‹ Philosophie du budgetChapitre 26 sur 50 · CHEZ HEIDELOFF ET CAMPÉ, LIBRAIRES · texte numérisé non relu

CHEZ HEIDELOFF ET CAMPÉ, LIBRAIRES

Rne ViTienne , n*18.

DÉPENSES MORALES

chapitb;e premier.

IPia Cansfd tut la Crimtitalttf.

Les actes extérieurs reçoivent leur importance morale de Fagent qui les réalise dans le monde: c'est sa liberté qui leur donne un sens et une valeur, c^est sa conscience de leur, mal qui les criminalise ; mais leur influence sur la société résulte du seul fait de sa perturbation * , sans que

' Noos ne parlons que de Taction directe : car la moralité de l'acte n'en garde pas moins toujoors une hante Philosopliie du Budget, n* 1

les motifs de la coDscience soient pris en aucune considération , et les excusesde la liberté admises autrement qu^à titre de circonstances atténuantes. Les rapports des citoyens sont faussés , leurs développemens sont comprimés , la nation est retardée dans le mouvement d^expansion qui remporte à une civilisation moins incomplète ; et ce nVst pas seulement par .des obstacles indirects que le désordre contrarie ses progrès : TÉtat est obligé de lui donner une place dans sa synthèse de tous les faits du pays. C^est donc une nécessité, non de le combattre dans chacun de ses symptômes , non de le réparer dans chacune de ses conséquences (ce serait intervenir après le mal social , au lieu de le prévenir , refuser à la moralisation individuelle le concours de la raison publique , et Fabandonner sans appui à tous les caprices de la passion et à toutes les aberrations de rintelligence) , mais d'^arrêter ses effets dans son principe , et d^opposer à ses causes, quelques motifs plus puissans qui les neutralisent.;

L^homme était donné avec les défaillances de

infloeDce , puisque les progrès de la sociëtë ne s'obtiennent que par les développemens incKvIduels de ses membres.

son pouvoir moral , arec sa volonté ouverte à toutes les sollicitations des sens et à toutes les influences du dehors ; les publidstes ne Pont point interrogé ; ils n^ont pas cherché à déduire scientifiquement les causes de la criminalité de sa nature et des accidens historiques au milieu desquels il se meut ; ils ont prétendu les induire logiquement de la statistique criminelle comparée.

Vainement le juge a résumé les données morales du crime dans la quotité de sa peine ; on scinde le fait brut de la condamnation qui Tap^ précie ; on Fisole des dépositions qui Texpliquent ^ des causes qui Pont provoqué y et , cependant , elles peuvent surgir spontanément d'une conscience dépravée , ou se développer sous Tinfluence d^uue instigation étrangère, d^un ordre respecté, parfois même sous la terreur d^une menace ^ Tantôt c'est un hasard instanta^ né , un mouvement irréfléchi , qui Tout subitement improvisé i tantôt, longuement mûri dans la volonté, de froides méditations ont préparé ses moyens d**exécution : il n^importe à la sta-

' Dans le cas où la liberté ne serait pas asses complu lenent iaspendae pour que toate responsabiUtë périsse.

tistique. Que le crime ait prétendu satisfaire à une des nécessités de rorganisme , ou assouvir un appétit désordonné de plaisirs ; quMl prenne sa source dans Texaltation dHin sentiment légitime , dans la folie d^nae de ces passions qui dominent la volonté, et sous leur main de fer étouffent ijusqu^au murmure de la conscience * , ou dans une perversité systématique , qui ne demande au mal d^autre récompense que son spectacle et sa jouissance; la statistiques^ déclare indifférente. Elle ne s^inquiète pas si le coupable était en pleine possession de sa liberté ' ;

' La nature des motifs sensibles qui dominent les exigences de la raison fcarnit des renseignemens stir la criminalité , qu'on n'apprécie pas assez. On a , en Allemagne , senti l'importance de cette considération ; et comme c'est une matière bien pea connue chez nous , nous indiquerons Maas , Ueber dû Leidênschaflen , Th. i; von Lenhoffeck , Darsteltung des mênschtichen Gêm&ths ; Oerstedf Gnindregelfiy S. aSa, u. foi. , et Pràfung du Baiêr. Entw. S. io5 , u. fol. C'est à tort cependant qn'<m accorderait une aveugle créance aux excuses morales des passions: il en est de grossières qui rabaissent Tbomme bien au-dessous du criminel cédant à des tentations subites ; elles, créent un penchant persistant , et , pour ainsi parler , naturel.

' Nous croyons devoir citer sur ce sujet une disserta*

MOBALES* 9

si rivresse^ ou la colère, cette autre ivresse plus stupide encore» ne l'avait point suqpendue ; si Topinion publique ne Pavait point abusée ^ ; $i quelque infirmité de la nature >, quelque égare-

tion de Weber : Van der FreUmi deê ïVilUm und étr davon abhàngenden Zitrechnungm^ a. s. w» /V. ArM» dê$ (7. /l. X.S. 43o, a. folg.

' La conception da devoir est progressive , ainsi que les autres idées de rhumanilé. Long-teoips la religion prescrivit des sacrifices humains : plnsiears peuplades sauvages gardent comme un témoignage de piété filiale l'usage de sauver par le meurtre, leurs parens des in-> commodités de la vieillesse , et chez les nattons les plus civilisées ]a nécessité morale du duel est encore généralement reconnue.

' La minorité , la faiblesse naturelle de rintdligence , son trouble maladif, etc. Il nous semble que dans la question juridique de la monomanîe on a souvent attaché trop d'importance à l'organisme , et pas asses à la personne. Le désordi-e des organes de la pensée ne la trouble point dans son essence; l'erreur est dans ses jugemens, et non dans les matériaux que lui fonmissent les sens; l'abenration de la pensée ne peutrâider dans un oi^ane dépourvu de pensée. Les monomanies , à leur origine , sont toujours volontaires ; l'idée fixe qui suspend la liberté, et s'approprie la personnalité avec toute sa puissance , s'est d'abord présentée faible et honteuse; c'est après que la volonté a long-temps oon-

iO BEPENSBIS

méat de Pintelligeiice, ne Tavaient point avetl^ glée ' . La connaissance de tons les antécédens dn dâit ne suffirait cependant pas encore pour son appréciation : son véritable caractère ne se révèle

senti à reconnaitre sa domination qn'elle devient un pencbairt: qui finit par usurper Tautorîtë d'une passion aveugle et atteindre l'irrésistible énergie d'une fktalitë. L'acte n'est plus aussi criminel , bien que l'agent soit virtuellement plus coupable. Les travaux du docteur Heinroth n'ont pas peu contribué à éclaircir cette ques-^ tien ; Lekrbuch der Seelensiërungen, Syst$m der psychisckz g$riehtlieken Medicirij Uebêrdas faUehe Verfahren der AertU kd Uniersitchang Zweifelkafiir GwMhizZtuiande , inséré dans HitA^s Zéitêchrifft fùr Crhninalrechispflege, n. s. w. Xy Stiî<^y S. 95, u. fol. ; et QuœsUû medicinœ forensis de facinore aperio ad medicorum judicÎHm non defer$ndo. Noai GÎlenKis encore comme pouvant être consultés avec fruit Hofibauer, im Pf. ArMt> ëês C. A. , B. I, S. 602; HenLe. Abh. am émn GMit$dêf gericML Médian, B. III, S. 387; Mittermaier, Ebendas, B« lY , S. 41 5; Beneke » Jahrbikeher dir LltUraUtr, B« 3i , S< 1-^70.

