‹ Philosophie du droitChapitre 45 sur 47 · NIEBUHR · texte numérisé non relu

NIEBUHR

MacmiiviL) 41a fin da x^ siècle, en oommen-^ tant en politique et en homme d'Etat le» Décades de Tile-^Live, commença pour l'Europe l'étudci sériewe de l'antiquité romaine. Au xri® siède^ Paul Manuce et Sigonius la continuèrent en pra^ fonds^ éruditft^ Ce dernier surtout^ pi^ ses troia ouvrages. De antiquo jure Italim, De aniiquojun pnHfmciarum^ Dejudiciis, fut d'un puissant secours aux historiens et aux jurisconsultes. Grayina^ à la fin duxvii^ siècle et an commencement du x¥iu% résuma les recherches de Paul Manuce etde Sigonius avec éclat. Puis vint Yico, qui se fit comme le prophète de l'histoire conjecturale. L'I-

368 irtiDES.

taiie continua pendant le xviii^ siècle Texploraticm de l'antiquité romaine ; nous citerons entre autres Duni ( Origine eprogressi del cittadino e delgo* s^emo civile di Roma^ 1763-1 7 64J, qu'un Allemand, M. Eisendecher, vient tout récemment (1829) de remettre en lumière. De nos jours^ M. Micali a, dans son Histoire de V Italie avant la domination des Romains^ édairci plusieurs points importans; on doit regretter seulement qu'à force de patriotisme il compromette souvent son érudition.

En France, où avaient brillé au xvi^ siècle Cujas et Briâson, Saint-Evremond fit du bel esprit sur les fiomains; Bossuet et Montesquieu en parlèrent admirablement. Ce dernier surtout, au milieu de plusieurs erreurs^ que la critique peut signaler aujourd'hui, prodigua ces aperçus viis et prompts qui lui sont familiers et jettent la lumière sur la face des choses. Cependant l'Acadénrie des iBSCriptions,M.dePouilly,Fréret,Salier,traitèreiit des. points spéciaux dans de savantes monographies. L'ingénieux Beaufort, après avoir satisfait son scepticisme sur les premiers sièclesdë Rome^ fit, dans sa République romaine y ou Plan général de l'ancien gouvernement de Rome y un ouvrage qui sera toujours nécessaire à l'étude des institua tions romaines. Le savant président de Brosses, par son audacieuse restitution de VHistoinde la

répiMiqn^ romaine dans le cours du vu* siècle par SaUuste^ fit briller l'érudition françsiisé dan» le champ de l'histoire conjecturale. Au comment cément de ce siècle, Levesqtie, membre de llnstitut, renouvela, dans son Histoire critique de là république romaine^ le scepticisme de Pouilly et de Beaufort; mats sa critique est tout-à-£siit arbi^ traire, et malgré quelques aperçus qui ne sont pas sans valeur, il est toutsà-fisiit inférieur à ses de^^ vanciers. •*

L'Angleterre a sur l'histoire romaine deux auteurs capitaux,' Fergusson et Gibbon. Fergusson, dans son Histoire des progrès et de la chute de la r^mblique ronuiine^ offre une narration du plus' grand intérêt, surtout pour le dernier siècle de la république. GiU>on commença son grand ou^ Vrage où Fergusson avait fini le sien. Après un coup-d'œil sur la monarchie d'Auguste et ses successeurs immédiats, il repose, à partir du siède des Antonins^ les tristes progrès de la décadence de l'empire^ romain. On a tout dit sur les mérites et les défiiuts de ce grand monument ; les censures les plus vives ne sauraient compromettre la gloire de Gibbcm, car il est de la destinée des choses véHtableinent grandes et fortes de durer et de survivre: aux critiques qui en ont signalé les faiblesses et les^misères.

Cependant en Allemagne le grand Hey ne avait II. ^4

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ranimé lé goût et la connaissance dé t'antiquilié, et avait loi^ménie beaucoup écrit sur les antiquités romaines. Plus tiard^ Yoss^ qui encourage la jeimesse dé M. Nidbuhr, rendit généra) dans la littérature alleniande, par ses traductioïis d'Bo^ mère et de Virgile, le sentim^Oft profond des anciens. Il £ftat voir, dans la belle prèSàcé de M. Nid^uhr^ comment la philologie prit alors un vaste essor, et se fit te plus puissant soutien ée ITiistoire. ••

Jusqu'à M. Niebuhi*, Térudition allemande, tout ra cultivant l'antiquité romaine, n'avait rien produit de réritàbleilDent original. En 181 f , par la première édition de son histoire romaine^ hltufttre philologue commaa^ une ère nouvel^. Dons cet ouvrage^ qui n'est plus an% yeux de Tauteur qu'un essai de jeunesse, et dont il a conservé à peine dans sa seconde et dans sa troisième édi^ tio« quelques morceaux isolés, rAltemagne re^ connut unanimement une science profonde et originale, des résultats nouveaux, des conjectures puissantes, une voie non vdle ouverte, et déjà fortement sillonnée. Néanmoins il s*éleva des contradictions^ M. Guillaume de Schlegel fit, en 1^816, dans le cinquante-troisième numéro dès lahrbûcherAe Heidelberg, une critique lo^Ugue et savante de plusieurs points capitaux. M. Wacbsinutli, professeur à l'université à Halle, publia

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tn 18 19 un ouvrage intitulé : Die âltefe Gescfuchte des rotmischen Stoaies^ où il s'attacba à combattre M. Niebuhr, en s'en référant assez souvent aux anciennes opinions et à l'autorité de Tjt^ Live, M. Niebuhr, sans répondre à ses Critiques, continuai perfectionna ses travaux ; et^ en 1837, il donna une seconde édition de ^on livre, mais du premier volume seulement^ seconde édition qui fût suivie immédiatement d'une troisième, fauteur ayant jugé nécessaire d'éclaircir et de préciser plusieurs points de vuepardesadditions et des notes^

Dans les siècles précédens, les^savanset les his^ toriens. avaient presque toujours déserté l'explo^ ration des origines et des premiers temps de Rome. Ainsi^ au xvii^ siècle^ Sigonius, dans le premier chapitre de son traité De jure anUquo ciçili ro^ manOf annonce qu'il ne cbercherapasàdébrouil* 1er ce qu'était le citoyen romain sous les rois et dans les premiers temps de la république, mais qu'il commencera ses recherches k une époque où les dignités devinrent communes entre les patriciens et les plébéiens, notamment après la guerre de Tarente. Dans le siècle dernier. Fergusson passe en quelques pages et avec un scepticismesans fondement surles trois cents premières années. M. Niebuhr, au contraire, s'enfonçant dans des voies inconnues à tous ses devanciers,

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s'attache à Tétude des premiers élémens de la chose romaine, à l'investigation de ses rudimena primitifs; il aborde de front des di£Bcultés désertées jusqu'à lui : c'est son caractère et son originalité de voul(^r donner à ce qui est primitif, inconnu, obscur, de la certitude et de la réalité. Aussi jusqu'à présent a-t-il porté tout son effort sur l'Italie primitive et les quatre premiers siècles de Rome. C'est grâce à ses travaux que la première période de l'histoire romaine a pris enfin ime physionomie, reconquis son importance, et présenté des résultats féconds. Ce que n'avaient pas tenté ses devanciers, M.Niebuhr l'a exécuté: manière puissante d'innover, et de trouver la gloire.

Comment a-t-il procédé dans sa laborieuse entreprise? S'isolant des travaux modernes, ne vivant qu'avec l'antique, de longs séjours à Rome, des conversations vivifiantes avec Savigny , un enthousiasme persévérant et plein de bon sens, un noble cœur, une érudition toujours vive et friche, jamais d'emprunt, un instinct historique merveilleux, un œil sachant percer dans ce que les faits ont d'énigmes, de détours et de profondeur, une sagacité qui ne flâ::hit jamais et qui par sa vivacité ressemble parfois à de l'imagination, voilà comment et avec quoi M. Niebuhr a travaillé. C'est un ancien, ou plutôt ii lui a été

donné au xix^ siècle de sentir mieux parfois l'antiquité et les idées romaines que Tite-Live et Varron; car il vit dans un temps plus heureux pour l'intelligence de l'histoire que les contemporains d'Auguste : depuis Actium jusqu'à Waterloo^ il y a eu des leçons et des enséigneoienspour l'historien.

Dans le livre de M. Niebuhr, que de nouveautés heureuses! Nous signalerons aux historiens et aux jurisconsultes :

Le tableau de lltalie primitive;

L'appréciation des gentes patriciennes et des curies ;

La commune et les tribus plébéiennes;

La constitution de Servons TuUius et le système des centuries;

Les nexL

Toutefois il ne faut pas s'imaginer que tous les résultats obtenus par M* Niebuhr soient défi-^ nitifs; plusieurs de ses opinions, de ses conjectures, peuvent être l'objet d'une polémique sérieuse. Si M. Niebuhr est entré le premier dans des voies nouvelles, il y a été et sera suivi par des contradicteurs et des émules; s'il a ouvert la carrière de l'histoire romaine dans ce siècle, il ne la fermera pas ; quelques-uns de ses résultats pourront être attaqués , mais son nom et son monument n'en souffriront pas ; il aura Êicilité

374 ÉTv^m.

les progrès qui pourront se &tre après lui ; ceux qui le suivroot trouveront toujours sa trace^ ils y passeront sans l'effacer» JLa gloire qui résiste le plus au temps est celle de venir le premier ^i quelque chose, et le nom de M, Niebuhr durera aussi IcHig* temps que la philologie et l'histoire seront en honneur dans notre Europe.

