DE LA FAMILLE
réunit tous les parents pour la défense de l'un d'entre eux.
Au contraire , quand la société est paisible, quand la loi est vigilante , surtout quand l'esprit de commerce chasse les hommes sur toutes les voies du gain, la famille se disperse de bonne heure, et les relations de parenté cessent d'être cultivées.
Et comme la famille est la base de la société, les altérations qu'elle subit réfléchissent sur toutes les parties delà loi : sur la puissance paternelle, qui sera plus ou moins fortement organisée ; sur la condition des femmes, qui auront plus ou moins d'indépendance selon que la faiblesse sera plus ou moins protégée contre la force; sur le mariage, qui sera prohibé ou permis entre les proches parents; sur la constitution de la propriété enfin, par le plus ou moins de liberté dans le droit de disposer, par les légitimes, par les retraits, par les droits successoraux, par toutes ces institutions qui varient suivant que Ton considère le patrimoine comme l'avoir d'un seul ou comme le bien commun de la lignée.
Les Romains, cette race d'hommes égoïstes, âpres au gain comme à la gloire, mais peu capables des tendres affections, ne virent dans la famille qu'une subdivision politique de l'Etat. Ils l'organisèrent au profit d'un chef unique à la puissance absolue duquel tout le reste fut sacrifié. Mais en attachant du prix à sa perpétuation, ils en firent, au moyen des adoptions, des émancipations et de l'agnation, une combinaison si savante, que le lien du sang n'y comptait
presque plus. C'est surtout ce caractère artificiel qui forme le trait distinctif de la famille romaine.
L'esprit du moyen âge, au contraire, qui fut agricole et religieux, honora surtout dans la famille le lien de la parenté. Il tendit à resserrer l'union des parents par le respect du sang, et à les fixer sur l'héritage des ancêtres. De là tant d'obstacles qui paralysaient te droit d'aliéner dans la main du propriétaire; de là ces retraits si multipliés ; de là la distinction des biens d'après leur origine 3 de là enfin tant de précautions pour empêcher le propriétaire actuel de dépouiller les générations futures.
Nulle part l'histoire ne nous montre la famille présentant le degré de cohésion qu'elle eut chez les peuples slaves. Là le père, la femme, les enfants, ne font qu'un tout, n'ont qu'un patrimoine; la puissance du chef de la famille estrigoureuse, mais lui-même est assujetti à. la loi de l'indissolubilité. Le statut d'Iglau défend au père d'entreprendre un voyage sans le consentement de sa femme et de ses enfants, à moins que ce ne soit pour aller en pèlerinage à Jérusalem *. Dans le génie de ces peuples, la mort du père ne faisait pas cesser l'habitation commune; les biens restaient indivis entre la veuve et les enfants , quelquefois pour plusieurs générations. Et cet usage était si bien dans leurs mœurs, qu'en plusieurs pays il s'observe encore *.
1 Macibiowsu, Histoire dit Droit slave, t. îv, §297.
2 Encore aujourd'hui chez les Monténégrins, à la mort du