'. Des hommes graves sont alla jusqu'à défendre Iln-fimticide , et même le légitimer ( Platneri Quœstiones f»t#* dieinœ forensii ^ éd. Choulant^ Deprecaiiones infantiddu). Un savaiit distingué à qui le Gouvernement vient de confier la chaire la plus importante de l'enseignement supérieur , M. Rossi , a pu encore imprimer dans sou TraiU de Droit pénal » t. 3, p. 1 44 ) que ^ dans certains cas , le devoir commande à un père et à un époux d'dter

MO&ALfig. il

que par les circonstances qui Tont accompagné ^; il n^^est pas jusqu^à ses victimes dont Page , le sexe; la réputation et la position sociale, n^ac^ caseiit une démoralisation différente; jasqaW temps et au lieu où il a été commis, qui ne fbin^ nissent des présomptions sur la culpabilité du criminel; et la statistique dédaigne de recueillir aucun de ces détails, trop nuancés et trop spé-^ ciaux pour être ramenés à une unité commune , et exprimés en nombre abstraits ^.

Les résultats obtenus avec de pareilles données ne peuvent se réclamer d'aucune raison ; ce sont

la vie (^ un homme poar sauver les jours de son fils et riionneur de sa femme.

' Le port d'armes , la rëuiiion , TefFraction , Pescala* de , la dandestinitë dans certains cas et la publicité dans d'autres , peuvent être autant de circonstances aggravantes.

^ La statistique ne tient aucun compte de la moralité qui s'est attestée par la résistance au crime; elle n'apprécie ni l'énergie et la multiplicité des séductions , ni la facilité et la sûreté du laisser-aller ; elle est trop bornée et trop grossière pour que le matérialisme lui-même en voulût faire sa logique. Cela n'a pas empêché M. Guerry de publier, d'après les relevés de la jastice criminelle, un Efsai sur {a Staiisiiquê morale de ia France, et M. Woronsovr Greig prépare un travail semblable sur l'Angleterre.

12 BÛPEfiSË3

les passions politiques qui les élaborent ^ et, k force de tourmenter les chifltes , elles parviennent à les mettre au service de leurs préoccupations. Les mêmes documens se sont prêtés à des conclusions contradictoires * : il ne fallait qu'interpréter les faits . suivant les besoins de son raisonnement , qu'attribuer une gravité imaginaire à certains délits, et les détacher de Tensemble , qui n'était déjà lui - même qu'une déposition mensongère de l'état extérieur de la société ^.

' On peat voir les Leçons sur Us Prisons dn docteur Jalins, et l'ouvrage de M. Ch. Lacas sur le Système pénitentiaire.

' Les chiffres étaient fort embarrassaus : car on les acceptait comme fidèle témoigns^e de l'état du pays , et il fallait les concilier avec sa croyance au progrès. La statistique de l'Angleterre surtout ruinait de fond en comble le système , si quelque distinction bien subtile ne lui était venue en aide.

lodiTidos écroaés.

Condamnés

Il y eut en i8a4 13,698 et 1,066

-^ iBaS 14,437

ii397

M0RALB8. l3

Par Une prévention «bien irréfléchie ^ on s^est pourtant unanimement accordé à reconnaître plus d^immoralité aux drimes contre les per* sonnes qu^à ceux qui ne frappent que les choses : c^était, dès Tabord, accepter la confusion et se résoudre à Tinexactitude. Beaucoup de fidts cou« pables qui ne peuvent être ramenés dans aucune de ces divisions maintenaient le déSbrdre dans la statistique , ou se trouvaient dépouillés de leur signification morale ^ Et de plus, la classification était arbitraire : quelques uns s^attaquent indifféremment tantôt aux choses, et tantôt aux personnes ^. Elle était aveugle : il en est que des

En sept ans les arrestations avaient augmente de 4A^9 et les condamnations à mort de 33i .

' Les délits de mendicité et de vagabondage , l'infraction des lois de douane , le recelé des déserteurs , les délits militaires n'enfreignant que la discipline , l'embauchage y la violation des règlemens sanitaires y l'évasion des prisons, le faux monnayage, la contrefaçon des biilets de banque de l'État, les faillites, le rapt volontaire, les associations et réunions illégales , le tapage nocturne , presque tous les délits de la presse et tous les délits politiques. Nous ne parlons pas ici d'une foule de crimes et délits spéciaux à quelques législations, le blasphème , le recèlement de grossesse , l'infraction du jeûne , le rabulisme , etc. , etc.

' Les parjures , les faux , les incendies , les délits de la

l4 OSPfiNSfiS

motife indépendans de hi mordlité déplacent, contre leur intention ^ de leur catégorie naturelle ^ Elle était antiphilo8ophique : il n^ a point de crimes contre les personnes ; la personnalité n^est point accessible aux brutalités de la force } elle se développe dans le temps , se manifeste dans Pespace ^ mais ne réside et ne serait atteint^ cpie dans' )*essence de la liberté , dans Fimmor** talité de la raison > ; et il n^ a pas plus de crimes contre les choses. La société ne sort point de sa sphère d^action humaine ; elle n^incrimîne que les actes qui, en violant les droits dont ses dé^veloppemens ont investi ses membres , trou« blent son ordre, et ralentissent son progrès. Point de crimes sans une personne et sans une chose; ils sont tous physiques, et atteignent également rhomme daus ses propriétés.

presse qui peuvent provoquer directement an pillage oa à l'assassinat.

' Le voleur oblige , pour sa défense personnelle ou sa sûretë, de se faire meurtrier.

* Par une étrange contradiction dans les termes, on a voulu reconnaître une personne physique. La vie et le corps sont des propriétés comme les biens et la puissance, quoique ayant une signification et une valeur temporaires en regard de la personne morale , puisqu'elles sont les conditions eitérieores de ses manifestations et de sa réalisation sur la terre.

