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AVERTISSEMENT

tive; les dissentimens que vous pourrez hasarder seront profitables, et cette contemplation intime est une bonne école où l'esprit exerce ses forces sans compromettre son originalité^ s'il est destiné à en avoir.

DB LA VIE ET DBS OBTRA€B$ PC SAINT-SlVOIf.

Il y a cinq ans un philosophe raeurt dans lsi pauvreté, Tabandon et Toubli : durant une vie >leine de travaux et d'amerturae, traversée *orages et vouée tout entière à la passion du vrai^ au culte de Thumanité, à la recjberchç dq ses lois morales et progressives et. de spqt avenir positif, cet homme n'a recueilli que dérision et ingratitude ; ses contemporains ont pas^é à, côté de lui, soit le sourire moqueur à la bouche, soit en détournant la tête : pas un encouragement, pas un suffrage. Le philosophe a même com-

3^6 i^TtrDEs.

paru devant la justice de son pays pour avoir flétri d'une réprobation sévère Toisiveté ^ur le trône et dans les cours, et a toujours ainsi marché d'épreuve en épreuve, jamais abattu, ne désespérant jamais jusqu'au dernier soupir, qu'ont reçu un disciple fidèle, et c^^ux, ou trois amis. Et cependant voilà qfu'aiijourd^ui, au milieu même des partis, des factions, des trônes qui tombent ou qui craquent, éclate une école nombreuse et puissante qui n'agit, ne parle que pour répandre le nom, la doctrine, la parole de Saint-Simon, les glorifier, et trouve dans son enseignement assez de force et d'autorité pour tourner sur elle les yeux de tous, et devenir l'objet d'une attente universelle. Certes un fait aussi frappant veut être regardé. Quel est donc cet homme qui revit après sa mort, qui, privé de la célébrité et de l'apothéose de coterie, entre dans la véritable gloire cinq ans après avbîr disparu, et dont la doctrine, répandue et développée par un vaste prosélytisme, menace d'une révolution la religion et la politique ? Quelle est cette école active, infatigable, pleine d'une conviction ardente, de talens élevés, qui tous les jours se recrute et se fortifie, écrit, prêche, enseigne, sait braver le martyre du ridicule, renvoie aux salons dédains pour dédains, et marche ouvertement à la conquête dé la société ?

Je parlerai d'abord de Saint-Simon; j'arriverai ensuite à soii école.

iTBBES. 3a7

Claude^Iïeim, comte de Saint-Sitnonf, naquit à Paris en 1760, et fut ainsi, pendant son enfonce, contemporain de Voltaire, de Rousseau et de tout Féclat du xviii® siècle. Il appartenait à ces Saint- Simon que Louis XIII combla de faveur, qui eurent sous Louis XIV et le régent un représentant iUustre qu'une immense publication vient de nous révéler comme un des plus grands écrivains de notre langue, qui descendaient des comtes de Vermandois et par eux du sang de Charlemagno. Henri de Saint-Shnmi était fier de son origine et la rappelait souvent. Atn^, dans Tavant - propos de son Introduction aux travaux scientifiques du xviu® sièelef aptès avoir .dit que^ tout-à^fait étranger aux prétentions littéraires des écrivains de profession, il n'écrit que parce qu'il a des choses neuves à dire, il ajoute : a J'écris comme un gentilhomme, comme un desn cendant des combles de Vermimdois^ comme un » héritier de la plume du duc de Saint-Simon. » Et ailleurs : c< Ce qu'il y a eti de plus grand de fait, M de plus grand de dit,; a été fait, a été dit par des »> gentilshoomies. Notre ancêtre Gbarlemagne, » Pierre le Grand^ le grand Frédéric et l'empereur )» Napoléon étaicBt nés gentHsfaommes>. et les pen- » seurs du premier ordre, tels que Galilée, Bâcon,^ j» Descartes et Newton étaient axissi gentils* M homnies. v^ Etrange rencontre du sort ! ce hardi

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novateur était du loéme sa»g:qiiQ ceduc de Saint- Simpn, chan^pion si zélé de la noblesse hérédi-itaire et de rétiqueljte monarchique j on dirait que de ces deux gentilshommes l'un était destiné à montrer ce que les préjugés historiques peu^rent avoir de plusi entêté jet de plus industrieux, l'aiitre ce que l'esprit de rhomme . p^eut avoir de plus général, de plus libre et def^lu^ investigateur.

