‹ Philosophie des deux AmpèreChapitre 35 sur 56 · SUR LA RESISTANCE · texte numérisé non relu

SUR LA RESISTANCE

Vous supposez un être actif revêtu dans tous ses membres d'une peau cornée et insensible, qui soit arrêté dans ses mouvements volontaires par différents obstacles. Corn-

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ment alors pourrait-il seulement soupçonner que ce sont différents obstacles?

Si sa peau était sensible, il Je reconnaîtrait à ce qu'il serait tantôt arrêté par du poli, tantôt par du rude, tantôt par du chaud, tantôt par du froid, etc. Encore s'il n'y avait qu'un point sensible, sa manière d'être serait plutôt d'êlre arrêté par un être unique et inétendu, tantôt poli, tantôt rude, etc.; car rien ne peut lui faire distinguer le cas où il toucherait toujours le même point, avec des propriétés variables, de celui où ce seraient différents points conservant chacun une même propriété.

Yous me parlerez peut-être de ce que M. de Tracy appelle la sensation du mouvement. Auriez-vous oublié qu'après en avoir discuté longtemps, vous convîntes avec moi, il y a quelques années que c'était un paralogisme manifeste? Ce paralogisme vient de ce que nul ne réfléchit l'habitude, comme vous dites au commencement de votre premier ouvrage. En effet, je suis dans l'obscurité ; je tiens mon bras tendu et immobile, par l'égale contraction des muscles fléchisseurs et extenseurs * j'éprouve une certaine sensation musculaire ; je remue mon bras, j'en éprouve une autre. Ces deux sensations sont également hors du Moi dans le monde intérieur; j'entends par là l'assemblage du Moi et des sensations musculaires. Je m'aperçois également dans les deux cas et immédiatement que c'est moi qui suis la cause de ces sensations ; mais elles n'ont rien intrinsèquement et ne peuvent rien avoir qui donne à l'une d'elles une propriété que l'autre n'a pas. C'est uniquement parce que la vue ou le tact de l'autre main, ou du reste du corps dans l'aveugle, m'ont appris que la seconde concourait constamment avec le déplacement de mon bras dans l'étendue extérieure, et la première à l'immobilité dans

cette même étendue, que je sais, dans l'obscurité et sans toucher mon bras avec l'autre main, qu'il change de lieu dans un cas et non dans l'autre.

La notion du mouvement n'est que celle du déplacement. On peut éprouver la sensation musculaire correspondante sans savoir qu'on se meut, avant que ces deux choses aient été liées par l'habitude et l'expérience, pour acquérir la notion du mouvement, en tant qu'il consiste dans le déplacement; et sans cela, il ne pourrait faire connaître l'étendue et il n'y aurait même aucun rapport. Il faut pour cette notion avoir :

1° Une étendue immobile, qui ne peut être donnée que par la sensibilité extérieure, comme dit Kant; 2° Le temps donné par la perdurabilité du Moi ; 3° Une sensation tactile, dans le cas où c'est la main qui se meut, qui corresponde successivement à différentes portions de l'étendue immobile. L'aveugle de naissance n'a l'étendue que parce que des portions d'étendue tactile égale au moi, lui sont données chacune en une seule contuition dont toutes les parties sont simultanées, et qu'au moyen de contuitions successives qui ont constamment des parties communes, il se forme une seule coordination de toutes ces contuitions, comme un raisonnement se forme des jugements intuitifs successifs, par des termes communs aux jugements intuitifs précédents et suivants,

J'ai porté tout cela ou plus haut degré de clarté dans une explication de la manière dont les résistances se placent dans l'étendue, qu'elles empruntent des sensations étendues de la vue, du tact, etc. Sans cela les résistances seraient des causes extérieures inétendues comme le Moi»

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