MMALSSé iS

]1 n*j avait pas assez d^élémens d^erretir dsmê des données -incomplètes et caprieietisement classées ; la valeur qiie cette prétendue distinction leur attribua vint encore fausser leurs con« séquences «. Elle suivit au hasard Topinion po-^ pulaire ^ toujours disposée , sinon & ne voir que le corps même du délit , du moins à mesurer la criminalité par le crime , à la juger par la force

' Il fiiut remarquer que plusîears crimes contre les

personnes^ tels que les voies de fait par suite de provoca-«

tion , les homicides involontaires ou pour sa défense ,'ne

tëmoignent d'aucune immoralité dans les idées actuelle-*

ment reçues. C'est dons les provinces de la Prusse les

plus morales qu'il se commet proportionnellement ie

plus de crimes contre les personnes.

cft .• .• % Q Grimes sur 100

' ' cou Ire IctpcnoniMS*.

Prusse rhénane, un crime

sur 543 habit. f et 3

W estphalie , sur 639 4

PrusseproprementdiJte,sur 1,214 >o

Poméranie, sur 1 ,498 1 1

t^osen, sur ^^^«07 21

Il résulte des statistiques criminelles , dit le Quarterly

Hetiew y XCV , p. i66 , que la plus grande partie des

erimes tragiques est commise par les populations plus

morales des campagnes. Si ce n'est pas précisément vrai

pour la France, au moins en fournissent-elles le plus après

les personnes qui ont reçu une instruction supérieure.

i6 DBPSN8B8

qu'il implique et la crainte qu'il inspire *. L'immoralité n'est cepimdant pas dans un fak exté* rieur; elle est dans> l'obéissance de la volonté aux suggestions de la sensibilité , et dans la va-^ nité de la conscience. Pour l'apprécier, ce n'est

' Les magistrats eax-mémes ue semblent pas se garder assez soigneaMnnent de cette préoccupation : car , encore bien que la conviction ne se rende pas compte du travail préparatoire de la raison , quand on désire plus vive^ ment être convaincu, que la gravité du crime apparaît davantage y on devient involontairement plus sensible à la force des preuves , et nous voyons dans les tableau statistiques que le jury décharge plus souvent que les tribunaux les accusés de crimes contre les personnes; les acquittemens sont, proportionnellement aux ordonnances de non-lieu, plus nombreux que pour les crimes contre les propriétés.

Griioes contre les personnes. Contre les propriétés.

Sur 1 oo inculpés 58 prévenus. 64

Sur 100 prévenus 78 accusés. 89

Sur 100 accusés 5i condamnés. 69

Il faut cependant remarquer qu'un travail inverse se fait dans la raison du jury; sa conviction est plus réfractaire , parce qu'elle aurait des conséquences plus gra* ves. Si plus de crimes contre les personnes sont renvoyés àe toute poursuite , c'est qu'à cause de leur caractère apparent de gravité, peu passent inaperçus, et qu'il sof'fit , pour l'instruction , des plus légers indices.

MOBALES. 17

paa tant Pacte matériel quW doit peser, que la poissance et la nature des motifs qui Font déterminé^ : souvent la dépravation est phis profonde à la prison qu^aux bagnes ^ ; souvent le délit que punit le juge correctionnel couvre une perversité plus vraie que le crime frappé du dernier

' On ne devrait même s'en oceaper que ^arce qu'il aocQse la nallitë du ressort moral, en montrant jusqu'où I4 yolonté s'est laissé entraîner.

' Nous ne montrerons point par des chiffires que les récidives commises par des forçats sont , maigre les circonstances où ils se trouvent après leur libération , dans une proportion bien moins élevée que celles des libérés rédasicamaires et même correctionnels ( à Lausanne y par exemple ) ; les raisonnemens philosophiques n'ont nul besoin de cette espèce de preuve , et nous ne nous fiiisons pas illusion sur leur valeur. Une peine plus forte inspire au moins plus de prudence, et à son expiration la moralité se trouve modifiée par le régime auquel le ccmdamné a été soumis pendant sa durée. Il est cepen* ^ant un feit signalé dans le Rapport au Roi sur i'adminU» iration de ia Justice crimbieiUtn i83i , qui nous semble trop remarquable pour le passer sous silence : 100 libérés de Bicétre avaient , en dix ans, encouru jusqu'à 146 nouvelles condamnations , et la prison est tellement rap«prochéede l'autorité centrale, que Ton ne peut s'en prendre à des circonstances locales, purement accidentelles.

i8 DDBMSBS

supplice. L'indice le moins équm>qiie de la faiblesse du sentiment moral , c^esi la répétition de ses rechutes; et cen^est pas d^aujourd'hui cfa^on a remarqué que les Toleurs retombaient sous la coupe de la justice plus fréquemment que les autres condamnés ^ Les tableaux statistiques , malheureusement incomplets sur ce point ^, semblent au moins prouver que les récidives s^attar* quent de pi^férence aux propriétés ', et que les criminels réputés légalement les plus immo^ raux ne reparaissent au prétoire que bien ra-

' Yojez passim Henry Fielding, On ihe incnoie ofrob^ bers, 17499 et Wakefield) FacU relating io the pumUmt ofdeaih.

' Us présentent bien à part le chifire des forçats, réclasioimalres et autres libérés, qui ont récidivé» mais on n'y trouve pas l'indication des erimes qui avaient molivé leur première condamnaticm.

^ En i83i , malgré les circonstances politiques» sur 1^96 accusés en récidive , il n'y en a eu que 178 de ce qu'on appelle des crimes contre les personnes , et , d'après les tables dressées pour trois ans par M. Qnételet , il y en a , terme moyen , a6,52 sur 1 00 accnsatîoiis (Rt" cherchas sur U penchmt au crime aw différons àges^ La proportion était, en i83i , de 32,7g P^^"^ tous les accu«sés présens*

MORALES. ig

rement sous T^ccusation des crimes où Fon «oppose le plus d^immoralité ^

L^étude des statistiques criminelles , telle qn^on là Êiite , n'est donc légitimaUe par aucune raison { elle devait nécessairement conduire à des résultats mensongers. Mais il y a plus : de quelque manière que l'on recueille leurs don* nées et qu^on les groupe , Thypothèse faussera toujours leurs conclusions ; la science n^en peut rien obtenir ni rien attendre.

11 est une foule de circonstances transitoires qui agissent successivement sur la criminalité d^un pays , en dehors de sa moralité ^ : pour la

' Sur loo crimes commis par les forçats libérés , il a'y en a eu contre les personnes que ii en 18279 la en iSoiS , i3 en 187.9 et 14 en i83o. Nons ne donnons pasle rapport des années suivantes , parce que la circonstance transitoire de nos troubles civib aurait pu l'influencer.

