PARIS
CHEZ HEIDELOFP ET CAMPÉ, UBRAIRES,
Rue YiTienna , ii*10L
nftrobttcfton.
Lcmg-^tefnps Thistoire se renferma-dans une stérile énonciation de faits que la chronologie groupait confusément autour de leur date; rintdligence n*éclairait point leur cfaaos^ aucun ne descendait du passé et ne se prolongeait dans Tavenir; une nécessité brutale et désordonnée expliquait l'agitation des sociétés y et la Provi-
6 INTRODUCnOlf.
dence abandonnait l'univers à la dictature des gros bataillons. A notre siècle ^ il était réservé de bannir le hasard de la vie^ et d'enchaîner les ëvénemens dans une impitoyable logique; les prémisses 'posées , un jour ou l'autre, l'histoire conclura sur la place publique j car les révolutions ne sont point aveugles, comme l'humanité les en accusait dans ses cris d'angoisses et d'impuissance, toujours une théorie les précède et leur [gagne le monde. Parfois on ne la formule que le lendemain de son avènement, et on dirait volontiers sous la dictée du succès , mais il n'en est rien ; la théorie était entrée d'avance dans les esprits , obscure peut-être , mais passionnée et pleine de foi, l'intronisation manquait seule encore; avant de s'emparer du fait, la révolution était accomplie.
Non ocqpeadant que le priodpe vsé se jréâgne coiii|d»isiiiMnent à abdiquer les nénes «ans s'è& foroer de retenir l'avenir aous la loi du passé; entnslui et Je prinoifie aomveau'^fiéy qui rdehme, an nom des besoins présens , son totir ide ido^ mÎDaèion, il y a lutte opiniâtre, et le peuple «^ partîent au vainqueur; aussi, pour lamer ie
, HVTROIMfCTlOll. 7
champ libre et vàoant aïK întrfFèts, des pobbicistes ont^ls cru devoir îdestkuér les idées et {iro^ clamer l'État l'oeuvre souveraine de ta «fi<ttaàiré populaire. ilsoÉtvurhumanité travailla àforoe de bras à sou histoire; ils ont reconnu que ses évolutions progressives étaient provoquées par des besoÎM qu'elles parvenaient suocessiveitient à satisiaire^ et kur matérialisme étroit n'a point compris que les &its sociaux ne dépendaient ja^ mais d'individnalkés en souf&auce/ mats de quelque idée^ devenue générale, qui demandait de l'espace ou de la puissaaee; et ces faits, on ne les juge qu'c» apjHréciant la valeur derléurs causes, on ne les atteint définitivement qii^en portant la réforme dans leur principe généra^ teur; ce n'est donc point à une somme de ro^ lontës ignorantes des causes et préoccupées des Suggestions de la sensibilité, c'est à ia raison de constituer les nations pour l'avenir; ia théorie aihée de la souveraineté du peuple ne peut même se grapidir juiqu a devenir révolution t naire : son {Hincâpé la condamne à resicF étoNneUement aui; avanl-p<^stes de l'émeute.
Une nation n'est point une. agglomération kf^
fakraîre â'indi^idus sans oohëjiioQ , réunis sans fomifeset sans ràglcs^ des ioléréu dMEmQuns la mUmtdanal'ùniÉé^ et, d'iuimèmedéFeloppemmt aynttiétîqtie déraison ^ die gpràYÎÉe^lir ime acnle lîgMF (jlaDS rbumanité : ejle j|è pr4eBs(& poiat à tom otganîaatioii ; le -peii{^ ne vatip pdaàt soîi Êtat> c'eat l'Êtut qui crée le fiaufile^ et aa vateur ae rësuane en» une daésifioatiim de$ bsàoins ^ des fiEkrces ; il n'ya plus aeuleinent akmdes ohif Ires d'indirâlua, Funité n'est pas ïnortè^ elleéM ékiTée à la TÎe, cm lie la compte plus, on la pèsç; dans ce brisemetit atomiatique^ 4p^^ ^ réclame la philosophie des bautieades, pi ^ aurait déjà cent conventions qui préeéderaient le coû^ Uat primitif ; le$ eondiftions d^ftge, de seote, de missance pour participer au vote uni^ersei , ses foirmeë, sadur^, son autorité stir la minorité, exigimt une fiûle de4tipalatîons préahbles; në-^ eesaiaûvenent la pratique réAiterait la théorie. . Vainement a«tron fouillé la nature humaine pour: appuyer eette opinion potiti<pie sur une baaèsdttntifiqtte^ ladeslinatiepid» Thomme remplit sa vie tout entièrcf; pas un de ses actes ^'eUe ne s'approprie, une de ses pensées qu elle
INTROi^GTION. Q
ue rédMB«i et son pouvoir de m<M*alilé se suffit h hpHBéme, saqs l'occasioB des circonstmc^s, ^ te ç^ço^s da volontés ét^aDgère$ ; jamais des devoirs n'ont besoin qu'un droit leur soit en aide; d'ailleurs le devoir est dans la raison 'i es^enlieUament personnel^ il ne rfieonntit point dos droits qui lui eonu^and^nt 4u dehors^ ^ quandeeaWjNiaunfiûtdeopiisfiîoiice^ l'obéiasauce est un aoito bénévole ^ t^ns intiim^ et sans
' Aussi est-ce de la nâson quesoitent les trois branches diidraift : laki , c'est la nkùàfiéuâaiisfXùwaûffiée par l'état; la €é9Êmna , la niisoD géiiényb.c»priaaiéc par rUsIoiire; la joSoTatKtkaî $ laMÎaaainâhridiittte appliquée à une ^espèce ç la monle i ipû règle les rapports de Vm^ tivifté ée l'hoame à sadastinalion peraonndle, est nëoes^ aainmen^ lil^re; toodis <pie le droit ipûW^ les lapforts delà mdeniiinimeàla.âestinatiiin de lacréa^ tion, pour organiser tous ks êtres dans FhamioB&e um* «CEsafts 9 ne srapplique qu'à4es actes exÉéneniS) «t pai* conséquent adniet.la oantrainte s ai dans un éfat de d^ vilpsfidon.oàdsniiBesi exdnnfenient ifîndmdiialisaïa., «n «écornait Un droit aux individus , il le iuit pesr ks iatéiesser à poursuivre l'ouFre 4a l'iianiaiiitë ; mais char que fiois qu'ils réclament aiMiom de kurs avantages personnels , ce n'en est f^ moins au fond pour l'ordre providentkl qu'ils portent la p^rok.
lO INTRODUCTION.
valeur; le vote unanime de tout un peuple serait donc impuissant à légitimer l'État; son autorité ne peut être le résultat d'une Convention humaine^ et notre seule mission politique est de le reconnaître dans la raison et de nous y soumettre. L'histoire ne flotte point au hasard des événemenSy semant la vie dans les empires et jetant au vent leurs poussières ^ sans s'animer de la pensée du Créateur * ; si quelque loi toute-puissante
^ La philosophie derhistoire s'agite encore en France dans les inconséquences d'un semi-^diéisme-; eHe pr^ tend £Bdre la part à la Providence, et loi abandonner seu- Ijement quelques faits exceptionnek. D'abord , c'est le monde extérieur qui tient l'homme par son physique ; l'élément matérialiste résulte à la fois de l'organisation de l'homme et de la constitution de la nature ; la Prov»* dence fait sentir son intervention immédiate par les réTO>lutions terrestres, lesimrades, lesoracles. Ccn'est pas sans raisons que les natundbtes sephâgnent de l'affaiblisse ment des forces de la nature. Plus tard, c'est la logique du passé qui pousse l'humanité en avant ; ViUment fatorliste remonte par l'histoire jusqu'à la Providence ; eUe agit alors directement par les grands hommes, qui opposent leur volonté aux faits , et compriment leurs conséquences. Lorsque le développement a &it un pas de plus^
INTRODUCTION. I ï
ne présidait aux développémens de l'humanité dans l'esprit et dans le temps , il faudrait lancer contre le ciel une profession d'athéisme ou des paroles de blasphème; chaque faitremonte, par une série d'effets , à la cause de toutesr les causes, et forme un des anneaux où viendra se rattacher l'avenir; tout se lie à la causalité divine, tout s'enchaine dans une paKngénésie universelle; le moïKle d'aujourd'hui est la création du monde d'hier; rompre avec lui , c'est s'opposer à l'épanouissement naturel des choses , c'est méconnaître les besoins qui en sont sortis, violenter les intérêts qu'il a développés, les mœurs et les idées qu'il avait préparées, c'est imposer une date de sa façon à la création de l'univers *.
c'est r élément psychologique qui domine le inonde ; les grands hommes sont morts et les masses conduisent l'histoire : si la Providence s'y manifeste avec moins d'édal , c'est que son action est plus égale et plus calme; en s'appipchant davantage de leur idéal , les hommes travaillent plus complètement selon ses vues. Au premier âge, la poésie; au second, l'éloquence etla guerre ; au troisième, la presse ; toujoui^et partout la Providence.