Le traduire n'était pas fecile ; M. Niebuhr a un mérite littéraire que nous avons déjà signalé dans une autre occasion ; nous avons relevé ailleurs « cette philologie ingénieuse qui donnait la vie » à oe que l'antiquité avait de plus primitif et de » plus obscur; ce style à la fois âpre et brillant, » mélan|;e d'abstractions et d'images^ et dont la j» poétique rudesse semble s'inspirer quelquefois )) d'Ënnius et de Caton. » Pour reproduire ce caractère et cette couleur, il eût fallu toute la puisastuce du plus habile et du plus brillant écrivain; ^1^ encore peut-être eut-il échoué : tant M. Niebuhr est indigène et original dans sa façon d'écrire ; tant il est difficile de trouver des équivalens à son archaïsme, qui est laborieux pour les Allemands eux-mêmes. M. de Gplbery a pris le parti de renoncer tout-à-fait à la reproduction du caractère littéraire pour s^attacher à une -exactitude littérale et minutieuse. Il le déclare lui-même dans sa préface : il n^ faut donc pas lui demander un r^et d'artiste, une lutte avec l'ori-

éruBES. 375

ginal^ et pour avoir une idée de M. Niebuhr comme écrivain, il Êiudra toujours Iç lire ei^ allemand.

Nous n'avons pas encore eu le tçmps de comparer la traduction avec le texte sous te rapport de l'exactitude, mais tout nous dispose à en bien augurer; car M. de Golbery, qui lui-même a une connaissance profonde de la langue allemande, a eu l'avantage de soumettj'e à M. Niebuhr les épreuves de sa traduction, et de se conformer aux corrections indiquées par l'illustre historien. Peut-être, en donnant à la l^ance la. traduction d'un ouvrage aussi capital, eût-il été nécessaire de définir oettçment l'état de l'érudition européenne et^iemande sur les antiquités romaines^ de faire connaître aux lecteurs français les dissentimens qu'ont soulevés '<# Allemagne plusieurs opinions du bel ouvrage de M. Nie^. buhr^ce qui eût été facile par une introduction et des notes. Quoi qu'il en soit, M. de Golbeiy, déjà connu par d'estimables travaux, a bien mérité du publicy des philologues, des historiens et . des jurisconsultes, en traduisant un ouvrage œo*nomentai pour l'archéologie, l'histoire de Borne . e| du droit rofuain ^

* M. de Golbery continae en ce moment sa tradactloo» et non» rend Te senrice de iK)|>alari8er l'œuyre de Miebuhr.

Ne serait-il pas temps de reporter un peu sur TaBtiquité Tattention et la faveur que nous avons prêtées presque exclusivement au moyen âge et aux temps Ademes? tl y a quinze ans, IVtilIot et Anquetil étaient nos historiens dassiques, et nous savions l'histoire comme les cadets de l'Ecole* Militaire avant la révolution. Aujourd'hui, les problèmes les plus difficiles de la science historique, les établissemens et les lois barbares, le& origines des races, leurs aventures, leurs cata* strophes^ la féodalité, la chevalerie, les époques les plus importantes de l'histoire moderne, la révolution d'Angleterre, la révolution française, *tous ces tableaux si divers et si curieux ont passé sous nos yeux, vifs, colorés, saillans, grâce à un

ArtîDEs. 377

heuretnc mélange <l'érudition , d'inteUigence et d'imagination. Aussi nous avons bien maintenant le sentiment de nos temps modernes ; sur ce point nos études ont été renouvelées avec bonheur et seront fécondes.

L'antiquité atfbnd parmi nous la même fortune. Il nous faut sortir des traditions recueillies par la bonhomie de Rollin, des fausses et brillantes peintures de Tabbé Barthélémy, dont l'instruction était sincère, mais qui sentait l'antiquité ^n contemporain de Marmontel ; il nous . fout retrouver le goût et intelligence de l'antique. Nous le pouvons; car plus nous en sommes loin, mieux nous sommes ' placés stir les hauteurs de îuotre civilisation pour distinguer cette antiquité dans ses proportions natives et réelles. A dix-neuf siècles de distance, après l'histoire con-temporaîne que nos pères et nous avons Êiitè, n'avoDS-nous pas recueilli de ce spectacle, où nous avons tant appris et souffert, je ne sais quelle liberté, d'esprit, quelle souplesse de jugement; inconnus avant nous, une sorte de divination critique ?

Déjà quelques symptèmes réelS trahissent un retour au culte de l'antiquité. Un homme, qui réunit l'éclat à la profondeur' et l'imagination aux qualités abstraites de l'esprit, a reproduit pour nous le génie de Platon; il nous a rendu cette

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philosophie dont la pensée etf idénle e^t Ifi dîalo-. gue comique^ cette métaphysique, qui s'arme du dithyrambe, s'élèye aux idées par les imites, par l'ode à lontologîe. Depuis qudiques semmnec^^ qui n'a pas lu avidement Aristophane, que vient de nous traduire un profésseift* distingué ? qui ne.s'e&t pas enchanté de ce mélange de fantastique et de réel? qui n'est pas resté longues heures attaché à ce tableau où comparaissent sous le cosAumegrec toutes les idées, toutes les opinions, tous les ridicules, tous les vices de la nature hu^ maine; où la satire et la parodie traduisent et flétrissent tour à tour la philosophie, la poésie, la politique, la licence des mœurs, Socr;ateit Bsehyie, Euripide, Périclès, Ciéon, Alcibiade et La* machus; où Timagi nation du poète, .effrénée ecmime les:|nœurs qu'il représente, divulgue une civilisation nouvelle et des régions inooimues à la poésie moderne ?

Mais voici une autre occasion pour nous de considérer sous des faces toutes nouvelles une partie considérable d^ l'antiquité, Rome^ son histoire ei son droit. Une traduction vient de £sûre connaître au pfUblic l'histoire romaine de M. If iebuhr, et appelle l'attention de la critique sur cet important ouvrée. Le livre du célèbre professeur de\Boqn est au premier rang parmi les productions de l'érudition renouvelée de l'Allemaj^

lÊTUBBS. 379

sur rantiquité. Depuis quarante ans nos voisins orit réformé et agrandi chez eux par des travaux patiens, successif et riches eu résultats, l'archéologie, la philologie, la connaissance de l'antique sous les rapports de la philosophie, de Fart et du droit. Evidemment il nous faut étudier leurs travaux, en comparer les résultats avec les monu* mens mêmes et les textes, et, par Tétude simula tanée des objets eux-mêmes et des explorations récentes, auxquelles nous ajouterons inévitablement nos propres conclasions, retrouver non pas un reflet d'emprunt, une science de seconde main, mais une vue directe et saine de l'antiquité, un sentiment original d'historien et d'artiste qui nous montre les choses à nu, sans préoccupation et sans préjugés. Et ne craignons pas de perdre dans la lecture des livres de l'Allemagne notre originalité nationale et individuelle; nous gardons toujours notre htimeur et notre allure, même en terre étrangère ; et puis si, sur quelque point, nous n'avons pas trouvé nous-mêmes la route nouvelle, dès qu'on nous la montre ne laiisonsr nous pas derrière nous les indicateurs ? T^es armes que. Rome empruntait aux vaincus ne domptèrent le monde que parce qu'elles étaient entre les mains des Romains. N'en est-il pas de même des idées dans notre Europe moderne, et u'ont^

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elles pas besoin d'avoir été irançaises pour devenir européennes ? ^

Quand Octave fut le maître dés Romains, quel dut être l'état des esprits à Rouie après tant de guerres, d'agitations et de malheurs? N'y eut-il pas une lassitude infinie, un besoin profond de repos et de stabilité, une envie immodérée de se reprendre aux plaisirs et aux jouissances de la Tie? puis, pour les âmes qui n'étaient pas comikiunes, je ne sais quel désir mélancolique de chercher l'oubli des temps présens ds^ns le spectacle et le commerce de la nature, de l'antique histoire et de la poésie? Deux grands artistes, Virgile et Tite-Live, satisfirent pour eux-mêmes et pour d'autres cette disposition de l'imagination et du cœur qui répugnait à la réalité qu'ils avaient sous lès yeux, et les sollicitait à toute heure de se nourrir d'autre chose, de chanter la vieille patrie et la nature qui ne change pas. Virgile peignit les champs, la vie qu'on y mène, l'art de les cultiver, le bonheur obscur et simple qu'oïl y trouve; puis il se fit le chantre de Rome, de son berceau, de son enfantement, des traditions et des mythes que le temps avait accumulés. Il chanta aux contemporains d'Auguste la primitive Italie, recevant les fondateurs de Rome, ses peuplades, ses antiquités^ sa religion.

et se montra dans sa poésie archéologue savant et exact. M. Niebuhr nous semble bien sévère dans le jugement plein de verve et d'originalité qu'il porte sur ce délicieux poète. Sans doute V Enéide n'est pas une épopée à la façon et à la hauteur des poèmes homériques; mais il n'est pas plus juste de condamner Yirgile avec les souvenirs d'Homère, que de juger Racine à l'é* cole de Shakespeare : d'ailleurs un homme de génie étant donnée il fait dans son siècle tout ce qu'il peut et doit faire.

Pour Tite-Live, c'est un admirable conteur.