On n'a pas de détails sur Fenfonce de Saint*^ Simon : dans une de ses lettres où il raconte l'histoire de sa vie, et que noitô avons sous les yeux, il ne remonte qu'à l'époque de son entrée au.service, en 1777; deux ans après, en 1779, îi partit pour l'Amérique; il y servit sous les ordres de M. de Bouille et sous ceux de Washington.

Pour un jeune homme plein d'enthousiasme^ d'avenir, et qui à dix-sept ans se faisait éveiller chaque matin avec ces paroles : Let^ez'-vous, monsieur ie comte : vous a^ez de grandes choses à/aire; c'était un, beau spectacle qu'une révolution et un monde nouveau. Là il causa avec Franklin, assista à l'émancipation armée d'un grand peuple, étudia surtout les mœurs, la civilisation industrielle, et demeura convaincu dès ce moment que la révo** lution d'Amérique signalait le commencement d'une nouvelle ère poUtique, et amènerait bientôt de grapds chaogenEiens dans; l'ordre sociail européen.

* lÊTUBES. • 3 29

Saiiil'-Simon resta cinq ans en Amérique. A la paix, il présenta au vice*-roi du Mexique le projet d'établir entre les deux mers une communication qui était possible en rendant navigable la rivière in Purtidoj dont une bouche verse dans notre Océan, tandis que l'autre se décharge dans la mer du Sud. Le projet £at froidement accueilli : il l'abandonna. De retour eii France^ilfbtfaitcolond y il n'avait pas encore vingt-trois ans. T^ désœuvrement dans lequel il se trouva ne tarda pas à lui déplaire ; il partit pour la Hollande en 1 785. De retour à Paris, un an après, il fit im voyage en! Espagne en 1787. Le gouvernement espagnol avait entrepris un canal qui devait faire communiquer Madrid à la mer ; mais il manquait d'ouvriers et d'argent. De concert avec le comte de Cabarus, Saint*Simon présenta un vaste projet dont un événement vint empêcher l'exécution : c'était la révolution française.

. Les révolutions entraînent tout dans leur or*^ bite, et les hommes même les plus forts n'en sont que les glorieux satellites. Pour résister à éettè |>eiite universelle il faut une force inouïe que âa}nt*Simo^ possédai II ne siégea pas à la Constituante, bien que rhérîtîer du duc de Saint-Simon <xit pu trouver beau d assister à l'holocauste nocturne des droits de la noblesse. Non; pendant que l'œuvre de destruction s'élaborait au milieu

fies tempêtes^ ce génie organisateur restait cabne,. et songeait, je cite ses expression, à fonder un ffr and établissement d industrie^ et une école scien* tifique de perfectionnement. Saint<*Simon, qui devait mourir dans le dénâment et la pauvreté,, rechercha et voulut la fortune comme Voltaire. Ce devait être dans ses mains un noble instrument, Dan3 ce but il s associa un Prussien, le cpmte de Bedem, qui annonçait des vues libérales et approuvait ses projets. Ses spéculations réussirent; et,, en 1797, il était en mesure de commencer l'établissement d'industrie. Mais son associé, ipi'aucune vue théorique n'animait, re-*^ fqsa de poursuivre; et ils se séparèrent après une liquidation qui ne laissa dans les mains dé SKifil^ Simon que 1 44^000 livres.

Forcé de renoncer à soa établissement d'in-^ dustrie, Saintr&imon se retourna vers la science. Alors il conçut la nécessité d'une nouvelle philosophie générale, et le projet, suivant son admif^le expression, de rendre rinitiaiiçe à V école française. Po«ir mener à bien cette vaste entre-^ prise^ il voulut commencer par constater la si^ Jtuation de la connaissance humaine.* Dans ce hv& il prit, domicile en face de l'Ecole polytechnique, se lia intimement avec plusieurs professeurs de l'éciole^ entre autres avec Monge. Après avoir nàs trois ans à reconnaître les connaissances acquises