' Le plus grand mérite de l'école historique est d'avoir nécessairement un cAté philosophique; puisque
I 3 INTKODUCTIOlf «
L'homme ne peut pouitant pa« recueîUir exclusivjçffie&tie^ données de l'État 4att8 lëa iradit^ons <lu paa^é; ae soiiiaettre à foaetioaner comme un rouage aveugle dans la vie de rhuma*nité| ce seraijt ^ibdiquer toujte idée àe desiUftation morale^ fie dépersouoifier k Véffd des dioaes et ne a'attrUiUQr qu'une valeur die temps et de lieu; il ne dpît pAs se tenir à réearl; du pouvoir législatif et qroiser Içs brâs dans le fataUswe poli* tique; jqeii'est pas eu vain que la raison lui dénoQOç iesoMiditîoiis externes de son pmc^feotion* ij^en^ént, et qofi, poiur les fairis agréer à la soeâété^ sa i\saaw trouve une intdligenceà son èei^VMe.
Ci^tte faœ de la question, des Ic^ciens absolus s'en sont aussi fanatiquoiient préoccupés ; â l'homme, ont-ils dit, éprouve des besoins réels, s'il se découvre jami^is qi^elque puissance de per-
rhumanité se développe à chaque progrès ; elle peut saisir dans les bits la loi de ses déyeloppemens et tendre à l'avenir par le passé , elle vaut ainsi comme méthode et de plus comme enseignement ; en sachant que le» vérités sont incomplètes et que l'erreur a contenu sa part de vérité , l'esprit perd de son intolérance et de son fanatisme.
îecûetï^meni , on ne les lui a point importés; les circonstances multiples où il vit , les accidens divers qui se meuvent tout amtour, ne peuvent souder rien d'étranger à sa nature , et le recréer à leur image; son développement ne converge poffitdu dehors aif dedans, il sort de la raison pour s'épan<h*e et rayonner dans le monde ; et ils ont étudié Fhomme, ou plutôt ils Tout disséqué; ce que ses habitudes intintes lui avaient uni de pIuB inséparable, ils l'ont rejeté; ils l'ont décharné de ses opinions, de ses mœurs, de ses sentimens, et quand leur squelette de peuple n'a plus vécu qu'avec des fils de fer, ils lui ont for-^ mule une législatîcaai. arbstjraite; puis ils s'en sont allés de climats en cKniart^, de conÉinent en conûtvetkt y disant à tous les souverains : soyez mon homme analytique , et prenez mon code *.
Sans doute , la nature humaine est la base uniforme sur laquelle tous les peuples travaillent à se développer; mais, chacun se l'approprie, modifiée selon sa géographie et son histoire : un
* Bentliam propose d'abord son code aux Etats-Unis , puis à inStat de Pensylvanie , de là il arrive à la Russie , passe en Espagne et finît par le Portugal.
l4 INTRODUCTION.
jour, à en croire Tutopie, ils dépouilleront toutes les spécialités accidentelles qui les individualisent dans une vie à part, et leurs formes diverses s'évanouiront dans l'essence commune ; mais tant que Tœuvre du développement ne sera point achevée, la législation qui se refuserait à reconnaître les besoins actuels qui les pressent, et les caractàres propres qui les distinguent , resterait une lettre morte et périrait dans la réaction que les mœurs conspirent aussitôt ^ ^
' Voilà pourquoi les lois , dites philosophiques , provoquent tant de bouleversemens, et pénètrent si rarement dans le sol de la société : nous ne dterons ni la France de la république , ni l'Amérique du Sud , nous n'indiquerons ici que le mauvais succès de raffianchissementtenté en Pologne par le Chancelier Zamoyski (Bumett, f^iew of the présent state of Poland , pag. io5 et seq.) et en Prusse , par le gouvernement lui-même ( M. Jacob , passim , et plus particulièrement pag. 1 4o et seq. , Second Report, ) M. Dunoyer est allé jusqu'à dire : Les goiivernemens ne sont que l'expression des idées et des habitudes politiques , qui prédominent dans les peuples , ouïes peuples sont des lâches. De P Industrie et de la Morale , pag. 422.
INTRODUCTION. l6
car de ces conflits4à les révoluiioos s'élancent la hache à la main <
Tranchante, parce quelle est étroite, impuissante , parce qu elle est inflexible , l'école qui s'mtitule philoso[diique nest pas même logique; m elle dédaigne de prendre connaissance de ce qui est au dehors de Thomme , c'est que rien ne vaut hors soii déploieoient libre et ydontaire , et cette raison trouvée à sa théorie , elle se passionne pour un ordre de choses métaphysique, sans plus s!inquiéter si, Froissé qu'il eh s«ra daJ^s sa vie de.toiis les instans , l'homme ne se repliera pas sur lui-même; die ne se envient plus que la volonté marche dans sa liberté, et que, ai l'intelligence aspire à l'absolu, le corps la retient dans le temps et dans l'espace.
Nombreux sont pourtant ses. adhérens ; tous les révoltés politiques y trouvent des raisons, ou plutôt des armes à leur usage , car les gouvernemens^ tous héritiers du passé , tous nés des Ëiits accomplis, ne peuvent se légitimer que par des considérations que sa prétention est de méconnaître ; les masses, qui ne s'élèvent presque jamais jusqu'à comprendre des transac-
l6 INTRODUCTION.
tions ' y se laissent volontiers embrigader à la suite d'idées qui flattent leurs intér^ apparens, en se rédatnant de leur raison; les jeunes gens enÉn, toujours pas^nnés, toujoors disposés à absorber des faces multiples dans un seul point qu'îks éftagàrent ^ se {précipitent en foule dans des doctrines si bien faites à leurs habitudes. Et comnient 9'e» garderaient-4ls? Us ignorent Phi»" toîre^ ils ignorent ï^ vie ^ et sortent de philoso^ phie f du dogmatisme pleifi la boocbe.
Gela fut àusri le Wtt dti vieux parti libéral de se ppéocctiper étrôit^nent des t&tm» du gOttvernemcfnt ; ^organisation sôdak ne créer pouttant pas ce qu'elle oksse et diMfibiie ; il n^en est point des miracles d'une constitution comme d'un gobelet d'escamoteur , ôè Ton retrouvé ce qu'on n**avait pas mié. La liberlépo^ litique riè justifierait les prédilections de rhuma-» nité, qti'en étant l'application de là liberté morale à l'administration des sociétés; et jamais un acte n'est indépendant ^ jamais un dffet ne
' Une transaction suppose, outre Tintelligence de plusieurs idées opposées , celle des moyens et des conditions de leur conciliation.
iirrRomrcTioN. ty
s'affirftnchit de sa cause ; la liberté n'appartient qu'à une cause première , elle n'existe que dans l'essence même de l'ame; toutes les fois qu'il obéit immédiateimient aut tendances de sa na^* tore^ l'bomme est libre ^ et son acte est moral ; mais que sa conduite se laisse influencer par une considération étrangère^ si pure et généreuse qu'cm la suppose , la moraKté lui manquera toujours ; la liberté politique , c'est donc le développement de la raison sur le forum; là ou eUe s'arrête, la liberté devient licence; on ne rend pas un citoyen plus libre, en introduisant ses passions dans l'État, un homme plus moral , en le conviant à l'activité effrénée d'un sauvage ; si un respect superstitieux pour le pouvoir individuel faisait le mérite des institutions sociales, il faudrait déjà les abolir.
Soit que lui aussi ait sacrifié au libéralisme d'opposition, ou que sa vue, d'ordinaire si large et si nette, lui ait failli pour cette fois; dans son Histoire de la CiviUsation^ un des esprits les plus distingués de notre temps attribue une valeur intrinsèque aux formes gouvernepientales ; ce n'est que sur le vu de sa constitution qu'il
Philosophie du Budgft. i . s
A 8 INXflODUGTIOV.
