l'avoir rencontrée dans la nature.
« L'imitation est insuffisante à satisfaire les besoins de l'intelligence; mais encore elle est impossible dans le sens littéral du mot : l'art ne dispose pas des mêmes moyens que la nature. Il faut donc chercher en dehors de la réalité la An qu'on se propose 1 . »
11 est évident que l'imagina lion vit de liberté, et qu'on la tue en l'asservissant. Il existe une relation intime entre l'idéal et l'imagination, entre l'imagination et la liberté. L'indépendance du talent se trouve tout entière du côté de l'idéal, et la servilité, la monotonie, du côté de l'imitation. La nature doit bien être consultée pour offrir des types variés; mais celui qui se borne à copier ce qu'il voit n'atteindra jamais à la même grandeur, à la même poésie que celui qui ajouté au témoignage de ses yeux le travail de la pensée, l'inspiration de la foi.
Nous voyons, en effet, que l'époque de la Renaissance brille par l'expression du sentiment religieux : les chefs-d'œuvre de Raphaël, de Léonard de Vinci,
duCorrége, du Titien, prouvent évidemment que l'Italie a dû au sentiment religieux ses plus fécondes inspirations; dans l'école française, il suffit de citer le Poussin et Lesueur. Voyez les œuvres de Phidias, lisez les lettres de Raphaël, publiées par Botta ri; vous verrez que, malgré son admiration pour la Fornarina, il
1 Gustave PlancliP, Revue de* Deux-Mondes, 1855.
cherchait constamment quelque choie de plus pur, de plus expressif, de plus idéal, et que cette recherche a tenu une place immense dans sa pensée.
Il existe deux voies que l'expérience a consacrées de tout temps pour réaliser le sentiment de l'idéal dans les arts : l'éducation philosophique! et les encouragements du pouvoir.
La division de la richesse, en diminuant les grandes fortunes, a rendu les encouragements plus difficiles et plus rares. Or il est évident que la déchéance des grandes écoles de peinture coïncide avec la division de la propriété, le renversement des fortunes particulières. Les grands seigneurs encourageaient les arts; mais les hommes qui naissent pauvres et s'enrichissent par leur travail possèdent rarement les goûts des hommes nés au sein de l'opulence.
Néanmoins la France tient aujourd'hui le premier rang dans l'art contemporain, parce qu'il existe une tendance marquée vers les études sérieuses, et que l'État s'est substitué à l'aristocratie pour encourager l'expression du sentiment religieux dans la peinture. Le pouvoir municipal a été aussi un puissant auxiliaire au pouvoir central, et, sans cette intervention, nous n'aurions pas Y Apothéose d'Homère, le Martyre de saint Symphoricn, le Triomphe d* Apollon, le salon de la Paix, l'hémicycle des Beaux-Arts ; les peintures murales de niôtcl-de-Ville, de Saint-Germain des Prés, de Saint-Vincent de Paul, etc.
H n'appartient pas aux fortunes particulières do nos jours desusciter de telles créations, et l'on est en droit de dire que la condition de la peinture est meilleure en France que chez les autres nations de l'Europe. Nous constaterons encore que le budget des beaux-arts, en France, est & lui seul plus considérable que celui des autres gouvernements réunis.
La France a produit et produit encore de grands savants, d'habiles écrivains en tout genre, bien que les hommes de génie soient rares en tout temps, et Ton doit cette suite non interrompue d'habiles auteurs à la continuation des bonnes écoles de belles-lettres. On croit trop généralement que le hasard sufllt à élever le génie de l'artiste; et, s'il y a des exceptions, nous ne devons pas moins conclure que tel peintre, trèshabile, fût devenu plus fort avec l'assistance de bons préceptes.
Le Romantisme, qui a régné dans les arts depuis 1850, a dirigé le mouvement intellectuel pendant plusieurs années, et la révolution à laquelle nous assistons est une preuve que l'esprit humain est entré en pleine possession de lui-même. Le mot d'ordre de la période dans laquelle nous sommes est dans le travail et la liberté de la pensée, qui se rattache essentiellement aux problèmes de progrès moral dont se préoccupent toutes les intelligences de notre époque '.
1 La lutte entre les classiques el les romantiques, qui a divisé l'opU
Il est certain qu'après le moyen âge la Renaissance fit des progrès en raison du développement de la morale et de la liberté de la pensée, en ramenant toutes les études au point de vue de la conscience humaine.
