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CHAPITRE PREMIER

Da Droit. — De la Législation. — De ses rapports avec la science du Droit proprement dite.

Je ne connais pas, pour l'homme, d'acte plu^ grave que le choix de la science à laquelle il vouera ce qu'il peut avoir de force pour penser et pour vivre. Le hasard décide pour plusieurs du sillon où ils enseveliront leurs efforts : c'est la volonté qui attache à une science les esprits moins ordinaires.

Il y a deux mondes, celui de la nature et celui de la pensée. Sans doute, soit que l'homme explore l'un, ou se développe dans l'autre, c'est toujours lui qui pense et qui constitue ainsi linévitable unité de la science humaine. Mais une

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différence fondamentale sépare la connaissance du monde physique de celle du monde moral ; dans les sbîeoces natpi?elUs la pen|é|{ 4e l'homme opère sur un fond extérieur et sensible^ dans les sciences morales, elle n'opère que sur elle-même, et se trouve à Jn fyn^ Wjel et qb|et. Or, dans la philosophie spéculative, l'homme se voit pensant, et cherche les lois de sa pensée. Dans la philosophie sociale, Fhomme se voit agissant, et cherche les lois de ses actions; et, comme dans sa pensée et dans ses actions il est toujours sa preuve à lui-^méme et ne peut se comparer qu'à lui, il lui arrive de se tromper souvent, dé sfe tromper davantage que dans l'étude du monde physique. Il lui arrive aussi dé chercher un point d'appui hors de lui-même, et de se tourner vers Qieu. Yoilà pourquoi il lui arrive encore de croire iTouver ({ans uoe révélation extérieure ce qui lui manque dî^is sa pensée^ ne s'apercevant pas que ce qu'on lui présente esF sa ^ pensée même, mai^ heureux d'obtepir par pette sublime surprise, qu'on appelle la religion, que la paix et l'espoir reyienjaent habiter son copur.

Où donc se s^uve^ k la (ois des illusions de la crédulité et des découragemens dé la spécula* tipn? danç la con?ciçnpe ipêcné du genre lmmaia> . et 4^ns lé [séntiméiptt profond dé la phUosopWé)

«E>ci|tle *; L'abftractfpn vous dessèche, le scepticjçiiïe^vous m\ue;re^rd^ Lçs aodél^ qui raar-* iùàmt, r9|^âîdbiM0z-Yous au; ^aod air de la Jîfeeri^é. ladiyidw et peuples, sashtz faire ren- ^rwh i4e dai^s vofrie cœur par la couacience de yps dinpits, p^r la CPUtemplation intelligente des çCforJts de cetix que vous replacez aujourd'hui. l^ droit e^t \% réalilé même; il est la diarpente de rbistoire; il enveloppe dans so^ cercle la re^ li^;jkni,ri|»4ustriie, l'art, la pbîlosophie : car c'est p^r ^ liberté néc.es3aire que Thumanité peut V^qVi^er à sp$îi4éi5» et à. ses désirs, Jn eo vimnus, ffm^^mi^ eisumus. Le droit; c'est la rie.

D» drqit 39rt la législation; elle en est la langui elle en est le verbe. lii législation, une Foiis sprti^y qc^me Pàllas, de la pensée hutnâine^i se^ met à écrire les lois religieuses et politiques dans des te^ites dont la oonnai^^Ui^ esi le preiâier ot jet de l'éduçatiop d^ p*mMes.

Les text^^! quelle puissance n'oât-rils pw de tpiit tei]|p$ e^^ercïéesur le mondée c'est dans ces fojcmples de la religion et<iu drbit que la parole de l'homme est vraiment vivante et durable; là' plus qu'ailleurs il sait graver sa pensée. Sa parole

* Ce n'est pa^ pour la première fois ç[ue je signale Téti^de de la ptiilosophie sociale comme le itaeilleur remède contre lé scepticj9|ûe. Voye« Introdwititm à P Histoire du Droit, chap. i.

