‹ Philosophie du droitChapitre 31 sur 47 · LEGISLATION · texte numérisé non relu

LEGISLATION

nos êimes. Les révolutions n'agitaient pas le siècle où Montesquieu écrivit l'histoire des lois avec une plume divine. Rien ne troubla sa contempla* tion. Dans son livre le passé se suffit à lui-même. Vous sortez de sa lecture avec une parfaite intelligence des institutions anciennes, mais sans souci du présent et de l'avenir : disposition qu'aujourd'hui nous ne saurions partager. Sans doute, nous plaçons nos études avec un respect profond sous l'inspiration de Montesquieu ; mais il nous est donné, dans notre siècle, de rallier la science et la poésie de l'histoire à la cause et aux intérêts de cette liberté que veut ta patrie, de cette liberté qu'elle fondera.

L'histoire ainsi considérée est le meilleur chemin à la législation dogmatique, c'est-à^ire à des réformes, à la conception philosophique du siècle même où l'on vit, de son esprit et de sou but. Aujourd'hui, dans le mécanisme des sociétés modernes, le publioiste remplace le législateur ; il n'y a plus de Moïse et de Lycurgue qui civilisent les nations; mais dans leur sein la science et le génie élaborent les principes et les idées qui plus tard deviendront- des lois. De quel peuple {érémie Bentham est-il le législateur? d'aucun. Mais il peut être, sur des points importans, le conseiller de tous. L'empereur Alexandre, les États-Unis d'Amérique, les cor tes

d'Espagne et dé Portugal ont reçu ses atis. THô^ Yateur énergique, il a embrassé toutes les pat*^ ties de la législation^ les lois ciriles, le droit pé^ nal, la procédure, l'organisation judiciaire^ là constitution politlcpie des Etats; Pendant que de Maistre refusait toute raison aux constitutions écrites, Bentham au contraire s'élevant contre ^histoire , dont l'allure progressive lui échappe entièrement, tourne le dos au passé, où il n*â vu que déceptions et misères, et veut renouveler les sociétés par une législation uniforme, là même pour tous, dont il croit pouvoir adapter les abstractions ail génie différent de chaque peuple. Mais la liberté doit être partout indi* gène; elle ne s'importe pas : partout elle doit sortir du sol et s'enfanter elle-même.

La législation philosophique dont aujourd'hui Jérémie Bentham, malgré ses erreurs^ est le plus puissant organe^, est véritablement artiste et poète; elle façonne en préceptes et en lois les progrès de la race humaine ; tantôt elle provoque les révolutions sociales^ tantôt elle les résume ; c'est, je ne crains pas de le dire, le plus noble exercice, le plus saint ministère des facultés hu-» maines. Platon voit l'apogée de ses théories dans leur application sociale, et s'iL est philosophe,

* Voyez Introduction générale à r Histoire du Droit, chap. 19.

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