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DE LA NATURE DES COULEURS ET DE LEUR HAIWOKIK AVEC LE MODE DU TABLEAU

On apprécie le degré de puissance des couleurs, leurs qualités aériennes, et même leur caractère moral, en les comparant dans l'ordre où elles apparaissent sur le spectre solaire, qui correspond aussi à celui de leur degré de densité.

Celles qui renvoient les reflets les plus tifs sont les plus denses ou les moins réfrangibles ; et celles qui les renvoient faiblement sont les plus réfrangibles.

Le rouge, la plus dense des couleurs du spectre solaire, est une couleur forte, dominante, mais en même

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temps celle qui a le moins de finesse, à cause de son peu d'affinité avec la lumière. Le rouge s'altère facilement dans les ombres et dans les lumières; ses reflets sont vifs, il reçoit difficilement ceux des autres cou* leurs.

Le jaune est une couleur de nature lumineuse, dont les reflets sont brillants, qui renvoie fortement la lumière, et s'altère facilement par ceux des autres couleurs.

Le bleu est la plus dilatée, la plus aérienne et la plus sombre des couleurs élémentaires; cependant elle est susceptible de devenir lumineuse, en la mélangeant à la lumière locale. Ses reflets sont plus beaux que les parties éclairées par la lumière directe; sa couleur s'altère facilement par les reflets des autres couleurs; et, comme le bleu est la plus dilatée des couleurs élémentaires, elle ne renvoie que faiblement ses reflets.

Vorangi est la plus ardente des couleurs composées, parce qu'elle est la résultante de la plus forte, et de la plus lumineuse.

Le vert est une couleur douce, car elle est composée d'une couleur sombre et d'une couleur lumineuse.

Le violet est la couleur la plus dilatée, la plus faible de la résonnance lumineuse; les reflets qu'elle renvoie sont presque nuls. Il ne faut pas la confondre avec le pourpre, qui est composé de la plus puissante

et de la plus sombre des couleurs élémentaires, c'està-dire du rouge et du bleu.

Le blanc dans la lumière reste blanc, mais la lumière, eh teignant l'objet ou l'étoffe blanche, donne aux reflets une coloration double.

Le blanc et le noir sont les deux extrêmes entre lesquels la peinture est comprise. Leur concours est précieux pour harmonier les autres couleurs et déterminer les gammes qui correspondent aux différents modes.

Les plans plus ou moins éloignés doivent coïncider avec les divers degrés d'énergie des couleurs, afin de favoriser l'expression do ces plans et leurs dislances respectives.

Il est certain que, dans la nature, l'énergie de la couleur n'est pas ce qui Tait paraître un objet plus ou moins éloigné; car \\n homme vêtu de gris, situé sur le premier plan, paraîtra aussi rapproché que s'il avait un habit rouge; de môme un homme vêtu de rouge, vu & cinq cents pas, n'en paraîtra pas moins & une distance de cinq cents pas; mais, la palette ne possédant pas la puissance lumineuse de la nature, on y supplée par le choix des couleurs, par la tonalité et par des lignes capables do favoriser l'illusion.

Il faut aussi avoir égard h la concordance do lu couleur avec la tonalité, ù la nature du corps coloré et a son degré de réfrangibilité. Lorsqu'il s'agit d'un ton fuyant et aérien, on ne doit pas choisir des cou-

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leurs 0ères et puissantes qui, malgré la modification : aérienne, ne permettraient pas de soutenir les premiers plans dans une juste relation.

Les couleurs élémentaires! à cause de leur puissance, sont généralement placées sur les parties principales du tableau; et. comme ces couleurs n'ont pas (Tafïlnité les unes pour les autres, elles se font valoir réciproquement parle contraste.

