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ÉTUDE

la priorité d'origine et d'influence; 2^ de donner aux Sabins une juste prépondérance dans la formation de la chose romaine, prépondérance sur laquelle s'accordent les traditions, et qui aurait été impossible si les Sàbins avaient eu affaire à une colonie étrusque, modelée sur sa métropole, et qui, dès le principe^ se serait enfermée dans une imitation rigoureuse ; 3^ de rendre compte de tout ce que les institutions romaines ont pu emprunter à FEtrurie, sans que pour cela elle étouffe le génie latin et romain; l'élément étrusque vient en tiers s'ajouter à un petit état déjà constitué; il pourra le fortifier et Tinfluencer, mais non le dénaturer et l'absorber.

L'opinion définitive de M, Nrebuhr a encore le mérite de concorder avec les traditions et les historiens ; elle les explique, les améliore, mais sans les contredire d'une matière tranchée : fortune excellente pour la critique moderne, de pouvoir, sous la lettré de l'antiquité, susciter un esprit originaftt nouveau.

M. Niebuhr est d'accord avec Denys d'Halicarnasse sur les Sicules et les Aborigènes, (^wtiqaitatum roman.y 1. i, c. 9, p. i[\ et aS, édit. Reiske.)

Il se rapproche tout-à-fait de Tive-Live, qui s'exprime ainsi sur les trois tribus : « Eodem » tetnpore et centu^iœ très equitum conscrîptœ

» suntj Ramnenses ab RomulOy ah Tito Tatib » Titienses appellatL \Lucerum iiominis et origi" M nis causa incerta e^t^ Inde non modo commune^ » ^edconcors etiam regniim duobus regibusfuit. » (Ldvius, lib, I , cap. i3. ) w Dans le même temps » (après la paix avec Tatius), on forma trois cen- » turies de chevaliers; la première s'appela Ram- )) nenses^ du nom de Romulus; la seconde, Titien- » ses y du nom de Titîus Tatius. On ignore Tétymo- M logie de Luceres^ nom de la troisième. De cette » façon, les deux chefs eurent paisiblement en » commun le pouvoir et la domination. »

Enfin, je ne sais si je m'abuse, mais cette tri- ^ple origine de Rome, je la retrouve dans Virgile. Ce beau génie était profondément versé dans l'archéologie nationale; rien dans ses poèmes n'est jeté au hasard, ni donné à l'industrie et à la nécessité des vers ; tout est traditionnel, archéologique, vraiment national. Dans ses Géorgiques, quand il a décrit les charmes et les dou* ceurs de la vie agricole, il revient aux souvenirs de la patrie :

<i Hanc olim Teteres vitam ooluere Sabini; » Hanc Remus et frater : sic fortis Etruria creTit : » Scilicet et rerum Yacta est pulcherrima Roma, » Septemque tma aibi muro ciFGumdedit aroes. »

( Georgicoriy lib. n, ▼. 532. )

(( Ainsi dans les anciens jours vivaiadt les vieux » Sabins; ainsi Remus et son frère : yoilà com- » ment a grandi la forte Etrurie : c'est de cette » façon que Rome est devenue la plus belle des M.citéSy et qu'elle a su enfermer les sept c(41ines » dans ses murailles et dans l'unité romaine. »

N'y a-t-il pas là la réunion successive des trois élémens de la chose romaine?

« Hanc olim yeteres Titam coluere Sabini. »

Yoilà les Sabins.

« Hanc Remua et firater »

Voilà les habitans primitifs de Rome, Pélasges et Aborigènes.

« Sic fortisUBtriiria creTît. »

Je saisis l'élément étrusque.

« Sdlicet et rerum facta est pulcherrima Roma, » Septemque una sibi miiro circumdedlt arces. »

Enfin Rome se constitue, et enveloppe les sept collines de ses murailles et de son unité.

Pour ma part, il m'est impossible de ne pas donner à ces vers un sens profondément historique; sous des trésors d'élégance, d'harmonie,

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de beauté et de politesse, Virgile cachait un génie naïf, amant des traditions et tout-à-fait archaïque. En vain quelques critiques ont voulu nous le faire voir comme entièrement envahi par les idées et l'esprit de son temps ; non : bien différent d'Horace, il aime surtout la nature simple et les temps primitifs : c'est pour les chanter qu'il est poète. Seulement il ne refusera pas d'empnmter à un siècle poli l'élégance du langage. Il ne saurait retrouver la lyre d'Orphée; il rougirait de celle d'Ennius. Pur de ces affectations puériles qui nuisent parfois à Salluste et à Lucrèce, il chante avec la langue de tous, qu'il porte à son comble de perfection et de fini, et sa muse, à la fois originale et populaire, reste comme le type immortel de la poésie pour les temps de politesse et de civilisation.

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