CHAPITRE IL 9t bt potier
L^œuvre de la civilisation sVqcomplit dans la conscience de Thumanité ; mais ses développe^ mens n^en ont pas moins des conditions exté^ rieures, et souvent ils trouvent dans le monde des obstacles permanens, des froissemens inévitables^ qui tiennent à la position des hommes et des choses. Puisqu'ils sont connus , la loi peut apprécier leurs résistances et les combattre : alors il ne faut plus au progrès que des administrateurs, habiles à les découvrir , et prompts à leur appliquer les remèdes préparés par la raison publique. Maia
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il en est aussi cpii sargîsaent inopinément du hasard des événemens et de Fégaremenf des pas* sions , dont Faction imprévue ne saurait être neutralisée que par un pouvoir exceptionnel, et, jusqu^à certain poiot,' discrétionnaire. Ce nW pas imputer à la police la nécessité d^èbte arbi-* traire ; mais , obligée dV>bvier à tous les dangers possibles , elle doit disposer dWe puissance qui, dans les heures de calme, semblera souvent exagérée , et par conséquent déraisonnable ; mesurant le déploiement de ses forces sur des accidens transitoires, qui se reproduisent ailleurs avec une gravité différente , elle se montre , sui^ vaut le besoin, rapide ou patiente, paternelle ou violente , et Ton s^en prend à sa nature de Tinconstante mc^ilité de ses applications. On ne veut pas voir que, si le caractère accidentel de tous les faits qu^elle tient sous sa jurklictimi Tempêche de se constituer dans Fabsc^u d^uoe science , son action légitime est réglée par les difficultés matérielles du progrès , par las rapports actuels des hommes avec les choses; et c^est la raison qui les reconnaît , qui calcule les moyens de la police sur leurs résistances ; toutes ses applications sont de sa compétence. La liberté politique peut s^en laisser eoudojrer sans
inquiétude : où commande la raison , il n^ A point de place possible à Parbitraire.
La moralité n^atteindra son dernier développement qu^à la fin de Thistoire ; quelle que soit Faction sociale qui seconde les efforts d^une civilisation incomplète , Tempire de la chair ne sera détruit qu^avec la chair ; pourvu que les tentations soient assez impétueuses, et persévèrent avec assez d^opiniâtreté , elles entraîneront toujours la fiiiblesse humaine à des chutes fréquentes. Pour garder Tordre public de toute atteinte ^ rÉtat n^a pas de moyeu plus assuré que d^affaiblir la violence dés séductions. Il en est qui tiennent aux besoins de Torganisme , aux conditions de Pexistence elle - même : celles - là , on ne les combat point par des vexations inutiles ', on les modère ; en les satis&isant à temps, on les désintéresse de toute hostilité contre la propriété. Après donc que Péconomie sociale a distribué la richesse dans tous les canaux du
' Presqae toutes les législations n'en ont pas moins créé des délits de mendicité et de vagabondage ; ce n'est cependant que chercher dans une autre commune l'emploi qu'on ne peut trouver dans la sienne, et demander sa subsistance au bon-vouloir de la pitié, au lieu de s'en sainr par la foroe.
peuple, c^est un devoir de surveiller son usage< sans attenter à sa valeur , de prévenir les impm^ dences qui la compromettraient^ et les accidens qui la détourneraient de son cours ou la dessé* cheraient dans sa source >.
De tous les moyens d^entretenir sa fortune, et de réparer ses sinistres, le plus inÊiillible est le travail. Lorsque la loi économique a reccNQUu son droit à Findépendailce , et brisé tous les monopoles qui ne se réclamaient que de Pégoîsme individuel ; lorsque , par la fixation d^un salaire légitime , et Pinviolable jouissance de la propriété , elle a donné un intérêt à ses sueurs, c^est à la police de lui préparer des instrumens par la surveillance de Féducation première , puis de lui maintenir le pouvoir de s^en servir en veillant à la pureté de l'atmosphère, à la salubrité de
' A ce principe se rattachent la tutelle , la cnratelle, les lois sur l'absence, sar la lésion oltra-dimidiaire , etc.
* Il est des spéculations qui ne sont antorisëea que moyennant des précautions de sûreté , qui ne sont pas entièrement d'ordre public. D'autres sont défendues : les jeux, les paris, etc.
