CHAPITRE PREMIER
9r U Hu\\(»t nati0iiiilr.
Naguère encore , d'imprudens économistes {HTOvoquaient les gouvememens à abdiquer en matière de richesse nationale ; l'État ^ pour eux, c'était la grande raison sociale de toutes les pro-
' Nous ne traitons les questions que sous le point de ?ue philosophique, et une discussion de principes ne sau-< rait se résumer en dépenses directes ; mais leurs conséquences pratiques peuvent seules légitimer le budget.
ductions du pays^ et sa plus noble mission était reinpUe, quand il avait résigné le nH>iide à la liberté de Tindustrie^ et signé une passe a toutes les spéculations du commerce ; ils ne voyaient pas que laisser la place libre à toutes les exertions de la concurrence, c'est proclamer l'omnipotence de la force industrielle, et mettre l'avenir à la, disposition du basard; quand un respect superstitieux pour les droits de l'individu interdit à l'État de s'immiscer par la loi dans l'économie politique , bientôt les collisions brutales des producteurs Pobligent d'y entrer la baïonaette au bout du fusil , et cela ne suffit pas encore : lorsque la concurrence a achevé son œuvre, les capitaux ont chassé le travail humain de la fabrique, la misère fauche de chaque main des rangs complets d'ouvriers , et il lui faut intervenir par la police, ne fût-ce que pouf ftiiré énfever lès câèkvreB.
Il n'a pa^ manqué non phié dé phOmbphëé idéalistes, qui, dans ïèn+ itnjferturhtetMedértaiÉi de la matière , ont, à leur tîour, déftndu k l'État de Sjç ravaler à s'occuper des valeurs ; ils ne . le trouvaient digne de leurs' spéculations qu'à titre de conscience générale du peuple; l'influence des éhoses sût les {Personnes et leur importance
dans la philosophie sociale , ne leur ontpasseu* lement échappé^ ils les ont niées en haussant insolemment les épaules; ils auraient cru faire acte de matérialisme que de se supposer un corps et une intelligence ouverte aux impressions que le monde leur verse par tous les seins ; et cependant l'homme n'existe qu'à la condition d'approprier les choses aux besoins de sa nature; ses premiéi*es idées, ce sont des choses senties et perçues; ses progrés, son aflfranchissement de leurs exigences', et sa réaction avec une puissance plus indépendante et plus absolue ; tous ses développemens rayonnent au dehors, et trouvant pour second, terme une utilité nouvelle, une valeur réelle , qu'il n'avait pas encoi-e appréciée ; la civilisation est la meilleure affî^ire de la société ; elle. produit et consomme tout à la fois, et FÉtat garantira plus sûrement les açcroissemens de la fortune nationale, quand il secondera sans arrière-pensée les vues de la Flrovidence sur l'humanité.
Les soufirances du jour et le souvenir de la veille ne tardent pas à enseigner la prévoyance du lendemain ; il ne faut plus un désir en présence ou l'heure d'un besoin pour créer l'utilité; ce n'est plus seulement une sensation ,
Philosophie du Budget. I. 5
mobile comme eltè ^ comme elle accidetiteHe ^ elfe dévient une qualité indëpendatite et persistante; outre la valeur réelle qui exprime le rapport des choSes^ à Thomme^ il y a une valeur vénale, qui, tout en se réclamant de la première, établit lé rang des choses entre elles, et déter*mine les termes de leur échange *.
Pour servir de base à leur valeur, l'utilité doit être un fkit fiumain , et ne point dépendre des aberrations d'un caprice individuel, ou des aveuglemehs d'tih hasard ; nul ne consentiirait à se dessaisir d^uné utilité réelle pour Tamour d'une superflmté, sans importance et sans profit; si la valeur proposée était univer^dletadêvit répandue^ ici et là, à portée de la niàinde tous, on se reftiserait à donner, en retour, uAe auti^e valeur quelconque; ce ne serait plus uù échange, puisqu'on ne recevrait rien qu'on ne pût avoir déjà à sa guise; le marché «erait entaché dé duH perîe, ou couvrirait une munificence. Deux valeurs en équation et un troc constituent setds un échange; ainsi toutes les utilités n*y peuvent donner occasion ; il en est de si étroitement
' La ihéorie de la valeur de M. Say est tombée dans une confusion étrange : l'utilité est personnelle et la valeur réelle.