^ La guerre , la disette , les crises commerciales » les troobles politiques» les licenciemens d'armée ^ les récoltes de vin extrêmement abondantes , etc. On a tiré , par exemple, les conclusions les plus dogmatiques des 167 condamnations à mort prononcées en Espagne pendant les neuf premiers mois de 1826; heureux qu'on était de pouvoir fortifier bcb idées par un si bon chiffre , on n'a pas voulu remarquer que là Catalogne , oix régnait en-* core la guerre civile , en fournit à elle seule 71 , dont

20 DEPfilit^ES

connaître même approximativenxent par les faits, il faudrait donc, avant tout, que leurs influences diverses se neutn^isassent dans une longue série de tables statistiques^. Ce moyen de compensation fut-il positif, ne nous manquàt-il pas aussi entièrement , pendant cette suite d^années les idées auraient changé , et la législation se serait mise dVccord avec elles ; la moralité na-

54 par contamace. II semble même qae Ton se soit tr^ hâté de présumer ^on ignoranise; aa moins M. de Yilleneave, qai doit bien la connaître , puisqu'il y a été sons-préfet , dit-il (Économie politique càrélienne ,t. a , p* 340) qu'il n'y a pas de village qui n'ait son école et de paysan qui ne sache lire.

' Les chiffres qui semblent le plus indépendans des circonstances sont soumis aussi à des influences qui échappent même au soupçon. Le rapport des naissances varie de pays en pays et d'année en année , sans qu'on en puisse assigner aucune cause. En France, par exemple , dans les quinze années de 1817 à i83i , le nombre des garçons , qui fut à celui des filles dans la proportion moyenne de 16 à 17, varia de i5/i4 à 19/18. Il est arrivé vingt " deux fois que, dans quelques départemens, les naissances des filles ont excédé celles des garçons , et , bien que le contraire paraisse une loi générale , le même fait s'est reproduit dans une ville plusieurs années de suite. (M. Poisson, Séance de l*Jcadémi$des Sciences du aa juillet i833. )

MORALBS. 21

tionale se serait modifiée sous Tinfluence du temps et des circonstances '; le résultat resterait toujours hypothétique , et ce ne serait pas même la moralité réelle qu'il ferait présumer , mais la moralité légale. Qu^un seul droit ne fiît pas courert par une sanction , qu^une police iahabile ne parvint point à saisir les criminels , et qu^une justice mal organisée ne Sût point les punir, Pincapacité de TEtat à remplir sa tâche blanchirait la statistique et glorifierait son action ; qu\me seule loi attentât à un devoir^, le chiffire de ses condamnations servirait à noircir la population ,

' Nou§ ne coanaissoiis les rëstiltats de notre justice criminelle que pour neuf anuées ; et déjà nos troubles politiqaes , l'ébranlement industriel et commercial qui les a suivis , et de frëquens changemens de lég;islation ( entre autres la loi du 28 avril i832 ) j ne permettent plus de tirer aucun enseignement rationnel de leur corn» paraîson.

* Comme il y en a presque partout : sous l'Empire, les lois conti% les parens des déserteurs , maintenant encore contre ceux qui recèlent des effets volés pour empé cher leurs en fans d*étre découverts , avec Tintention manifeste de les restituer^ en Prusse ,. la femme du déserteur qui ne dénonce pas son mari est punie par la confiscation des biens qu'elle possédait knrs de la désertion.

Philosophie du Budget, n. 2

32 ABFSRSat

quoU(tte les infnetiom téoMMÎgiifltient au oon*^ traire d^une moralité avancée.

Se croire antonsé à rîeu oonelure de la cpaoh paraûoD de deox peuples , eW ne vok dand chaque iûdivida ^i^une même fractia» dMraite de llMimaoilé, et ke diflérences si profondément tranchées entre les habitans de proriacttS d»'^ puis long • temps soumiees , dans un s^il étet, à une religion et à des lois communes^ , »^»nifestent asse^ haut <)ue Tidentité de la nature humaine n'efface point la marque caractéris*^ tique des populations. L^istoire et les mcsuM de nos pères se continuent dans les nôtres ; le sang qu^îls nous ont transmis coule aussi brûlé dans nos veines ; tout ce qu'il y a de local et de spécial dans la vie de notre tribu s^ajoute k Pessence humaine, et npus fiût de notre patrie. Ce n^est pas que, nuUe part, la liberté morale soit naturellement plus dominée par les motifii sensibles : partout il y a lutte nécessaire , partout afiranchissement possible ; mais il est des tentations qui , mieux appropriées à chaque pays, sY présentent avec plus 4^énergîe , et combattent

' La Br«ilagiM , t^ Alsace et le Langoedee ; hi Oilal<v gne I la Biscaye et les Astaries , etc.

WMULBff. 93

wmc pkis dbpfaii&treté. L^immonlité n^qst paë âifl^nte ; seolemeBl elle a ckanjpé d'apparence j ^ M réalise par des crimes divers^ et la slati»* tiqae, qoi ne sait rien qnedf l'extérievr, impttte aux formes de la société des causes qm tiemieiit À rhidiTÎdualité da peuple*

L'influence des climats a été singoliàrement exa^^érée : il semblait que Thomme ne fut quW produit matériel du terroir et du soleil j ^nais leur dénier toute action sur l'espèce de la criminalité accuserait une préoocapation aussi étroi« te'. Chaque climat a des besoins physiques quMl crée, que du moins il développe de préférence à tous les autres ; et la liberté leur cède plus fréquemment là où ils mettent dans leurs attaques plus d^acharnement et de persistance . Il y a , pour ainsi dire y des crimes endémiques , et Ton ne peut s^empêcher de convenir que la chaleur du ^^9 agit sur la résistance a plusieurs motifs sex^^ ' sibles 9 en modifiant leur puissance , et en aeoor-*. dant ou refusant à la réflexion le temps de ^y opposer. Cette influence que nous attribuons a-

' Cette action est tQpjonrs mêlée à iu)e foule d'autres influences qui peovaatla combattre^ et même la neutraliser f mais elle la'cn est pas moins réelle.

^4 »BFS1I888

la température difféi^ente de deux pays , la stali»* tique eU^-mème Ta reconnue pour les changemens périodiques d^une même température; ses chiflFres ont déjà prouvé que les crimes étaient soumis k Faction des saisoifs ^ • Voilà donc encore une cause d^erreur cpii viciera nécessairement tous les résultats.

' Dans ses Recherchés sur U penchant au crime aux difjfi^

rené âge$ , M. Quételet a démontré , d'après les données

de trois ans, que les crimes dits contre les personnes sont

]^las nombreux en été , et les autres en hiver; voici ses

chiffres ;

Gbimbs

Conira le* penoane*.

Contre les chotes.

Rapport.

Janv.

Fëvr.

Mars

Avril

Mai

a,aa

Juin

Jaillet

Août

Sept.

Octob.

Nov.

Soi

Dec.

iiSi

^•pp. m*;»

Total.

If, 304

MOltÀLEft. 05

Elle raisonne sur le chiffine des crimes pour-» suivis et constatés par arrêt , et il est des pays dont la justice grossière condamne sur un simple soupçon , et frappe aussi des innocens. Si , d^aii* leurs, la condamnation seule crée un délit offi^ ciel y la statistique n^exprimerait , même com^ parativ^nent , la moralité des peuples qu^à la condition que les délits punis fussent dans un rapport précis à ceux qui échappent à la justice publique, ou que, tout indéterminé qu^U restât, il se reproduisit fiitalement partout ; sinon , ses tableaux ne réuniraient que des nombres sans portée et sans valeur.