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semble s'y durcir et s'immobiliser; et l'on dirail: que rien ne peut abolir ce style monumental, que les générations des peuplés se transmettent comme un testament impérissable. £h! qui n'a pas^ en méditant les livres religieux consacrés par le respect du genre humain, tremblé d'admiration devant ces grands textes de l'Écriture, qui, à travers le» révolutions des sociétés et des âges^ sont toujours restés puissans et populaires^ qui vont à toutes les intelligences, et qui enc^an-* tent tour à tour le philosophe, le poète, le savant^ le simple^ l'ignorant et le malheureux! Là on sent la vertu du style, l'autorité de la parole humaine, l'identité de la parole et de la pensée, de la forme et du fond, de l'art et de la nature, et qu'ici-bas l'aitiste est aussi nécessaire qu'il est sublime*

Partout où les mœurs sont fortes^ les principes certains et les lois inflexibles, les textes ont une précision qui saisit et une majesté qui subjugue^ Les Douze Tables à Rome, les axiomes de notre droit coutumiar dans la vieille France ont ce caractère de force et de dignité qui seules savent se concilier la popularité et la puissance.

Dès que la législation a écrit les t^Ltes^ la science commence. U faut bien saisir l'esprit renfermé dans la lettre, le commenter et ^appliq^e^. La jurisprudence est fille de la l^slation : elle

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embrasse lès mêmes objets ; mais il y a entre elles deux la même différence que de la cause à l'effet*

La science du droit positif, qui s'exprime surtout par les textes, tout en se distinguant de la législation méme^ est pour elle un support né<^ cessaire. D'abord elle l'applique, puis eHe lui donne les moyens de se corriger et de se perfectionner sans recourir trop souvent au législateur lui-même. Une jurisprudence forte et savante ]f ^ pas seulement une distraction d'érudit^ mais un élément nécessaire à la vie d'un peuple. Il knporte également aux législateurs et aux publicistes de connaître le mécanisme et Kanatomie de la science même du droit. Si Montesquieu eût étudié davantage le droit civil de Rome, il eût pénétré plus avant encore dans l'esprit de sa constitution politique. Jean-Jacques n'aperçut dans la jurisprudence et dans le livre de Grotius qu'une supeifétation arbitraire. L'art de rédiger les lois a été aussi trop souvent méconnu par les assen>blées délibérantes ; et c'est un grand inconvénient que d'écrire les prescriptions sociales dans un style prolixe et sans dignité.

L'unité de la jurisprudence européenne depuis le xii^ siècle nous semble incontestable. Reflet harmonique du génie occidental, elle est une induction puissante aux progrès à venir dans< l'action comme dans la pensée; elle doit être pour

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gn^ment qui mène à des réformes pour l'avenir. Effectivement l'histoire ^ c'est nous, nous dans le passé, nous cherdiant à ressaisir la consciei^e de ce que nous avons été avant de paraître dans notre siècle, cherchant à nous rappeler les premiers chants de la vaste épopée dont nous sommes aujourd'hui les héros. La législa^ tion est la premi^ muse de l'humanité ; elle est sacrée; elle a l'inspiration sur le front; elle a commencé par s'asseoir sous la tente des patriarchas; elle a replié ces tentes pour s'enfermer aux sanctuaires de l'Inde et de l'Egypte : sacerdotale, elle enseigne les peuples. Mais la trompette sonne, le clairon reteatit, elle monte à chevah Guerrière, elle tient sous le joug une multitude qui commence à frémir. Puis, elle change encore de costume : elle devient tribun; elle s'ap* pelle la liberté; elle se fait peuple. Et il ne serait pas profondément utile d'étudier cette ixiobilité? il n'y aurait pas autre chose que la curiosité d'une érudition académique dans cette inspection du passé? Oh! ce qui vivifie cette étude, c'est qu'elle est l'affaire même du présent. Nous nous y retrouvons avec les idées et les soucis de notre siècle, nos élans de liberté, nos enthousiasmes. En vérité, cette cendre des morts est brûlante; et nous n'aurons garde en la remuant de laisser se glacer nos esprifcs et

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