^ Telles sont les précautions publiques contre les incendies, les inondations, les éboulemens.
la nourriture, et à rassainissement des habita^
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Bien ne serait encore obtenu si remploi manquait à la bonne volonté des travailleurs; et , quoique la police ne crée point directement la fcMTtune publique , son influence sur ses déve* loppemens est immense. Les obstacles matériels qui les entravent, elle les écarte; les circonstances qui les favorisent , elle les facilite et led active* Il faut à Tikidustrie , pour s^aventurer dans des entreprises à long^ terme , une ferme créance à Tordre; et la police Pencourage à la coi^ance , en lui montrant la société partout protégée de ses puissantes garanties. Le com-^ merce n^expose ses capitaux dans des spécula-tions lointaines quWec la conviction de la sûreté des routes et de la vigilance des lois ; cVst encore elle dont Faction incessante dissipe ses dernières inquiétudes, et ne lui laisse plus à redouter , dans la distance des temps et des lieux , que le retard de ses profits.
Les citoyens dont le pouvoir moral a déjà témoigné sa faiblesse par quelque défaillance accusent plus positivement que les autres le besoin d^être sauvés des dangers de la tentation : leur
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ménagper des moyens et des occasions de travail est d^une nécessité instante ; et ce devoir devient plus rigoureux encore lorsque les difficultés qu^ils trouvent à se procurer de Pemploi viennent du fait de la loi \ que la peine qu^elle ne peut ivrflig^ qu^au nom d^une idée morale ^ , Topinion la regarde comme une circonstance toute-puis-* santé de démoralisation ; lorsque les condamné^ qui ne rentrent dans la société qu^après avoir en^* tièrement satisfait à sa justice j retrouvent plus de préventions et de répugnances que s'ils n^eus* sent pas racheté leur faute ^ .
L^àp[m>priation des prisons à Texpiation soialec du crime est la condition de leur existence ; leur
* Beaucoup de publicistes font ud devoir à l'État de fournir du travail, à ses frais , aux libérés, entre autres, Rleinschod^ Entwurfêine» pein,Ge»eizb, fùr die, Baiererz etunstadUen, §§ i55-i56 : Feuerbach , Kriiik^. etc. , B. II, S. 3o3, u. fol. 'y M. Beuguot , EneyclopédU modtm$, etc. On a vu des forgaU libérés réduits, pour vivre, h sollici^ ter la faveur d'être mis en prison. Gautts d$t tribunaux, 17 oct. i8a6, 7 oct. 1827, etc.
* Voir le chapitre suivant.
' Le a5 avril i83i , il y avait en France 7^4^ vagabonds à la disposition du Gouvernement, 8,658 condam^ nés en surveillance temporaire, 9,601 réclusiomMârei rentrés dans la société, et i3,i5a Ibrça^ Ubérék
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régime intérieur doit empêcher que les moyens de la peine ne soient en contradiction avec son but ; et, quand leurs portes se rouvrent aux con* damnés, il appartient aussi à la police de les soumettre à une surveillance spéciale , que de fréquentes récidives ne fassent point désespérer la société de Fefficacité de ses chàtimens. Il j aurait une imprudence bien impolitique à rendre de prime abord au coupable une indépendance que sa conscience n^eùt jamais le pouvoir de con« tenir sous son frein, lorsqu'une longue réclusion vient encore d'aiguiser son appétit de plaisirs, et de désapwendre à ce qu'il avait de force dans la raison à se déployer et à r^ousser leurs séductions ^ Mais c'est un contre-sens immoral de retenir les libérés sous la flétrissui*e de leur châtiment ; c'est une absurdité de les réduire à la néoessité du . crime sous prétexte de leur en éviter les occasions ^ et cependant la surveillance qui paralyse leur travail , qui souvent rend leur em* ploi impossible, les pousse' à l'alternative de pé-
' En i8a8f il y avait à Paris, sous la snrreii lance de la police, 9^4 individos; le 25 avril iSSi^ ils se mon* tatent & i ,840, et, pendant le procès des ministres, il y en avait en de 4 à 5,ooo. Renseignemens foomis à M. de Pommewe , da ministère de rinttfrienr.
rir par la faim ou de vivre par le voL La police ne s^acquitte point de aes devoirs envers la civi ^ lisation par des vexations rancuneuses : pendant la détention des condamnés il lui &ut leur préparer des moyens d^existence \ et, par un nouvel apprentissage de la liberté, leur assurer quelque répit contre la soudaineté des tentations % et des titres à la confiance des entrepreneurs d^indu»trie.