EGOndMIQUB». 67
personnelles^ qu'on ne saurait les passer à Tordre d'aucun autre^ elles^sont incotaimunicables, et le pouvoir de les transmettre ne suffit pas encore^ il n'appartient qu'au droit de les concëdi^ lëgitimemmit; des utilités générales, rares , transmissibles et appropriées sont donc seules des valeurs commerciales^ seules, elles ont un prix ; l'homme crée les utilités^ le propriétaire en fait des valeurs, et le droit naturel précède l'économie politique ^ ; partout les choses reviens nent chercher les idéeS) et se ranger sous leurs lois ; leur consacrer une science à part , c'est vouloir ordonner le chaos avant que la parole divine y ait allumé la lumière.
Quoique le prix semble arbitrairement débattu entre l'acheteur et le vendeur, un de ses élémens domine leurs conventions, et l'offre et la demande sont elles-mêmes déterminées par des conditions qui appartiennent à la science encore plus qu'aux circonstances *.
' Nous entMidotu ]Mxrdrok natHid ktcieBce pliîk>» •ophi<pie du juste ( on voit par qpidle bîiuve. incodsé* (jneoce, o& Téclame contra la propriété au nom de TécoiHMKie politique.
3 Si la pensée se renferknaitdans le piéseùt, le besoin seul affectersU la demande , et la réglevaic sur son in«-
. Chaque utilité représente sur le marché le capital quelle a coûté et le salaire du travail
tensité, ou, ceqai revient au même, le lendemain, sur son extension y car ce sont les besoins qui se font obstacle qu'on ne peut satisfaire , et qui deviennent intenses \ mais la prévoyance éveillée , d'autres considérations nio* diiient les prix ': ce n'est plus seulement l'utilité actuelle que l'on achète , c'est l'utilité probable , et la multiplicité de l'usage est une nouvelle cause de valeur ; sa spécialité absolue l'augmente aussi , parce qu^en sa présence le besoin ne se donne pas le temps de marchander; puis enfin, une dernière qualité provoque la demande, c'est la durée, la continuité du service et la patience à l'attendra sans déchet. Ge ne sont pas seulement les pix>priétés de la chose qui font son prix , souvent les circonstances i'eixagèrent : qu'un déficit réduise l'offre tout à coup , la panique s'empare de la demande , ce n'est pas le besoin actuel qui lè règle, mais la prévoyance de tous les besoins à venir que la crainte grandit encore , et le prix s'élève dans une disproportion adbitraireet fieintasque. Ces conditions diverses de la demande, qui se heurtent et se neutralisent , ne font pas encore Je prix ; c'est l'é^ change qui le détermine, la valeur en équation que les mêmes raisons ont influencée ; i) se règle donc aussi sur l'exigence des autres utilités, le rapport dans lequel elles contractent ensemble ; et la part de chaque espèce de yaleur, dans la richesse totale du pays, influe nécessairement sur sa fixatioft, les plus répandues sont dépré^ ciées relativement aux autres; si la monnaie qui s'entre-
qui Ta produite; si la représentation a^étiit pas complète^ le capital et le travail^ indifféreM à toute autre considëratioii que le profit ^ émigi^ raient aussitôt de leur bnmche d'industrie; il y a donc normalement un minimum que l'offre ne saurait réduire, et cet élément, qui prime l'homme et Tasservit à Poigence des dioses , c'est affaire à la civilisation, sinon à le rayer des tarifs de l'économie politique , du moins à res* serrer de jour en jour son importance, et cha* que progrés qu'elle amène à l'industrie y réussit en économisant sur les frais, et en rendant la main-d'œuvre plus féconde»
La production augmente la quantité de$ valeurs, < mais souvent sans en élever la somme; les utilités trop multipliées se démonétisent et
met entre toutes , peut, jusqu'à un certain point j inas^ qner cette influence , elle ne sauridt la détruire. Lorsqu'un peuple n'est pas isolé des autres, au milieu des mers ou dessables, dès qu'il n'est plus assez sauvage pour repousser ses voisins le fer à la main, ni asses bizarrement civilisé pour se mettre sous le scellé de la douane, il commerce à l'extérieur; quelques uns de ses produits sont plus recherchés , mieux payés que les autres, et leur plus haute valeur réagit en deçà de la frontière ; la spéculation s'en charge.
70 DéPEI«8B&
«ûftebt du cours, il leur faut un besoin qui les frafppe à son titre » et le besoin leur cpanque; ^les ae précipitent en foule à sa recherche, et s'cffireot au rsdbaîs les unes des autres». li'Éta,t n'est piM* quitte de sa tâche pour ay^ assuré à la production ses deux preo^ières i^^o^tés^ l'ordre,, qui lui inspire la confiance de se mettre à l'e^uvre^ et la liberté, qui lui donne la force de le pouvoir ; il doit encore tenir les débpuchés saiks cesse ouyerts, que les produits non oon* siommés n'encombrent pas le marché, et ne HuteniUsent point aux prodiûts nouveaux.