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sur la physique des corps bruts, il s'aHà loger près de l'Ecole de médeicîne, entra ep rapport avec les physiologistes et constata leurs idées générales sur la physique des corps organisés. Cela Êiit, il partit à la paix d'Amiens pour TÂngleterre, d'où il revint avec la certitude qu'elle riapait sur le chantier aucune idée capitale neuve. Puis il alla à Genève, parcourut une partie de l'Allemagne ; et voici ce qu'il dit de ce savant pays : ce J'ai rap- » porté de ce voyage la certitude que la science D générale était encore dans l'enfance dans ce » pays, puisqu'elle y est encore fondée sur des » principes mystiques; mais j'ai conçu de l'espé- >^ rance pour les progrès de cette science en >x voyant toute cette g^nde nation passionnée M dans cette direction scientifique, »

L'année 1 808 trouva Saint-3imon maître de ses idées et prêt à écrire : alors il publia Ylntroduc'^ tion aux travaux scientifiques du xix^ siècle; œuvre admirable et inconnue { le livre if a été tiré qu'à cent exemplaires, pour être distribué aux' savans), début d'originalité et de génie. Mais, avant d'en parler avec quelque détail, je veox énumérer la suite des travaux de Saint^imon; et le conduire jusqu'à sa mort. A la fin de r8o8 il adressa au bureau des lôngîtudes et à la première classe de l'Institut des lettres où il développait 1^ idées qu'il avait adoptées sur le système astro*

33!l ÉTUDES.

nomique dans son Introduction et qu'il abandonna plus tard. Mais à côté de ces hypothèses jaillissait une foule d'idées neuves , de généralités fécondes. Quelque temps après il composa ditférens mémoires sur l'idée d'une encyclopédie et sur la science de rhomme» En iSioil publia un aperçu des mémoires relatifs à l'Encyclopédie^ sous le titre de Prospectus d'une nous^lle Encyclopédie ; on y lit une épître dédicatoire à son neveu Vic^ tor de Saint-Simon/ où éclate un enthousiasme original^ inconnu même à Diderot. Ses autres mémoires inédits furent écrits dans le cours dei8i3.

Jusqu'ici Saint-Simon n'est pas entré dans la politique ; il avait commencé k y tourner dans ses mémoires sur l'homme^ mais il l'aborda ouvertement en 1814^ après la chute de l'empire, par une brochurein titulée : Delà Réorganisationdè là Société européenncy à laquelle tr^avaitla M. Augustin Thierry. Là nous voyons le philosophe concevoir déjà le plan d'ime association européenne , mais vouloir l'établir sur les formes du gouvernement parlementaire, car alors il regardai! encore la constitution anglaise cpmme le meilleur mode d'organisation sociale. Des points de vue historiques hardis et neufs distinguent cette brochure de cent et quelques pages, qui se termine par cette phrase citée si souvent par

l'école : « L'âge d'or du genre humain n'est pas w derrière nous; il est au-devant; il est dans la M perfectioç de l'ordre social : nos pères ne font » pas vu, nos enfans y arriveront un jour; c'est » à nous à leur en frayer la route. » L'anné suivante, en ï8i5, pendant la courte apparition du météore impérial, Saint-Simon fit paraître encore, de concert avec M. Augustin Thierry, une Opinion sur les mesures à prendre contre la coalition de 1816. Il y reproduisit sa thèse favorite d'une alliance nécessaire avec l'Angleterre; il y établit que le peuple anglais, par la conformité de nos institutions avec les siennes, par ce rapport de principes, cette communauté d'intérêts entre les hommes, était désormais notre allié naturel. Quelques semaines avant Waterloo, cette prévision philosophique qui semble vouloir se réaliser aujourd'hui ne pouvait être populaire. Il est remarquable que dans cette nouvelle brochure Saint- Simon demandait que l'acte ^ditionnel fût considéré comme provisoire, et que le peuple français donnât à sa Chambre des représentans le pouvoir de se déclarer Assemblée constituante dès qu'elle le jugerait nécessaire.