Pour rendre harmonieux le rapprochement des couleurs élémentaires, il faut y faire entrer la troisième couleur. Par exemple, si Ton met un rouge à côté d'un bleu, on modifiera ces couleurs par l'adjonction du jaune; alors le rouge tournera légèrement à l'orangé, couleur complémentaire du bleu; et le bleu prendra une teinte verdAlrc, couleur complémentaire du rouge. S'il s'agit du violet et de l'orangé, on chargera de bleu la couleur violette, etc. On pourra donc accorder toutes les couleurs en les modifiant dans le • sentiment de leur opposant harmonieux, de telle façon qu'elles ne paraissent ni dures ni trop entières de ton.

Dans le tableau du Saint Georges, de la galerie de Dresde, le Corrége a placé une draperie bleue qui traverse la robe rouge de la sainte Vierge et une autre draperie jaune sur son épaule : celte association est néanmoins très-agréablo & l'œil, parce qu'il a fait incliner le bleu au vert, il a chargé de jaune les lumières du rouge, et la demi-teinte verdâtre produite

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par l'ombre de la draperie jaune adoucit le passage du rouge au jaune.

Rubens, comme tous les grands coloristes, employait de préférence les couleurs primitives, qui sont les plus nobles, les plus puissantes, et, par de savantescombinaisons, il a toujours su lès rendre harmonieuses. Le rouge domine généralement dans ses tableaux; il parait avoir d'autant plus d'énergie qu'il est mis en opposition au bleu ou au jaune, et l'éclat des couleurs provient du contraste produit par l'introduction d'un noir très-intense.

Une couleur trop vive ou un son trop fort produit une violente vibration des nerfs optiques ou auditifs,, et nous est désagréable par cela même. Celte commotion, pour flatter la délicatesse de nos organes, doit, être douce, modérée, et progressive si elle est violente. Mais, l'impression n'étant pas assez forte pour émouvoir, l'effet produit sera monotone; si elle est très-contrastée, nous passerons trop subitement d'une sensation à une autre sensation : l'harmonie tient le milieu entre ces extrêmes.

L'œil n'est point charmé de la confusion qui résulte des couleurs jetées au hasard, tel qu'on le voit dans un parterre émaillé de fleurs, présenté souvent comme un exemple d'harmonie, sous le prétexte que la nature est toujours harmonieuse; mais c'est sans fondement. La lumière étant un terme commun à foutes les nuances des objets de la nature, leur rapproche*

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ment est toujours harmonieux; de plus, la couleur rouge dissémine de la lumière rougê; le bleu dissemine de la lumière bleue, etc., et celle dissémination, qui prend le nom de reflet, prépare*le passage d'une couleur à une autre couleur. Celte gradation est la cause de l'harmonie sans doute, mais elle ne constitue pas l'unité du coloris.

Les couleurs sont semblables aux sons produits par les différents instruments d'un orchestre, qui n'auraient pas un caractère d'unité, d'harmonie, sans les combinaisons de l'art.

La beauté du coloris ne consiste pas seulement dans l'éclat des couleurs, mais encore dans leur harmonie avec le mode du tableau; de telle sorte qu'il dispose à celle même harmonie celui qui le regarde. Et, comme l'impression physique se produit nécessairement la première, elle favorise celle de l'unie ou lui est nui* sible. La sensation chromatique sera, par conséquent, analogue au sentiment que le peintre veut produire.

Les couleurs, considérées sous ce rapport, deviennent l'objet d'une étude spéciale et de la plus grande importance. Il faut connaître les rapports de couleurs qui appartiennent à tel ou tel mode, à telle ou telle expression. Il y a des couleurs gaies, vives; des teintes graves, mélancoliques; d'autres sont riches, superbes; les unes sont tendres et douces, les autres Apres et fortes; et ces expressions diverses formulent le langage de la peinture, indépendamment des combi-

naisons optiques dont elles sont susceptibles. Le spectateur, au premier coup d'œi), doit mettre son âme à l'unisson delà scène représentée et s'identifier avec

le sujet.

La série chromatique des nuances est comprise entre le rouge, qui est la plus dense des couleurs, et le violet, qui est la plus dilatée. Si Ton remarque que leur caractère moral correspond à leur plus ou moins de densité, cette observation simplifiera de beaucoup l'étude des rapports des couleurs avec le mode du ta* bleau.

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