Ce n'est donc pas seulem^U parce quékt Oon^ soBunàtioU augmente la qualité de» valeurs, que rÊ|;at doit l'activer de tous ses efforts; siins elle, la production serait un fléau qui condamnerait les nations à périr du supplice de Tantale, elle garde l'industrie de ses propres excès, et cela ne lui suffit pas de sauver le présent de la pléthore qui le ronge, ses bienfaits rejaillissent jusqise sur l'avenir, ses demandes sont renceursgement le plus irrésistible au progrès ; il est une vérité impopulaire, qu'on ne doit pas craindre d'écrire en regard des utopies de gouvernement à bon marché : l'économie des peuples les ruine; si la demande a quelque autorité sur les prix , si
ËCONQMIQIi^BS. 7 1
les valeurs soni avant tout des utilités, c'est le peuple qui côn^mme^ qui est heureux ; cçlui qui CQUSOUUBe , qui est riche.
Aiasi la eiviUsatiou découvre de nouvelles valeurs^ la produotiou lea multiplie, et la consommation les utilise ; mil auire nioyea d'accr(^tre la richesse nationale.
Ce n'est pas cependaiit que les économisles aient borné là leuni découvertes : de ce que l'é* pargne augm^oite les fortunes particulières , ils ont conclu que tdle est aussi la source de la ridbesae nationale ; leur paralogisme n'a pas hésité un instant à donna* pour cause à la prospérité générale TégcâMne le plua individuel S comme si résonomie sur la oonaomimation n'était pas né* cessairement supfportée par la produotioin , corn-
' Bien que la ridbesse nationate soit la masçe des valeurs répandues dans le pays , die n*augniente pas de toutesles augmentations des richesses paiticulières; ce sont sourentles résultats d\in simple d^lacement , une distribution nouvelle âes Valeurs andcuues ; d'aitteursles écononues stir H oonsottunation affluent dwu la productioB, et aloirs, les debo^cl^ dmaou^ent en raison, directe de Faugmentation des produits, le profit décroît, et ayec lui la richesse nationale ; ou elles ne s'y engagent pas , et la consommation se resserre , sans que la production s'ctende.
^Ol bépenses
me si le prix se tenait indépendant de la demande^ et la valeur de l'utilité ; ils ont désappris leurs premiers-rudimens^ et n'ont pas même retenu que la production ne vaut que sur le marché , et qu'il faut un consommateur pour en faire de la richesse; m^is la question est trop grave^ par ses conséquences , pour ne pas exiger des faits un compte sévère de ce qu'ils semblent déposer de contradictoire au bon sens de la science , il n'y va de rien moins que d'une révolution cmnpléte dans la philosophie du budget.
L'histoire nous montre ^ à la vérité , des peu* pies, qui se sont enrichis avec les produits qu'ils ne consommaient pcnnt ; mais, puisque les choses ne deviennent des valeurs que par leur utilité^ il. Se trouvait toujours auprès quelque nation étrangère, dont la production faisait déficit à la demande; dé pareils peuples sont essentiellement marchands; ils, ne sont pas dans la condition générale de l'humanité ^ il leur faut une position géographique spéciale, une civilisation industrielle, des voisins inférieurs et pourtant riches, des esclaves commerciaux , et encore est-ce im étal trop exceptionnel pour durer de longues années.
Le paiement ne s'escomptera point en pro-
ÉCONOMIQUES. y5
duitây la consominatioii n'en veut pas, le retour sera nécessairement en numéraire, et chaque transaction , en affectant le capital du pays exploité > le rendra plus impuissant à subvenir aux exigences des importations; bienlôt, à leur tour, les producteurs recevront la loi^ et devront diminuer des prix que, chaque jour, de. nouvelles nécessités les forceront de réduire encore.