Abw^ <MA ooodaHine Thumanité; au Ueu dis re^ :gaii^er souale mot Tidée cfu'il recouvre , il S eut ^is^é trompev à ses tettres, et aûft ^tymologie meut : oe n'est poiat perfectîoi^eaient de rhomme dans la société clrife que emlisaiUm veut, dire , mais le déploiement de tout^ ses pi^s^aaees intalleciaaelles ; cest humanisatUm q\kî\ faudrait ; ^'oa Béglige mi seul des développcuneus possibles > rhomma étriqué ^ ifu'oii aur« composé^ ne sera plus celui du Créateur. Di'ailleurs , à moins d^èt^e indigne d6 sa haute estime, la civilisation s'épanouit dans riiomme, c'est la raison en progrès; et, oomme^l^ autres faits. extérieurs, les institujtions sociales n'ont d'importance (}u'à titre de renseignemens sur l'intérieur, de tômoignagôs plus ou moins signi* ficatifs, qui |)eut-étre aussi n'attesteraient qu'un mensonge. Avant les publicistes de l'Ecole philosophique , op avait déjà imaginé des formes d'Ëlat qui n'étaient que superpô$ées à la société; vcfilà tantôt trois mille ans que le système de M Guizot a été réfuté par le législateur de La-* cédémone '•
' Tout n'est pas cependant errcmé dams l'idée de
En présence de peuf^ se emlisant sous l'in* fluence de constitutiona aatithëticpes ^ des écri^ Vains spiriluels en sont venus jusqu'à conclure rindiQ*érenee ea matiéM d'État ; c'était enoore une prôoccMpatien étrange. L^ raison ne peut rester neutre entre une société qui prenc)* l'homme comme un élément matériel qu'elle manipule à sa guise , et celle qui respecte les résultats de l'histoire et les données de la vie , entre la formé qui comprime obstinément les progréa de l'intelligence et l'organisation qui eoncourt à sa .tâche.
Sanadonte^ au jour de sa naissance^ rbomm€f est saisi de. toutes ses puissances de perfection-^ nement y mais il lui manque des occasions qui les lui révèlent, des intérêts qui les proToquent, des oirconstances où elles s'appliquent ^ et de l'ensaoïble de ces rapports d'action et de réaction se compose la vie. Chaque sensation , reçue
M.Guizot : les constitutionsacquièrent une valeur réelle en se rapprochant du type idéal, où seréalise^ront les derniers desseins de Dieu sur rbumanitc ; mais cette valeur ne profite point au peuple qu'elles asserviraient , c'est aux antres nations dont elles règlent les rapports avec lui.
20 IKtRODUCTION.
dans la pensée ou rejetée dans les sens , n'en nécessite pas moins l'activité dé l'entendement ; chacune de ses impressions ouvre une progrès* si<m d'idées ^ qui tiennent de leur origine , et le mode d'un acte, les obstacles et les facilités qu'il trouverait à se produire , remontent jusqu'à la volontéqui le va commander^ et l'influen* cent. Tantôt, dans une lutte permanente avec le monde de ses sens, l'homme brut s'enràle tout entier au service de ses appétits d'animal ; ici , enfoncé dans des habitudes passives de bien-étre , ce roi fainéant s'endort dans une monotonie d'idées léthargiques; là, son activité, incessamment réveillée par la société , se précipite dans- le progrés par toutes ses voies; le de*dans de Thomme est continuellement modifié , suivant son dehors, et sa constitution lui importe; avant de résoudre le problème de l'État , il faut connaître la nature de l'homme et les destinées de l'humanité.
La pensée créatrice ne joue point avec d'àveugles fantaisies ; Texistence de l'homme a nécessairement un but sérieux , et son devoir est d'y marcher, sa valeur d'y atteindre. Cette des-
INTEODUCTION. 21
UnaCion ne peut ressortir de conditions extérieures et multiples qui lui sont étrangères; toujours possible, toujours obligatoire , nul ac* cident ne la suspend , nulle circonstance ne la tient à sa merci ^ c'est l'actiTité de sa nature , la conséquence universelle de l'unité de l'essence humaine ; au milieu des développemens de sa sensitâUté, des modifications de son intelligence, rien n'est immuable dans l'homme que sa pers<mnalité; la personnalité, voilà donc son théâtre, son seid agoit , c'est la volonté épurée de tout m,otif sensible, la liberté morale* A la vie de se débattre dans une lutte continue entre les aspirations de l'esprit et les gravitations du corps , et parce qu'il faut subir son organisme , se plier à ses nécessités , résister à ses caprices , parce que, chargée des entraves de l'espace et du temps, continuellement troublée par les turbulentes inquiétudes du sentiment, les opérations laborieuses de la pensée et les anxieuses délibé* rations de la volonté, l'ame ne peut plus , absorbée dans la contemplation des idées du vrai , du beau et du bien, s'unifier à Dieu, l'existence temporelle est une dégénération fatale; la tache
12 INTItOBUCTION.
originelle^ qui nous impTimefta somllure au «or'tir dû flanc de ntfs mères^ c'est U vie elle-4nème. Le devoir moral est donc la réaction de l'esfHrit contre la chair, ia protestation de la raisoik con<« tre la sensibilité , et l'homme ne marche à sa destination qu'à travers la souffi^nce; non qu^il soit condamné à des labeurs sans récitât, à des sacrifices sans salaires , la justice £t la bonté sont deux idées divines; mais le bonheur réel est dans Texécution calme et complète de toutes ses lois y dans l'harmonie idéale .de diaque partie avec son tout et de sa nature avec son but ; pour le drame de l'homme, il n'y a point d*unité de vie , notre dénoùment est ajourné dans Un aulne monde où toute lutte intime aut^a cessé , où nos deux tendances ennemies, confluant en-^ fin dans une seule, Épicure et Zenon s'embfas^ seront dans l'unité*
Lès philosophes qui ont identiïSié les deux substances humaines n'ont plus compris l'éternel dualisme de la vie ^j en vain l'une des deux
' £n France surtout , il n'a pas manqué de pliilosophes , qui ont intrépidement nié Fesprit ; après Berkeley , c'est en Allemagne que se trouvent les plu$ câèbres par-
XNTlUNMMntOlf» p5
imiitiés <fe l'homme ambîtîoiiae de s'ëfefver à Dieu y laBi^B que Taulrajse oranyonne à la téit-ct» leur oiiAolQ|;îe a nié syttématîfpipmgnt bpsyeho^ logie et la «uMvJe V; d'aussi creuses théûrkeont plaçéà.lenrsomoiet rhannoDie héoeasaire de l'esprit et du ciMrpB ^^ sans aa dootar qu'avec: uat fusion de deux démens diatîntets, ayant (^ctin leur nature et kur vie , il n!y aurait plue d'unilé du moi f» d'indivisibilité de la coMciènce % et loin d'iysver à de plua nobles pôiséea, comme
tisans de Taatre cité de la question ; un médecin ^ M. Eitsmàék , ncMt if y publier eaoane réeemmeiit ;aii ouvrage Soti remarquable» Ueber dh Hy^these der Ma~ ten'e, 1828.
' Voilà pourquoi les écoles d^ Fichte el de Sclix^Uing n'ont pu produire un seul bon ouvrée, ni de psychologie, m de morale.
* Nous ne parlons pas du système de Lcibnitz , dont l'harmonie préétablie ne résulte pas de concessions mutuelles, mais d'une subordination fondée sur une loi.
' Si nous attachions quelque valeur aux définitions, qui n'ont rien à éclaircir, nous définirions Thomme , une intelligence dans le temps et dans l'espace ; la nature , rexiaténce et Faction dans l'espace; et Dieu, l'intelHgence dans l'infini.