Que le trône fût occupé par l'ancien élève de l'école de Brienoe ou par un des frères de Louis XVI, peu importait à Saint-Simon : sourd aux révolutions passagères, indifférent aux luttes constitu-

tionnelles, il arriva, dans. son nouvel ouvrage, T Industrie^ qu'il publia en 1817, de concert avec M. Thierry et un autre collaborateur^ à caracté-^ rîser le régime parlementaire et représentatif, et à ne plus le considérer que comme un passage^ un gouvernement de. transition entre la société féodale et un nouvel ordre de choses que devait amener l'industrie. Dans les lettres contenues au second volume, qu'il adresse à un Américain, quelle appréciation vive et perçante des institutions et des choses ! Et dans la dernière partie, quelle profondeur dans la comparaison de la propriété foncière et de là mobilière, dans l'appréciation de l'organisation judiciaire et de l'ih* fluence des légistes ! Là, Saint-Simon, sur le terrain xxxém^ de Bentham, le laisse bien loin derrière lui. Cette critique fondamentale , qu'il adressait au constitutionnalisme , le conduisit^ deux an$ après, à présenter dogmatiquement ses idées sur la réorganisat^n sociale. L' Organisateur {i^i^ présenta à la fois le tableau historique du passé depuis le xi^ siècle, et des inductions systématiques sur l'avenir. Le passé, sur lequel je ne sache pas qu'historien contemporain ait jamais promené un coup-d'œil plus ferme et plus haut, démontre aux yeux de Saint-Simon que l'espèce humaine a toujours tendu de plus en plus à s'organiser pour travailler à sa prospérité par son

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action sur la nature, et que les savans, les artisteé et les industriels se sont toujours proposé de sai» sir la direction morale de la société. Donc la société est fondée sur le travail, et doit être dirigée par la capacité scienti6que et industrielle. Quel sera le mode d'exécution ? quel sera le lien de transition de l'ancien ordre de choses au nouveau? Sur ces deux points Saint-Simon est loin d'être aussi dogmatique que sur le principe ; et, s'il émet quelques vues, il déclare que le temps et les circonstances pourront fort bien les modifier. C'est dans r Organisateur que se trouve la parabole célèbre qui le conduisit devant le jury ; il fut ac^ quitté.

Le Politique^ pour la rédaction duquel il s'adjoignit plusieurs personnes, et une brochure sur les élections en 1820, occupèrent, après VOrga^» nisateury son infatigable activité. J^q Système irt" dustriel vint, l'année suivante, reproduire avec des développemens plus riches encore l'idée fondamentale de sa théorie politique ; nous y avons trouvé de belles pages sur l'individualisme et la liberté, et les aperceptions les plus lumineuses sur l'histoire, toujours tournées en inductions de l'avenir. En iSaa il publia une brochure. Des Bourbons et des StuartSj où il avertissait la race de Charles X de ne pas s'appuyer sur les courtisans, les nobles, et de se lier intimement à la cause de

336 érvwfEs,

tous ies noD-'pmiiégiés, sous peine d'une inrépâ^ rable )cbute. Le Catéchisme dts industriels ^ qui parut en 1823 et i8!i4y niit de plus en plus eh saillie le système indus^el et politique.

Cependant Saint'-^ Simon n'était pas même écouté de son; siècle : le bruit des discussions constitutioimeUes couvrait sa voix qui se perdait à travers les kittes de partis; Le. dédain^ la moquerie, l'oubli et la pauvreté étaient le prix de ses travaux. Il aimait ardemment la gloire et l'humaaité : l'humanité lui était sourde, la gloire tardait à venir et ne devait paraître que sur sa tombe! Oh! quel sourire affreux doit agiter les lèvres de l'homme de génie quand il porte dans son cœurViDgratitude de son siècle ! Le combat dut être terrible dans l'âme de Saint-Simon, car il y succomba,, et, rejetant la vie avec un invincible dégoùt,^ résolut de se donner la mort. Le coup mortel l'atteignit sans l'anéantir, et comme l'ange de Milton, il se releva

Foudroya mais TÎTant.

Puisque la mort lui échappait, Saint-Simon co^lprit qu'il avait encore quelque chose à faire, voulut vivre, et à travers le suicide arriva à la religion.

h^tJSoweau Christianisme parut. Trois mois

ÉTiriNss. 337

àupàniVasit, la pubKcâtion des Opinions littéraires pkilâsopfuqûes et industrielles avait mis en vive lumière les plus importans problèmes de l'organisation sociale ; mais le Nouveau Christianisme^ quelle idée ! quelle révélation ! Que s'est-il donc passé dans l'âme de cet homme qui a dé-^ buté par l'athéisme ? C'est que> arrivé aux dernières angoisses du désespoir et du néant, il s'est réfugia touf>-àk;oup dans Diéu^ et là seulement s'est trouvé à l'aise et à sa place* Quelle sentence accablante il prononce sur le catholicisme en se tournant vers le passé! comme il le convainc d'impuissance et d'hérésie ! Le protestantisme reçoit aussi sa leçon, et son incapacité pour l'organisation et le culte lui est démontrée. Mais après toute cette irréfutable critique^ quelles indications pour l'avenir et la religion ! Je ne crains pas de considérer le Nouveau Christianisme conmie laissant bien loin derrière lui la Profession de foi du vicaire sà9oyardy élan pathétique d'un déisme qui se cherche et ne sait où s'appuyer^ destitué qu'il est de la connaissance pro-* fonde de l'homme et de l'histoire.