Parmi les crimes que ne châtie point la so* dété , beaucoup n^éveillent pas même le plus léger soupçon , et leur réalité n^est presque ja* xnais suffisamment reconnue que par la condam^ nadon du coupable : le rapport de la criminalité d'mi pays aux résultats de sa justice n^elit donc pas appréciable , il manque un de ses termes nécessaires ; et rien dès lors ne peut logiquement indiquer qu'il persiste à s^établir toujours immuable à travers des civilisations différentes , malgré les circoqstaoces less plus opposées ; disons mieux*, il y a preuve que cela n^est pas.

Chez les nations plus avancées ^ le crime se

pouvoir et les moyens de la police ne sont pchit jalousement limités par d^inflexibles garanties politiques, quW ne peut refîi 6erdelui ouvrir sa porte et de se soumettre à toutes les nécessités de son enquête , Pinstruction aboutit plus sûrement à la découverte du coupable. Ailleurs, il a droit d'asyle à Vabri d^ane charte , comme autrefois dans Tombre des autels. -

Chaque état de civilisation développe de nouveaux plaisirs , des besoins plus dominans ; il s^approprie, pour ainsi parler, une espace de crimes , et il en est que leurs victimes ont un intérêt naturel à cacher * ; pour d^autres, la législation en crée un factice^. Le danger de ceux qui paraissent plus graves alarme davantage; on se prête de meilleure grâce à l'action de la jus-

lears {Report from ihe seUct Committig on ihê police ofihie MetropoUs) , et un ancien employa de la police de sûreté « vient d'établir à Paris une entreprise semblable (AnnoiH ces du Temps, 1 1 septembre i835).

' Les crimes dans Tintërienr des familles ; les fraudes entre associés , parens ou amis ^ les faux de nature à nuire à des maisons de commerce, les attcptats à la pudeur» les crimes déterminés par une fanie ou on dâtt peraon* nel qu'il faudrait révéler.

' Quand , par etemple « eUe déclare la preuve de la calomnie admissible»

tice ' : aussi les crimes qui s^attaqtieût violemment à la vie trouyent-ils plus aisément des dèuoDCÎateurs et des témoins. Dans les sociétés ricjbea^ au contraire ^ où les propriétés plus répandues perdent de leur estimation primitive, le vol devient presque un accident de tous les jours , et laisse indifférent , à moins de présenter quelques caractères insolites de hardiesse ou dWmoralité. Cest précisément dans les pays les plus criminels que les condamnations seront plus difficiles et plus rares.

Si les mœurs sont douces , on s^effiraiera du crime, et Ton secondera la répression ; violentes, on craindra d'amasser des vengeances sur sa tète; tranquilles, on se tiendra pour plus intéressé aux atteintes de Tordre ; hostiles au Gouvernement , on lui fera opposition jusqu^au pied du banc de ses juges ; corrompues , entre la loi et Taccusé on n^hésitera pas : partout des circonstances spéciales entraveront ou favoriseront la poursuite'.

' L'ordonnance du 16 juillet 1716 prononça la feuM de mort contre la désertion ^ et en seise mois et demi , jiuqa'aa 3o novembre 1817, on compta iiyCgg désertenrs, dont on ne put arré^r que 624*

* De 181 5 à 1829 il y eut à Genève 607 causes dépo-

3o DÉKlfSCS

Uinstructioa tenainée, ces dtfiëreBoes fepa^ rais^at avec plus de despotisme encore : ici Ton juge à huis-«los sur les papiers de raccusation ; là , tout le drame de Tenquéte se répète au 'gryid jour, mais il y aura des témoins déclarés en ^tat légal de mensonge quW n^écoutera point* ;

sëes à la Chambre des Auditeurs, parce qa*ou manquait de renseignemens , et l'on en jugea 3,o4o : il y a donc t crime sur 6 qu*on ne peut poarsnivre. Ce rapport if est que grossièrement approximatif, car il est possible ^e beaucoup d'acquittftmens soient tombas sur le corps même du délit ^ qu'un grand nombre de crimes ne proyo-^ quent aucune poursuite , et M. de Candolle estime à i^ ou 1/8 le nombre des causes que l'on reprend par saite de nouvelles preuves ( BiiÈlioth. Univers. ^ t. 4g , p. 32 )• En Bavière « sur 7,33a crimes ott dâils , on ne pat ponr- 4iiivre que dans 4)077 <^*0 • 5$8«r loo (do i«' octobre i8i8 au 3o septembre 1819^ Rapport du comte de Reigen^ berg , cité par M. Julius , t. i , p. 55 , de la traduction française). En France la proportion est encore moins forte I sur 1 00 inculpes de crimes contre les personnes on en accuse 45, et Sy quand l'inculpation est de crimes contre les propriétés. Dans la seule année i83i, 24,990 prévenus furent déchargés ; et certainement, dans la très grande majorité des cas, le non-lieu ne portait pas sur le corps du délit.

' La législation française va plus loin dans Pincons^-> quence : les témoins qu'elle ne permet pas d'entendre

MÔftlLBft» 3l

quelque autre part^ la râleur des preuves sera inventoriée par quart et demi-quart de oertitude^ défense sera faite, à la vérité de vaguer hors du rond où le législateur Pa écrouée , et il fau-* draidéposer sa eonscience d'homaie raistenable dans le vestiaire du juge ; ailleurs , la oondaBOHnation ne pourra frapper que sur la foi de Tao* cusé^ ; so^ tous leS systèmes d^iq^truction cri* minelle« eue se modifiera diaprés Porganisation du tribunal. De vieux magistrats , institués ex** près pour punir y dont les scrupules de convie Uon se seront usés dans une longue pratique

jor la foi du sennait dépoMDt indirecteiiicnt par les pa« rôles irréfléchies qae des tien ont recueillies avec légère* té et rapportent avec toute l'infidélité de la mémoire, en les dépouillant de leur accent et de leur geste. Dans l'affaire Fualdès , par exemple, la conviction du jury fut principalement formée par* des paroles extmjudiciaires de la petite Bancal, c|ue, par respect poar Tanour filial, la loi défendait au )Uge d'interrqger.