^ IIVTXODUCTIOIV.
elles s'en enorgueillissent^ leur doctrine est dégradimte , elle ravale l'esprit en le faisant pa<y tiser avec le corps et respecter ses tendances ; la raison ne sait plus où l'autorité de la sensation cesse d'être Intime et craint de se ccHnpromettre avec Dieu en se révoltant mal à propos contre la chair. Reconnaître ainsi des droits au corps y c'est convier l'homme à l'^isme; ce qui l'isole et l'individualise^ c'est son ocffinisme; la raison demeure impersonnelle^ ce n'est qu'en la déliant de ses entraves qu'il se rapproche de l'humanité ^y et sa destination ne
1 Plusieurs philosophes n'ont pas craint l'inconséquence de réclamer* à la fois Timportance du corps et l'assimilation de tous les hommes dans l'humanité, entre autres Erause , Dos Vrbild der Menschheit. La résurrection des corps qu'enseigne le christianisme est une conséquence de cette opinion; le paganisme était encore trop près ; ce dogme mythique fut nécessaire pour fiedre comprendre aux intelligences de ses premiers fidèles toute l'importance et la réalité du jugement dernier. On déplore, sans le concevoir, l'attachement de l'Église à la lettre du symbole; saint Irénée a dit : Omnes ii christiani fuerunt, qui secundùm rectam rationem vixerunt, quamuis thrisiiani non/ueruni.
UITIl<M>l)CTION. 35
l'astreint pas umquement comme individu com-r plet, elle l'oblige aussi comme membre de la grande personne bumanitaire.
Puisque notre loi de création est le [MTogrès , toutes ses conditions sont naturelles et nécessaires; la société n'est pas seulement ui| accident historique, c'est une institution divine ^ Au berceau de l'hupiaBité, elle se révèle dans la famille, et le corps s'y associe d'abord bien plus que l'esprit ; bientôt elle s'épure dans l'amour, les développemens de l'intelligence la resserrent, de nouveaux besoins se font sentir, chaque jour plus pressans et plus étendus, et Vassociation s'étend à son tour de famille à famille pour se prêter une assistance réciproque et multiplier le travail en divisant la lâche; ces liens formés par l'intérêt, une amitié née de services et de souvenirs mutuels les consacre, et quand des désaccords eurent recouru à la force, et qu'elle eut fait sentir sa brutalité et son despotisme , on confia le maintien de la paix et l'exécution
' La langue, ragricultare, les arts, la religion^ l'homme n'a rien acquis que par Tassociation et la succession.
de la justice à un pouvoir modérateur ; uti plus grand nombre d'associés, ne pouvant tous convenir verbalement de leur pacte , le rendit encore plus indispensable /plus puissant^ et l'État constitua la patrie; ce n'étaient pas des intérêts matériels (pi'elle se bornait à satisjfaire^ Thomme y rattachait les souvenirs de son enfance ; sur elle, réposaient les espoirs de son vieil âgé ; sous sa garde , elle prenait les ossemens de ses pères et le berceau de ses enfans; l'égoisme agrandit encore son cercle, et l'individu vécut aussi de la vie de ses compatriotes; la marche des événemens et des esprits établit des rapports dé patrie à patrie , il y eut des affinités d'origine , des communautés de croyances, des reconnaissances de services , des sympathies de gloire , les bornes de l'individualisme reculèrent de nouveau , et l'œuvre de l'avenir sera de les pousser toujours devant lui , jusqu'à ce que tous les hommes se soient confondus dans l'humanité.
Ce n'est pas là seulement une induction de l'faistéire, c'est une certitude logique '; 4i le progrés est le dégagement de la raison de toutes
' Nous ne voulons pas nous appuyer de Vhérédité
INTltODUCTlON. 37
les influences de l'organisme ^ si^ le développe-ment du général au dessus de rindÎYÎdndiy sa Icnd&nce et sa résUsaticm complète se résous drooi néeeSsaJremeat dans la négatîoû de tout égoîsme. Le raisonnement n'est pas seul à pro*phétiser Tavetiir, l'observation le saisit^. pour tiMi dire , dans le présent ; en se rénnissant dans un sentiment comnMui y les hodinieé aetivent leurs facultés et déploient une raison plus haute, une im^igenœ phis puissante; ce n'est pas devant un auditoire restreint que l'ame de rorateur s'élance à tout^ les hauteurs ^e l'éloquence , il lui faut une tribune battue des lar^ ges flots d'un peuple ^ qui pense avec sa pensée et l'anime de sa vie; ce n'est pas sur un mont solitaire > sous l'inspiratiow des bruits de la mer,, en face d'fin soleil de juin , couché dans sa tente de pourpre, que la prière s'agenouille dans l'extase, c'est dans une pauvre église^ sans poésie, Mus inspirations; peupl^^la, déjà le sentiment
smcoeséiye , «{Me Ton i^etrouve 4;hea^ tous les peuples ori^ ginaux , quoique cette singulière coïnâdence ne puisse guère s'expliquer «{ue par une vague croyance , universellement répandue , à la continuité dç la personne.
28 mTRODUCTIOR.
s'exalte; que toutes ses voix se mêlent dans une harmonieuse mélodie y le ciel s'ouvre et il contemple Dieu face à face; c'est qu'alors il a briaé tous les liens de l'individualisme, et s'est élevé jusqu'à lui sur l'esprit de l'humanité*
Pour n'avoir pas suffisamment comprb par quels indissolubles liens l'homme se rattachait à la tige de l'humanité , la philosophie n'a pu expliquer les phénomènes de la sympathie ; qu'elle ne cherche pas ailleurs pourquoi , à travers tous les éloignemens de l'espace et la dislanee des tempp , nous ressentons les douleurs des autres membres du genre humain ^, qu^elle ne s'é^ tonne plus que la pitié se mêle de soufifrance et de plaisir : la souffrance , c'est la communauté de la vie qui l'explique; le plaisir, la conscience d une destination remplie ^. Dans tx>uft
'* Si nous ne prenons part aussi acdyement â leurs bonheurs , c'est qu'ils ne scmt pas dans la destination de l'humanité ; yoilà pourquoi les joies du paradis se laissent si difficilement comprendre : l'ame rejette tout ce qui s'y mêle de sensible, e^ le corps l'enveloppe trop pour la laisser s'émouvoir de la seule pureté divine.
' Ces idées ne tarderont pas à recevoir tout leur développement dans une Philosophie du Drame.
IMTRODUCTION. 29
ses systèmes^ on retrouve déjà la croyance à une vie universelle, supérieure à la vie individuelle; que la foi se réclame de la tradition, que la certitude ne reconnaisse que le consentement général, ou que la vérité ne sorte que des évidences de la raison, il n'importe; sous des formes divwses, c'est toujours sentir Tincomplet de l'individualisme et la nécessité d'élever rhomme à une appréciation plus générale des choses. Il est enfin un instinct trùp universel et trop inaccessible- aux explications de la sensation, pour ne pas manifester une inspiration de la nature humaine; l'homme qui ne pactise qu'avec ses intérêts et s'inféode à ses plaisirs , rq>inion unanime le flétrit du ûtpe d'égoïste et le méprise; à sa cause, s'il prëftre une cause étrangère, s'il s'oublie pour servir un ami, l'estime. publique lui paie sa récompense; que l'objet de son dévouement devienne plus général, qu'il se sacrifie à sa patrie, c'est un héros, et tous les siècles entoureront son souvenir de vénération et Ae gloire ; il s'en est trouvé un qui s'ofirit en holocauste au genre humain, le genre humain s'est agenouillé au
5o INTBODUCTIOQr«
pied <fe don gibet et l'a reconnu pour. son Dieu.