L'année même où il écrivit le Nouveau Chris* tianismey le ig mai iS^S, Saint-Simon mourut laissant imparfait un autrei ouvrage. Depuis qu'il était entré si pï*ofondémeht dans la conception de Dieir et de la religion^ il avait contracté un II. %%

336 ÉmuEs.

calme inaltérable et se montrait plein de sécu^ rite sur l'avenir de sa gloire, de ses idées et de la socàété. Une heure avant sa mort, maîtrisant la souffrance, ayant auprès de son lit le disciple fidèle qui lui ferma les yeux et deux ou trois amis nouveaux, car les anciens l'avai^it abandonna il les enseignait et les exhortait encore : « Ayez n courage, leur disait-il : la poire est mûre, vous » la cueillerez. La dernière partie de nos travaux, » la partie religieuse, sera méconnue quelque » temps, parce que le catholicisme s'est montré j» contraire à la scia»ce ; on croira d'abord qu'il » en doit toujours être ainsi de toute religion. » Mais al^ez toujours, et rappelez-vous qu'il faut n de la passion pour faire de grandes choses. La >) poire est mûre ; vous la Cueillerez. »

Nous avons conduit Saint-^mon jusqu'à la fin d«sa vie; le voilà mort II ne rest^ plus rien de cette indivL(^alité si vivi^ si puissante, si pas^ sionnée, si fougueuse^ si singulière el si générale, de ce gentilhomme novateur, de ce génie original qui a donné à l'industrie sa véritable place^ en l'associant à la science et en l'appelant hiérarchiquement au gouvernement ; de ce poète, car il fut inventeur, qui fut plus religieux qu'aucun de ses contemporains, car il voulut asso<^er les hommes au nom d'une idée générale, c'est*-àdirede Dieu^ et cependant fut calomnîé,meconnu,

et battu des verges de ropînîon. le me trompe, il en resté quelque chose : ses idées; et les idées d'un homme, voilà son testament véritable, voilà son légitime héritage. Débiles et fausses, elles s'éteignent sur son tonabeâu ; fécondés et vraies, elles envahissent le monde.

Quand on étudie avec attention le^ ouvrages de ^int-Sitnon, on reconnaît clairement qu'iU se partagent en travaux scientifiques, travaux industriels et politiques, et conception religieuse. [Nous voulons maintenant, sous ces trois chefs, résumer substantiellement la progression de ses idées générales.

: Travaux scientifiques. Tout homme dé génie veut ce qu'il doit faire : Voltaire voulut détruire, Saint-Simon organiser. Frappé, comme nous l'avons déjà dit, de la nécessité dé rendre Tinîtitttive à l'école française, il coAtate l'état actuet# de la science. Aussi cette prennère partie de ses travaux est-elle plutôt critique qu'organique, bien que déjà parsemée didées puissantes et positives qui se développèrent plus tard. Maïs quelle critique originale!

Dans son Introduction aux travaux scientifiques du XIX* siècle, qui est écrite, ainsi que ses autres ouvrages, du style le plus vigoureux, le plus neuf, le moins académique, et qui rappelle

34o ETUDES.

la vigueur de Descartes dans le discours de là Méthode y on trouve (et c'est en 1 808, bien avant l'éclectisme, qui n'a pu et ne saurait être que la philosophie de la restauration):

Une admirable et longue application du génie de Descartes^ que Saint-Simon replace au*dessu)s de Newton ;

Une critique compétente des beaux travatuif^lé Newton^

Un jugement excellent sut la plûlosophie de Locke j

Condorcet loué et blâmé avec une impartialité supérieure.