' C'est sur ce principe que la torture avait été établie. Quoiqu'elle semble abolie (elle le fut en 18^7 dans les dnchà saxons et en iSaa dans, le Hanovre) , elle existe réellement dans plusieurs états de PAllemagne , sons le nom âepein0dêdiwbémancêdlajuiiieê{VngehoT9am9tnS) : on 7 domie la bastonnada aux accusés po«r leur faire simacr le crime dbm ib loul ébmf^é

âà DEPENSEE

et le spectacle de toutes les perversités humaines^ feront meilleur marché d^uo supplice que la sympathie revêche et toute neuve d^un jury. Sous Fempire d^ime législation , la simple ma-» jorité sera bonne pour faire un condamné ; tous une autre, il n'y aura rien de trop dans Punani^ mité. La peine ne restera jamais neutre dans Tesprit du juge : la conviction n^esWpoint ab&^ traite comme une équation d^algèbre ; elle a ses effets aussi bien que ses causes , son passé et son avenir. Que le juge se rende positivement compte de sa seconde vue ou non , il n^importe ; toujours est - il qu^à moins d^abdiquer sa raison , il se préoccupe aussi des conséquences de son juge^ ment : les témoignages sont plus sévèrement examinés; les preuves trouvent , à son insu peutêtre , plus d^incrédulité à surmonter ; puis , au moment de Parrêt, il se repreqd au plus léger doute f se débat contre la croyance qui Tenvahit, et lui échappe à la faveur d^une obscurité quV vec une autre peine il n'eût pas même aperçue. La sévérité de la loi agira donc encore sur le nombre des condamnations '•

' £a France il n'y eut qu'one tenb condunnAtieii à mort prononcëe pour tatoîlég^^ les oantes ne aeptakhùcBt

M0KALE8. 33

Il B^est pas juaqu^à des motift en dehors de la ccMascience et de la raison qui ne le ipodifient aussi : ce sera le danger de la société , la crainte qu^inspire Faccusé , en un mot Tintérêt à punir * .

même plus. Ce fut aussi du refas de condamner pour infanticide que le Gouvernement s'appuya particalièrement pour obtenir une mitîgation dans la peine. Il est impassible que la sévëritë de la lé(pslation anglaise n'exerce pas une immense influence sur la conscience du pouvoir judiciaire, quand elle agit si fortement sur l'action du pouvoir exécutif, que, des 7,656 individus condamnés à mort de i8ao à 1826 , il n*en fit exécuter que SiS.

' Voilà pourquoi on acquitte tant de contumaces qui, généralement pourtant , sont coupables des plus grands crimes, tandis que les accusés en récidive sont beaucoup plus condamnés que les autres. En 1826 il n'y en eut que i5 d'acquittés sur 100^ en 1827 il y en eut 17, 19 en 1828, et 20 en 1829. Il est cependantjuste de remarquer que les contumaces sont ordinairement plus adroits, que les preuves périssent avec le temps , et parfois même les crimes aussi (dans les troubles politiques , par exemple). Dans l'Angleterre et le pays de Galles , où la propriété a plus besoin de protection, puisque, sur les 184,886 individus mis en accusation de t8io à i8a6, 126,907 (plus des deux tiers) l'ont été pour vol ; en Angleterre, disonsnous, il y eut en 1829 , sur 100 accusations de vol , 82 condamnations , et seulement 33 sur 100 accusations de meurtre.

34 i>imxsa

P&rtout» enfin, des influences divcÀes et inappréciablee se soumettent les chiffires de la stalîfr^ tique^ ; et quand même, par un hasard inlsai^ sissafale , les condamnés n^en resteraient pas moins dans une proportion fatale avec les accusés , que serait-il possible d^en induire , si le Code n^était pas universel , et le délit d^un peu-* pie, celui de tous les autres? Or, c^estce qui n^est pas , c^est ce qui ne peut pas être; avec le temps, la pénalité s^adapte aux tendances et à la civilisation du pays. Tout acte immoral qui at-

' Dans les cinq annëes qui ont précédé i83o, il y a eu en France 61 condamnés sur 100 accvMés, et dans ka Pays-Bas il y en eut 85 } la différence est probablement plus grande encore maintenant, puisqn'en i83i il n'y en eut plus en France que 54* On la retroave juiqne dana les provinces d'an même état : de i8i5 à 1818 ii y ent en Angleterre , y compris le pays de Galles, une accusation sur gSo habitans, et une condamnation snr i^Soo; tandis qu'en Irlande , pendant la même période , il y ent un aCGuaé sur 55o habitans et une condamnation sur 1,950 ( Inquirmr, t. 1 , p* 29, 6^** R^ri for ihe improtê» ment of Prison discifMnê, p. 217 et seq. ). £lle existe ju«{ne dans les différentes parties d*ane même province : dans le comté de Tipperary il y a un condamné sur 4 prévenus y et dans oekû de Limerick on n'en compte qu'un aur 9 (6^*» Rep. id.)

HOBALBS, 3S

tente à an droit acquis^ oa contrarie le libre développement de lliumanité , doit encourir une répression criminelle. La peine n^est jamais arbitraire ; elle s'^autorise d\in jugement de la conscience, et s^applique à un dommage de la société. Cest la raison publique qui impose au législateur la nécessité de Fabroger ou de Tétablir } et y en raisonnant contre FEtat arec les chiffires que lui fournit rexécution de ses lois , la statistique conclut directement contre la raison'.'

' Il est loin de notre pensée de voaloir refoser tonte utilité a la statistique : on ne connaît nn pays qne par les faits qui s'y produisent; c'est à la science qni les observe et les recueille de servir de base à toutes les idées politi* qves. Nous n'attaquons qne l'importance exagérée que la mode attribue à des faits dont la connaissance est nécessaire : ce sfHot des effets purement matériels qui servent de renaeignemens pour arriver aux causes, mais qui ne les manifestent point } et il est d*autant plus dangereux de s'y fier d'une manière absohie , qu'ils n'ont ni critérium ni contrôle. Ils ne sont pas simples, et il est impossible de tenir compte des divers élémens moraux et matériels qui y sont intervenus; il est facile de les mal ob^ server, et rien n'indique des er]*eurs que d'ailleurs rien ne permettrait de corriger. La vérité ne serait que dans leur ensemble complet , et cette vérification-là est elle- ! impossible^ en si|it«tnlcmeBt q^ la statistique est

36 ràpsrrsBS

En f^it , d^ailleurs , chaque peuple garde dans sa législation au moins le reflet de son passé , st^

une science d'hier, qui ne possède encore qae des moyens misérablement imparfaits. Noos en citerons qaelqaes nouveaux exemples. Dans son Northern Tour ( vol. IV, p. 345 )y Arthur Young estime les bétes de trait (y compris les chevaux) à 1,170,729, les vaches à 1,337,976, les bétes d'engrais â 1 ,003,482 , le jeune bétail à • 3,229,960, et les moutons à 28,989,480; dans son Eoêtem Tour (vol. lY , p. 456) , il ne porte plus les bétes de trait qu'à 684)49 > 9 1^ vaches qu'à 741 ,552 , les bétes d'engrais qu'à 5 1 3,369 , le jeune bétail qu'à 912,656 , et les moutons qu'à 22,188,948. Loin d'avoir jamais fait aucune remarque sur cette difTérence extraordinaire , il a donné une troisième évaluation , Poliiical Anihmetic , p. 28. Les mêmes diversités se retrouvent jusque dans les faits qui semblent les plus faciles à constater. La surface de l'Angleterre , y compris le pays de Galles ,. est , suivant sir William Petty» de 28,000,000 acres ^ suivant Arthur Young, de 499916,000, et c'est le chiffre que M. Pitt adopta dans t^us ses calcub. M. Beeke la réduisit à 38,498,572 , et les documens réputés officiels ne la portent plus qu'à 36,999,68o..D'aprèsri^ ^5lra£< of Population re{ums ofCensus ofi^3t (vol. II , p. 1044)9 il ^*1 a dans toute l'Ecosse qu'un homme de plus de vingt ans employé à la blanchisserie, et qu'un fabricant de savon ; ce cens officiel n'a trouvé qu'un graveur de cachets dans toute l'Angleterre, et il n'a pu y découvrir un seul bonnetier. Voilà où en est la statistique dans le pays qui s'en