Quelque illimitée , quelque prévoyante que Von suppose la force qui discipline Tordre matériel des sociétés,, supprimer entièrement les occasions de crime , lors même que , tenant à des causes générales, elles tombent sous son observation inunédiate, dans la sphère de son action nécessaire 9 lui est impossible ; chaque développement de civilisation les reproduit sous des formes
' On n'a voulu examiner le r^nie des prisons que sous le rapport immédiat de la dépense et de la moralité'; à peine si Ton s'est euquis de ses conséquences.
* Toutes les Sociétés prussiennes pour l'amélioration du sort des prisonniers mettent aussi le plus grand soin & faire dianger de domicile aux libérés, à ne pas les laisser rentrer dansles ciroonstanoes qui les avaient portés au crime. iutioÈ j Jûrhb&ch ^ etc. sieb. und ach. Ueft, ib3o, SS«
Philosophie du Budget n. 4
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Bourelleâ, ét^ par des séductioné différentes^ tend iDsiif&santea toutes lès précautions prérentiireSé D^illeurs, ellen^abocitirait qu'à une tnotiedité passive., qu^aùcun combat n'aurait éprouvée, qu^atK cuue victoire u^aurkit afiermie , et que renverse^ rait sous son souffle la première tentation qui surgirait d'un de ces hasards individuels que la prudence humaine ne saurait ni empêcher ni pré^ voir. Cest donc dans l'intérieur de Fhomme que Tordre social s'assied et se consolide. Ce qu'avant tout doit prévenir la police, ce sont les ac^ tions immorales, qui, n'ayant pas une importantce politique assez apparente , assez matérielle du moins, pour êti^ réprimée par les tribunaux , dé^ praveraient la conscience publique par le scandale de leur impunité ; ce sont celles dont le chft^ timent ne pourrait prévaloir contre leurs consé'^ quences, et restituer à la moralité nationale tout ce qu'elles lui auraient enlevé de garantie, en minant ses bases, et en affaiblissant par le spectacle habituel du mal la répugnance qu'il inspire.
Quand même les di^ositions au crime existeraient dans la perversion des consciences, et trou* V eraient de faciles occasions de se réaliser dans les impéifections de l'ordre social, souvent il dépendrait encore de la police de les neutraliser
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par «n présente^ de les eflBrayer de âa reyiitatiop de vigilance , et , par la p^specdve de la peine, d^ii]tfpirer la vertu» an moins à titre de prudence : car, si les entrainemaas du plaisir deviennent plus impérieux que lee résistances du dsvoiri elle peut déplacer les intérêts de la sensibilité , à ses jouissaiices opposer ses douleurs , et rarréter sur le penchauit du crime par une terreur salu«« taire*
he crime £iit-il commis, euU-il résisté à tous les eoseîgnemens moraux de VÈ tat et bravé toutes les menaces que la loi suspendait sur sa tête , le désc»rdDe qu^il aurait apporté dans la marche de la société et la moralisation individuelle de ses membires (figerait une satis&ation ; et cW la poliœ qui recueille tous les renseignemens sur le crime, tous les indices sur le criminel, et porte la plainte du pays à la barre de sa justice \
Il est, d^ailleurs ,une foule d^actesqui, sans ressortir d^aucune immcHralité , violent le droit des
' Là aussi se retrouve la nécessité de sou pouvoir dis* crétionnaire^ la force dont il faut l'investir ne se mesure que par son action légitime } elle dépend du nombre des immoralités à surveiller, des crimes à poursuivre, et des dispontions transitoires de la population à défendre la paix et à prêter maiorforte à la loi.
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personnes et ralentissent les déreloppemens de rhumanité : c^est un malheureux accident qui les produit; une ignorance^ une erreur, qui les occasionent. Réparer leurs atteintes à la civilisation par une répression quelconque est impossible ; le châtiment qui les frapperait ne se motiverait que par une vengeance brutale ou un absurde talion : il ÙMt les prévenir par un pouvoir chargé de toute la vigilance de la société, ou la déclarer abandonnée sans protection à tous les caprices du hasard et à tous les égaremens de Topinion .