Alafin du jugement cri tique je trouve ces mots: ce Les circonstances g^érales dans lesquelles » Ck>ndorcet s'est trouvé, les circonstances par- » ticulières dans lesquelles il s'est placé, lui ont a^ échauffe la té^^^lles ne lui ont pas laissé le » loisir de poserÉfcnquillement les £siits, d'dtn » server leur enchaînement, et de déduire mé- » thodiqùemeht les conséquences des principes » qu'il a posés. Il n'a pas examiné pendant le » cours de son travail la meilleure opinion à » adopter; il a employé toutes ses forces à sou* n tenir celle qu'il avait émise; et sa belle concept . » tion, récapUuier la marche de P esprit htwiam^ » et terminer cette récapitulation par r exposé de

niconfectures formées sur la marche qi£ il suivra^ » s'est réduite> dans l'exéeutioo^ à une diatribe H contre les rois et contre les prêtres. »

Nous signalerons surtout dans V Introduction une magnifique observation sur la synthèse et l'analyse, qui a été reproduite dans ces derniei? temps, mais qui a été écrite pour la première fois dans la philosophie française par Saint-Simon. Il y est démontré que la synthèse et l'analyse sont deux modes d'activité de l'esprit humain aussi nécessaires l'une que l'autre; qu'il faut alternativement généraliser et particulariserais que l'école, en décrétant que les savans devaient suivre exclusivement la route que Locke et Newton avaient prise, a posé un principe de circonstance en croyant posée un principe général.

U Introduction est toujours dominée par cette pensée, qu'il faut revenir à l'œuvre de Descartes, à monarchiser la science^ puisque Ni^wton l'a anarchisée; à la synthèse, puisqu'on a épuisé l'analyse, et parvenir à une idée générale, nouvelle et génératrice. Ensuite que de vues fortement rationnelles !^ quelle justice rendue au clergé quand il était savant et vigoureux, à ce corps deprofesseurs de théisme^ comme l'appelle Saint-Simon.

Déjà aussi il entrevoyait le principe sur lequel

34a £TUt>^$.

il devait baser sa politique : le travail. VhQmme dait traifâiUer, dit-il; le rentier y le prapHétaire qui n'a pas d'état^ qui ne dirige pm persorniel-lement les travaux nécessaires pour rendre sa propriété productiife y çst un être à chaîne à la Société..... Le moraliste doit pousser l'opinion^ pu^ blique à p^nir le propriétaire oisifs en le privant de, toute considération.

L'idée d'une encyclopédie dè§ ï8io> qui àe^^ vait, au rebours de celle du dernjer siècle, édifier et non détruira, o^çst pas ^ns doute vM^e censée médiocre.

*i)ans Içs Mémoires sur la Science de riumim^ la marche des sciepces est lu|]f]^ineu$ement indi*quée, ainsi que le besoin d'une philosophie 0t d'une science géAéralejs positive; d'où doit dé^ couler une réorganisation sociale qui n^ peut jamais être que l'application ^u systçm^ des idées : car Saint*Sin^on pensait, avec Platon ^ Spinosa^ que les faits reçoivent leqr loi de Ift pensée de l'homme.

Traygux industriel^ et polijtiqvfis. Du besoin, de réorganiser la science, le philosophe passe à la réorganisation de 1^ société et arrive aux ré-r sultats suivans :

Le régime parlementaire et coustitutipnnel, que plusieurs publicistes ont considéré comme Ija dernière mervçiljle de l'esprit t^uçiain^ n'est qu'un

ÉTOOES. 343

régime tranâitoire eatre la £éodalité^ sar les dé-* bris et dans les lien» de laquelle nou^ vivons en«« cf^Bj el un ordre de cfakoses nouveau.

Le fondement de la polîtû{ue sociale est le travail.

Or les travailleurs industriels pont les de$cmi«dans directs des esclaves, des serfs et des affrair chis; à mesitre que la civilisaticin a marché, ils ont avancé avec elle, et l'importance de Forganisation militaire a décru. ^a proportion.

Les travailleurs sont doaic appelés à s'emparer de la direction matérielle de la société.

Lia piiopriété foncière (doit alors se régler ^ se transformer sur le mimde de la propriété mo- 'bilière*

L'idée de. la prodactioa et du respect de là production remplacera l'idée de la propriété fonctère et du respect qu'on a. pour elle.

lia direction de la société appartiendra dpiïc à la capacité scientifique^ artiste et indust^rielle, qui perfectionnera incessamment, et dans une é^le mesure, la théorie et la pratique. Saint- Simon ne reconnaissait pas encore la capacité religieuse.

