CHAPITRE III
Des Socialistes modernes.
Il est plus facile d'accuser la société que de la refaire. Depuis les temps anciens, tous les rêveurs socialistes ont recommencé la même idée, la béatification de l'espèce humaine par la destruction de la
famille et de la propriété. Lisez la République de Platon, Y Utopie de Thomas Morus, la Cité du soleil de Campanelîa , le Code de la nature de Morelly : c'est toujours le même thème, à peine varié dans ses détails. Il est vrai que le monde a poursuivi son chemin , sans faire attention à ces écarts des sages. De nos jours, après des révolutions qui ont déplacé les fortunes et ébranlé les esprits, il était naturel peutêtre que ces systèmes se renouvelassent, et qu'ils rencontrassent momentanément plus d'adhésion. On verra, par une revue rapide, qu'ils ont ajouté peu de chose aux idées des anciens philosophes, si ce n'est que leurs auteurs, obligés de préciser leurs combinaisons pour arriver à des résultats pratiques , en trahissent d'autant mieux le vide et la grossièreté.
Saint- Sitnonisme K
Le saint-simonisme s'annonçait comme devant saper tous les privilèges de la naissance sans exception. La propriété et l'hérédité étaient les premiers de ces privilèges. La maxime fondamentale des nouveaux apôtres était : A chacun selon sa capacité; à chaque capacité selon ses œuvres.
* Sur les doctrines du saint-simonisme et l'histoire de ses destinées , on peut consulter Louis Reybaud, Etudes sur les Réformateurs modernes, 1. 1, p. 42 et suiv.
Je n'ai pas à m'occuperici du côté religieux du saint-simonisme, qui admettait un semblant de divinité pour l'acquit de la conscience des hommes, sans pouvoir parvenir à définir son dieu panthèistique, le premier des oisifs du système. Toutes les théories relatives à la propriété se concentraient dans la mairie, constituée de la manière suivante :
La commune, seule propriétaire du sol compris dans ses limites, des instruments de travail, et même des capitaux , attribue à chacun , selon sa capacité, le fonds qu'il doit mettre en œuvre. Les fruits de son industrie, appartenant en propre au travailleur, agissent comme stimulant sur son activité»
Le maire, chef de la commune, est investi du pouvoir considérable d'apprécier les capacités, déjuger les vocations, et de mesurer sur les mérites de chaque individu la proportion de sol ou de capitaux à laquelle il a droit. Il doit se déterminer, dans cette répartition, par le talent, par la bonne renommée, par l'ancienneté, mais jamais par la faveur.
Toute hérédité est abolie. Le maire peut accorder aux enfants du défunt une part ou même la totalité de Tavoir qu'il a laissé , mats seulement s'ils sont capables, et non à titre de successeurs.
Quant au surplus de la doctrine, à la femme libre, aux mariages saint-simoniens, à la hiérarchie sociale couronnée par un pape investi du pouvoir absolu, je me dispenserai d'en parler, soit parce que le temps en a déjà fait justice , soit parce que le sujet de la propriété n'y est pas intéressé.
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J'examinerai dans le chapitre suivant ce que produisirent les essais de ce système. Je me bornerai à remarquer ici que le saint-simonisme devait se briser contre deux écueils, c'est-à-dire les discordes intestines, et l'instinct de la propriété qu'il attaquait directement.
Rien n'est si vivace chez les hommes que l'amourpropre et le désir d'acquérir, deux passions qui se trouvaient perpétuellement en éveil dans la société saint-simonienne, par ces partages basés sur la capacité. Le moyen de croire que, par respect pour la parole du maire ou du prêtre , chacun souscrirait à l'équité de sa sentence , et se contenterait de la dignité, de la fonction ou du capital qui lui aurait été assigné! Cette société aurait donc bien peu ressemblé à la nôtre! Nous avons vu les saint-simoniens succomber sous leurs divisions et leurs schismes. Estce que leurs premiers apôtres n'étaient point assez fervents ? ou bien est-ce que la- race humaine n'est point encore assez régénérée ?
Ils ne se trompaient pas moins en abolissant la propriété et le droit des successions. C'est un sentiment inné et tout-puissant dans le cœur de l'homme que de s'attacher au sol, que d'habiter la maison de ses pères, que de planter ou d'arracher, que d'agir en maître, en un mot : ils méconnaissaient tout cela. Du reste, ce n'est point ici, c'est quand je traiterai des successions, que je démontrerai plus en détail les dangers, l'impossibilité même de les supprimer.
DBS SOCIALISTES MODERNES. 209
Système de Fourier.