La fatalité de la décadence ne vient pas même de cette seule cause : le capital du peuple, à production prédominante, augmente à mesure que les débouchés se ferment, et que les acheteurs se retirent; il s'engoufire, sans avenir, .^ans toutes les avenues de l'industrie ; les produits s'accumulent dans la fabrique, et ne parviennent sur le marché que pour y dépérir; l'encombre* ment stérilise la main--d'œuvre, toutes les viileurs sont dépréciées , le commerce fait faillite , les mains pleines, et la crise ne s'arrête qu'après que l'excès du numéraire a vidé le pays, v
D'ailleurs, cet accroissemait temporaii^ de fortune ne peut avoir lieu que là où la richesse nationale veut compter à part de la richesse gé* nérale ; il faut que chaque pays s'isole dans des intérêts, au moins différons, quand ils ne sont pas immédiatement hostiles, et la morale n'ab-
74 DÉPBlfSES
sout pas plus Tégoisme 4e$ masses que celui des individus^ non ptus la violence de l'or, que celle du fer ^ de pareils accidens sont trop contraires aux destinées du genre humain , et tro^ éçbé^ mères dans son histoire, pour qu'une science puisse les |;iénàradi8^ en neconnaissant leurs résuhats. ^ .
L'État s'acquitte envers l'économie politique en dévebppant l'intelligence , mais la civîlisation ne ^ pose point dans un &it absolu, accessible par une seule route , et fiitalraienif; composé d'élémens invariables; il travaille à son anvre par des moyens diffiérens , appropriés aux résitoncea i^'il trouva à vaincre, et aux ràsul-r tats intermédiaires qu'il hii fietut obleair ; l'influence médiate qu'exettsent les choses sur les destinées de la nation ne Im reste jamais indif*fépentB ; ici , elles entraveraient le progrés par des exigehoGS sans nécessité , et il les salifie impitoyablement aux idées; ailleurs, quand eltea manquent anx besoins naturels^ ou ne suffisent pas à tous les développement de l'esprit, il se préoccupe de leurs acçroisscsnens, et là ou leur déficit se fait plus impérieusement sentir, il leUr consacre une plus large part de son action et de sa puissance.
ÉcimôMfQUEâ. 75
Dans la fortune de chaque jour, il prëpave la fortone du lendemain, et s'intéreete moins aux vaknrs fugitiTte qu'aux ntflités solides , qui pei^ estent saolsddobet dans Tatleiite du donsommaleur ; il en est qui ont atlcîot lenrdernier terme, nul tnarrail be peoé désormais iea accroître; d'antres se prétapt encore à toutes ks boniiioadons de l'industrie, et leur pmilége à sa proteotion ne se limite que par l'insuifisanoe des bras et l'étendue de tenr emploi.
L'offirene setTMYe pas naturellement en préseniee de b demlÉnde, la Milité de tetair reneen* tre importe donc aussi à l'Élait, et il agnukKt le mardié p«r la moUlisatîoa des takiirs; une eoncurrence pins assurée élére leurs prix , et la ra^dité de la cireulation au^ente lemrs Uen*faits; en revenant plus tite afimenter le 06mmerce et vivifier l'industrie, les mêmes forces multiplient leurs résultais ^
La répartition des richesses influe aussi sur leur action ; leur a£i»oissenicnt et leur déorois-
' Ainsi y le système commercial, avec sa balance et ses retours en numéraire , tout £biux qu'il fut dans son principe et ses cotttéywnccs, n'^ ëtsk pas moins paisti d'un point vrai, dont on ne lui a pas suffisaramcot tenu compte.
76 DBtnSlfSBS
sance dépendent de leur application aux besoins et aux ressourœadu pays ; d'ailleurs ^ l'État ne leur reconnait jamais une importance indépendante^ et 9011 but prime ses moyens; tout se ré* suine^ en dernier tenue j à les ordonner dans le rapport le plus favorable aux individus y non pa» dan^ une égalité judaïque qui déprimerait la nation sous le niveau de sa dernière elasse, mais dans la distribution qui sollicite fe plus de tva* vail, et obtient le plus de progrès.
Si son influence sur la production des richesses n'était pas assez puissante pour les maintenir en balance avec les nécessités et lés développCTiens de la population, il lui faudrait s'efforcer de la retenir dans des limites proportionnées à son capital; la théorie qui affirme qu'en s'abandonnânt à ses tendances naturelles , elle dépasserait fatalement ses^ moyens de* subsistance, exercerait donc une action trop dominante sur la politique des sociétés, pour ne pas discuter sévèrement ses basess * .