Possédé du besoin de développer dans de ma<r gnifiques narrations la suite des traditions et des choses romaines, il écrit en artiste, s'enivre de ses propres beautés, poursuit incessamment la trame de son récit, enchâsse les fictions avec les réalités. Ne lui demandez ni scepticisme ni critique; il écrit, il conte; c'est assez pour lui : i} passe en courant devant les institutions qu'il faudrait examiner, néglige l'éclaircissement de$ difficultés et des problèmes pour arriver dans ses histoires aux effets de l'épopée et de la tragédie. Mais aussi dans le genre qu'il affecté eiçclusivement, quelle n'est pas sa supériorité ! Ni la littérature grecque ni aucune des modernes ne peut offrir un monument comparable à ses his;^ toires, pour la grandeur^ le jet, l'exécution et

38^ ÉT^i>ES.

le fini. C'est le t^pe inimitable du gent^è vérita-» blement classique.

Comme pour faille un contraste tranché, Denys d'Halicarnasse est, avec Tite-Live, l'écrivain lé plus important pour Thistoire de Rome. J'inclinerais asse2 à Topinion de Beaufbrt sur le compte de ce Grec : il y a dans les détails et ks circonstances de son exposition une ostentation suspecte, et son exactitude est trop fastueuse pour être souvent réelle. Cependant il est une des sources principales pour l'étude des institutions de Rome, sur lesquelles il faut mettre aussi en première ligne le témoignage précieux de Cicéron. Cet homme nouveau se délectait dans les tradi* tions patriciennes de Rome, et a laissé dans ses lois et dans sa république un élégant mélange de théories politiques empruntées à l'Académie et de récits traditionnels sur l'histoire et la constitution de la cité de Romulus.

Quel parti peut prendre un moderne qui songe à écrire l'histoire romaine? Cesserait chose folle que de tenter après Tite-Live une narration complète et dramatique : mais éiadier à neuf les textes et les monumens, foire sortir de cette étude un commentaire et un contrôle des histoires composées par les anciens eux-mêmes, arriver à des aperçus nouveaux, à une intell^genqp réelle et moderne de l'antiquité^ intelli-

gence sDuiFent reftidée aux dficitni enxHndém^ voilà qui est désirable et possible; et e'èst ainsi que M. Miebuhr a entendu la tâdie qu'il s'est imposée. Veut-on comprendre son livre, qn'ott ne s'attende pas à jr trouver une exporition d'un seul jet, à développemens continus, toujours claire et facile ; non : étudier M* Niebuhr, c'est se trouver fece â ftice avec un commentateur moderne de l'antiquité, qui fait succéder au ré^ cit la critique, la dissertation, et les détails sévères de la philologie. Ainsi après les traditions sur Romulus et Numa il place une excursion sur le cycle séculaire; après les ré<^its sur Tarquhi l'Ancien et Servius-TuUius, une illustration to^ pographique de la ville de Borne; ce n'est pak une de ces lectures faciles qui plaisent tant k la promptitude paresseuse de notre esprit. M. Niebuhr n'est profitable, il n'est même iiiuiiîg3>le que les anciens sous les yeux, et à la ciVnditloÀ d'une attention studieuse. Cependant il fiiut tout dire : l'écrivain allemand n'est pas toujours assez màhre de ses matériaux et de ses idées ;!quelqae^ fois on le volt comme encombré dé la richesse de ses aperçus et de ses oonjectunes. Alors son exposition manque de lucidité/ ses cottelusionà de fermeté, et sa xx>mpositton de cette économie lumineuse qui sort toujours de la plume de ^écrivain quand il a la dàire vision de ce qtùl

384 iTQBBft.

3ait et ce qu'il pense. Je citerai en exemple Tex* positioA du système des centuries.

STous Toilà, je pense^ placés dans le juste point de vue de M. Niebuhr et de son livre; nous pouvons désoitnais en examiner les résultats principaux. ,

Notre auteur a consacré 17$ pages ( nous parlons de Tédition allemande) au tableau de lltalie ancienne. Gotnme les Romains ne sont nullement un peuple primitif, mais bien Un mélange de dififérenles races, ce devient un véritable devoir pour l'historien de tracer Thistoire' de ces nations italiques, destinées à venir se perdre dans le peuple quelles avaient elles-tiiémes formé* « Gtcéron, Voisque lui^méme^ savait que » sa nation et les Sabins, le Samnium et TEtrurie » pouvaient aussi bien que Rome se glorifier I» d'booones sages et grands. » Une civilisation forte et originale caractérisait tous ces voisins de Rome, et ih la, gardèrent long-temps.

Cette part^ du livre de M. Niebuhr échappe à ûœ analyse détaillée; elle est pleine de petits faits curieux, de nuances délicatesr qu'on, ne sauraitiéviterd'altéreo* en voulant les abrégea Signalons seulement quelques traits principaux.

Les £nolriens et led Pélasges s'offrent les premiers dans le récit archéologique de M. Niebuhr. Après de jopgues exquisitious sur la race pélasr

mji^BB. 38S

gique, il conclut ainsi : « Je suis au but d'où Yen n aperçoit tout le cercle dans lequel j'ai trouvé N et montré les Pélasges, non comme utelroi^ » de Bohémiens errans, mais comme composant » des nations assises sur leur territoire^ et pok- M santés et glorieuses^ à une époque qui^ p<Hir » la plus grande partie, précède notre histoire N des Hellènes. Ce n'est point une hypothèse, je » le disayec une, entière conviction historique;^ » il fîit un temps où les Péli^sges, qpi formaient » peut-être le peuple lé plus étendu de l'Europe^ » habitaient depuis le Pô et l'Amo jusque »v«rs » le Bosphore; seulement leurs demeures étaient M interrompues en Thrace^ de telle sorte cepen^ » dant que les îles septentrionales de la mtr » Egée renouassent la chaîne qui liait les Tjrirbé-' » niens d'Asie avec la pélasgique Argos. »'PoQr les Enotriens, qui peut-être étaient ainsi ayipelés seulement par les Grecs, ils habitafent leBrutium et la Lucanie : mais quand les armes rotiomaes atteignirent ces contrées, il n'y avait plus dans* la Grande-Grèce que. des Lucaniens, des^ Brot--^ tiens et des Grecs : les seuls savans et quelques écrits des Grecs d'Italie gardairat encore le aou-" venir des Enotriens. ... «

I>s Opiques et les Au8onea,Jes:Afaorigèiiest et les Liatins viennent ensuite sous Ja plume de

386 imiiEa*

QptM bittoFita. K<Na5 rigstlerdns ici son optnion sur Télat â^uvai^, « Salkistse et Virgile nous 4é- »^ jpiîgii^ife ks . .àjM>rigài^es ccuntne des saavages^ »i.dimési.e« luMPd», sans .imeai»^ sans lois^ sans n^igricultiMé^ et Tirant 4e leur chassent defruits. ytiCf^i p(9;arnâl'bien,n'étre.fipi'uii6 vieille rêvterie >i,«lK la mwche progressive t^ rimammté, de* n, pjiii§>lA Intifalîlè amincie jusque la civilisation, tk fèvémdUff^émie de oeBies quiy sotis le nom n fKhiaf tiire philosophique, et principalement à nnt'iilmJlgeiV ont «té répétée* à satiété pendant », lib/<kirpm(ev]miifié;dii)^i6ele!dqriiier^ sans ^e M .lVvii;da»gi^iiottaépargi»r.daDsqes:£Mtidieuses M ;répélilfoiRs laiprrraMon.dé^ ki parqle qui ran vtalail riiomaie jtisqafà L'élatîdb la l|éte« Les M phtt0i0phes lObsenrateiirs. ont à leurs* ordres H! dcMnomfcfablear^ cHaAioQs 1 empruntées à des » li^Mil^eitraemai&à quoi;ife n^oiUpassongé, c'est )vqttU àfyiiaiif)tts;'iin.dxéinpk d'un petjpte nulie^ n Mbaâisauvage> pas^ntî^e scm plein gvé à l'état >i'dd>c«Til^salion;'c!eâ4; qa«^ pavteat bù eelle-oi j».eat'.im(tosée pa^ujle puissance exAéri^iré^ la t^ ccpfliséquMiGej^ti estiile dépérissemeni et V^x^ M. tÎRCliQiKphysîqiie de la.soùchevqui la;reçDit. >» Nous citerons les Guaranes, l«s*' missionis de ia i»SôiiPelieTCkilifon»e^ceUes du Gap. Chaque ». raœdb Vhumanité tient deDieu sa vocatioli> » avec un caractère propre à cette vocation, et le

Hscefttt qui Ja'dtttiDgue;r D'un axilre^côlé, ifa n aociété .existtil aérant l'individu .appelé à MOtt M faire* partie, commfi:k.ilit sageoflieiit Ariatota » Le toutifTiaot kipâitia jGe cpie cep phiJo»»pbife » méOQonabaeQty et est que le rsauvageiMt.dégé» » néré^ ou bien que, dès son origine^U Jù^SÊft » homioe ^'à deiaû* » .. , <

' i JMaid lâsi deux, peuples «qm, idana le taUeaia i|iie traœM» Niehahr de TancSenne. Italie, :n)érîtei^ le plus Tatteiitioii. pour riôtelligence delffaisftèiro romaine, sont^ à boup sur^, Jesi Sabins :eti lés SkrusquéS'; car il^ .conlribâèinBt. à Jhrnier le peuple romain, et nous les. rètroui^cronstconinie deux élémens. essentiels de^ celte. Rome qm prit

imissance sur le mont Palatin.

