CHAPITRE XIII
La propriété est néccssaii'c à la famille. — Les effets du communisme. — Diverses espèces de communisme.
On a vu que la propriété est une conséquence nécessaire et une condition indispensable de la liberté , qu'elle est la liberté môme manifestée par le travail, et qu'on ne peut reconnaître la liberté comme un droit inviolable de la personne humaine ayant pour seule limite le respect du droit d'autrui, sans accorder le même titre et le même rang à la propriété. Nous avons fait justice de l'ol^jection tirée de la communauté primitive des biens de la nature, en signalant cette prétendue communauté comme l'état le plus misérable de l'espèce humaine, s'il a jamais existé, comme un état de dénuement et d'abandon où la terre et toutes ses forces productives, où le sol et tous les matériaux enfouis dans son sein étaient frappés de stérilité, faute d'une volonté qui les fit valoir, faute d'un acte de liberté et d'appropriation personnelle. De là cette conséquence, que la propriété non seulement n'a rien ôté au genre humain pris en masse, mais qu'elle lui a tout
donné , nous voulons dire qu elle a tout mis en valeur, qu'elle a créé les l'ichesses qui servent à ses plaisirs comme à ses besoins. Nous avons cité plusieurs preuves de cette vérité incontestable ; en voici une qui les résume et pour ainsi dire qui les renferme toutes. Il faut à un homme, dans l'état sauvage, pour vivre des produits de la chasse, une lieue carrée de forêts. La même étendue de terres cultivées nourrit sans peine mille habitants. Que devient alors le système de Fourier, avec les droits naturels de chasse, de pêche, de cueillette et de pâture ? Que devient l'obhgation imposée à la société de restituer à chacun de ses membres l'équivalent de ces droits chimériques ? La société, comme l'individu, doit avoir des entrailles ; elle est soumise, comme tout ce qui est humain, à la grande loi de la charité ; mais, dans la rigoureuse acception du mot, elle ne doit rien à qui n'a rien fait pour elle ; car elle n'a rien pris à personne. Elle ne subsiste dans l'ordre matériel que par les fruits de son travail et les œuvres de son industrie.
Nous arrivons à la seconde proposition que nous avons entrepris de démontrer. Nous allons essayer d'établir que la propriété, et la seule qui soit digne de ce nom, la propriété individuelle, n'est pas moins nécessaire à l'existence de la famille qu'à celle de la liberté. On connaît déjà le principe sur lequel cette opinion repose, un principe qui ne peut guère être contesté que par le matérialisme le plus aveugle, avec l'institution même à laquelle il sert de base : sans la propriété , il n'y a pas de responsabilité , partant pas de devoirs qui obhgent les parents envers les enfants et les enfants envers les parents ; sans la propriété, il n'y a pas de sacrifices effectifs, de dévoue-