Une observation plus clairvoyante et . moinia maléridle que par le passé s'est d^à convaincue que la pensée .divine ne se fragmente point en créations diverses ; ces individualicés si tranchées > qui se partagent l'ujQivers, ces pbénom^aes si multiples , qu'il enserra ^S6 lient h un ùf^ntre commun et manifestent les mêmes loiai l'unité de la nature s'«st révélée à . nous^ dans la splendeur de ses variétés et la toutes puissance do sia vie; il a bien fallu dès lors non» soumettre à des devoirs envers elle. Puis** qu die forme un tout persistant et coétemel^ BOUS ne saurions «n abuser un jour sans usui^ per sur les droits de l'humaiiité , et dans nos fumées d'orgueil» il né. nous est plus permis d'en disposer à notre ca{lidcq , comm^ de; misé^ raUes ïréteaux où nous jouons la vie: ce$ milliers de sphères, qui gravitent ^ur nos tètes , insaisissaUes à nos sens y n'ont point .sans doote la mission passive éle sei^ir à nos développe^ mens; créatioii indépendante ^ ayant sa destina-^tion propre /elle aussi a été fiiite à l'image de
INTRODUCTKON, Si
Dieu, car l'aitisle de réfléchit falaleioeât dans son œuvre^ et c'est encore hii^ que nous devons resfNBcter dans les choses -• -
Les notÎMus de l'empirisme ne peuvent jaoïais aboutir à une connaissance générale ; si d'un effet nous concluons, nécessairement une cause , si de Tobservation de tous o^ phénomènes accidentels et d^flendan^ y nous nous élevai» immé* diatemen; à la conception de l'absolu ^ c'est que Dieu n'a point voulu laisser upe idée^ qui domine
' Définir, t'est déshabiller une idée de son symbole , aussi ne peut-ron définir que les idées absolues ; les définitions relatives lie sont pa$ vraies ; les esclaves et les enians empêchaient le drdlt romain de définnr rfaoxnme, <t on ne parviendra à définir la propnété qu'après avoir acquis la connaissanee de qos.' fkv^^im envers les choses^ jusque-là, on sera obligé d'amal« ganier l'usage et l'abus. L'idée bien obscure que les choses n'appartiennent aux individus que pour servir à Fhumanité , se trouve pourtant au fond des lois de jprescription ; elles ne peuvent se légitimer par la présomption que l'on a renoncé à sa propriété , puisque l'intérêt à la garder est visible ; ce qui est plus probable à celte heure , qu'il n'y a plus de terre vacante, c'est la' mauvaise foi ouïe vol.
5!l INTRODUCTION.
toute la vie de Thomme au hasard de ses acquisitions^ et sa révélation s'est innée dans la raison par le principe de causalité ^ De cette haute initiation aux mystèresr de la création résultent de nouveaux devoirs et une sanction plus puissante et plus pure de tous lé» autres.
L'histoire et la nature sont pleines des merveilles du Seigneur ; sa bonté appelle l'homme du néaût dans la vie y et il l'honore par un culte d'adoration et de reconnaissance; en l'élevant à sa contemplation , la prière dissipe les dernières ténèbres de son existence^ et lui dévoile pîlus clairement ses rapports et ses lois ; tous ses instincts qui éclôsent spontanément dans la nature humaine^ ses tendances au bien moral j ses amours du beau^ ses aspirations du vrai manifestent la volonté Souveraine dû Créateur , et l'homme l'honore aussi en remplissant sa desti-
' Nous ne prétendons pas qae toute raison d'homme ait conscience de ses idées innées , avant le développement par l'expérience et par la vie , mais ce n'est pas seulement une force vide , toutes les idées nécessaires y préexistent à l'observation et à la réflexion ; la table n'est pas ras^, comme on l'a dit : le tout est d'apprendre à y lire.
INTRQDDCnOfr. 35
tiation âu péril de son corps et au mépris de la souffrance ; tous les êtres ont leur placé dans l'espace, tous, leur raison dans le temp^ chaque bdividtt n'a qu'une importance secondaire. dans les dessins étemels, et Thonime honore encore le Créateur en Se subordonnant à l'humanité et s'harmonisant avec la nature^ La religion emr brasse à la fois la science et l'ofasenration des lois y qui rattachent les êtres à leur centre géné^ rateur^ et l'expansion légitime de la vie , par laquelle chacun travaille^ dans la limite de sa qatare, à l'œuvre de la ProTidence ; nul deroir pour l'actiTité de l'homme^ nul but possible que de concourir par son progrès indiyiduel au développement perpétuel de l'univers.
La liberté n'est ainsi que la puissance d'accomplir son évolution dans le monde, conformément aux lois de sa nature ; que leur infraction vienne d'obstacles extérieurs ou des résistances que l'organisme et ses mille nécessités opposent à la pure intelligence , il n'y en a pas moins contrainte; tous les mobiles, qui ne se développent pas dans l'essence même de ITiomme, attentent à sa volonté. Pour ne point étouffer le
Philotopbie du Budget, i. 3
progrès soi» des formes Anti-JiUHiaii^ ,; l'Étal ne peut s'autoriser qued^larai^op; toute ^utre souverameté est oppressive, tpute a^t^e obéis-sauce déttowfee } à elle donc.de gpuv^rneu la société , non pas à une raison personpi^e , qui trânerait arbitraipement sur les autres, .^Je? .»»" servirait à sœ modifications ^cepttonn^les^ uni n'a le droit de soirtir des ra^gs de l'bumanité pour scphcer égbttteDHentàsaté^e, etle pro* grès n'est poittt'dans Une conpaissance passive à epA manquerait la force de passer danp.U vie ; c'est à l'éducation de précéder et dç préparer 1;^ loi, la liberté ne s'acquiert point, elie se gagne; la dictature. sôiciflile n'appartient qu'à la raison dépouillée de tout caractère abstrait , comme de toute originalité spéciale, à la raison actuelle de la sociéiéç l'État n'est légitime qu'à condition d'exprimer, la raison générale des sujet^ et d'unir dans son lien le twnps et l'éternel.
Son action immédiate ne saurait civiliser personne ; à moins de fausser son principe , il ne eontredit jaŒttiê une faîson individuelle:, et il n'y a point de cbnlrainte qui s!acco|rde avec la liberté; tout développement est essentiellement
uiTHoiwonoir. 35
▼dbntairè , mais nnAndn n'a pas àfnjk d^é* goismè^ son progrés doit se toiibUier aved le progrès humanitaire/ 6t ia mission de rÊfâl , son droit , c'est d'ordonner téns l«s dëVoiM dh- ▼ers el de leur mesurer à Umft leur espace néee»saire; plus la sensit^itë d^nine la viei plus W formes se multipUeDit et l'enlacent , étemelle^ ment mobaè^ les^coïkquèées'de l'histoire neHldièiitf suoœssrfement sw Hens, et GhaMpte jour rétrécira^ son empbne , jwupi'à oê qu'il \w nSsohre dans la raison ^ quand l'indi^u se aéra éranoui dràs l'humanité. MaiaVest là tme noble illusion de la i^bsophie : lé progrès marche indéfinialent à un fairt impossible , l'homme portera son ôr^ ganiffiEDe jusqu'à la tombe ; pAt-il annuter aes influences, le genre humain n'est point' seufe^ ment composé d'adultes, les enfans auraietnt encore desdéTeloppemens à compléta*, leui* éCai anormal affecterait tous leurs rapports et empè^ cherait leurs contemporains de s'idéaliser dans la pecfecticm pure ; l'humamité, désormais sans raison et «ans bat, se reposerait sur sa dernière borne pour y mourir, et l'action de Dieu est in^ cessante , son œuvré n'est point un caprice pas-
36 INTRODOGTIOH .
sager, qu'il remplacefteir TteuTre aussi éphémère de qudque autre caprice^
Bien que lès aetes n'acquièrent de valeur réelle qu'en sortant librement de la conscience y jamais cepei^dant ils ne restent indifférens à l'humanité; le progrès né se réalise pas seulement dans une moralité plus avancée, il est aiissl dans ^harmonie dés êtres et le règne de fait des volontés du Créateur; toute opinion dangereuse qui lés travestit, toute action désordonmie qui les méconnait, dans l'intérêt de la civilisation, la société doit l'empêcher par voie de contrainte; il y a une moralisation extérieure qui a sa valeur matérielle , indépendante de toute influence directe, et si l'État ne peut grandir la force de résistance, ce n'est pas assez de lui assurer les moyens de se développer, il doit encore désarmer les mobiles de démoralisation de leur puissance.
Il faut à l'homme des occasions qui lui révèlent ses facultés, et leur éducation se fait par la vie; nos premiers développemens partent du monde çt y rétocument ; ce sont les choses qui complètent les personnes; l'entendement se peu-
INTRODUCnOir. S7
pie de leurs idées^ le jugement de leurs rappwtSt rimagÎBatioii de leurs formes^ leur action suscite notre réaction ; il y a nécessité pour l'État d'établir des lois éocmomiques pour provoquer les accroissemens delà richesse nationale ^ et des lois charitables pour relever les individus de la déchéance morale dont pourrait les frapper la misère ; maist en vertu de leur principe ^ leur valeiir physique reste subordonnée à leur action civilisatrice^ et sitôt le plus léger conflit avec la moralisation individuelle , quelque graves que soient les intérêts sociaux engagés , c'est à eux de céder et de disparaître.