Après les saint-simoniens, viennent les fouriëristes, qui ne demandent plus l'abolition de la propriété. Lear principe est : A chacun selon son capital, son travail et son talent. Mais ils veulent une refonte corn* plète de la société, qui repose sur une base vicieuse, c'est-à-dire sur le fractionnement et la rivalité des forces individuelles, tandis que tout bien doit sortir de l'association. Cette association se réalise dans le phalanstère, où chacun est libre d'entrer ou de ne pas entrer; mais une fois les phalanstères établis, ils présenteront tant d'avantages, on y jouira d'une telle somme de bonheur, que tout propriétaire sera contraint de s'y enrôler par la force des choses '.
Un phalanstère est une espèce de grand monastère d'hommes et de femmes, composé d'environ deux mille individus. Fourier en donne le plan architectural avec précision. Toutes les professions utiles à la société y sont exercées. Toute personne y est admise avec son capital ou son industrie, qui lui don* nent un droit proportionnel dans la distribution des profits.
La phalange, d'où le phalanstère tire son nom,
1 La description suivante du phalanstère est faite d'après le Monde Industriel de Fourier. Y. aussi le livre de M. Tissot •or la Manie du Suicide, p. 316 et suiv.
ws. n. 14
se divise en séries , les séries en groupes, les groupes en sous-groupes, selon le travail ou la subdivision de travail auquel ces personnes sont portées d'affection. Fourier a remorqué , ce que tout le monde sait du reste, que plqs le travail est divisé et spécialisé, plus il est productif 5 c'est l'histoire des épingles, dont on donne cinquante pour un sou.
Le tout est d'utiliser la vocation spéciale des individus, en leur laissant l'entière liberté dans le choix d'un genre de travail. Bien entendu que le sexe ne sera plus une cau&e d'incapacité dans l'état sociétaire, et qu'une femme pourra exercer la médecine, rendre la justice, ou commander les armées, comme un homme pourra tricoter ou se faire bonne d'enfants \
Le maître s'est attaché à préciser et à discipliner toutes les fonctions du phalanstère, depuis les nourrissons, qui seront bercés à la mécanique, jusqu'à la cuisine, où il y aura sept degrés de broches tournées par des bambins d'un âge correspondant *•
Le grand mal de la société , telle que nous la voyons, est, selon Fourier, que les passions des hommes, contrariées, comprimées sans cesse, produisent, par la résistance même qu'elles éprouvent, les crimes, les vices et la dégradation des individus. Laissez à ces passions leur libre cours, et ces torrents dévastateurs deviendront un moteur utile dont l'industrie socialiste saura tirer parti.
■ Monde Industriel, p. 224 et suiv.
* Ibid., p. 263 et 264.
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C'est par suite de ce principe, que le libre amour sera la loi du phalanstère; en d'autres termes, que le mariage y sera supprimé, et qu'il y aura communauté d'hommes et de femmes, ou pèle-mèle entre les sexes : moyen violent, mais infaillible , pour empêcher la débauche.
Le riche phalanstérien ne sera point obligé de travailler 3 il pourra se tenir dans sa chambre ou se promener dans de grandes allées couvertes pratiquées à cet effet; mais les oisifs, s'ils ne sont pas entièrementbannis du système, y seront du moins très-rares.
Enfin, quand il faudra venir au partage des immenses bénéfices que le travail commun aura réalisés, c'est par le vote ou l'élection qu'on attribuera à chacun son dividende, en tenant compte aussi bien des capitaux apportés que du travail ou de l'industrie des sociétaires.
Gomment s'entretiendra l'ordre et la paix dans l'association phalanstêrienne? Par quel moyen évitera-t-on les rixes fréquentes qui doivent naître, ce semble, du libre amour? Comment y trouvera-t-on des gens qui se chargeront, par goût, des travaux vils ou rebutants *? Par quel secret chacun sera-t-il
* Pour résoudre cette objection embarrassante , Fourier fait exécuter ces travaux par de petites hordes d'impubères 9 sous la conduite des Rang ou des Druides. Le travail devientil trop difficile pour leur âge , il fait intervenir des groupes k goûts fantasques , qu'il classe en initiateurs , en occasionnels, en ambiants, en caméléons et en fîniteurs (p. 293 et 294). Enfin , pour honorer les fonctions méprisées , elles ont le pas sur toutes les autres dans les marches solennelles.
