QUELQUES APPLICATIONS DE NOS SÉRIES ET CONSÉ- QUENCES
Ce cadre étant établi, si j'ouvre au hasaid mon
dictionnaire hébreu sus tout, chaque mot ne m'offrant que trois lettres, j'ai bientôt fait de le classer; soit «ij-)^ entourer, ou p-j;^ trancher. D'abord je vois que ce sont les mêmes éléments, et j'en conclus qu'il doit y avoir, T analogie dans le sens comme dans le son; 2° différence par la place de *-| , plus vigoureux au deuxième rang. En effet, trancher, retrancher, retranchement, encadrer, encadrement , cadre , corde , stringo étreindre , serrer, ces idées ont bien un même fond, mais trancher est plus fort (>) qu'encadrer, retranchement > corde. Cadre, limites, mur, frontières, haie, circonscription, bornes, bords, côtés, offrent la même idée fondamentale ; donc ces noms s'empruntèrent à quelques verbes, trancher, couper, séparer , et cela dans toutes les langues : corbeille , phalange, hortus , septum, parc, mur, serrer, peuvent me conduire à des idées de tout, de corps, d'ensemble.
Ainsi separo devient sepio , sepes , haie; gatteit , garden , hortus , pour cortus , jardin , de p-j^ trancher et «-|p;^ entourer, gatteu, carde, caierva, cohorte , cadre , gratter , -|pp| trou , antre , entrer (percer, séparer), garder, regarder, tronc, stringo, traquer, crotte, stercus, TpiJ , tricot, gtatlj limite, xpiT/iç juge (trancheur), carte, yapTviç, charte, aratrum , charrue, me rappellent l'un de ces deux verbes hébreux ou tous les deux , ou leur résultat complexe, p-]^ /><^/'co , parc, frac, couper, diviser, entourer. Etrille, strigilis , arke'^-^K;^ ^udTpa, ftttgel, vient encore certainement de p|-|;3 ou de y^jp,
i2;y^ tonn^ y^r\^ ^^n^ nnn^ ses analogues, ou
même des -i^ avec dentale, ^^^^ y^^, ^i;^^.
Mais nous touchons yoL^oLGaoi creuser, gravei', d'où caraclère , gratia, caresser, car instruments grattants, patte et main, s'enfoncent et creusent, gâtent , déchirent , ou poHssent , caressent ; c'est lœdere , léser, blesser, ou blandior, caresser, flatter; c'est p^p{ diviser et flatter, enlever les aspérités, graver, embellir, ciseler, distribuer et polir, part et caresse , lacero et colo , ulcus , sulcus et cœlurrif burin, couper la terre, la polir et féconder, cultiver un ami et Dieu même; c'est p^pj glabre, poli, 'yXoxuç doux, •ya>.a>c lac ^ lait, p^HD ^ V'^HD doux, varlope, frotté, y^y^ g''^icieux; d'où mi(rf) lait, mollis, pour molf|is, mêlasse, (xaT^adGw , malaxer, melèse (pin à écorce glabre), et ? ( peutêtre j'îUlIj tatc, cet organe n'ayant pas de fonction bien connue , mais étant mou , doux.
Mais, direz-vous, v'^q et p^^^ appartiennent à deux séries. Est-ce qu'une gutturale peut devenir dentale? Non, en thèse générale et rigoureusement. Mais si ces deux séries ont r^^^ f^'^ingo , et y^^^ l'd., vous aurez (ppa^dw briser, et (ppa.'^'jjt.a fragment, qui appartiennent véritablement à deux racines différentes, ayant même valeur à peu près, "r^^, p*l2 ont un son plus éclatant, et y^^i est plus énergique et dispersant.
Soit ^p;2 fendre ; c'est évidemment la deuxième série. Tous les y]';^. ^^ "1*12 signifient séparer, élire, fuir, manger, barbare, broyer, fer, broche, bêche, bouche, c/bus (kibus), (pa-j'w , élu, pur, farine, furfur, flageller, faix, faucon, pjp^ ouvrir, regarder, ay-oircw , défalquer, flanc, plaga , planche, hache, scie, bord, etc. fout ce qui se
rend par ^ ou r^ sans dentale, coupe, cuve^ (jxacpvi esquif, scapula , scribo , etc., voyez ci-dessus à troisième série.
Soit t\^^ Tpiêw, partager; c'est la quatrième série, c'est-à-due la jonction de deuxième et première. A T^^<^ et -|^^ rapportez turba , troupe, ce qui est comme phalange , parc et jardin , une portion et un tout, selon le point de \ue où vous placez ces idées , comme Pierre sera fils sous son père , et père sur son fils. Rapportez encore ici tout ce qui a ces trois éléments , ^IiËiù briser , partager , î^^r, élargir, i{kcr.^\jç plat, large, patens , truffe, Tpu^aw vivre délicieusement , Irippe , drap , trabs , tabula, etc.