\ . C'est une errem* de Denysd'Halicarnasaed'asoit ftit desJSsd>ins une colonie. de Làcédémomen&t ils étaient indigènes^ La race aabelliqueCiSSaéatfi^), doQt.les Sabins ne sont qu'une partie,, fà%^^fk^ cotnproaait les^ Marses, les FélignieofiiJes Samnites, les Lucani^is, était florjssant^qnand Rome franchit les limites du Latium, Parmi icun^-les Sabins étai^itrenomméspour la pieiise simplicité de leurs mœurs; les Samnites^ les lVIar9]e5,.:l€tt Péligniens étaient belliqueux, amans, de la liberté jusqu'àlamort;lesPiGentinsétaientmous et lâches; les Lucaniens, destructeurs et piNards. Les Sûd^lH

388 iTUBES.

«ussimt conquis lltelie s'ib avaient formé nn Etat uni, ou seqlement une confédération fortement constituée; mais ils aimèrent lAieux Tindépendance que la puissance, et, divisés toujours, nonseulement ils ne conquirent rien, mais ils furent vmncus.

Après les Sabins, peuple montagnard dont les morars étaient rudes et simples, se présente un peuple d'une ci^lisation opulente et orientale, où la religion est à la fois une discipline scientifique *et mystérieuse, et la maîtresse de l'Etat, où un patriciat sacerdotal était dépositaire de la reli-r gion, de la philosophie et du gouvernement. Nous ne saurions entrer dans aucun détail, et nous avons fait connaître les principaux résultats de la savante monographie de M. Otfried Mûlier sur les Etrusques {die Etrusker. Breslau, 1828), qu'il fautxomparer avec M. Creuzer, dans sa &jfw3?0'- Uqué^ et M. Niebuhr,.dan$ son Histoire de Rome.

Lès Ombriens, la Iapygie,îl|s Grecs en Italie, les Ligurleos et les Yénètes, les trois îles, la Corse, la Sardaigne et la Sicile, qde,\)âns les travaux bistoriqqes et géographiques, on réuilit orîdinaireméutà la présqulle, terminent le tableau de l'ancienne Italie. -

Déjà au XVI® siècle, Sigoniusy dans son traité t>e antique jure Italice^ avait tracé l'histoire des

iTUJ>ES« 389

différens peuples d'Italie^ mais surtout dans leurs rapports ayec les Romains. Ainsi il parle successivement

De triplici jure pgpuhrum liaUœy De LatiniSj • -,

De iagro latino, etfœderihu& Latinorum^ '." . . De jure JLatii,

Defœdere et jure Folseorumet jEquorum^ DecLgro^Jœdereetjure Hemicorunfij Deagrojfœdere et jure Oscorum et Ausommi.

Etc. , etc.

De nos jours^M. Micali, dans un ouyrage.que M.. Niebuhr nous semble juger beaucoup trop sévèrement^ avait déjà présenté le tableau des peuples derancienne Italie, mais pour eux-mêmes, et pour ainsi dire dans leur intérieur de civilisation. M. Niebuhr entreprit la même tâché, et Ta exécutée avec un rare bonheur^ de façon qu'on rfM:ueiMe de cette partie de son livre non^-seulement des faits positifs sur ces peuples eux-mêmes, mais une intelligence anticipée de l'histoire de Rome. Aussi maintenant que nous pouvons nous représenter par la pensée le théâtre sur lequel doit naître et se développer Rome, nous aborde-r rom prochainement se« origines.

Je finirai aujourd'hui en comparant M. Nie*buhr à Montesquieu. Ne demandez pas, à l'auteur àt^'^ConsidércUiom sur les causes.de la grandeur

390 ÉTVimk

des Romains le jentimébt et la dooDaissance dé Kome pmmliTeydese&orîginesy'de^esaiitiquitésl il en est entièrement destitué. Pour lui, les rois de Rome sont des personnages iqodérpes tpi'il juge à Técole de Machiavel. Il compairé SeiVins Tulliusà Henri yni; tout oequiydans l'jt^istoire de Rome^ est mythe, tradition, mèlâBgedefitstion et de réalité^ échappe entièrement à Montesquieu. Mais sa véritable supériorité cofmmence'qufând Rome plrend^une physionomie tout-à^fistit politique et presque moderne, quand, par exemple; la guerre de Tarentè la met aux prisies pottr la première fois avec quelque K^ose qui n'était plds ntalie, avec le génie grec daàs toutfe sa^ foroBj avec toutes ïes ressources et son originâlfté. Alors; depuis cette époque Montesquieu plane comnle f aigle; il voit et saisit tout; Ciirthkge, Annibal,' ta Grèce, la Macédoine, là Syrie, l'Egypte, Mithrfî date, les divisions et les guerres civiles; SyUli; Pompée,^ et Césary Cicéron, av«cxiii' beau! ^nto ek une âme souvent commune; Catdn, qui aurait donné aux idioses tout un autre tour s'il s'é^t réservé pour la réjpublique; Brtttu6etCassius;qiai se tuèrent avec une précipitation ' ^i n'efit ps» excusable;Octave'ètpuis toute celte suite Xete^ pereurs, artisans ou témoins iimfpuissaiis d'une décadence inévitidt^e et d'une cotYuption progrès* sive, voilà qui a été peint par Montesquieu une

&TUDBS. Sgf

fois pour toutes, et pour n'y plus revenir. M. Niebuhr^ au contraire, excelle dans la divination et la vue de ce qui est primitif et obscur. Philologue consommé^ il a sous la main des trésors inconnus à Montesquieu; puis il sait démêler le symbolique du réel, la fiction d'avec le £sût; ce qui le caractérise, c'est la sagacité ; pas ou peu d'imagination; pas de ces intuitions vives qui inondent de lumière l'esprit et le style; pas de ces traits qui résument, de ces mots qui concluent, et que Montesquieu sème dans sa course. Aura-t-il aussi, comme lui, cette intelligence profonde des événemens plus modernes? quel sera son dernier iQOit^iir lesGraoch«3?qUel p^irti t)iieiicM*a^trifà la journée de Pfaili^pes, eatrQJacpuae >âe,<]é8ar et rbéroisme étroit de Briitas?>EEiçlr encdre jnomi faisions des vœux ardens pour que cet faislorieii célèbre poursiimt son œuvrey perfeotjdun&t elb flairât son réeit, et parviii[t à Ofmnmàer; . aprèft de longs joues. et dans, an^ vjërte arieillesse; le monument qu'avec unecandeùrantique il appeUe Foc^rage de sa vie. Aujourd'hui il ne nous rest» que des craintes, et nos espérances languissent presque comme son propre courage devant Ta^ freux malheqr qui, ditfon, vient de détruire le fnût de.tantde.veilles.^

* Le bruit avait couru que les manuscrits de l'historien de RÔne «faient péri dans Fiooendie de sa biblioUi^que.

: C'était pour les Romains un scrupule de patriotkme, de ne pas mettre en doute lé merveilleox de leur origine et de leur primitive histoire. Tite-livè segarderait bien d'aventurer la moindre critique sur tout ce qui regarde le commencement d'un mnpire qui, suivant son expression, n'a au«dessus de lui que les dieux, maximi secwi^ dùm deorumopes imperii prirwipium. Gicéron, au second livré de! sa République, déclare qu'il fiiut rei^>ect«r (ks croyances. dues. à la sagesse des ancêtres : mais ce n'est pas assez; à ses yeux, lliistoire véritable cpmmencé à la prise d'Albe par Romulus ; ta jam àfabuUs ad Jacta venia^ musj etc. Alors il expose comment Romulus se montra profond politique en choisissant le sol

sur lequel il devait fonder Rome, en n'en faisant pas une ville maritime, et toutefois en profitant du voisinage de la mer. Il est sensible dans ce second livre combien Cicéron avait l'esprit académique et rhéteur; il affuble ce qu'il y a de plus primitif de couleurs empruntées et de subtilités grecques, et ne nous transmet des faits précieux qu'à travers une imitation laborieuse des formes d'Aristote et Platon. Les autres écrivains romains sontaus$i sans critique sur les commencemens de Rome; ils font assaut de patriotisme et d'fajTperboles.

Pour noife modernes, il nous sera facile, surtout aujourd'hui, d'être de sang -froid stiir de seml^l^lesi questions. On cpniçoit qu'au x vs^ siècle^ dans le vif enthousiasme qu'inspirait un ooinmerce si récent et si inattendu avec l'antiquité^ tout était beau, tout semblait vrai; Malheur au téméraire qui émiettait le moindre doute ! il perdait tout crédit. Un siècle après^ au contraire, Perizonius^ Bayle, et plus tard Beaufo^, se fai^ saient un honneur infini par un scepticisme.iMel^i ligent. Aujourd'hui, 3an$ nous armer d'un pyrrho* nisme prémédité, nous ipouvons, à i'aide. d'une, érudition saine, d'un esprit sagaee> et câline, ra^ mener l'antique à Ja j^éalité : c'ei^t .€^. qu'a^isâti M.lïi^uhr pour l'hjistQire.i'omainede'la manièrttt la plus heureuse ; mémeqiumd parfois il lui amve

394 truDvs.

de ne pas conviaîiicre resprit, il rinstruit toujours profondément. Mais je crois avoir assez insisté sur le caractère général de son livre : abordons définitivement les détails.

. Le tableau de lltalte ancienne ouvre, comme nous Tavons dit, Tfai^ire de M. Niebuhr; le lecteur a ainsi devant les yeux le théâtre sur lequel doit naître et se développer Rome, et nous lui «vona signalé 1^ Sabins et les Ëtrusqueâ comme des p^[!sonnages essentiels de Taction qui s'an^ nonce.

