CHAPITRE PREMIER
Los beaux-arts servent à nous révéler le secret des harmonies de la nature, & répandre Tordre et la grâce dans les ouvrages qui s'adressent aux besoins les plus relevés de l'intelligence; ils embrassent l'ensemble des connaissances physiques et morales, et leur but est do concourir au perfectionnement de l'humanité. Ils mettent en jeu nos plus nobles facultés; ils con-
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tribuent A notre bonheur par le spectacle de l'harmonie, do la beauté, qui élève l'Ame A Dieu, la dispose A ce qui est bon, et tend A rapprocher la créature du Créateur.
Sur ce terrain neutre, les opinions se concilient, les préjugés et les haines politiques s'oublient au lieu de s'exalter et do se combattre, tant la beauté exerce de puissance sur l'Ame humaine.
Les sujets religieux ou historiques dans lesquels les plus nobles caractères sont mis enjeu, sont surtout capables de réveiller cette idée (Tordre, de beau infini, qui ramène au sentiment de la vertu; do même les beautés de la nature offrent dans son ensemble, & l'œil et ù l'esprit, cette idée d'ordre, d'harmonie, par le moyen de l'unité.
On peut comprendre l'utilité des beaux-arts, en disant que l'harmonie contribue A dominer les passions en donnant le sentiment et l'habitude do l'ordre, du bon, du vrai. Pur cette raison, dit Aristote, « Alexandre voulait quo l'élite do la jeunesse fût instruite dans l'art du dessin, afin de parvenir A la connaissance du vrai beau, et il y eut un temps où les ateliers des artistes étaient aussi fréquentés que les écoles de philosophie.'»
Les beaux-arts sont la gloire de la nation qui les protège; ils apportent A chaque peuple la morale et les lumières de la civilisation, en le dotant d'une nou» vcllo vérité ou d'un nouveau progrès, et perpétuent
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la vie intellectuelle et morale des nations au delà infime de leur existence matérielle > ils ouvrent des sources de prospérité publique, et préparent le triomphe de la religion et des mœurs.
En travaillant pour le profit des sociétés, en se proposant comme but le beau, l'utile et le bonheur des hommes, l'artiste remplira sa mission; car les beauxarts ont été regardés do tout temps comme un puissant moyen do coopération lorsqu'il s'est agi do conserver ou de régénérer les sociétés.
Quand les Grecs voulaient témoigner leur respect pour les dieux, ils leur offraient en don des tableaux et des statues qui représentaient leurs victoires les plus célèbres ou l'imago des hommes qu'ils voulaient honorer. L'émulation, qui en était la conséquence, développait chez eux lo sentiment do la vertu, l'amour do la gloiro et des belles actions.
a En contemplant chaque jour les chefs-d'œuvre de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, dit Platon dans son 111* livre de la Hépnblique 9 les génies les moins disposés aux gr&ccs, élevés parmi ces ouvrages comme dans une atmosphère pure et saine, prendront le goût du beau, du décent, du délicat. Ils s'accoutumeront & saisir avec justesse ce qu'il y a de parfait ou de défectueux dans les ouvrages do l'art, dans ceux de la nature, et cette heureuse certitude de jugement deviendra une habitude do leur Ame. » Il dit encore : « Nous aurons l'œil sur les artistes, afin quo les ci*
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toycns reçoivent de salutaires impressions de tous les ' objets qui viendront frapper les sens, et que, dès leur enfance, tout les porte insensiblement à aimer la droite raison, & établir entre elle et eux un accord parfait. »
Les beaux-arts passionnent les Ames, élovées, sans cesso en contemplation devant les merveilles de la nature et du génie humain ; ils offrent ce que désirent tous les hommes, mémo au milieu de leurs rêves d'ambition, un abri contre les orages des passions, un
port après do longues tempêtes ; ils donnent le calme, la paix d'une Ame puro remplie d'espoir et do foi.