D'abord, nulle donnée n'autorise à fixer un terme à la production j la fertilité de la terre
* C'est en 1798 que Malthus publia sa théorie sous le titre d'^^wa/ on ihe Prihciplesof Population; l'édition définitive parut en 1807.
n'a point rë^é^s bornes^ et, chaque jour, une agriculture {^us savante, de nouveaux végétaux, conquis sur des climats étrangers, ou appropriés à la subsistance, peuvent encore les. étendre ^; jusqu'ici on a délaissé les produits de la mer au hasard qui daigne en prendre spin , sans inéme snfiBsamment protéger l'avenir contre l'égoîsmc et l'inciu^ie du présent ^, et les découvertes de la chimie sauront extraire des sucs alimentaires de substances qui ne semblent pas nutritives '•
' L'inflaence de la* pomme de terre sur les moyens de rabâstance est si puissante que M. M'CuUoch en a fait le iujet d'une dîa^eitation expresse , et peut-être ractîon du mais obtiendra-t-elle des résultats encore plus importais.
* Les Romains avaient cependant des viviers où ils se livraient à l'éducation des poissons, et les Chinois trouvent des ressources immenses^ns ceux qu'ils élèvent ardficiellement dans leurs étangs.
' On en, a d^à extrait du sucre ^ de Talcool , du vinaigre ; divers essais de panification paraisseï^ à la veille de réussir (pour la paille, par exemple), et si Ton s^est d'abord , trop vite empressé de préeoniser la gélatine , peouètre n'est-elle pas aussi dénuée de prindpes nutri- 6b f que l'on s'eflTorce maintenant de lé fiûre croire. Une nmple observation suffirait pour convaincre d'enreur la théorie de Maltbus; lofsquelaterreétait vierge et vacant^, le dévdoppement de sa production ne pouvait suivre la
78 DBPMSES
Sans doute des lois constantes président aux progrès de l'humanité , mais elle ne marche point d'un seul pas, satisfaisant à la fois toutes ses tendsufices^ et gardant en ligne toutes ses puissances, chacune prend la tête à son tour, et l'histoire de la production des moyens de subsistance ne saurait légitimer les préyisiotis de l'avenir ; jamais , d'ailleurs y les faits n'exf^iment lès lois naturelles du genre humain; mille accidens divers se mêlent à leur action et les neutralisent; l'industrie est opprijjnée par des réglemens malfaisans y. l'agriculture se débat dans des liens dont la chargent une législation inepte et des impôts plus étouflans encore. Il n'est qu'un système bien étourdiment> hardi qui, de l'homme comprimé dans des entraves factices, conclue à l'humanité se développant dans toute la liberté de sa nature.
De leur c6té aussi, les résultats, dont on induit les teadance» de la popubtion et sa loi de
même loi qu'à cette heure qu'elle est occupée ^t ^ûff»é^ ^ la culture ; la sufasiatauce n'a d'aill^unr luicuQ. ^ens absdiu y c'est uu mot élastique , qui se prête à to«i|^ ks nouvelles exigences de ladvilisatiou ; les pôacc^d'auAre^ fois ne vivaient pas aussi confortablement que Ite j^ndé* taires d'aujourd'hui.
ÉCONOMIQUBS. 79
croissance, sont saisis au miliiau de circoiiMattces passagères y «pii avaient modifié ses disfiositions natoreUes^; jamais ils ne sont pureita^ait huinains-> ils appartieniient à une firaction partieu^ Uére de l'htimanitë, soumise à des influences spéciales, et on ne saurait supposer qu'après la réforme de leurs causes, ils persistassent à se reproduire dans d'inTmaUes effets '• La îùve6 des dioses n'est ps» seule à &UMer les conclu-sions, les renseignemens dont elles s'appuient sont incomplets et défigurés par le mè
' Le dîmat , les T^tés de rate, là, nourritute du pays , W mœurs iiati3Tiales , les faahîtiides sociales , Fétendae du capital et sa distribution , la focilité des sub« sistances y etc., exercent une influence inappréciable en chîJQBres ; la l^islation s'y joint aussi par des primes d'excitation sous toutes les formes, des pensions et des privilèges aux pères de nombreuses familles , des exemptions de charges publiques aux hommes mariés , des impôts qui frappentles célibataires, les lots des pauvres, lès faèp^ taux d'enÇeuns trouvés , etc.
*M. Quételet, professeur de mathématiques à l'Uni-» versité de Bruxelles, n'en a pas moins déclaré au congrès d'Edimbourg cpi'il allait publier un ouvrage , où il exprimerait la théorie de la populationpar des formules matbématicpies ,à peu près semblables à celles qui expriment les mouvemens des planètes.
8o DEPENSES
les regiMres de naissance se régularisent et se perfectionnent y Vexistence de. plus d'enfans est constatée', et les tables présentent l'apparence trompeuse d'un accroissement de population ^ Le chlfiré des mariages ne se prête^ pas à une induction plus rationnelle; les progrés de 1^. civilisation influent sur leur fécondité, et il faudrait encore s^assurer que la différence ne résulte pas d^une amélioration dans la morale publique; peut-être lesenfans légitimes auraient-ils supprimé les autres.