Le gouvernement ne serait plus alors qu^un fait matériel , qu'attaqueraientincessamment , la menace. et Tinjure à la bouche, des conspirations qu'il ne saurait ni déjouer ni punir, et toutes les questions sociales se porteraient au bout des baïonnettes sur un champ de bataille : car la politique n^a point son endroit et son envers dans la conscience ; les convictions ne se déterminent que par les &its qu^on a recueillis dans le cercle de ses observations et appréciés selon la portée de son entendement; utiles ou funestes, quelles qu'acnés soient , elles sont sacrées ; dans leurs efforts pour s^emparer de la société , elles ne sont responsables que de leurs moyens ; et , qu^on le sache bien, dans Parène humaine, où Pintelligen-
Ce tombât pour la dictature ^ la force armée des gouvemans n^est pas plus légitime que celle des insurgés '. Si la police n^était indispensable à la sûreté des personnes et au respect des propriétés^ il Êiudrait Tinventer pour mettre Tordre politi» que sous sa garde ' : tout ce qu^il y a de brutal et d^oppresseur dans la force ne se peut remplacer que par une surveillance mystérieuse qui se craigne partout, quand on ne la rencontre nulle part; c^estlà surtout où les esprits se seront pré* occupés des libertés politiques , qu^elle exigera des agens secrets, et des fonds publics , dépensés sans compte et sans contrôle.
Certes , im tel pouvoir , concentré entre les
' Ce n'est pas réprouver tout emploi de la force ; il y a des nécessités transitoires que nous ne prétendoqs pas nier ; la société ne saurait rester désarmée devant des attaques à main armée 5 c'est aux gouvernans, qui jugent que la civilisation est moins compromise par Temploi de la force , à commander } aux gouvernés , qui pensent que le but peut absoudre les moyens, à obéir.
* Son action devra être d'autant plus active que l'agitation des esprits , la confusion des idées et la diversité des faits qu'ime civilisation compliquée soumet aux réflexions de chaque citoyen, pourront amener des conclusions différentes et armer des opinions contraires.
mains d^an Gouyememeat ' , menace la société d^une protection presque aussi dangereuse que les périls dont il prétend la garantir : des forces calculées pour maintenir la tranquillité dans tout un pays deviendraient facilement oppressives *, si elles se portaient toutes à la fois contre le foyer de ses lib^tés. Il ti^est qu^une nécessité bien impérieuse qui autorise à remettre ainsi, chaque jour, le peuple et son avenir à la dis* crétion d^une mesure de police. Aussi est-il dans le progrès du pouvoir central de ne retenir dans sa compétence que la politique générale , et d^abandonner aux diverses localités' le soin de veiller, sous leur responsabilité, à la paix muni-
' Lorsqu'il se résume dans une seule ^Personnalité, donX les intérêts particuliers sont séparés des progrès nationaux, quand ils ne leur sont pas directement opposés , le danger est plus grand encore.
* Leur composition peut , jusqu'à tsetiain point , rassurer sur leur usa^: ainsi, par eiemple, le danger de la force armécf serait bien plus grave , si , au lieu de rester une charge onéreuse , l'état militaire devenait une profession lucrative, etc. Voir ci-dessous, aux Dépenses politiques , le chapitre de l'Armée.
- 3 Dans la limite de règles et de précautions législatives/
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cipale. Lorsque Tordre public sera partout confié à la garde mutuelle des citoyens y la nation sentira mieux sa liaison dans des destinées communes y et ne lésinera plus mesquinement sur la part de Fautorité gouverpemeotale des chefs qu^elle aura élevés sur son pavois. Car un peuple qui tremblerait, Parme au bras, devant Pombre d^un despote , ou se laisserait ravir par la force les droits dont la raison Paurait investi , ne serait qu^ime açgrégation éphémère , impui^ santé à représenter aucune idée dans Phistoire ^
' Çn Ai^eterre, daa» le$ grafide» rtnniom , ii y a des constables spéciaux charges du boo ordre de l'assemblée. La Garde nationale est un aclieminein^tà i'appU* cation de œa idées | mais les circonstances n'ont point permis de la faire assez exdosivemeni commnnak. U est absurde de rendre une localité responspble des troubles que la dissolution, par ordre supérieur, de ses forces, m lui a point permis de prévenir. La responsabilité ntf de* vrait pas non plus rester judaïque comme dans le mofien âge. Les commune» n'ont à répondre que des faits qui leur sont propres: c'est toujours à l'État de répai«r Ict désordres produits par des causes jgéuérales. Souvent le trouble, même partiel , est le résvltat nécesaaire d'un désordre social; ce n'est plus une question de police lo^ cale , mais une véritable guerre civile, dont le hasard fixe le champ dehataille, et les.covuudAës^ qui n'a-
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