‹ Philosophie du droit civilChapitre 28 sur 52 · I.E COMMUNIf^MK · texte numérisé non relu

I.E COMMUNIf^MK

mont durable et par conséquent de iidélitc outre le mari ot la femme. Sans la propriété, la communauté, même la communauté matérielle et extérieure , la communauté d'habitation et de vie sur laquelle se fonde le mariage, se trouve gravement compromise ot est toujours menacée quand elle n'est pas impossible. Mais dans des questions do cette importance, dans la défense do vérités qui intéressent l'ordre social et la dignité de la nature humaine, les principes et les raisonnements ne suffisent pas , il faut y joindre le témoignage de l'expérience, c'est-à-dire de l'histoire, le spectacle de l'abaissement et de la folie que nous offrent tous ceux qui par leurs doctrines ou leurs institutions se sont placés hors des lois de la nature et de la conscience. Nous allons donc passer en revue toutes les variétés du communisme qui ont existé dans le monde et toutes les utopies communistes qui ont prétendu se substituer à la société actuelle , et nous verrons qu'il n'y en a pas une seule qui , restant fidèle à son principe, ait pu ou voulu respecter la famille.

On rencontre chez les différents peuples qui ont joué un rôle dans la civilisation humaine deux sortes d'associations communistes : les unes , fondées sur le principe du renoncement , de l'abnégation , de la pénitence , ne condamnent la propriété que parce qu'elles regardent la vie elle-même , ou tout au moins la société, comme un danger et comme un mal, parce qu'elles méprisent tous les biens , toutes les affections terrestres et ne recherchent la perfection de l'homme que dans la contemplation et dans la prière. Ce sont les communautés ascétiques. Les autres, au contraire, croyant voir dans la propriété la source de tous les

maux qui affligent l'espèce humaine, de l'opulence et de la misère, de l'orgueil et de la bassesse, de la cupidité, de l'envie, de l'oisiveté des uns, du travail excessif des autres , se sont formées par le désir d'accroître leur puissance, leur bien-être ou leur force. Ce sont les communautés politiques. Dans la première classe viennent se ranger non seulement les ordres religieux du christianisme, mais les corporations monastiques de l'Orient, telles que les rehgieux bouddhistes, les esséniens , les thérapeutes. A la seconde classe appartiennent les répubUques de la Crète et de Sparte, la République idéale de Platon, l'Etat éphémère des anabaptistes du xvi*' siècle , la société des frères moraves et quelques autres institutions du même genre. Ni les unes ni les autres ne sont compatibles avec le mariage et les étroites obligations de la paternité.

Cela est évident pour les communautés ascétiques : car, ayant placé en Dieu toutes leurs affections, toutes leurs espérances et leur existence même; tous leurs efforts et toutes leurs austérités ayant pour but de les élever au-dessus de la terre, de les délivrer de l'esclavage de la vie longtemps avant l'heure de la mort, comment pourraient-elles s'attacher à de faibles créatures, à une femme, à des enfants ? Comment pourraient-elles se charger du fardeau de ces existences, quand chacun de leurs membres n'aspire qu'à renoncer à sa propre personne, à sa propre volonté, à sa propre responsabilité, et se réfugie avec bonheur sous la tutelle d'autrui ou dans le vœu d'obéissance ? Ces idées , nous les voyons mises en pratique par les religieux bouddhistes de l'Inde aussi bien que par les thérapeutes de l'Egypte, les esséniens de la Palestine

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et enfin par les monastères chrétiens. Toutes ces associations sont également contraires au mariage, et non seulement au mariage, mais à toutes les affections humaines, môme à l'amour de la patrie, même à l'amour de la science qu'elles flétrissent sous le nom de sagesse humaine, et surtout au sentiment de l'indépendance et de la dignité personnelles. Cependant, si l'on veut connaître tout entier, sous sa forme la plus élevée, dans son expression la plus éloquente, l'esprit qui anime ces réunions mystiques et qui leur dicte toutes leurs lois, il faut lire attentivement le livre de Vhnitation. Nous citons au hasard : « C'est quelque chose de hien grand que de vivre sous un supérieur dans l'obéissance et de ne pas dépendre de soi-même. Il est beaucoup plus sûr d'obéir que de commander (1). » Voilà pour le sacrifice de la volonté, conséquence inévitable du mépris de soi que l'auteur anonyme enseigne en ces termes : « La science la plus haute et la plus utile, c'est la connaissance exacte et le mépris de soi-même (2). » Celui qui s'abandonne à ce point, pourquoi se chargerait-il de la destinée des autres ? Celui qui veut appartenir tout entier k Dieu et l'aimer uniquement , pourquoi garderait-il quelque reste d'amour pour ses semblables ? Aussi le mépris des hommes en général, le mépris des affections humaines, le mépris des liens les plus sacrés et les plus doux de la vie, n'est-il exprimé nulle part avec plus d'énergie que dans ces pages désolées. On en jugera par un petit nombre de passages. « Rien n'embarrasse et ne souille tant le cœur de l'homme que l'amour impur des

(1) Liv.I, ch.ix, v.l.

(2) Liv.I, ch.ii, V.4.

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créatures ^1). « « L'âme qui aime Dieu méj^rise tout ce qui est au-dessous de lui (2). » — « Oh ! qu'il aura de confiance à l'heure de la mort celui que nul attachement ne retient en ce monde. Pour devenir vraiment spirituel, il faut renoncer à ses proches comme aux étrangers, et ne se garder de personne plus que de soimême (3) . »

Qui ne connaît cette plaisante sortie d'Orgon ?

Qui suit l)ien ses leçons goûte une paix profonde

Et comme du fumier regarde tout le monde.

Oui, je deviens tout autre avec son entretien ;

Il m'enseigne à n'avoir affection pour rien ;

De toutes amitiés il détache mon âme,

Et je verrais mourir frère, enfants, mère et femme,

Que je m'en soucierais autant que de cela.

Ces vers ne renferment pas autre chose que les maximes que nous avons citées tout à l'heure, que le fond même de la doctrine enseignée dans Vlmitation. A Dieu ne plaise que nous entreprenions de rabaisser un monument consacré par la piété et l'admiration non interrompue d'une longue suite de générations ! On citerait difficilement un livre où l'amour de Dieu, sous les apparences de la plus austère simplicité, parle un langage plus ardent et plus sublime, qui respire une plus inébranlable confiance dans la justice et la bonté éternelle, dans l'avenir mystérieux et lointain ouvert à nos destinées, qui soit plus propre à pacifier les âmes, à éteindre les haines, à calmer les passions, à étouffer le bruit de la controverse et de la guerre, à faire rentrer en lui-même, devant le spectacle de notre néant, soit l'orgueil de l'inteUigence, soit l'orgueil de

(1) Liv.II, ch.i. V.8.

(2) Liv.II, ch.v, v.3.

(3) Liv. III, ch. LUI, v. 2.

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