toujours juste envers les autres dans la répartition finale des bénéfices, et toujours content lui-même de la part qui lui sera faite? Enfin, quel sera le principe de bonne harmonie qui fera marcher sans frottement la machine sociétaire, avec un accord de volontés qui n'existe guère entre les hommes d'aujourd'hui î
Toute cette magie sera produite par trois passions restées inaperçues jusqu'à Fou rie r dans le cœur de l'homme, et qu'il a décorées du nom de papillonne, de cabaliste et de composite. — La papillonne tend à la satisfaction de toutes les passions; et par conséquent à la variété dans les jouissances. — La cabaliste crée l'émulation entre les divers groupes d'espèces assez analogues pour rivaliser ensemble 3 elle excite, elle pousse au travail. — La composite, de toutes les passions là plus romantique, la plus irréfléchie, est celle qui résulte de plusieurs plaisirs de l'âme ou des sens goûtés simultanément 5 c'est par elle que nous éprouvons l'enthousiasme pour le beau '.
Fourier affirme qu'au moyen de ces trois passions, qu'il appelle mécanisantes, une nouvelle ère s'ouvrira pour l'humanité ; quedans un phalanstère de dix-huit cent dix personnes, chaque individu aimera passionnément tous les autrete, directement ou indirectement; que l'ambition s'y taira 5 quç les petites jalousies seront étouffées dans l'immense bien-être qui résultera du régime harmonien ; qu'enfin, la bienveillance universelle sera si grande, qu'elle établira « entre les
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testateurs et les légataires, soit consanguins, soit adoplifs, une affection assez vive pour que l'héritier désire prolonger la vie du testateur, qu'il est aujourd'hui si impatient de conduire au monument \ »
Je ne veux pas m'arrèter longtemps à la réfutation de ce système» Je ferai observer seulement que Fourier s'abusait ou abusait les autres, en prétendant respecter l'institution de la propriété. La propriété n'est pas quelque chose de vaporeux et de métaphysique, comme ce qu'il appelle un capital. C'est un droit exclusif, qui se traduit éminemment en fait; c'est un rapport étroit de l'homme à la chose, qui lui permet de la métamorphoser, d'en jouir à sa guise, de la détruire même sans rendre compte à personne. Mettez à la place une action donnant droit à une part de bénéfices, et tout homme de bonne foi sentira que la propriété a cessé d'exister.
Il peut se faire que , par la puissance de l'association, plusieurs familles, en combinant leurs efforts, en réunissant leurs capitaux, parviennent à des résultats économiques avantageux. Il y a là une vérité que Fourier n'a pas inventée , comme il y a un problème qu'il n'a pas résolu, car ses élèves eux-mêmes apportent aux phalanstères d'assez larges amende* ments. Toutefois, si on laisse les hommes libres de former ces associations ou de ne pas les former, ce problème devient un simple problème économique; ce n'est plus une question sociale.
« P. 385 et suiv., 393 , 396, etc.
Quant aux idées bizarres que Fourier a jetées dans l'exposition de sa doctrine arec plus d'imagination que de bon sens, leur absurdité est si frappante, qu'on me dispensera d'y insister, ses élèves eux-mêmes consentant volontiers à délaisser aujourd'hui la papillonne et les périodes humanitaires, pour réduire le phalanstère aux simples proportions d'une exploitation agricole1.
Société coopérative. — Robert Owcn.
Robert Owen > l'un des plus grands capitalistes de l'Angleterre contemporaine , proposa un nouveau
1 On ne sait trop si Fourier croyait lui-même à ses cosmogonies, lorsqu'il affirmait qu'après l'adoption de son système la nature changerait; qu'une couronne boréale dissoudrait les glaces du pôle et permettrait de cultiver les orangers à Saint-Pétersbourg; qu'il naîtrait des hypo-chiens, des antilions, des anti-hippopotames, des anti-tigres, destinés à détruire les espèces malfaisantes, et que le mercure se congèlerait à zéro. — Suivant lui, le soleil s'alimenterait par un arôme tétra-cardinal émané des planètes. « D'oii vient que la notre n'en fournit plus? Ce n'est ni d'impuissance, ni de vieillesse; car elle est fort jeune et infra-pubère. C'est une suspension d'exercice aroraal causée par la chute de l'astre en subversion ascendante , où il tomba environ cinquante ans avant le déluge. Cette crise est inévitable sur tous les globes, excepté le soleil. Us en souffrent plus ou moins, comme les enfants souffrent de la dentition» La terre en a si prodigieusement souffert, qu'une fièvre putride résultant de cet accident s'est communiquée au satellite Phœbé, qui en est mort. Notre planète n'en est pas moins un petit astre des plus vigoureux, etc. . . . » ( Traité dissociation, L i.)
plan de société qu'il appela société coopérative, comme il appela son système tyitème rationnel. Il en avait conçu les données principales en adorinis* trant un vaste établissement industriel où il obtint des succès éclatants, aussi bien dans l'intérêt de sa fortune que dans celui des populations qu'il dirigeait Mais il se hâta trop peut-être de les attribuer à ses idées philosophique*, tandis qu'ils étaient dus principalement à l'homme, à sa patience, à son exemple et à son habile direction.