Conception religieuse.

Le mondé vit et repose sur la foi en Dieu.

Lq chri^ianisme est fondé sur ce. principe su-

344 ETCDES.

blime : « Les hommes doivent se conduire en frères à Fégard les uns des autres, n

Donc^ suivant le chriâtianisme> les hommes doivent se propo^r pqur but de tous leurs travaux et leurs actions d'améliorer le plus prompte* ment et le plus complètraoent possible Texistence morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. '

Donc le catholicisme, qui a abandonné la cause de Tamélioration morale, intellectuelle et phjr sique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre^ pour se ranger depuis le xv* siècle du côté des rois et de Taristocratie, est hérétique.

Donc le protestantisme, qui a voulu ramener rSglise aux imperfections de sa naissance, qui lui a enlevé son caractère d'unité^ et demeure impuissant pour gouverner, organiser^ et se développer en gouvernement et en culte^ est hérétique.

Donc il y a nécessité d'une nouvelle organi-* sadon sociale qui déduira les institutions temporelles et les institutions spirituelles du principe que tous les hommes sont frères, et les dirigera vers le but du perfectionnement moral, intellec tuel et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.

Donc il y a nécessité d'une transformation du christianisme, d'un christianisme nouveau , d'une religion nouvelle.

Telle fut la progression biographique des idées de Saint-Simon, science^ industrie, religion. Son éeole a dit après lui, dans un ordre synthétique, religion, science, industrie^ amour, intelligence et force.

Mais c'est assez pour aujourd'hui : nous avops dit quel fut Saint-Simon, sa vie et ses idées, et nous avons reconnu clairement en lui un génie du premier ordre. Voilà le résultat de cet article^

DiB ËTRUSKÉa, VON Karl Otfried Muller, etc. — Les Etrusques; par Gh. Otfried lyjvj'LER. Ouvrage couronné par TAcadémie des Sciences de Berlin, 2 v. in-8**; Breslau,1828.

La philologie devient de jour en jour plus né-' cessaire et plus utile à l'histoire; elle restaure surtout l'antiquité, dévoile les temps primitifs, et seule peut nous donner l'intelligence de ce que le cours des siècles emporte si loin de nous. Sans elle et ses opiniâtres recherches, il ne faut pas espérer de connaître véritablement ce que firent et pensèrent les peuples et les hommes de l'antiquité^ le sens de leurs pratiques, la tournure de leurs idées, l'esprit de leur religion et de leur droit. Et les études philologiques ont cet avantage, qu'elles se prêtent facilement aux différentes dispositions de ceux qui s'y livrent. Les esprits qui aiment surtout l'exatnen des détails, qui se plaisent uniquement à l'investigation curieuse de ce que les particularités, les fragmens et les mots d'une langue ont de plus subtil et de plus délié, méritent réellement de U science,

STUJOBS. 347

historique^ en déposant dans de simples monographies leurs recherches et leurs conjectures avec cette naïveté qui est le caractère de la véritable érudition. Mais si à la sagacité qui devine, retrouve et restaure les mots, le philologue réu^ Dit cette étendue d'esprit qui comprend les choses, alors il se servira lui-même des matériauit et des richesses qu'il aura recueillis, et se fera historien. Ainsi les Niebuhr, les Creuzer et les Otfried iMûller offrent de nos jours Theureuse union de la philologie et de l'histoire.

M. Niebuhr a véritablement restauré l'histoire de l'Italie primitive : il a retrouvé ces peuplades dont les destinées viennent se mêler à la fortune de Rome. Les origines et les migrations de ces peuples^ leur caractère, leur génie, leurs proi^rités, leurs éclipses, leurs luttes avec Rome, leura défaites, leur ruine, tout cela revit dans de sauvantes conjectures, où la sagacité historique est poussée si loin qu'elle ressemble à ime imagina*tion puissante, et s'iléve parfois à des créations de poète. Les jEnotres et les Pélasges, les Opiques, les Sabelli, les Etrusques, les Ombriens passent devant vos yeux, et vous intéressent tant par eux-mêmes que comme précurseurs des Romains; car id la vérité historique concourt heureusement avec l'art. Si M. Niebuhr a passé de laborieux « momens pour nous faire connaître, les légejpd^s^

348 ETUJOCS.

les mythes et les traditidhs de ces peuples en leé soumettant à la plus ingénieuse critique, que le célèbre historien en soit récompensé par la curiosité pleine d*émotion qu'il inspire au lecteur; on aime ces races retirées de la nuit des temps, et puis on attend les Romains, peuple historique s'il en fut, destiné à envelopper dans son sein, les unes après les autres, toutes les peuplades italiques, en attendant qu'il envahisse le monde. On sent qu'avant d'élever l'édifice, M. Nieburh a voulu construire comme les propylées de l'histoire ro-

maine *.