Enée et les Troyens vinrent-ils réellement dans le Latium ? Ce serait une folie de û croire, et surtout de prétendre le prouver. Gomment obtenir des témoignages vraisemblables sur un fait qui est de cinq cents ans plus reculé que les premières époques fabuleuses de l'histoire romaine. D'ailleurs, ne sait-on pas que les Troyens d'Ënée ne formaient guère que l'équipage d^ûn seul vaisseau^ ou au plus, suivant les récits qui leur soiit plus favorables, une troupe capable seulement de peupler un village? Ainsi, qu'Enée et ses Compagnons aient émigré ^u non en Italie, ils ont été hors d'état d'y esrercçr anotme influence. Mais M. ffiebuhr s'est proposé de rechercher si la légende troyenne est indigène, ou si le3 Latins l'ont reçue des Grecs. Yico, au coijimencement du dernier siècle, écrivait ceci : « Je demande qu'on

« m^accarde, et on sera fiorcé de le faire, qu'il y a » eu sur le rivage du Latium une colonie grecque >i qui, vaincue, et dé^truite par les Romains, serA I) restée ensevelie dans les ténèbres de Tantiqui"^ * té. M Et Tauteur de ia Science Homélie déclare que, sans le bénéfice de cette hypothèse, on ne trouve alors dans l'histoire romaine que sujets ^' s'étoùner. Que faire alors d'Hercule, d'Evan^ ère, des Arcadiens» des Phrygiens établis dans le Latium^ d'Enée^auqueUe peuple romain rapporte sa première origine? M. Niebubr^ au contrairet sans s'embarrassa de la réalité des faits^ cherche imîquement l'origine de la légende, et croit pou^ voir établir qu'elle n'a pas pa^é de la littérature grecque dans le Latium, mais doit être considérée comme indigène. Sa discussion, pleine de finesse et de sagàcité> ne saurait être reproduite ici sana élre altérée. Au surplus, ce point d'érudition bis* tthîque avait déjà été touché par plusieurs .sa-* vans. Gluverius et BcM^hart avaient entièrement rejeté l'idée d'une colonie troyemte dans le hsh lium. Récemment, M. Guillaume de Schlegel^ dans son examen critique de la première édifionf de M. Niebuhr^ adonné, contrairement à l'opi-nîon du savant historien, une origine grecque à la légende. Cependant M. Niebuhr a persisté danft ses conjectures systématiques.

Mais arrivons à Rome même. Quand Beauibrt

3g6 ÈtvDBs.

s'occupe des premiers momeus de la république ropiaine; il enveloppe tout dans son scepticisme à la fois trop superficiel et trop exclusif; à force de vouloir se montrer raisonneur et d'opposer à tout une incrédulité uniforme, il perd tout-à-fait le sentiment des traditions et de ces teipps primitif. M. Niebuhr, au contraire, sait à la fois respecter les croyances de Tantiquité et les juger ; il les sent et les conte admirablement ; puis il fait suivre son récit d'un commentaire où la critique exerce tous ses droits : excellent procédé, qui ne fsiit rien perdre au lecteur des idées et des imaginations de l'antiquité, et leur associe cependant le contrôle des points de vue modernes. Entrons en matière.

Lorsque les habitans de Rome virent leur ville sortir à peu prêts de son obscurité, s'accroître, et qu'ils purent prononcer avec quelque orgueil ienom de Romain, ils firent naturellemei^ de Romus^ ou, par un changement de terminaison qui leur était familier, di^ Romulus, le fondateur de la cité. Y eut-il dans leur voisinage un endroit habité, Remuria, tantôt leur alliée, tantôt leur ennemie, et qui finit par succomber sous leur» armes; ils purent regarder Rémus, fondateur de celle-ci, comme frère jumeau de Romulus, tué^ par lui dans un moment de dispute et de colère* Plus il s'établissait à Rome, et avec des caractère^

tout particuliers, un double état, les patriciens et les plébéiens, plus dut s'enracinm* la croyance populaire des deux jumeaux mis au jour par une princesse à laquelle Mars avait fait violence. Ainsi^ Fan ^58 de la république^ fut érigée une statue de bronze représentant la îouve et ses nourrissons près du figuier ruminai. Cet ouvrage, le plus antique et le plus précieux qu'ait produit l'art diéz les Romains, nous est pai*venu comme les poèmes d'Homère; et cependant que déchoses plus récentes et plus jeunes ont péri!

Tja tradition indigène est dcmc fort Himpledans ce qu'elle a d'essentiel. Mais l'imbgindtion deâ Grecs a chargé de variations ce motif de poésie nationale ; il est clair que la Grè^é proprement dite sut de bonne heure quelque chose de l'importance de la puissance de Rome : mais elle n'avait avec les Rom^s ni commerce ni relations directes; aussi la tradition indigèpe ne franchitelle la mer qbe fortiard, quand les Grecs avaient déqk fait entrer les Romains dans leurs géi^jéalogies et dvsÈient arrangé déjà de mille {façons leur priimtivè histoire; Ici M. Niehuhr Jlit /un travail curieux $iir ces fiables grecques>^^t e:^ar mine succtosivement ces variantes mensongères. '■", ■ '• • ■ / *

Revenant à la tradition romaine, notre historien expose un système fort original sur les pre-

398 ÉXUOBS.

nûers liraips de RoHie ; à ses yeux^ ce que ikh^ appelons l'histoire des Rois de. Rome doit son origine à de vieilles chansoiis converties eaiurose^ chaf>ts plus anciens qu'Ennius^ qui se croyait sérieusement le premier poète .de Horne^ parce qu'il ignorait l'ancienne poésie nationale, chants où respire un esprit plâiéien^ et qui ne purent être copiposés que dans un temps où les familles plébéiennes étaient déjà grandes et paissantes^ et probablement après la catastrophe gauloise^ quand Rome se releva de ses ruines.

^ Avant d'entrer dans les détails, constatons un honorable fait pour Férudition française ; ud homme qui eut avant Voltaire presque autant d'esprit que lui, Bayle, ep nous donnant la hw graphie de la femme de Tarquin l'anct^i^de Ta<^ naquit, jette dans une de sed notes "^ les aperçu^ suivans t « S'il n'y avait eu des annalistes' à>Rc»ii€r If avant qu'on y enseignât la -i^héîopique, je cMt^ n rais que l'on aurait converti en relatioas hlsto-^ » riques les déclamations que les âophist^ i^i*^ » saient faire à leurs écoliers 3 car* il est assez j6 probable qu'on permettait aux jefunes ^rjiéto^ » riciens dé feindre tout ce qu'ils voulaient dans » un essai de panégyrique- On cherchait -à voir » dans ces fictions s'ils avaient l'esprit inventti

* Note B, ^^ Tanaquil.

liTUDES. 399

n et s'ils savaient biein tourner et bien manier nri M lieu commun. Ou De les blâmait donc pas sHis h supposaient uâe origine ditnae, miracoleuse et » l^u^à^it j^urpreilante. Ceia eut produit de » trè^g^aM$ abus si les pUis jolies pièces de ùes MJeuœs gem eussent été conservées dans les n ar6bîves> et ai au bout de quelques siècleâ on » les eût prisi^s pour des Irelations. Çtie satt^on n d la plf^arli>d0s awiemies JaMes ttê doivent n pç^ leur origine à quelque icoutume • de faire » Ififue^ les ûficiens hétiosJejdar de leur\fête^ tt H de conserva lis pièces qui waient paru lesn meilifffires? » .;

Mais qe qui n'est dtos BayJe qu'une saillie spirituelle devient <^ez M. Niebuhr. une vue systématique 0t mrdplète dont il faut examiner Tetisemble^ .

liC ; premier diant héroïque commence iavee Romulus^t Réilkiu^se préparant à fondei* une ville ; ef^depuis l'établissement de l'asile jusqu'à la mort de.Tatius^ il forme une unité. Nous y yoyons iés^ deiUK.filères cherchant les auspices; Romutusik-' vorisédei'afirpaHtiohide douze vautours^ e}cp]l*essiç^ni pqétiiiue d'une prédiction étrusque qui aiCGerdait à ^onke.diOuse siècles de durée** Le po^ mériuBft Qst tra4é, Rémns puni de sa dérision, la vill# ouverte è.tous lesiugîlifs et^exilés; des fem*^

4oo iruDBs.

xfïeSf le$ Sabine^ sont oooquises par la forée yhs SabÎBB, Titius Tadus à leurtéte, mardbent contré Aoroe; combat, victoire incertaine; les Sahines .i;^parent les combattans, et réconcilient avec lènrs [mrens Ie$ pères de leurs enfens. Les deux ntitions, distincjtes mais inséparables, ne formèrent plus qu'un sc^ul £tat de Romains et de Quirites, et ich^c^pe eut son roi; les cérén^onies religieuses %rept communes à l'une et à l'autre. Les Sabins fijMfid^rept une nouvelle ville sur le capitole, qu'ils ^vaiapt conquis, et sur le Quirinal. TuUus habita 1^ priQoper de ces monts; il y dédia des temples à ses dieux indigènes. Il ne tarda pas à être tué par des Laurentins auxquels il avait; refusé une ^tisfaçtion réclamée contre les siens, au sujet d'un meurtre. Voilà un premier chant héroïque.

Le poème reparaît dans son éclat quand Romulus iest enlevé à la terre ; ce qui remplit l'intenralle est une méchante interpolation.