Le pauvre, il est vrai. Se courbe sous le joug dé sa pauvreté ; la privation irrite encore ses désirs, et son intelligence recule devant les empiétemens de sa chair; pour détruire ses besoins, il faudrait le supprimer lui-même '; pour les
' Laloi n'y apas toujours recul j ; les Spartiates tuaient leurs esdares , quand ils étaient trop nombreux , ce que nous n'attribuons pas entièrement à des motib d'économie politique ; Galère fit noyer des mendians ; plusieurs lois d'Honorius , d'Arcadius , de Théodose et de Justinien autorisaient tout le monde à les £ûre esckves ; par
38 iirrKODUcnorr.
peutraliseTi nul autre moyen que de les satis-' (aire incessamment à leur heure , et c'est là le mérite 4e la charité d'étouffer le motif isoisible sous son aumône ; mais dUe ne dtgnifie point rhomme , elle n'appdrte rien à la liberté qui là gratulisse et la trempe;, elle ne bénéficie jamins qu'un appétit sensuel ; quand drac elle contrarie un gentiment moral 9 qu'elle compromet un moi^ile qui favorisereit l'activité de l'àme/ loin de
im statut de 1672 j la récidive jetait punie de mort en An^eterfe ; en France , les ordonnances de 1 525 y 1 543 et iS^'j portèrent contre eux la peine de la potence ( il faut cependant remarquer qu'dles ne ' s'appliquaient d'aboid qa'aux mendians de' Paris , et que leur 'rigueur avait été provoquée par les criaies nombreux qui (^y commettaient), et celles de 1764» 1767 et 1777» ^^ glaient la matière au moment de la révolution , prononçaient encore la peine des galères, contre les men» dians valides ; cette législation draconnienne n'a pas plus manqué de philosophes que de bouireauf , Lots , Ideen ûber ÔffentL Arbeit. , S. g6; Garve, Betmehfung. ûbdt Mac/arlane's Untersuch. ûber die Arnrnth^ B^ 10^ >Alichaëlis^ Mosàisches Recht , 2 T)i. , S. 44^-4 9 ^^^^ ' 77 * ' etc. Selon Platon , liv. 2, des Lois, les m^ndians i^ont les ennemis de l'État, et ondoitl/çs,pn,&ire sortv. .
INTRÛIWCTiaif^ 59
la coosliÉiier^ VÈtâà dok la combatixci et la flétrir. Cette Vâieur amiigle qu'oa Im confèrç , e'fst lue sympathâe larmoyaiite . qui . V«n dote , sinou qoqlqae ' sdlpide réminist^êoite des. temps sauvages , où la vie se posait à dle-méme pour sou but, et ne rêvait point pour Thommede plus Bobles destioiées . qw les, longs abiiitissemens d'un animai; désoirMais. on n^.saunHi le aôi|écottnattre, appoint de civilisation.^ la propriété etl'égoîsmé n'ont pas tellement monopoKâéle monde, que ta subsistance dëfkilfe au travail et à la prévoyance; quand ce n^est pas Une faute qui a eréé Tindigence ^ au moins est-ce un tort qui la rend irréparable; toujours squs ses haiihÊÈ»^ il se^sachQ h^q respon^l^ilîté légitime , car kl nk)rU0.H'aipnfyt>d!amnîsjLic>\poiir qui loet b^s sa portée, 'éaWs atrtremenf sJkiqiiiélc^ de Taver: nir, et, richesse 'oâ tnisèré, fa sbeiëlë'h'en a pas moins droit a âiré : Lé mort saisit le vif, et hi personne contii^ue.
, On n'est plus dupe de l'observation myope ou Mitimentaie, .qui à'arrétait devant la misère^ sans o^p DfOkPBtter à sa causq ^ scruter ses n^ ces8it«8'$'lefaemiin»'estpbig!|iii plaidoyer Ur*
4o INTEODUCriOlf.
^ nal , qui mette toutes \e^ accusations au néant , on lui a demandé, ses preuves , et il faut renon«* cer à imputer les perturbati<ms sociales aux be^ soins naturels * ; qu'on le sache bien pourtant >
' En Aii|(leterre, les besoins naturels sont garantis par h taxe des pauvres , et en 1828, il y eut un accusé sur 857 habitans; enFrance, où chacun vit à sesrisques ei p^rik, U n*y en eut qu'un sur 4934o. ( Rapport de 3f\. G^ tard à t^jécadémie des Sciences , le ao février t83a. Qtt(^ que forte que soit cette différence , nous n'en devons pas moins reconnaître que , dans le chapitre où nous reçherchoiis les causes de la criminalité, nous croyons avoir dén^ontrë Fimpuissance radicale de la statistique crimi* nelle comparée à obtenir un résultat rationnel que!«conque. ) En Ecosse, k charité légale n'existe pas, et, malgré des rapports de tout genre, Oy a onM fois mdins de criminds qu'en Aiigletenre; le gouTesoeur de Nen^ gâte n'attribue pas au besoin pfaa du huitiè«ne. des crimes, et «ncore leaqoup^^ y i^9raiept-^ été réduits par leur faute en tr^grande partie ; il |i'en compte c(u'un trentième n'ayant rien à se reprocher ( ^xtracufrom the information receiçed bjr his Majeiijr's Commissionners on the administration and opération çfthe Poor laws , i833 , p. 248) : ce serait donc^un (prime 8ur24oiqui aukéit été provoqué par un besoin fotal, et k proportion senût encore bien plus bîbk, si les prisonniers n'avaient eu
si la charité veut aller au delà et donner amsi la pâture à des besoins factices , elle fait acte
intérêt à cacher des circonstances qpx les aunûent rendus moins dignes de pitié. La maison de Charité de fialtimore, 8ar SoopauYTes , en compte 4^5 par ivrognerie (Journal de Baltimore j dté dans le Temps du 12 octobre i832 ) ; ce n'est pas* rni fait exceptionel , car, en 1826 , on motif semblable «vait réduit 5âX> indMdbs à la néetssité dfy fKktftr {Rapfprifaiiau Maire et an CàiueilMunieiptdde cetu vilU. fieme Française , xm , p, 45) ; et d'après le Christian Almanach pour 1829 ( New-York , 1829), les trois quarts des pauvres des États-Unis le deviennent par la même cause. (Il est juste de tenir compte de la position spéciale où la facilité de l'emploi et l'élétation du salaire placent les États-Unis.) Le 3i décembre i8a6, ny avait dans la maison deTrayaU deBrattwwlegr 540 déieiHis , dont i44 étaient an deiMNMi de 16 ans ^ 19 conjairtt»és pour vol et un pour rharlatanime ; les 376 antres étaient divisés ainsi :
Infiimtésetfiûblessed'àge. 48
Imbécillité, a
Soufds-ii^uets. 4
Mendicité par paresse. .» ...... 124 ) 376
Tagabondage. . , 119
Ivrognerie 39
Oésordie 34
d'immoralité *^, elle déprave l'iiomme en L'aidftpt à p|9is3er sous leur joug, et c «st à l'afiQ^aachîr de toutes leurs dominations qu'est la mission de rÉtat, c^est \ garder la royauté de la liberté dans la conscience^ et à l'introniser dans le monde*
La rareté et la mauvaise distribution des choses ne font pas seules de Fopposàtion au progrès^ les personnes aussi lé ralentissent: par leur résistance et le compromettent par leûrsl violences. Oii ne manque à sa loi de développement^ on ne refuse d'obéir aux tendances de sa nature, que pour céder à Tappat de quelque plaisir , et en balance l'État doit montrer une peine conséquœtCy assez effirayante pour retenir la sensîhiT lité sur sa p^rte ; toute biruta)^ «t grosaîéK qu'il la lasse/si eHë estiitite, ^lle sera dvilisàtrite ;
Total 60 , moins d'un sixièni^ digne dPintérèt au premier aperçu , et certainement des ^B détenu», {Mmi' infirmités etCedblesse d'Age, la plus forte parde , moiila tolalité , était coupable d'excès ou atf moins d^imprévoyance.
