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DE LA CODIFICATION

quelles seront ses foudres et ses éclairs; malheur, malheur à lui, sMl est sans puissance et sans autorité quand il a la parole ! Mais non, il expose, il démontre^ il convainc, il entraîne; la loi soutient une épreuve morale au feu des raisonnemens et des contradictions; elle s'y retrempe et s*y épure; elle sort du combat plus forte, car elle a vaincu les résistances; alors elle est loi véritablement sociale, véritablement artiste, véritablement humaine : car faite pour tous, elle est à la fois l'ouvrage d'un seul et de tous.

L'esprit de la civilisation européenne est de résumer dahs des codes les lois de chaque nation qui sur ce point suivra l'exemple donné piar la France. Aux époques décisives de l'histoire du monde ou d'un peuple, vous trouvez des codes. Justinien résume l'antiquité, en l^altérant, pour l'amalgamer avec les principes nouveaux du christianisme. Charlemagne, saint Louis s'attachent déjà à régulariser ta variété de la légalité moderne. Pierre le Grand qui fonda Saint-Pétersbourg et l'empire russe, et cette Catherine, cette femme à la fois raffinée et barbare, qui semblait âVoir besoin des fatigues de ses passions et de ses Araltiptés pour donner le branle à son génie, tentèrent de rassembler, en les réformant, les coutumes moscovites. Frédéric, celui des modernes

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qui a ie moins permis à la royauté d'effacer Toriginalité de son caractère, chez lequel Théroïsme le plus naïf s'alliait à la plus mordante ironie et qui sut réunir l'enthousiasme et le cynisme, comprit que le disciple de Voltaire devait être législateur; et il se donna beaucoup de peine, à deux fois, pour laisser un code général pour les JE tats prussiens. VÂWemagnesLtnène peu à peu sa langue et ses mœurs à rendre possible une légis^ lation générale et uniforme; le moment viendra pour elle de profiter de la science et de l'érudi* tion de ses jurisconsultes. L'école historique est, sans le savoir, l'habile ouvrière qui prépare et fa* cilite l'œuvre des législateurs à venir. Quand l'Angleterre aura retiré sa liberté des mains de l'aristocratie, on entendra l'école de Bentbam dans la Chambre des communes.

La France, qui a donné le signal des révolutions législatives, exercera encore une influence salutaire en révisant ses lois civiles^ commerciales et criminelles. Elle devra porter dans cette réforme le même esprit que dans leur création primitive, c'est-à-dire l'esprit de système et d'unité philosophique : en un mot, la révision de chaque ordre de lois devra être synthétique et embrasser toutes les parties d'un code. Je n'ignore pas que quelques excellens esprits préfèrent la révision

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partielle et successive de chaque matière importante ; ils trouvent dans cette méthode la garantie que les détails essentiels seront approfondis, que chaque sujet spécial attirera sur lui seul toute l'attention du législateur. Je réponds que ce souci est légitime, qu'il faut accorder à chaque loi particulière le temps et l'étude nécessaires pour la faire aussi bonne que possible ; mais j'ajoute qu'il faut subordonner ce soin important à une prisée plus baute^ à la dotible convenance de l'art législatif et du génie national.

Quand on préféré les amendemens partiels à une révision générale, est-on bien certain de ne pas prendre l'exemple donné jusqu'à présent par l'Angleterre pour une vue de raison.^ Mais si jusqu'ici l'Angleterre a cherché k réparer, à rajuster, à corriger pièce à pièce l'édifice de sa législation^ ce n'a pas été par choix, mais par nécessité; elle a suivi le cours de son histoire, elle a surmonté les difficultés de la position par l'industrie de ses jurisconsultes 6t l'habileté de ses homme d'Etat; enfin elle a obéi à son génie. Obéissons au nôtre. Or l'esprit français excelle à embrasser l'étendue d'un sujet, à en saisir l'unité, à en tracer l'économie, à abstraire les principes dirigeans, à déduire les conséquences, à les sub« ordonner, à parcourir avec une rapidité nette

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toute la garouie d'un système. Je dirais volontiers qu'il est plus poète dans la philosophie et la politique que dans Tart même : voyez Montesquieu et Malebranche^ Bossuet, Napoléon et Mirabeau. Il y a plus^ nous ne concevons Téritablement les détails qu'en les voyant découler d'un principe» qu'en les y ramenant; et quand nous ne voyons pas tout, nous ne voyons rien.

Ces qualités philosophiques sont les plus nécessaires à la rédaction des lois; elles répondent au sujet même 9 à l'unité et aux rapports qui animent et constituent la législation d'un peuple. Conçoit-ôn la possibilité de réformer un titre du Code civil, sans réviser le Code même? Conçoiton davantage la réforme^du Code civil, sans la réforme du Code de commerce ? Comment concilier sans ce concert les principes de la législa* tion et ceux de l'économie poUtique, qui doivent entrer dans la légalité?

On ne donnerait à la France que des lois sans génie et sans puissance, si, au lieu de les refondre^ on voulait les lui raccommoder. Prenez du temps; laissez les idées et les doctrines se produire, s'aventurer; mais dès qu'une fois les hommes politiques auront résolu d'agir, plus de tâtonnemens^ de petits essais : les lois d'un grand

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peuple sont comme les armes d'Achille; il faut savoir les manier.

Le gouvernement français vient de proposer une loi qui remédie aux lésions les plus injurieuses que le Code pénal faisait à la dignité humaine : cette mesure est excellente, non parce qu'elle rend inut;ile la révision du Code, mais parce qu'elle permet de l'ajourner.

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