Viçpt alors l'histoire de Numa Pompilius, de Çure^y auquel Tatius avait donné sa fille en ma* ijagCé Instruit par la nymphe Egérie, qu'il avait ,épousée sous une forme visible, Numia fit des lois toutes religieuses. Il institua toute la .hiérarchie, Ie$ pontifes, les augures^ les flamines, leë viei^es de Testa, les saliens. Durant sa vie^ le temple de lapus, son ouvrage, demeura constamment fermé.

ih-UDES. 4o ï

La paix régna dans toute l'Italie, jusqu'à ce que^ comme les favoris des dieux dans l'âge d'or, il s'endormit chargé de jours.

Il faut absolument reconnaître que les pontifes, dans leurs tables et leur chronologie, regardaient les deux premiers rois comme appartenant à un ordre de faits et de choses fort distinct, et qu'ils séparaient les récils touchant ces deux rois de ce qui à leurs yeux était de l'histoire. C'est ainsi que les Egyptiens commençaient la série de leurs rois par des dieux et des demi-dieux.

AvecTullusHostilius commence un siècle nouveau, ainsi qu'un récit dont le fond est historique et d'un tout autre genre que celui des temps antérieurs. Chez tous les peuples, entre l'époque entièrement poétique et les temps historiques, on rencontre une époque intermédiaireque l'on pourrait volontiers caractériser du nom de mythiquehistorique : époque qui n'a pas de limites fixes et certaines, et qui sera d'autant plus tranchée que la nation auj*a été plus riche en chants héroïques; puis entre l'histoire poétique et la mythologie pure il y a ce rapport de différence, que la première a toujours et nécessairement un fond historique, et que la plupart du temps elle prend ses sujets à l'histoire qui les lui livre dans de libres et naïfs récits ; tandis que la mythologie emprunte les siens à la religion et à de II. 26.

4oa ^TUDESJ

plus vastes fictions; elle ne se donne pas pour l'histoire, ne songe pas à être en harmonie avec le cours ordinaire des choses, bien que toutefois, séjournant sur la terre, elle ne puisse avoir d'autre théâtre. Ainsi, pour citer des exemples, la mythologie revendique Hercule, Romulus et Sigefroi ; mais Aristomène, Brutus et le Cid appartiennent à l'histoire poétique.

Ici M. Niebuhr arrive à la question souvent débattue de l'authenticité des annales primitives* Ce fut à Rome un usage pratiqué dans les temps les plus anciens, que le souverain pontife marquât sur un tableau blanchi les événemens de l'année, tels que les prodiges, les éclipses, les pestes, les famines, les guerres, les trioniiphes^ Ja mort d'hommesillustres. Cet usa^ese maintint jusqu'au pontife P. Mucius, et jusqu'au temps des Gracchea où il fut abandonné; car alors il s'était déjà formé une littérature, et la rédaction de pareilles chroniques put paraître trop au-dessous de la dignité du souverain pontife. Que devi\}rent ces annales primitives? Il est de toute vraisemblance qu'elles périrent dans la prise de Rome par les Gaulois, et furent remplacées par des annales nouvelles. Cette restitution faite après coup explique les erreurs chronologiques de l'ancienne histoire romaine.

Mais Fantiquité des légendes, des chants, hé-

l^TUDES. 4<>3

roïques dont nous avons parlé, remonte bien audelà du rétablissement des annales. Cicéron nous apprend, sur là foi de Caton dans ses Origines, que c'était une coutume des» ancêtres de chanter aux repas^ avec accompagnement de flûte^ les louanges des grands hommes, Perizonius, parmi les modernes, a remis ce fait en lumière, et M. Niebuhr lui en renvoie Thonneur. Bayle, qui vint fort peu de temps après lui, émit les conjectures que nous avons citées, sans faire attention à ses travaux. Mais revenon»à nos chansons héroïques. ' Les convives eux-mêmes les chantaient chacun à leur tour, ce qui montre que tout citoyen libre les savait par cœur. Selon Varr(Mi, qui les qualifie d'anciennes, on les faisait chanter parQe jeunes garçons modestes^ tantôt avec accompagnement de flûte^ tantôt sans musique. Dans resprit des Romains, la première vocation des Muses était de chanter les louanges des anciens et aussi celles des rois : car jamais Rome républicaine n'a appauvri ses souvenirs en reniant la mémoire des anciens rois. C'est une idée de collège que de croire qu'elle ait exilé leurs statues du Capitole. Non; même aux plus beaux temps de la liberté, on honorait et célébrait leur histoire.

Parmi les formes variées de la poésie populaire des Romains étaient les neniœ^ hymne que l'on chantait avec accompagnement de flûte pour cé-

4o4 BTïSBtSé

lébrer les louanges des morts a«x funérailles; il n'y a pas à les comparer aux thrènes et aux élégies des Grecs. Dans les premiers temps de Rome, on ne larmoyait pa^ sur les morts, on les honorait. Il faut donc se représenter ici de. véritables chants de commémoration, semblables à ceux qu*on récitait dans les festins ; peut-être même ces derniers n'étaient-ils autres que ceux -qui s'étaient fait entendre pour la première fois au jour de. gloire du défunt. De cette façon, nous pourrions très-bien, sans le savoir, être en possession de quelques-uns de ces hymnes, que Gicéron regardait comme tout-à-fait perdus. Ici M. Niebuhr maintient que les inscriptions en vers des anciens tombeaiilt des Scipions sont ou une nénie tout entière, ou du moins le commencement d'une nénie. Selon lui, il y a dans ces épitaphes, qu'il met sous les yeux du lecteur, un caractère parti- ^ier à toute poésie populaire, et qui ressort vir yement dans celle des Grecs modernes; c'est que des vers entiers, des pensées, deviennent, comme les mots eux-mém^es, des élémens du langage poétique^ ou les voit passer de pièces anciennes dans des morceaux nouveaux, et ils leur communiquent tournure et couleur de poésie, mêmç quand le poète plus moderne est insuffisant et médiocre.

Yoici enfin la conclusion de notre historien ;

a Les chansons converties en prose, et que nous » appelons Thistoire des rois de Rome, presque i> toujours d'une assez grande étendue, tantôt s'at- » tachent à un tout, tantôt sont isolées et sans » liaison nécessaire. L'histoire de Romulus forme i> à elle seule une e'popée, il ne peut y avoir eu » sur Numa que des chants fort courts. Ttilins^ » l'histoire deS Horaces, la ruine d'Albe font un n poème épique coîpme celui de^ Romulus; et )) Tite-Live nous a même conservé intact, et dans M la mesure lyrique de l'ancien vers romain^ tout n un fragment du poème. Au contraire, ce que » l'on raconte d'Ancus n'a rien des couleurs de la i> poésie. Avec Tarquin l'Ancien commence un » grand poè^Êoe qui finit avec la bataille du IHc » Régille. Ce chant sur les Tarquins,danssa forme » prosaïque, recèle une poésie inexprimable^ et » ne ressemble en rien à l'histoire proprement » dite. L'arrivée de Tarquin à Rome, comme un n^ un des lucumons d'Etrurie, ses hauts faits> ses » victoires, sa mort; puis l'histoire merveilleuse » d0 Servius, le mariage impiede Tuliia, lè meur- » tre d'un roi juste, toute l'histoire du dernier » Tarquin, les présages de sa chute, Lucrèce, la » dissimulation de Brutus, sa mort, la guerre de » Porsenna, enfin la bataille entièrement home- » rique du lac Régille, tout cela compose une » épopée qui pcfur l'éclat et la profondeur de Ti-

4o6 ETUDE».

jt) magioatioQt. dépas$e.de beaucoup tout ce que » Rome produisit plus tard. Etrangère à l'unité > du poème grec plus parfait, elle se divise eu » sections qui répondait aux aventures du poème » de^ Niebekmgen* »

Tel est ce point de vue dont l'idée même n'apr partient pas à M. Niebuhr, mais qu'il s'est appropriée par la forme^ l'étendue et la*couleur qu'il a $u lui prêter. Devant cette ingénieuse hypothèse^ poursuivie avec une si intrépide originalité^ on lie peut s'empêcher de dire^ comme Pamphile dans Xjdndrienne :

« Ego me amare hanc làteor ; si id peecare ^, fateov qiMKliie* » J'af one qu^ je l'aime, et ai c'est une faute, je faToue encorck

i En effet, qui n'admirera comme il ressort avec évidence des développemens de M. Niebuhr que )a;véritable épopée romaine^ contemporaine des premiers temps de Rome^ se trouve dans les deux premiers livres é^ Histoires de Tite^-Live, et non pas dans l'Enéide! Ce fait s'empreint profondément dans l'esprit à la lecture de notre historien^' et y reste vraisasdblable^ réel^ pittoresque.

Mais, dans les détails» M. Niebuhr n'est«il pas bien aventureux par la manière dont il les dispose et les affîrme? Quand il marque l'endroit précis où doit commencer un chant ^ finir un

ér%3nni. 4o7

aatre, il né s'appuie, ce nous semblé, q|ue air ses propret imaginadona ; etcependantil parlecomme s'il avait derrière lui des pièces justificatives. Déjà, dans la première édition de son livre, M. Niebuhr avait présenté le même système, et M. Guillaume de Schlegel y avait opposé plusieurs objections.