De tous les peuples de l'ancienne Italie, les Etrusques sans contredit sont le plus important et le plus curieux. Nation forte, douée d'un caractère et d'une langue originale, pères en grande partie de la civilisation romaine, les Etrusques semblent destinés dans l'histoire à former le lien entre l'Orient et l'Occident; par leur sacerdoce on les dirait tout à la théocratie; là, comme en Orient, la connaissance du ciel est nécessaire aux

^ Il serait injuste de ne pas reconnaître que M. Micali, dans son Bisioire de V Italie avant la domination des Romains^ a édairct quelques points importans de l'histoire de l'Italie primitive et des peuples qui ne succombèrent sous les armes romaines qu'après une longue résistance. Mais on doit regretter qu'à force de patrie-, tisme il ait souvent compromis sa critique. M. Niebuhr, si sévère pour l'ouvrage même, signale le mérite et le prix de Tatlas. Première et 4euzièm^édît.,pag. 138.

affaires % et les hommes se mènent par l'interprétation des signels, des phénomènes et des astres. Mais par le patriciat l'activité du citoyen commence^ et l'indépendance des droits politiques s'annonce^ La, Toscane antique fut donc le théâtre d'une des époques les plus instructives de l'histoire.»

M. Nieburh caractérise à grands traits les Étrusq^es dans son livre. Il les montre connus des Grecs comme maîtres de la mer Tyrrhénienne, au temps de la guerre des Perses; habitant l'Étrurie proprement dite, et les pays voisins du Pô à l'époque de leur grandeur ; jouant un rôle important dans l'histoire romaine deffeiis les rois jusqu'à la prise de Rome par les Gaulois ; au plus haut point de splendeur à la fin du ui^ siècle; perdant la Campanie dans le iv% ainsi que tout le pays depuis les Apennins, Veïes et Capenne; s'épuisant pendant le v® dans de molles résistances contre Rome. « £nfin, au » temps de Sylla, l'antique nation étrusque périt » avec ses sciences et sa littérature; les nobles » qu'y avait conduits la lutte tombèrent sods le » glaive. Dans les cités les plus considérables, on » établit des colonies militaires, et la langue la-

* Greuzer, Religions de Pantiquité, traductioH de M. Guigniaut, tom. iiy première partie, page 479,480 et passim.

35o ÉTUDJES*

» tine régna seule. La plus grande partie de la » nation perdit toute propriété foncière, et lato- » guit dans la pauvreté sous des maîtres étran- » gers, qui s'appliquaient dans leur tyrannie à » effacer la trace des souvenirs nationaux et à » tout rendre romain*. » Mais les ruines de^ villes étrusques^ loriginalité de leurs«arts et de leurs monumens, le charme qui s'attache au mys^ tère de leur langue demeurée une énigme pour nous, tout cela a tourné vers les Étrusques l'intérêt et la curiosité des modernes; et, selon la spirituelle remarque de M. Niebuhr, ils sont sans compâraison^plus célèbres aujourd'hui et en meilleur renom^^au temps de Tite-Live. L'historierf de Borne ne les quitte pas sans parler de leur religion et de leurs arts.

Un autre philologue, professeur à l'université de Goettingue^ célèbre par d'admirables travaux sur l'antiquité grecque» entre autres sur les Doriens **, a entrepris, touchant les Étrusques, le même travail que pour la race dorique. C'est la même pensée historique, à peu^ près* les mêmes divisions. M. Otfried Mûller a voulu , pour ainsi dire, écrire la biographie des Étrusques dans l'histoire, cdmme il avait tracé

* Niebuhr, deuxième ëditioD, tom. i, pag.il et 12. ** DieDorier. 2 vol. Breslaa, 1824.

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