L'exactitude numérique d'un dénombrement général et simultané ne suffirait même pas pour autoriser une présomption décisive; il devrait tenir compte des étrangers naturalisés, les suivre dans leurs générations successives, constater le nombre et la famille des indigènes, que le besoin ou le bàsard aurait engagés à changer de patrie, sinon, comme les £tats ne s'occupent de statistique que parvenus à un degré de développement
f U a été dit au congrès scientifique d'Édimbotuig , le 10 septembre 1834 j que sur 6,397 en&ns, il n'y en avait encore maintenant qu^ 3,225 dont la naissance fut constatée sur les registres. Ce fait ne peut éti*e compensé par un fait analogue dans les registres des décès ; une plus grande importance sociale rend la mort beaucoup plus notoire que la naissance.
BGOlfOMIQIJttS. 8t
qui offire pins de chances de travail et de for-^ tiine f tout se réunirait pour eugéf^r raccroissèment des populations civilisëes.
lA)in de réduire les moyens de snbaistanee, tout progrès tend nécessairement à améliorer leur rapportant besoins naturels; exposée à knoins de dangers et de privations, la vie se fortifie et se prolonge, les travaux de l*age mûr compensent plus abondamment les années inq>roductîves de Tenfance S et, tandis qu'un développement non^ veau de la production fraie la route à une dé^ couverte nouvelle , chaque accroissement de la
' D'aptes Tu^iuiSaïu^da aS octobre 1834» dans ane période de 80 ans , la mortalité aurait, diminué à Paris de près d'un tiers ; en 1 78 ans , à Londres , d'un peu plus de la moitié ; à Berlin , en 7a ans , presque d'un quart ; à Genève, en 261 ans, des 3/5; àRome, en 63 ans,dW ▼iron 1/2; à- Amsterdam , en 64 ans, de 1/6; à Cam* bridge, en 10 ans, des 2/5; à Morfolk, en 10 ans, de i/5i à Manchester, en 64 ans , des 3/5; à Birmingham , en 10 ans, des a/5; à Liverpool, en 38 ans, de t/»;à Fortsmouth, en 1 1 ans, de plusd'un tiers ; à Pétersbourg, en 4o an^ , de près des a/3; àVienney en 80 ans , de i/4; à Stockholm, en 67 ans, de plus d'un tiers; mais 0 £iut reconnaître que l'amélioration locale des lois de police , et la prévention des accidens , des épidémies, etc.,' auraient obtenu en très grande partie ce résultat. Une te»- Phtlosophie du Budget. S
8a . 9ÉF&N»£3
poptilatîoQ resserre âes tWlA9C^ à #'accn)Uiie/. Dam lea ttiups barlw^reiS, où h société ^ l'ordre^ le travail, La lortiuie, où tout, reposait wv la ÎÇiVce, r^u^tioa a^ii^ait à mettre le corps 411 niveau de sa tàebe, et reKeroii»^ a^lueratt l'œuvre de r^dueaUon ; ala?6 ^ faculté de luul^ tipUcatiOii acquérait^ cquiiiie <QUtQ$ l^^ «ptr^a , $a plus li^ute puissance, et la ciTiti^ïttian , a^^ aa vie aasise, ^qn éducation l^\émtt, s4u iur* dttstrie iuteUigAate,. U diminue chaque jour^ i^, loin de lui redonner un ressort factice^ les eiici* lations.du déair^ éveillé aux plaisirs d^ l'^espirit , se détournent dédaigneusement de ses voluptés grossières ; le désir et la faculté décroissent tous deux à la fois. Une raison plus fbrte résiste à l'entraînement des passions et les prévient ; plus intelligente, elle prévoit plus froidement les suites des plaiisirs, et s'en effraie davantage j ce n'est plus au nécessaire animal que l'on rar-
dance contraire semble exister en Améiiqiie ; la mortalité, qui, en i8i 3, n'était à Boston que de 2 suit 100 habitaiis, s'éleva, en. iSsmi, à' 2 i/io, en i83o, à d 2/10 et en ifi33, à sS/io; c'est ane.nouyéUe preuve de la. vanité des raisonDemens basés sur la statistique» .
' La nécessîlé de la prudenee dans les marii^as se^ faÂt plus vivement sentir.