IKttALSg. 37

aon par respect de ses ancêtres >, comme consé* qaeoce de «on histoire et réaction de ses mœurs. Chez quelques uns le simple soupçon suffit, et on le frappe^; chez d^autres , il faut un acte partent , et le crime qu^on y poursuit en justice', un

est le plus ocx!upë/Ces chi£Pref sont enpnuitës à l'Edm^ kurgh Rêview, a* CXXUI , art. IX.

■ Naguère encore on punissait de mort en Angleterre la résidence des Égyptiens dans le royaume prolongée pendant on mois , le fait d'aller déguisé dans les mines , la tentative de détruire les ponts, la destrvctioo de cerisiers dans le jardin de scm Tobin, et les dégradations d'un étang ayant pour résultat d'en faire échapper le poisson ( Voyez 9, Georges I, C. 28 ^ 3i , Geoi^ges II, C 4^, etc.). En 1819 il y avait 233 loislqui prononçaient la peine de mort , et l'on y connaissait 6,789 espèces de délits.

* En Hanovre on punit le soupçon d'infanticide f da»t le duché de Schies'wig-Holstein celui d'incendie, etc.

^ On punit aux États-Unis le blasphème^ la bestialité, la pédérastie , ^inceste j la fornication , la tenue d'une maison de prostitution , le recèlement de la mort d'en*» fims bâtards, les délits annonçant un,e tète désordoimée , l'ivresse , que l'on réprime aussi en Suède depuis, que la loi du a4 août 181 3 en a remis d'anciennes en vigueur ^ en Norvvégc , le rabulisme (mauvais emploi du titre d'avocat) ; en Danemarck, le recèlement de grossesse, le concubinage y la cbarlatanerie , l'usage illégal de la chose ^i!Oixvée; en Piémont, les amusemens des Juifs pendant Philosophie du Budget u. 3

38 DBPEUfilBS

troisième le renvoie à la joridjction adminini»** trative^ ou s^ déclare indifférent. Ce n^est donc pa$ rimmoralité , t^est la législation , qui fiût la condamnation * ; elle n^atteste rien qu^une infirao-

la Semaine-Sainte ^ dans le dnchë de.Modène, le suicide; en Espagne , le blasphème , et Tosage de la viande aux jours de jeûne; en Angleterre, Tathéifeme et la sodomie; en Prusse , le suicide et le duel ; dans phuieurs Cantons de la Suisse, le libertinage, le rccèlement de la grossesse, l'acoouchement clandestin , Texpositiou d'enfans , et la troisième grossesse hors mariage; en France, la rnandi* dté , le. YJigaboiidage; la publication d'un journal sans déclaration , et , s'il est pt^tique , sans cautionnement ; l'association sans autorisation, la possessioii d'armes ou de munitions de guerre, etc.

* Suivant M. de Barbé*Marbois il y avait autrefois «n France i,i5o individus condamnés annuellement poov fiMiXHsaunageCAo/jyMrt d ia^SoclHé de» Prisons, cité p«r M. Taillandier, Introduction* d ia trad. du Mop, de ilf. Lbûingê^^ ion^ pp. XXX-XXXl). En Danemarck , le vingt<-cinquiè~ me des prévenus fut, en 1828, accusé d'usage illégal de la ebose trouvée (6 1 sur 1 ,5a6} ; pendant la même année les tribunaux du seul département de la Seine cnt prononcé ''■■ des condamnations conti« I9OT9 mendians et 464 vagft* bonds. Le nombre des infraeteurs aux lois de cbaase s'éleva , pour l'Angleterre et le pays de Galles^ de 1 8ao à 1826 , jusqu'à 12,000 ( f^Rep^ for ih* mffrot. of Prison discipliné) , et les condamna montèrent au moins à 8,8» i< V Account ofihs numècrofconcktions unésr thc Goms Lmm,

lion à la loi j qu^un fait matériel , sans valeur aucune % <pii devra se reproduire plus fréquent là où riiiCel%enoe des devoirs sera plus com-*

ordnedby iht House ofCammons, to bêprinUd, 1 " Jnne, 1 827) . Suivant John Denham {Addreu io ihe Society for tfte encouragenuni ofindeutry) , il n'est pas rare de voir des pan* vres commettre des délits de braconnage ponr passer les mois d'hiver en prison.

' Beanconp de crimes ne sont nullement immoraux , au moins dans les prëjngà actuels : les voies de fait par suite de provocation, les homicides ponr sa défense persoimelle on celle de son honneur , les faillites , les délits de la presse, tous les crimes politiques, le recelé de déserteurs , et les secours accordés anx contrebandiers, qnand on lenr est lié par la parenté et qn'on ne vent qne les soustraire anx poursuites , etc. , etc. D'autres sont <iréés uniquement par un caprice de la législation : ici elle engage de s'enrôler au service de l'étranger, là elle le défend ; des manières légitimes, daus certains pays , d'ac* quérir ( par la chasse ou la pèche , par exemple) et de vendre (comme au moyen de loteries) , sont criminelles dans d'autres. La loi pénale française a poussé l'inconséquence si loin, que, tandis que le Gouvernement tient des loteries royales, elle frappe d'incapacité politique les particuliers qui vendent à ce moyen leurs propriétés, et permet la publication des ventes de ce genre faites à l'étranger.

40 BBPBN8BS

plèteS OÙ des intérêts multiples, des libertés étendues, se mêleront et se heurteront sans cesse, où de minutieux règlemens enlaceront ïa vie de leurs mille pénalités de police^.

' Dans le cas où la force morale ne serait pas parallèlement développée.