À partir de Giotto, les artistes, tendant à la suprême perfection et à jouir de la liberté et de l'indépendance que produit le talent, reconnurent qu'il fallait réunir les forces éparses dans chaque individualité pour en former un faisceau, duquel l'art sortit triomphant. Sans cette association des idées, excepté quelques rares génies appelés à dominer le monde, la foule des artistes fût restée plongée dans l'ignorance, et c est pour avoir méconnu ces principes que se fit la décadenec des arts. On étudia le moins possible, et, pressé de produire ou poussé par l'amour du gain, on laissa de côté la partie philosophique de l'art, sans se douter que le vrai talent ne saurait exister sans elle.
En identifiant Fart à la vertu, on évite les faiblesses
nion depuis les Grecs jusqu'à nos jours, pourra durer longtemps encore; car chacune de ces doctrines, s'appuyant sur des vérités incontestées, ne peut trouver en elle-même des arguments assez puissants, assez vie* torieux pour convaincre la partie adverse. Le progrés philosophique dépendra donc de la découverte de ce moyen terme, dont l'office est de relier ces deux points antagonistes d'une même série, pour former une harmonie divine qui sera l'unité métaphysique de principes, c'est-à-dire l'identité finale entre le beau contemplatif et le beau actif.
La Création de Haydn, le Don Juan de Mozart, le Faust de Gœthe, et d'autres œuvres poétiques, peuvent être regardés comme le prélude de cette beauté définitive dont la connaissance mettra un terme à ces disputes qui durent depuis tant de siècles.
qui sont la conséquence d'études superficielles, car l'élévation de la pensée et du talent ne peut être que le fruit d'un travail laborieux et consciencieux; sans bases fixes, le talent s'évapore en de vaines productions.
L'époque actuelle o vacillé entre deux erreurs. La première est l'expression de ce sentiment, que les beaux-arts ne dépendent que de la fantaisie ou du caprice, et que les lois qui les régissent sont arbitraires ou incompréhensibles. L'imagination, emportée par le torrent de contradictions et de lois qui se combattent, porte l'esprit & conclure qu'il n'y a pas de règles.
La seconde consiste à rattacher la vitalité de l'art à certaines institutions qui en seraient comme les organes nécessaires, et de l'assujettir n un système préconçu de règles immobiles. Or la liberté est le seul point fixe. Elle cherche son équilibre h travers une succession d'hypothèses basées sur les lois incontestées de l'unité, jusqu'à ce qu'elle ait réalisé l'idéal qui est en soi.
Une œuvre d'art est une œuvre spontanée, conforme aux lois de la nature, du sentiment et de la raison. La raison, le sentiment et la règle sont trois termes nécessairement enchaînés, qui composent la formule des beaux-arts. — La règle est dans le principe d'unité, d'où émané l'idée d'ordre et d'harmonie que présente la nature elle-même. La raison et le sentiment servent & coordonner les unités particu-
lièrcs, c'est-à-dire & trouver la loi générale en vertu do laquelle chaque unité peut s'accorder dans son développement avec toutes les autres. Les relations des diverses unités entre elles forment l'objet des beauxarts, comme les relations des astres forment l'objet , do la mécanique céleste; elles se découvrent, do mémo que celle-ci, par les données do l'expérience et l'application du raisonnement.
Lo mouvement philosophique qui se produit en co moment reproche & l'école réalisto de mettre de côtd les intérêts moraux do l'humanité et do pousser au culte des intérêts matériels; et, ù l'écolo romantique, , sou dédain pour le réalisme et ses spéculations subjectives. Or, commo il n'y a pas do vérité morale sans réciprocité, c'est-a-dire sans une balance tenue justo entre deux intérêts, récleclisme, qui choisit et rassemble ce qu'il y a de plus parfait dans les arts et les sciences pour en former un tout homogène, conduit nécessairement à la pratique des études propres à réaliser la somme de progrès auquel l'esprit humain peut prétendre, et c'est la règle qui fut adoptée par les maîtres habiles dont nous avons parlé, qui conduisirent la Renaissance a son apogée
Ces exemples démontrent que l'on ne doit voir dans les chefs-d'œuvre de l'art qu'un moyen d'augmenter et d'épurer le trésor des connaissances acquises, en même temps qu'ils doivent servir a nous révéler nos propres facultés; car rien n'est plus iné-
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dit que oa qui est au fond de notre esprit. En rattachant l'art aux principes basés sur la philosophie, on n'aura pas à redouter la contosion, l'incertitude qui affligent l'esprit des artistes dont l'éducation a été incomplète; souvenons-nous aussi que la sincérité, la simplicité du cœur sont des qualités essentielles au développement du génie, qui, lui-même, vient s'é* purcr dan s le sentiment des idées religieuses.
1). SUTTEll.
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