Entre autres critiques, il nie que ces chansons chantées dans les repas soient des poèmes épi^ -ques; il demande comment elles eussent pu être alors accompagnées de flûte, et quel fifre auï^t pu suivre jusqu'au bout un morceau dans le genre d'une rapsodie homérique; et puis Rome avait donc, dans ces temps de rudesse et d'ignorance, de jeunes garçons qui conservaient dans leur mémoire les trésors des plus longs récits ? Non : ces chansons étaient courtes, pauvres, et ne conservaient le souvenir que d'un nom ou d'un Élit isolé. Tous les peuples ne sont pas également doués pour la poésie. Ainsi les Romains n'ont pas de mot national pour désigner lepoètej car vates signifiait primitivement devin, ^earmen une sentence solennelle. Il ne faut pas rêver chez les Romains le génie épique de la Grèce.

Voilà, selon nous, la meilleure objection que M. de Schlegel ait opposée aux détails trop minutieux de la conjecture de Niebuhr.

Ainsi, pour nous résumer aujourd'hui sur ce point, nous croyons que M. Niebuhr est allé trop

4o8 ihruDCS.

loin en n'hésitant pas à marquer les divisions de ces chants primitifs^ leur étendue, leur importance; qu'en prêtant aux Romains toutes les richesses mêmes sauvages de l'épopée, il a accordé trop de poésie à un peuple qui devait sans doute en avoir, mais dont ce n'était pas le caractère distinctif. Mais aussi tout ce qui n'était dans Perizonius et dans Bayle qu'un aperçu est devenu sous la plume de M. Niebuhr une réalité. En abordant avec lui l'histoire romaine, on y voit clairement le sens et la couleur des temps primitifs : on demeure convaincu qu'une poésie indigène, quelque forme qu'on veuille lui prêter, a poussé sur le sol de Rome naissante, et s'est confondue avec son histoire bien avant Ennius et Virgile, et cela chez un peuple si dur^ si politique, si légal; tant il est vrai que l'humanité est tout entière dans un peuple comme dans un homme!

Si Enée vit clairement les dieux aiTachant les fondemens de Pergame, le philosophe peut, par la pensée, se représenter les idées de l'humanité descendant des cieux pour consacrer le berceau de tout grand peuple.

L'esprit de l'écrivain n'arrive pas d'un bond à la plénitude de sa force : ce n'est que par degrés t par une initiation laborieuse et successive qu'il parvient à se connaître, à se posséder lui-même, et à pousser sa puissance jusqu'à son efficacité dernière. Quand il commence à pointer, à grandir, à s'émanciper, il éclate, veut tout embrasser, devine ce qu'il ne sait qu'à moitié, développe ce qu'il a de puissance et de génie, d'une façon rapide, confuse et brûlante^ ose tout, se montre original sans scrupule et sans réserve, entasse péle-méle ce que plus tard il doit faire valoir et polir, et donne de lui-même une juste mesure pour qui sait comprendre et prévoir. Cependant les feux de la jeunesse ont pâli; à la fermentation

4lO ÉTUDES.

a succédé la maturité. A cette époque l'esprit consolide^ corrige, précise définitivement ses résultats ; il a remplacé les conjectures par la réalité j ce qui n'était que brillant est devenu lumineux; tout est achevé, et par un heureux mélange de hardiesse et de tact, de science et d'esprit, l'écrivain s'est réalisé tout entier.

Ces deux époques, qu'on peut remarquer aisément dans la biographie de tout homme de talent, je veux dire la jeunesse où l'on s'aventure, et la maturité où l'on consolide, nous les avens distinguées clairement en comparant la première édition de M. Niebuhr (i8i i ) avec la seconde et la troisième ( 1827-1838). Dana la première édition tout est de verve, d'audace, de jetaventureux : l'hypothèse s'y produit avec une netteté trantchante, les points de vue se succèdent vivement; l'allure du style est plus dégagée, et contribue encore à rendre plus nouvelle la nouveauté des idées et des conjectures. Mais seize ans après, notre historien, qui a fait route dans la science et dans la vie^ est bien changé : son esprit a passé d'une impétuosité pétulante à la force, qui de sa nature est calme, sévère et constante ; comme U s'eçt muni d'une érudition plusabondanteencore, il doute davantage ; les aperçus de Ja jeunesse ne sauraient plus le contenter; il aspire à qudqne <^hose de définitif et de durable; puis, dans Tlb-

tervalle, de révélations importantes/ Lydus (De magistratibus reipuhlicœ romance^; édition Fuss, avec yie préface de M. Hase 1 8 1 2^ ), le^ Insti tûtes de Gaïus, la Républiqtie de Cicéron^ ont éçlairci et modifié bien des choses ; si bien que^ maître à ia fois de sa pensée dans toute son étendue et sa maturité, d'une érudition sincère et profonde^ de ressources nouvelles, M. Niebuhr a pu écrire un livre définitif à ses yeux, et qui le sera long-temps dans la science.

Voici un point capital sur lequel il est vraiment instructif de comparer l'auteur à lui-même, de rapprocher les hypothèses de 1 8 1 1 des opinions de i8a7 : c'est l'origine primitive de Rome.

Montesquieu nous dit qu'on peut se représenter la ville de Rome dans ses commencemens comme celles de Crimée, faites pour renfermer le butin^ les bestiaux et les fruits de la campagne: voilà tout ; il ne songe nullement à remonter à sa primitive origine, à s'enquérir de ses premiers liabitans : cependant il vaut la peine de tenter d'éclaircir une semblable question. M. Kiebuhr^ -dans sa première édition, voulut comme l'emporter de vive force et la résoudre par voie d'hypothèse* Yoici cette solution conjecturale.

' Tout s^fnble décder dans Rome une cnrigine étrusque. : Fanci^ine constitution romaine était élrusque, et réglée par les livres sacrés de !'&-

4i^ itvs^s.

trurie, ainsi que le témoigne Festus ( V. Ritualisa libri). Les divisions légales des nombres, troi^^ dix, douze, sont les mêmes chez les deux pfliples. Toute la religion de Rome est étrusque. Le lucumon étrusque qui reçut le nom de Tarquin n*eût pas été accueilli par les patriciens dans une ville entièrement latine. Les Sabins ne vinrent s'adjoindre qu'à une Rome déjà formée : tout ce qui se fit avant et avec Romuius est étrusque ; les choses sabines ne commencent qu'avec Tatius.

M. Niebuhr ne s'en tint pas là. Si Rome était une ville étrusque, elle devait nécessairement être une colonie d'une des douze villes de la fédération; et Gère parait à notre historien la mélroJ>ole jprabable de Rome ; le mot cœrîmonicBy qui désigne les usages religieux des Romains, montre bien que, même à leurs yeux, c'était à cette ville qu'ik les avaient empruntés ; puis, entre les deux villes, il y eut des rapports constans d'amitié et de bourgeoisie, au milieu des guerres sans cesse renais* santés que Rome soutenait contre ses autres voisins. "

Cette hypothèse avait l'avantage d'expliquer d'un seul coup tout ce que les institutions et les idées romaines tiennent de l'Etrurie, de plafcer cette influence comme point de départ à Tépoque la plus reculée, et d'en faire comme le centre du développement politique et social de Rome. On

lie peut donc nier qu'elle ne soit tranchée, nette et significative; on ne peut lui contester impor^^ tance et clarté.

. Mais elle avait aussi bien des inconvéniens : d'abord, véritable hypothèse, elle était entièrement dénuée de preuves; et, pour se faire admettre, elle manquait de lettres de créance. Ainsi, quand M. Niebuhr, pour lui donner quelqne consistance et du corps, veut que Gère soit la métropole de Rome^ il ne s'appuie que sur des inductions assez faibles; et, sur ce point, M. Wachsmuth a tous les avantages contre lui : mais, à nos yeux, ce sont surtout les conséquences de l'hyppthèse, une fois -admise, qui la rendent tout-à-fait suspecte.

£n effet, si Bome est étrusque avant toutdansi ses origines et ses fbndemens, dans son point primitif et générateur^ comment n'a-t-^Ue pa^ été toujours, comme sa métropole, une oligarchie sacerdotale? Comment s'expliquer des déviations^ si vives, des différences si profondes, ce développement inouide la commune plébéienne, cette démocratie {plebs ) qui vient se placer à coté du patriciat, se met cote à cote, le force k traiter avec elle, Tinquiète, le balance, }e surpasse et l'absorbe? Je sais que l'adjonction desSabins,et quelque temps après des populations latines qui occupaient les environs de Rome^ «peut expliquer

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jusqu'à un certain point comment le fonds étrusque fat altéré; mais toujours, si Fon met' l'élément étrusque au commencement et au faîte de la société romaine, il devrait dominer, colorer et maîtriser toute la suite et le développemeiit de l'histoire; et il devient bien difficile de rendre un compte vraisemblable et suffisant des différences et des caractères de l'originalité romaine. Que si, au contraire, avec les traditions, et comme Va fait récemment M. Niebuhr, on met en première ligne une origine latine et le caractère sabin , et seulement en troisième lieu l'élément étrusque, alors on explique à la fois cotnment Rome se sépare de l'Etrurie et comment elle lui ressemble, pourquoi les différences et pourquoi les analogies.

Je ne sais si ces réflexions se sont présentées à l'esprit du célèbre historien ; mais toujours il a abandonné la première hypothèse , et lui a substitué ce que nous allons exposer.