1 La législation du peuple hébreu* le preBcfivait ; et se montrût en cela fort conséquente avec ses- idj^es sur riinmortafité de Tame et la destination de l'hômittei -
mi iafluence empêche rimmoralité d'entnyer la marche de la Sodété^ et non action direolé eot elle-même bienfaisante; puisque les sens ne sont phis. immédiatement intëfesafo dans les dëlibé*iHtiouS'de la yolobCé, ella y intraduit dëjaqqel*' que élément intellectuel; son.piogrèé ser44onc de l'étendre encore, en se rffiltàohaist elâinemttit à une idée morale et s'éqitililirant ^ par ia justice^ Ht^o le: criméL
Aussi pure qu'on là râpjioseï elle. n'en cytpas mcôfiS/litakméint condamnée à jrester iin*mâl ; ^e 2i»'inlMrvîent 4|ti'^rés m déîohfcre q«e l'État avait mission de prévenir ;. an Ueu â-anmâar les itiûbilês immwlmx , il lies .déplaee et ë'efifonie de soumettre lîhepube à la seotsiibilité^ dont leviez rit»de:la>()iviUs2^d|ï eat (fe raflkttnehir«^E(n<ébi^ ^UHit les ^csisions du <»me ét'imdtipUanl flartottt \û$i otetacle&que'sii féalisMioa renbm^ tre, ia police exieroe une .phi^, haulè puîssance de prdi^;rés, et Bôii<àetion ae légitime par séni vé» sukai;, Mn dréit ne finit qu'oùa'iarréte sonutî^ lité ; ses moyens et ses forces se proportionnent au daagprs dont la aooîété est menacée; le crime commis , il faut' prévenir «fu moins ses^
44 INTRODUeTION.
oonaéquences , réunir ses preuves , arrêter le prévenu^ le traduire aux assises de la loi, et c'est encore l'afiaire de la police; mais là aussi son action ne ressortit point d'une théorie, elle dépend de la part que prend cbaqfue citoyen aux troubles dé l'État et du concours volontaire qu'il prête à sa justice.
Pour démêler la vérité au milieu dès contra* dictions de l'enquête y et condamner le coupable à sa peine, un pouvoir judidaire est nécessaire, et il se doit approprier à ses conditions diverses; tant que la loi fait de la politique, elle s'écrit dans des codes et veut des hommes savans pour orgaiies ; lorsque , plus pur et plus vrai, le cbJK timent exprime Vidée, non de la justice absolue, qui ne se manifeste qu'à Dieu , mais de cette justice humaine, qui résulte à la fois de l'estimation sociale du délit et de l'appréciation de la peine, la magistrature n'est plus un corps dans l'État, alors c'est la société tout entière qui siège et qui juge ; le tribunal descend dans la
rue*.
' Les mêmes modifications <mt Heu dans l'iqpplication de la justice aux afbires cibles ; son organisation dépeniU
INTRODUCTIOfr; 45
La garde de la paix, l'action de la police, rautorilé de la justice réclament le service d'ane force militaire, et son organisation ne s'abstrait poiiit des résistances physiques que rencontre l'Ëtaty et de Tappui qu'il trouve dans la force bourgeoise de la population : ce n'est pas seu* lement à Tintérienr qu'il faut protéger l'ordre public, la civilisation se défend aussi à la frontière; les obstacles extérieurs qui entravent ses progrès, c^est à la diplomatie de les écarter^ ,
de la connaissance des devoirs de Fhomme et de ses rapports avec les choses ; quant aux lois administratives, eDes résultent des formes générales de l'État et des rapports individuels des citoyens ; leur valeur est historique, la spéculation philosophique n'a pmnt le pouvoir de les idéaliser dans une science.
' Dans les temps grossiers, on ne connaît que la force, il n*y a pas de diplomatie ; dans les époques de douane, d'équilibre politique et de droit des gens , les rapports sont si multiples et si fréquens, qu'elle est partout en permanence ; plus tard , quand les nations se feront humaines et ne connaîtront -plus l'égoisme de la patrie , la raison suffira sans plénipotentiaires à harmoniser lenm intérêts : la diplomatie dépend donc aussi exclusivement des circonstances.
sinotai à la guerre de lés briser ; k guerre devient plus que le droit de l'État, c'est scm devoir; chaque peuple à son rôle à part dans l'humanité ; U ne sait où il va , n'importe > la Providence le mène pr son bâton d'aveng^e ^ qu'il marche à son pas^ il mettra son idée dans son histoire ; mais, sitôt qu'il laisse une domination étrangère violenter ses tendances natu^relleSy il dévie de sa voie ; la liberté est sa vie : une nation passée sous le joug est une nation sans idée, elle n'a plus rien à faire dans le monde.
Jadis que la guerre était une conquête et la conquête un brigandage, chacun devenait soldat en face.de l'ennemi, il y allait de son foyer, quand on attaquait sa patrie; mais aujourd'hui que la tuerie n'a lieu que d'État à État, et que les citoyens ne mettent d'enjeu que sur le champ de bataille, des armées permanentes ont dû remplacer les cohues de volontaires, et d'ailleurs la force physique ne suffit plus à la vie-* toirey la guerre s'est élevée à la dignité de science; il y a un art de commander qui ne s'apprend que par de lentes études, et un métier
IimOBUCTiON; 47
d obéir où ron pe aé Esu^aone^ue par une lon^e hs|bitu4e d^ ^î^^pUno et d'obéis&wce ^
En^^odant reprit 9 rijiatrucl^on rinkie à des plaisirs plus délicai3, et la comparaison dé* pouiUe de son attrait la séduction des autves; le nécessaire matériel péae moins lourdement
' Dbus les pénodes d^éoeigûe popnlaire y le comage a pa y suppléée, mais on ne saurait compter sur une crise fortuite et de sanglantes incertitudes ; si nous ne nous occupons plus du Budget de la guerre y c'est que la nécessité des armées permanentes reconnue par la théorie, toutes les questions subsidiaires ne relèvent que des intérêts transitoires de PÉtat, de lapuissance,.du voisinage et du mal vouloir des peuples éinaigei*s ; la simplification de la partie savante^etla réduction de la partie uiaiM>novrière dépendent presque ebtîèrenient de l'esprit militûre de la nation ; la constitution de la içrce intérieure réagit aussi sur les forces qui font face à Textérieur , et leur organisation en travailleurs y qui exigera long-temps encore de grands ménagemens pour les préjugés soldatesques , deviendra de jour en jour plus complète et phis udle ; l'exemple deParmée iMiédoièé Ae. sera pas perdu pour les gotuvememenB ; et il semble qufon n'ait qu'à se louer de rappUc^tion de nos troiqpes aux routes stratégiques de l'Ouest.
sur la vie de tous les jours; on est plus habile à faire naître les occasions de fortune , plus alerte à les saisir, plus puissant à les féconder ; Timmoralitë ne s'isole pas dans une jornssatice, elle apparaît avec toutes ses suites, et l'on s'arrête devant la responsabilité du plaisir, que , moins intelligent , on eût accepté sans présumer rien au delà. La science nous découvre la nature et la valeur des choses; elle saisit leur rôle dans Tordre universel , et nous révèle nos rapports avec le monde ; mais la science seule est vide , il n'est que deux moyens effectifs de favoriser nos développemens : détrôner les grossières voluptés de la sensation par les plaisirs raffinés de l'intelligence, ou les repousser, en leur opposant la conscience d'un devoir; toute puissance civilisatrice agit dans cette alternative , et l'instruction n'est réellement morale qu'à condition d'aboutir au sentiment du beau , ou à la connaissance de Dieu.