* Outre les innombrables délits créés par les lois de police, d^administration, d'économie politique, de salubrité pnbliqucy il y aora des délits de la presse, une foule de crimes politiques et militaires, la piraterie, la baraterie , la traite des esclaves , les délits contro les bonnes moeurs , contre la religion et la liberté des cultes , etc. Le principe de TÉtat influera aussi sur son Code pénal; il sera bien moins étendu chez les peuples qui se préoccupent avant tout de leur liberté politique , parce qu'elle perd de. son prix lorsqu'elle est constamment menacée. U est encore une foule de lois et de circonstances matérielles qui peuvent réduire on augmenter le nombre des crimes : ainsi les crimes de bigamie n'auraient lieu que rarement sous une loi de divorce lai^e ; avec le mélange des cultes on sera plus exposé à troubler le service religieux ^ la position géc^aphique du pays et la législation des douanes influeront puissamment sur les délits de contrebande. L'état des routes, l'organû^tion de la police et FextensioD de la culture, ont nécessairement contribué à la diminution des violences contre les personnes 5 depuis la refonte des vieux schellings en 1821 , la contre-

A cet âge de Phumanité , lorsque pas un dé« yeloppement n^est défiDÎtirement accompli , nul accident social ne peut être apprécié en lui-même par sa valeur absolue : car la science n W pas encore £dte ; on ne la juge que relativement à ses rapports avec les autres faits contemporains , et par sa portée dans Pavenir. Souvent, en eflfet, le mal est déjà un progrès ; souvent son rôle dans rharmonie universelle Fabsout, et son influence sur n<^e destination Tinvestit d^un titre à ntt respects ^ Isoler les faits des causes qui les avaiait préparés^ des circonstances où ils se sont produits , des conséquences qui en seront sorties ^ c^est renoncer à tous les documens qui , en les entourant de quelque lumière , pourraient permettre de présumer leur sens ; et il ne suffit pas encore k la statistique criminelle d^appuyer

façon fat plos difficile , et les crimes de fausse monnaie diminuèrent considâ*ablement. L'éclairage des raes de Londres par le gax y a beaucoop réduit le nombre des vok : en 1821 il y en avait 40, 3i en 1822, 18 en i8a3 , i3 en 1824, 12 en 1825, etc.

' On est allé , dans ces derniers temps y jusqu'à faire Papologie du mal, et à l'embrasser aussi dans l'optimisme de l'histoire : Dos Bo$é im Einklangt tnit ékr Wêlicrdnung dargestêUt, von Btoscbe, Leips. , 1827,

4^ PEPER9ES

ses conclusions sur des données abstraites de la vie : sciemment et volontairement elle les tronque et les fausse. La partialité la plus étroite est dans sa nature , elle ne recueille que les faits à la charge de la société , sans les mettre en Imh lance avec aucun autre qui les neutralise , ou du moins les compense, sans jamais comprendre quel r6le ils jouent dans les développemens de rhumanité.

Chaque peuple a reçu sa mission de la Ptovidence ; à sa voix , s^il s^élança du néant dans rhistoire, ce fut pour tendre, par une expansion propre , à un but spécial , pour tisser son idée dans la grande trame du progrès universel; et rimmoralité ne devient crime que par les retardémens qu^elle apporte à la marche de la so-« ciété , par les écarts de route où elle Tentraine. Pour comparer les délits de deux nations différentes , il faudrait donc connaître leur fin dernière, et, par une prévision légitime de Favenir, surprendre la loi de leurs développemens ; il fau-* drait , en un mot , arracher à la pensée divine le secret qu^elle ne révèle que par Thistoire. Toute tentative pour donner quelque signification raisonnable aux nombres de la statistique criminelle est radicalement impuissante ; son prin-

MOtAU». 43

eipe lui mterdit de s^éLever au ^ dessus d\me puérilité d'arithmétique : cW ailleurs , dmis la seienoe philosophique de Thomme , qu^on doit diefcher les causes réelles de la crimiualité d'au pays.

La liberté humaine est plus qu^uue de ces vérités de raisonnement qu^on peut nier avec un sqrfiisme ; c'est un fait de conscience qu'on ne conteste qu'yen s^arguant de folie. L^homme garde ea son for intime Pinitiative de sa vie ; il est luimême la cause de toutes ses manifestations dans le monde , et par conséquent il est intelligent'; son pouvoir d^acoéder aux conseils de sa raison , ^ de la servir dans toutes ses volontés , suffit à toutes les résistances : car une, cause est une force libre ^ se réalisant par son propre droit , à travers toutes les résistances. A moins de se développer éternellement auniessus de tous les aocidens de Tespace et du temps , toute cause est mue à agir par des influences temporaires, mais qui ne peuvent cependant sortir que de sa nature ellemême ; sinon , sa liberté serait momentanément

' Une cause qui ne comprendrait pas les motifi de l'action et sa portée ne deviendrait jamais un mobile déterminant, on ne serait pas spontanée; et cela im* ptique.

44 BBPKN0B8

suspendue , elle s^abdiquerait au profiC de quelque autre cause étrangère dont elle se ferait rinstrument passif. Ces influences sont donc nécessairement des développemens internes > suscités par les circonstances du dehors, des connaissances acquises par FactiTité de la raison , de nouvelles perceptions de la vérité y et la liberté ne peut subsister que par la continuité du progrès.

La vie est raccomplissement des lois de sa création. Tous les êtres existent en se dével<^ pant suivant le rapport de leur nature à leur destination ; mais ils ne sont raisonnables que lorsqu'ils aperçoivent le but où ils marchent j et la conformité de leurs moyens à leurs tendances ; ils ne sont actuellement libres que par le. fait d'une délibération , par un choix entre deux mobiles contraires, les poussant y chaeim, dans une voie opposée. La lib^té resterait une vaine abstraction sans quelque lutte où elle se réalise ; et puisque l'homme est essentiellement libre , il doit réunir dans sa nature deux tendances ennemies ; sa liberté nécessite un antagonisme étemel entre sa raison et sa sensibilité. Obéir volontairement à la première , c'est bien agir ; accepter le despotisme de la seconde , c'est manquer h sa

MOKALBS. 49

desdnation d^ètre laisoniiable , violer les lois de son existence , fiure mal \

Les causes de la criminalité viennent donc de la prépondérance des motifs sensibles sur les lois de la raison , et toute tentative de moralisation publique doit la combattre dans un des deux âemens qui la déterminent. Désanner la sensibilité de sa puissance corruptrice , en pourvoyant par un système intelligent d^économie sociale aux conditions de Forganisme , en éle* vaut , par une civilisation plus compréhensive ^ au dédain des voluptés grossières ; et grandir la résistance de la conscience, fortifier la foi au devoir et sa sanction intime , introduire sa domination dans tous les détails de la vie : tel est ainsi le premier devoir de la société , tel le but de l^tat. Mais là ne se borne pas sa tftche , le désordre public lui importe ; et quand le sentiment moral sW lassé de la lutte et usé dans la souflBrance , quand il ne manque plus qu^une occasion au triomphe de la sensibilité , c^est en-

' On n'est pas coupable parce qu'on obéit à un ressort sensible, car l'organisme a ses nécessites auiquelles il faut bien satisfaire^ il n'y a de criminalité que lorsqu'on se décide pour le plaisir, malgré son antinomie avec un devoir. *

46 DéPBIfSES

core son devoir d^intenrenir par la police , pour lui créer des obstacles matériels , et jeter da dehors quelqae mobile salutaire dans les délibérations de la volonté.

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