L'antiquité tenait pour constant que JRoma n*était pas un nom latin; et l'on ne peut douter que la cité de Romulus n'eût un autre nom italique, qui se lisait dans les livres sacrés, comme le nom secret du Tibre. Cehii de Jîo/wc, dans sa tournure grecque, appartenait à la ville dans le temps où elle était pélasgique comme toutes lés bourgades qui l'environnaient- C'était la petite

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Roma des îSicules ou des Tyrrhéai^fts> sur le mont Palatin. Toutes les traditions reconnaissenl; unanimement le Palatium comme le lien où fut la Kome primitive ; et probablement elle occupait toute la colline, dont les cotés furent autant qu'on le put rendus inaccessibles. Quand Denys d'Halicarnasse remarque que les Aborigènes habitaient de nombreuse villages sur les montagnes, cela s'applique fort bien à la contrée qui entourait Rome naissante, quelque opinion que l'on ait sur ses habitans primitifs. Remuria dut être un village de ce genre. Nous en dirons autant pour Yatica ou Yaticum, sur l'autre rive du fleuve. La tradition, qui met un village sur le Janiçuie n'est pas non plus à rejeter ; et ces différentes bourgades furent sans doute les pre*mières qui disparurent devant Rome. Son territoire primitif, séparé de l'Étrurie par le Tibre , était limité des autres côtés par les villages des collines voisines ; il neVétendait que du côté de la mer.

Parmi ces collines il y en avait une appelée d'abord Jgonale, dont le C^pitole peut être considéré comme la citadelle, et que couronnait une ville plus considérable que les autres ; c'é*tait Quirium, dont les citoyeids s'appelaient Qui^ ritesy et étaient Sabins : voilà le second élément constitutif du peuple romain, comme le prouve

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la plus grande partie des rites religieux de Rome, qui viennent des Sabins et qu'on voit attribués tantôt à Tatius et tantôt à Numa. Il y eut entre Rome et Quirium guerre, puis alliance : c'étaient deux villes entièrement distinctes, ainsi que l'Eniporie des Grecs et celle des Hispani, séparées en deux états et par des murailles; ainsi que la Xripolia phénicienne des Sidoniens, des Tyriens et des Arcadiens; ainsi que, dans le moyen âge, la vieille ville et la nouvelle ville de Dantzig, et les trois villes indépendantes de Koènigsberg, qui, de muraille à muraille, se faisaient une guerre violente. Toutes les traces des circonstances qui amenèrent la réunion des deux villes ne sont pas effacées; il nous est resté ime tradition selon laquelle chacune avait son roi et un sénat de cent membres, qui se réunissaient dans le Comitium^ nom qui fut donné au terrain entVe le mont Palatin et le Capitole.

Les deux villes, une fois réunies sur un pied d'égalité, bâtirent, sur le chemin du mont Quirinal au mont Palatium, le double Janus, qui séparait les deux territoires et avait du côté de chaque cité une porte ouverte en temps de guerre pour que chacun put recevoir du secours dé l'autre, fermée pendant la paix, soit pour empêcher un commerce illimité d'où pouvaient naître des discordes, soit comme symbole d'une union qui

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u'étouSat psus l'indépendance. Il e$t eocQre d'autres vestiges de cette dauble cité : le double trône conservé par Romulus après la mort de son frère, la tête de Janus qui dès les premiers temps se trouvait sur les as romains.

Un peuple doubje, voilà ce que restèrent longtemps les Romains, même fort avant dans les temps historiques; la fiction des deux jumeaux n'a pas d'autre sens ; si la réunion de Remuria et de Roma lui donna naissance, celle des Romains et des Quirites dut à coup sûr la confirmer ; enfin les rapports et l'opposition des patriciens et des plébéiens lui donnèrent plus que jamais con» sistance et perpétuité.

Cependant des mariages réciproque et un culte comm\|n portèrent les Romains et les Quirites à ne faire plus qu'un seul peuple; on s'entendit pour n'avoir plus qu'un sénat, une assemblée, un roi ; et le roi devait être choisi alternatiyemei^ par l'un des peuple^ chez l'autre. « Alors, » dans toutes les occasions solennelles, on unit » le nom des deux peuples : Populus romanus » et Quirites; et plus proprement, d'après le » vieil usage romain de ne lier ces mots qu'en » les rapprochant : Populus romanus Quirites ; » ce qui plus tard se changea en populus roma- » nus Quiritum. Que dans la suite Quirites et n plébéiens aient signifié même chose, cela n'ôte II. 27

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M rien à la tradition, qui veut que les Sabins de » Tatius se soient appelés Quirites. Il est facile » de concevoir que, toute différence entre les » Romains et les anciens Sabins ayant cessé, le » nom de Quirites a pu passer aux plébéiens qui » étaient entrés dans la nation sous des rapports » semblables. C'est par la réunion des Romains » et des Quirites que Romulus a été changé en » Quirium^ et que probablement Quirium est de- . » venu ce nom latin secret de Rome qu'il était » défendu de prononcer. »

Après la fédération des deux villes, nous voyons le peuple romain se partager en trois tribus et en trente curies : les noms des deux premières tribus, RamnenseSy TitienseSj sont rapportés par l'opinion générale aux deux rois fondateurs; Bomulus était le cbef des Ramnenses^ Tatius des JYtienses. Mais la troisième tribu, celle des Lacères y à quoi la rattacher ? comment l'expliquer?

La plupart des archéologues romains^saient dériver le mot Lacères de Lucumo^ étrusque, allié de Romulus, et qui aurait péri dans la guerre contre les Sabins; quelques-uns le rapportaient à un Lucerus, roi d'Ardée; de façon que, pour plusieurs, les citoyens de cette tribu étaient des -Etrusques; pour quelques autres, des Tyrrhéniens.

Ici M. Niebuhr propose une autre explication,

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qu'il tire d'une autre forme du même nom. On dit Lucertes (comme T%iirtes)\ et cette forme vient d'un nom de lieu^ Lucer ou Lucerum. Les Lucères composaient une tribu, et occupaient le mont CœliuS; qui, dès Romulus, est nommé parmi les collines urbaines. Néanmoins c'est Tullus Hostilius qui passe pour le fondateur de cette partie de Rome, parce que, dit-on, il y établit les Âlbains. Ainsi les gentes d'Albe furent transportées sur le mont Cœlius, comme les génies sabines habitaient le mont Quirinal. Une partie des Romains se rattachent à Tullus, comme les deux anciennes tribus à Romulus et à Numa, et les plébéiAs^l^Ancus. Ces quatie rois, toujours considérés comme auteurs des anciennes lois, ont véritablement fondé pièce à pièce la chose romaine. Or il ne reste pour Tullus que les Lucères, qui sont donc les mêmes que les citoyens de la ville du^celius, de Lucerum. ïj'étymologie qui remonte à Lucumon, allié de Romulus, nous donne le même résultat; car ce Lucumon n'est autre que le chef étrusque Cœlebs Vibenna, qui, suivant la tradition, s'établit avec sa troupe sur la montagne qui prit son nom.

Lucerum, ne venant que comme troisième tribu (la tribu des Lucères)^ fut, pendant les premiers temps, dans une condition politique bien inférieure aux deux premières j*elle leur fut assu-

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jettie, son sénat ne se réunissait pas aux deux au« très, ses citoyens n'étai^flt pas convoqués au comitium. Roma exerçait une sorte de prééminence sur Quirium^ et Quirium était bien supérieur à Lucerum. Quand les historiens nous parlent de l'augmentation du nombre des sénateurs, il faut reconnaître dans ce fiait défiguré l'extension des droits politiques à la seconde et à la troisième tribu. Primitivement il y eut cent sénateurs; voilà pour Rome : on fait la guerre, puis la paix avec les Sabins; le sénat est doublé; voilà pour Quirium : enfin, quand Denys d'Halicarnasse nous dit que Tarquin l'Ancien éleva le nombre des sénateurs de deux cents à trois cei4l^us reconnaissons le sénat de la troisième tribu de Lucerum. On comprend aussi comment cette dernière tribu, venue plus tard au partage des droits politiques, et restée long -temps dans un état d'infériorité à l'égard des deux autres, s6it4jpour ses rapports avec elle, soit pour son organisation intérieure, s'appelait minorum gentium. On ne prenait les suffrages de ses sénateurs qu'après avoir recueilli ceux à^s patres niq/oruni gentium; et, pendant long-temps sans doute, les curies de Lucerum furent appelées les dernières.

Voilà donc comment s'est formé le peuple romain. Résumons rapidement la théorie de M. Niebuhr.

Un mélange de Pélasges et d'Aborigènes, Roma, Rémuria, habitant le mont Palatin^ s'organisant plus tard en une tribu dont Romulus est considéré comme le chef, Ramnenses.

Des Sabins, habitant *sur la colline A'gonale, que couronne- le Capitole, la yille de Quirîum^ ^s'organisant plus tard en une tribu dont Tatius est con^déré comme le chef, Titienses.

Une troupe d'Etrusques, venue sous la conduite de CœlebsYibenna, lucumon d'Ëtrurie^ sur le mont Cœlius, qui prit son nom : ils y fondèrent un village qui s'appela Lucerum. Plus tard, Tuilus y transporta les génies d'Albe; et ce mélange d'Etrusques et d'Albains s'organisa en une tribu, LucereSy qui prit son nom ou de la ville même, Lucerum^ ou du chef étrusque, Lu-cumo. Pour nous, nous inclinons à cette dernière étymologie.

Sur ce dernier point, nous - eussions même désiré que M. Niebuhr eût marqué avec plus de fermeté le caractère étrusque de la troisième tribu ; car c'est par elle que, dès son commencement, avant l'arrivée des Tarquins, Rome mêla à ce qu'elle avait de latin et de mœurs sabines un élément étrusque.

Quoi qu'il en soit, les solutions historiques de M. Niebuhr nous paraissent excellentes et avoir trois grands avantages: i° de laisser au Latium

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