La matière n'est pas en opposition si persistante avec l'intelligence , que toujours l'homme retrouve son organisme entre lui et sa destination; ses plus pénibles progrés, c'est à un résul-
Il«TftO0UGTIOlf. 4g
tatdefton intervention qu'il les doit, c'est par une sensibilité pïiis pure qu'il triomphe de son égoismël ^i} au lieH d'abiiser dé Id nâtiire à son caprice, it ^'harmonise avec elllè, c'est qu'il là troUTé belle, et qîl^ son admiration Vj intéresse; 8i> pour sa famille, il s'épuise de sueurs, s'il verse son or et soéI argent pour son pays, s'il s'îmoidlè, itiattyr de la grande cause de rh'umâ-^ nité, c'est qu'il jouit des plaisirs def sa ftimillê, qu'il souffre des douleurs de sa patrie^ qu1l àitiie tous les hoiùmes d'un amoiir universel; l'amour e«t le plus grand itistituteur dû genre humain , et c'est une inspiration fatale de la beisiuté ) le tbuf est de là percevoir , et lès Beaux- Arts là démasquent des fôrines opaques qui la trayestié^aiént, et I& font tomber sous les seiis. Mais la siensîbitilé n'est que le côté terrestre^ dé la vie, elle tieût de là raison ses plus nobles destinées; ai!r dessus de la loi fiumainè d'amour s'Aève la loi dîvrùê du dètoir , non pas de ce devoir raidé et dur des stoïciens , qui se repaissàft de larmes et mettait sa vanité à nier la douleur, înais te devoir d'agir dans sa liberté, de se développer dans sa nature, un devoir d'à-*
Philosophie du Budget, i . 4
Sa INTRODUGTIOlf.
c'est une conquête de la libwté, un fait qu'il modifie suivaoÉ une idée ; l'État doit doUc s'en-^ tremet^re comme conciliateur entre le monde et Tesprit^ partir de Tactuel pour aboutir au possible^ du contingent pour s'élever au nécessaire. Le premier de ses termes se pose dans rhisfioire, non pas Tbistoirc philosophique dépooillée de Fécoree des £aiits , mais Fhtstoire réaKsëe dails la patrie arée ses exigences de position et Topi*" niâlrelé de ses intàréto; l'autre ^ l'étoîk polaire qui le gpnde à tra^rs les siDuosîiés de la roilte, la scieuce de la nature de l'esprit k hii donne avec sa puissance d^exp^nsioo et ses percées dans Vavenir. Il est ainsi un côté contemporain, aussi variable que les faits du jour, aussi fiaga^îe que la minute de l'horloge, qui copstemme^C influe sur son èlre , et sur son organisatioa imprimé en passant ses plus rapides oiidatations; il ne peut donc se réclamer d'aucun principe absolu, qui hit soît propre, et s^attribuer une souveraineté dont il ne doive compte à lu raisofi nationale ; ce n'est jamais lui qui crée k devoir; quand il est sorti de quelque dévelopfiement moral , il le proevulg^ et lé sanctionne- Sa phy**
umoMiCTiDii. 55
siologîe e$t éaiis la loi ^ ett» iteU .p«& dans b seîence; ette t'appiâe aur. la cwrconataMe pour l'aïuankr daw le çôoénd ; die eonnall du temps et de Veapaœ pour ka approprier à l'esprit; a^eeisaîremeiit traB$itoire^ elle ne saurait relever d'uBie imité théeiîque; toute pielitîqua îdé^^ Uatet est inqposaîUe ^
Une adcnûe mt se ocmstruît ^fu^ayec les dbanées de l'observation j et tout élément pur man- <p«e a la phénoménolegie de Te^rit. L'homme a'eal poûat à Tétat d'abatraeticHBi daue le mende : par les lois néeaasaitea qui l'y domkieut et les MUe aeeidois ipû l'y mtodifieuAy le ewpa est veudu muet, ou n'exprime plus les pensées de l'ame fu'aivee ua oi^^anisme fiajissé^ et non seulement Vaetion des fiicultéa est limitée par son însuffisanee, leur développement est empéehé par sa vie indépMdbnte; les beaoina qu'il res-
' Les lois qui s'occapent de ce côté d'une manière plus spéciale dépendent du £sdt sans pouvoir jahiais arriver à une tliéorie ; elles appartiennent trop arbitrairement à Pacddent, pour être recueillies par la science : voilà |K>urqttot nous ne parlons pas des fermes gouvernemeu* taies.
sent, les passions dont il s'émeut , l'engagent constamment dans des particularités qui lui sont propres, et son action sur la raison Tindividualise à son tour. Il faudrait une unité harmonique, où tout ne fût pas opposition, où le développement lui-même ne fôt pas le résultat d'une lutte* Être fini , l'homme n'a rien à affirmer de l'infini ; vivant dans l'espace, il ne peut conclure ailleurs que dans le temps : l'absolu n'appartient qu'à Dieu; c'est en s'élevant à lui , en mon-* tant les degrés de Thistoire, que les idées de la société s'étendent et se généralisent.
Héritier d'une série de traditions, qui Voat marqué à leur empreinte, chaque peuple doit rattacher à l'avenir un côté du passé. En l'appelant à une vie distincte, le Créateur lui omfia une destination spéciale, et, pour que le genre humain s'approche de son idéal, il lui faut réa^ User son idée ; son but demeure caché dans l'avenir, piais il l'atteindra en se laissant aller à ses développemens naturels; c'est la Providence qui disposa son avant-scène et prépara son théâtre; que seulement il ne répudie pas l'héritage de son histoire, qu'il ne transplante point des mœurs
élrangères sur un sol qui ne Ie$ produirait pas. Ici encore se retroure la conclusion que la théorie de TÊtaine peut résulter que des faits , et chacun les juge avec son individualité et ses prérentions. Disséminée partout à la fois , l'observation ne les saisit que sur un point et s'exagère MB importance ; souvent la mauvaise foi ou la l^reté fausse les autres dans une déposition mensongère; toujours l'esprit de parti se les approprie par une représentation passionnée; toute critique est vaine, la vérité se dérobe à sa recherche ; entre les deux côtés du témoignage, le choix serait aveugle s'il n'était fatalement arrêté par les préoccupations politiques'; et d'ailleurs , quelques phénomènes, tronqués de leur influence sur l'ordre universel, isolés des phénomènes opposés qui les neutralisent, n'exprimeraient pas la civilisation nationale; il faut tous les recueillir sans en négliger aucun, les
' L'opinion politique est , ayant tout , l'habitude d'aperceroir les faits sous un aspect systématique , Topinion n'est plus libre ; préoccupe de sa vérité y le jugement que des faits antérieurs avaient motiré , réagit involontairement sur l'appréciation de tous les autres.
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«y)pF^Î^ tous s^ fa siufaû^ q^ en 4#réei«r un ^v\} l'incoinplef e^ encore du f^uq^; |ç ccwplet lui-même, c'eçt unci l^ttr<Q morte.
Les fqits 8pnHl& des h^isfirds 6|:çQ(i^qves ou des manifestations ^i^mfiçs^^ives de La ^çipiété ? L'obsefiratiou ne.k sait pas ; séparer iç fortuit du né^essadire ,■ fiopteç ^e l'accidej^^t a^ géa^l , ^ trouver avec la k)i qui le ré^e Vé^^ humaiu qui le produit; l'intelligence seule en a le pouvoir, et le$ pF^uçâ; de l'opinion l'exploitent (ojiyoui^ à leur profit. Vainera:enl s'étudiera^-on , dans une analyse coASciei;iiCÎeuse, à r^ter de sa raison tout ce qu'il s'y ^t rattaché d'individuel, toutes les acquisitions de sa réflexion, toutes lesalluvions de. sa vie, ce travail impossible n'abouti* raijt qu'à la vide théorie d'un £!tat sans passé', et d'un peuple sans hi^t^Mo^e; j^amais vtie révà^ lutipn ue peut faire une question dp philosophie.
Non cependant que tes sociétés soient subordonnées aux nécessités des choses , et qu'à un fatalisme brutal appartienne tout pouvoir législatif, ce sont les progrès individuels qui réalisent ceux de l'humanité; leur seul élément est dans
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U eMMÎenee» lovr aeai nKiyen doa» la libisurlé , et Vaction poUtîijue est im devoir : la destination de rbqœnie s'aocoanj^t auiai dans la position du citoym*
Le» Iw eiquriment les faits sociaux dont la Fais<UEi générale a promulgué les idées; ks coutumes^ ce «pnt 1^ faits que la tradition peif>éuie; l«ft WiW2r« , çewi ({u^ le temps a généraliséf ; certes la isie de la najtion n est pas là oom-^ plétepfient représentée: leâ&itsdiuourmimquait de l'autorité du passé, Le3 idées ne descendent quç leutemwt dans les masses, et plus lentement enowfi b raison législatrice comprend leur vrai S(^ et les codifie à leur pkce ; mais , chaque fiois que les coutumes contcarient les ioaœurs, l'individu a droit de demander qu'une loi les abçlisse; chaque fois qu^ les mcéurs réprouvent We loif ou insistent pour, passer dans la législation, il peut travailler à les contenter par une réforme, et k thji^ie n'est point obligée d'abandomn^r l'initiative à k forcedes çhtees; toutes les entraves seciaks qui compriment la Hbprté au nom dip passé , éUe <i^it leur opposer le pfiéaent; celles que nécessîient les faits ac-
BUDGET