ÉGCtflOMiQVES. Ô3
vale 86$ préteBtîoiift, on caainl de ae riaquer à un avenir de privations, on ambîtionne une position plus élevée^ des jouissances plus éleUr dues^ un superflu de bien-être , et les unions , plus tardives^ se gardent d'une fécondité mandîte, qui les rejetterait dans la misère ".
De graves publicistes n'ont point trouvé à ces motifs le crédit de rassurer leurs inquiétudes ^ ; elles ne se calmeraient qu'avec des moyens impossibles et honteux ' ; il faudrait au moins laisr
' A Paris , dans les quartiers les plus abés , les naissances ne sont que de i/32 de la population et s*élèvent, dans les autres , à 1/26. Statistique de la Civilisation eu-' ropéenne , -par M. Schôn,p. n.
* Déjà en Amérique, malgré les vastes contrées inhabitées deJ'Ouest , on trouve des économistes convaincus de la nécessité de limiter la population. {Eléments of médical Jurisprudence , by Th. Rom. Beck , t. l , ch. Infanticide,) Les idées de Malthus sur la population , n'ont cependant pas manqué d'adversaires zélés ; nous citerons entre autres Gray, Lowe , WeyIand,Graham, Purwes, Godwin, Everett, Sadier, Quarterljr Ret/iew^ passim; Say, Reviie encyclopédique, xxn, p. 18; Bidau, etc. La crainte de la surpopulation était si répandue en Islande , dès le neuvième siècle , que le code des Gragas pennettait de châtrer les mendians et les vagabonds.
* Nous entendons particulièrement le plan d'infîbulation , que Weinhold a développé dans les ouvrages sui-
ser répidémie faire de la place dans les pôptl-' lations'y et conkprimer les mariages par une législation sévère^!
vans : Von der Uebejvolkerung in SfittetzEuropa und deren Folgen ouf die Stcuiien und deren Citfilisation; Von der nberwiegenden Reproduction des Menschenscapitals gegen das Betriehscapitals und die Arbeit ; Ueber dos menschliche Etend , welches durch den Misbrauùh der Zêugung hervorgebracht wird y Ueber die Population und die Industrie ; voir aussi Mill , Eléments ofpolitical Economy, pp. 5o, 67, 58, 67 ; Supplément to the ^th, and Sth edit, of the Encyclopœdia Britannica , art. Banks for Satfings , p. 93 , Beffgar, p. 2^6 ; Colonjr, p. 261 .
' Malthus publia, en 1808, une brochure intitulée : Serious Reasonsfor uniformXy opposiiig vaccination; c'est probablement pour le rstssurer, que M. Duchâtel a dit, dans son ouvragé sur la Charité : Parmi les finiits de la vaccine, on ne saurait compter un accroissement de population.
* Entre autres y M. de Sismondi , Nout^eaux Principes d'Économie politique ,\iy, 7, ch. ix; Ortès , dans ses RifUssioni sulla Popoïazione, n'a pas craint de demander que la loi interdise le mariage à la moitié d'une population , arrivée à un accroissement dangereux ; dans plusieurs villes d'Allemagne , on refuse aux pauvres le droit de bourgeoisie , afin de rendre leurs mariages plus difficiles ( Der Armen Colibat, von Gerber) ; en Autriche, aucun ouvrier ne peut se marier, s'il ne sait lire et compter
ÉGONOlfIQCJBS. 85
Dans leurs terreurs matérialistes ^ ils ue se préoccupent que du croit des enfans^ sans s'in* ' quiéter autrement si la. moralité et la civilisa-^ tion ne sont point engagées dans la question;
(De rÉdu€ation publique , par M. Naville ^ note A , page 24^) > en 1^27, on est allé jusqu'à ëmettre le désir que les fiUeSy qui n'auraient pas de dot , ne pussent plus s'établir ; le petit Conseil de Thurgovie a proposé au grand Conseil d'empêcher de se marier le» personnes qaà n'auiaîent pas le goût du travail , une bonne conduite, et ne justifieraient pas d'une fortune de 3oo fi. » y compris la dot (Journal de Genève, dlé da^le Constitutionnel àa 3o juin i833); la Chambre des Etats de Wurtemberg a décidé y dans sa séance du i4 mars i833 , qu'une adresse serait présentée au Roi, pour le prier de proposer une loi contre le mariage des pauvres, et le principe restrictif est déjà introduit dans la législation du royaume de Bavière. La. trop grande fréquence du mariage tiendrait cependant à l'oinanisation actuelle du travail ; les ouvriers, empres^ ses de se mettre à leur compile , sont forcés de se marier pour avoir une fenune qui tienne' leur ménage; ce n'est point le résultat d'une tendance naturelle, mais la conséquence nécessaire d'un &it social, qu'on ne peut eui'pécher par voie législative ; il faut l'atteindre dans son principe et réformer l'industrie elle-même ; alors les ouvriers pourront respecter plus long-temps lés Uehs de la faimille, et se mettre en pension, ou s'associer pour une vie commune.
