I.K DROIT Dr: PROPRIÉTÉ
parvient par son travail à en faire quelque cliose, à en tirer profit pour lui-mAmo ou pour ceux qui lui sont chers, a fait un lé,i;itime usage de son industrie et de sa liberté, il n'a fait aucun tort aux autres; il ne les a pas empêchés et ne les empêche pas de faire comme lui, de s'emparer comme lui pour leur usage de ce qui est resté ou de ce qui reste encore de ce domaine stérile et inoccupé. Voilà des fruits sur un arbre ou amassés à ses pieds. Encore faut-il que quelqu'un les cueille ou les ramasse pour qu'ils servent à notre usage. Maintenant à qui appartiendront-ils ? Evidemment à celui qui s'est donné cette peine, et comme ils ne peuvent pas servir à deux personnes à la fois, ils sont à lui et non pas à un autre. Ce que nous disons des fruits que la terre nous donne d'elle-même, nous pouvons le dire aussi de la chaire et de la dépouille des animaux. A qui appartient cet oiseau, cette biche ? Evidemment à ceux qui les ont tués. Il serait absurde de prétendre qu'il faudrait les laisser sur pied, sans usage pour personne, dans l'attente qu'un autre vînt les prendre. Et pourquoi un autre plutôt qu'eux? A ces deux exemples on peut ajouter celui de la pêche ; car le poisson, comme le gibier et comme le fruit, appartient à celui qui l'a pris dans un domaine qui, étant inoccupé, n'appartenait encore à personne.
Pourquoi donc n'irions-nous pas plus loin? Pourquoi ne pas appliquer à des biens durables , à des propriétés permanentes ce que nous disons des biens qui servent immédiatement à notre consommation ? Voilà un morceau de bois , plusieurs troncs d'arbres perdus dans le domaine commun; je m'en fais un arc et des flèches, je m'en bâtis une cabane. Voilà un morceau de fer qui dort dans le sein de la terre. Je m'en fais une
épée, une lance, un soc de charrue. A qui ai-je fait tort, à qui ai-je pris quelque chose? Qui peut se plaindre d'avoir été dépouillé par moi ? Tout au contraire, avec le surplus du gibier que j'aurai tué, du poisson que j'aurai péché , du fruit que j'aurai amassé pour la mauvaise saison, je pourrai nourrir les infirmes ou les imprévoyants.
Enfin, nous entrons dans le cœur de la difficulté. Voilà des terres incultes qui ne produisent que des ronces ou des chardons, ou quelques rares arbres fruitiers perdus dans la forêt. Je soumets cette terre à l'action de ma charrue, je lui déchire le sein et je la force à devenir féconde. Il est évident que j'aurai droit non seulement aux fruits de la terre, mais à la terre elle-même qui a changé de nature, qui de stérile qu'elle était est devenue productive, grâce à ma patience et à mon industrie. Il m'est permis de la garder, de l'entourer d'un enclos et de lui faire produire ce que je veux. Ai-je abusé de ma liberté ? Ai-je fait tort à quelqu'un? Non, mais j'ai créé dans l'humanité une nouvelle source de richesse, une cause de bien-être, une nouvelle force? Loin d'être un objet d'envie je dois attirer ^ur moi la reconnaissance de mes semblables. « Autant d'arpents de terre, dit Locke, qu'un homme peut labourer, semer, cultiver, et dont il peut consommer les fruits pour son entretien, autant lui en appartiennent en propre. Par son travail il rend ce bien son bien particulier et le distingue de ce qui est commun à tous. » Voilà la propriété du sol fondée sur la même base que toutes les autres. Que craint-on? qu'il n'y ait plus assez de terres pour tous, si chacun en prend ce qui lui convient ? Mais la terre ne fait pas défaut aux hommes, puisqu'il en reste les