S'il vous vient un mot qui ne se range pas bien sous cette bannière, à l'état actif, ou passif, ou neutre (s'il y en a), la dentale aura été ajoutée par aspiration initiale et selon l'usage des Hébreux-, qui commencent par un j^ une foule de radicaux qu'il faut trouver en la défalquant. Or, en parcourant tout le dictionnaire pour. faire vos séries, vous reconnaîtrez que vous aurez à retrancher ainsi presque toutes les initiales suivantes : ^ , p^ , ^ •> tû ' G' 3? il 5 ^* même introduites dans le mot ou le terminant. «-|*-^^ et ^^^"^ ' P^'' «exemple , ne pouvaient suffire à l'immense variété de la division. Eh bien ! on a travaillé non sur la labiale , si ce n'est en l'aspirant, sb , sp , pf, mb , rap; mais sur <-| .qui craque, coupe, éclate en gutturales^ ou s'adoucit en '-) , puis en voyelles, ou disparaît complètement : ^^^ > SSs* "^^y^z dans le dic~ tionnaire hébreu ^^;:^, TT\^-> ^IS ' P^"^ noble et
énergique, ni*13 choses broyées, res manducatœ , cihi^ de là btOb , bread , brouet.
Vous abrégerez et stéréolyperez votre hébreu par cette considération. ^ augmente, abrégé de ^^ élevé; pj-j^ fuir, -|;25^ s'envoler. Figurez-vous ici l'allouette prenant son essor. -|^xj s'en aller en haut ou horisontalement. ^ni s'allonger et même tomber, d'où juhilo ^ littéralement et historiquement, tirer des sons prolongés aux grandes fêtes. Sïbilo ^ siffler, sybille à la voix majestueuse; lahi^ tomber et couler, soboles , progéniture, éboulement ; fatteit faillir. ^'2T\ îerre (produisante); dehilis ; ^■y^ plonger. Lahi Ql dû être lobi ; sibilo , hibilo. Soboles (projeté, découlant,) rend bien par ses o l'état passif. Saboles serait détestable. ^ commençant ^-y^ met ce verbe à un état de diminution , de passivité. p|^-| est voir face à face , ex œquo ; ^-j^ craindre, regarder bas. -j^^ (rôder, aller, devenu road , route^ rota) ^ aller, de «-j-j'^ couler [radiare , Rhodanus)^ «j^-^"! Jourdain , devient en chutant ^j^i descendre. Bref i , *i ' ^ marquent généralement état de diminution ;, de passivité , et \;;2tD ^^ S^tD ? donne tomber; ^ final, surtout, marque chute.
Puis enfin vous ramènerez tous vos mots hébreux à quatre chefs de série, qui seront votre point de départ et de rappel, en faisant les intermédiaires, s'ils n'existent pas dans la Bible. Mais en ce dernier cas même pourrait-on affirmer que tel mot n'est pas hébreu? Soit y*|^ briser; ses trois lettres ont six combinaisons possibles , y-i^ , -|^j^ , yr^^j , ri^j*! , Pi^-j^f, -)2^f. Hé bien! y^-j se trouve en j^^-j
et "^2*^ calco. Du reste comparez ces mots, c'est toujours couper, séparer, rompre, nettoyer, déchirer. Mais si la combinaison sextuple était complète partout j la Langue serait immense; -^ commencerait le tiers du dictionnaire et en aurait d'autant moins de valeur.
L'ordre des lettres donne aussi un cachet à chaque combinaison , comme dans les combinaisons de notes et de couleurs. Ré mi fa n'a pas l'expression de ré fa mi , ou même fa mi ré. L'arc-en-ciel plaît tant , parce que les nuances voisines sont assorties , et chacune est une transition depuis le violet jusqu'au rouge. Mais ces deux extrêmes sont voisins , et le vert participe , s'engendre de jaune et de bleu, y^^ hébéter , émousser , ayant «-| à la fin, n'a pas l'énergie de •tr^iS- V^S ^^^ dissiper; ^n^2 blesser, retrancher (en faisant tomber le morceau retranché ) ; ^^t^ peler.
D'autre part comparez .«j^ se terminant par une des sept dentales ; puis .^r) se terminant de même, puis p^«^t) puteus \ïexïàu ^ ouvert, partagé); y*l5 diffundo , spargo ; ^«jr) id. , et faste , étalage , puis enfin ^ , sans -j , avec une dentale .y\^ , .-^^ , .^^ extension. Lisez attentivement les mots commençant ;2 ^t 2 5 surtout avec dentales, parce que ^ et toutes ses transformations, ou formes du moins, sont fugaces, insaisissables quelquefois aux commençants , tandis que labiale reste labiale , et dentale reste dentale.
Pour apprendre l'hébreu , la grammaire étant si simple , il ne reste de difficulté que pour son matériel. Or ses mots sont peu nombreux , onomato-
piques , simples , naturels , vrais , enchaînés par dégradations et nuances simultanées, corrélatives au mode d'action ou d'état qu'ils expriment. En un mois vous pourrez traduire sans dictionnaire , si ce n'est pour quelques mots rares, uniques peul-élre, écrits douteusement , et d'un sens incertain. Dans ces cas très-rares , tout en respectant le sens de nos dictionnaires, ne négligez pas les lumières de l'origine étymologique et le sens droit que donne le génie de la comparaison , l'étude approfondie et comparée de la nature et des langues. L'esprit au XIX^ siècle a une culture et des données qui manquaient à des hommes sans sciences et à des siècles barbares. Un dictionnaire est une traduction , et ce que nous ont laissé nos devanciers ne doit pas arrêter notre zèle et celui de nos successeurs dans la traduction de la sainte Bible , et dans l'application de la langue sacrée à toutes les langues du monde.