86 DBPEPrsfis '
et rhomme |ie s'éléTe à une vie plus haute que par l'amour ; ce A'est pad encoi^ Tabnégation du moi y c'est ^^ eicteDsitm et son dédouble^ Diettt dans une vie commune; plqs tard, l'assi-milatiou des autres à soi-même s'accomplira par une bienveillance désintéressée , ' et le devoir étouffera l'égoïsme dans sa dernière retraite ; mais la sensibilité est trop despotique pour se laisser ainsi d'abord sacnfier à-Mue idée : si la famille parvient à l'élargir par la reccuuudasaiice d'anciens services et l'espoir de nouveaux bien>faits, leur puissance s'eflace bientôt, quand nul intérêt né la ravive, et Thomme, ' saisi de toute sa force, se complaît dans le sentiment de son indépendance; pour compléter son devoir d'aimer, il faut le réaliser dans l'amour conjugal \ et le perpétuer dans l'amour patemeL Celle iniCi«tion de l'ame i Tintelligence des beautés de la nature, si nécessaire pour s'harmoniser avec elle , cette révélation intime de ses rapports
' Parce que la sensibilité y est plas directement ii^évessée , et que tous ces fa'ux-semblans de mariage , qui le parodient, ne lui permettent pas de se développer , préoccupé que l'on est nécessairement de leur caractère bâtard et de la dégradation sociale dont ils flétrissent l'objet de son amour.
ftv«e Dieu ei.Vïmm^mié^ rhenuiie.grossierjie l'acqueiTa pa» daiàs fat oonlempiatioii esthétâque^ toute sa poésie est dans ramour) ses faien&ir santeer influenods^ la loi prohîintiv^ du mariage les supprâne^ sans ffiéme atH^ndre son but ani* mal^ elle frappe, à côté éa fait mlénie), sur la soudie de la diiUsatidii : les tèmààtMO» à^oi elle ferme leur yoie légitimer satisfiont dans le libertinage ^ et des enfans natureb , sans patrir* moine , sans ^«cation et sans amour, en rem^^ plaoetit d'autres^^i auraient gralidl, aoAs Tac* tioQ'de la ftiiitf)He t% la pi^otectinn des bonnes mcendl^sf; le pmgné» de moins et la dépravation de pkis^ voila s^n bilan ^
{ja distribution des forttme^, et la proportion its olaises diverses domiaent >in>p puissamment la marcàe des sodétéB, po«r (}ue ies^ lois ré^ presMves de la population Hssti^igQent uiMfor-r méÉQient pattonc la même oaté^oria de oitoyensi leur application déferait ^éclairer eu r^ spë^ eial dé diaqne pmple dstps rhamânitié, et de son rapport à sa pesitienadileHe; l'itaelligenof com^lèle idn préseM ne suffirait * même pas
' Nous n'insistons pas sur tout ce que les mauvaises mœurs ont de dépensier et d'improductif, par leurs habitudes de paresse et de honteux excès.
88 *DBnN&B8
encore , sans une divination positive de l'ave^ nir, car ce n'^tpas au jour de leur célébration que les mariages, affectent la condition des États. Le fait statistique de la population n'a, d'ail** leurs, de valeur que par les obstacles qu'il apporte à raocomplissement des devoirs; la nai^ sance matérielle importe donc moins que l'éducation morale ; la di£Gérence des fortunes ne justifierait pas les préférences de la société; il lui faudrait distinguer les meilleurs pères de fa* mille dans la foule des célibataires , et les investir par privilège de la magistrature paternelle. Le système de Malthus Couvre une accusation impie contre la ProYidencé : les tendances de l'humanité ne la conduisent point à la dégradation ; la chair n'est point destinée à dominer l'esprit, c'est à lui de saisir l'empire et de mener l'histoire;, la volonté de Dieu est la seule fatalité humaine, son but, le seul où gravitent les ten* dances naturelles ; pour y atteindre, l'homme n'a point à invoquer les fléaux que suscitent lès passions , qui l'ont emporté trop loia de sa voie, c'est assez de son dévoir et desbn indépendance.
ÉGONOiflQURS. 89