Encouragé par les premiers résultats, M. Owen fit de la propagande. Il agita l'Angleterre par la parole et par les journaux, ne se laissant jamais arrêter par des considérations d'argent. Il jeta le plan de tout un système nouveau de société, où tout était prévu d'avance, depuis les dogmes philosophiques jusqu'à l'exécution matérielle, depuis Les moyens d'éducation jusqu'à la forme des constructions agricoles. Une grande faveur l'accueillit d'abord; les souscriptions abondaient. Enfin, vers 1824 , il passa en Amérique pour y fonder la colonie deNew-Harmony, dont nous dirons plus bas les résultats. Pour le moment, cqntentons-nous d'indiquer les bases sur lesquelles reposait la société coopérative*
Tout principe religieux en était banni. Sous ce rapport, M. Owen était au moins plus franc que les saint-simoniens ou les fouriéristes.
Comme point fondamental de sa doctrine, il arborait le principe de l'irresponsabilité humaine et de l'égalité la plus absolue.
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L'irresponsabilité lui paraissait découler de ce que les actions humaines ne sont pas libres. L'étude des hommes l'avait convaincu qu'ils sont bons ou méchants fatalement par l'éducation qu'ils ont reçue, par le milieu dans lequel ils vivent, par les besoins qu'ils éprouvent ; que la société a pour mission de modifier cette éducation, ce milieu; mais que l'homme, jouet des circonstances , n'est jamais ni à louer ni à blâmer. C'était , en un mot, la vieille doctrine de la nécessité renouvelée.
De là, dans la société coopérative, absence complète de punitions comme de récompenses. L'intelligence et l'imbécillité , le travail et l'indolence, les crimes et les vertus, recevaient le même traitement, sans encouragement pour le bien, sans répression contre le mal.
Le système rationnel détruisait toute inégalité de rang; les talents et la capacité ne sortaient pas même hors ligne, comme dans la société saint-simonienne; aucune propriété privée, mais similitude entière d'habillements, de genre de vie, de nourriture, de logement, pour tous les membres de la communauté.
Ce système, appuyé d'une bonne éducation de la jeunesse, devait faire plus pour régénérer les hommes, selon le réformateur, que les prisons et les supplices du régime actuel. L'impossibilité d'acquérir des biens et de s'élever au-dessus du niveau général, devait tarir la source de l'égoïsme, de l'esprit de rivalité, et par conséquent de tous les crimes qui en sont la suite. Quel intérêt les hommes auraient-ils k être mé-
chants, quand la part de tous est faite d'avance, et que cette part est égale ?
Oui j mais aussi quel intérêt auraient-ils à être bons? Où chercher le mobile des grandes actions? Quel savant pâlira sur ses livres pour étudier la nature, pour lui arracher ses secrets, pour promouvoir les grandes découvertes, quand l'ignorant obtiendra les mêmes honneurs que lui? Et, sans même porter ses regards si haut, qui détournera les paresseux de l'oisiveté, dans un système où ils auront leur vie gagnée d'avance?
S iv.
Communisme.
Le communisme n'est pas quelque chose d'aussi net que les systèmes précédemment retracés. 11 comprend une foule de sectaires, qui s'appellent égalitaires, humanitaires, communistes, communautaires, et qui tous adoptent pour dogme politique l'abolition de la propriété. Us remontent tous , pour la pensée première, aux théories de Babeuf, qu'ils n'ont jamais désavouées, qu'ils ont même pillées ouvertement Tous ne vont pas, du reste, aussi loin les uns que les autres, et les journaux qui propagent leurs doctrines ne les exposent pas sans doute dans leur sincérité complète»
Les communistes se piquent peu de philosophie. Ils s'inspirent moins de la philanthropie que de la
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haine; ils attendent plus des passions politiques qo de la calme persuasion. Us se distinguent sous c rapport des sainUsimoniens et des fouriéristes, qi ne veulent que des expérimentations paisibles, san spoliation et sans violence. Par la même raison , il ont pris moins de souci de tracer le plan de leur s( cièté à venir, comme si détruire était pour eux plu qu'édifier. Tous leurs plans d'organisation paraisseï se réduire aux idées suivantes.
L'Etat est seul propriétaire de tous les biens. Qu conque attaquerait la communauté universelle ou e discuterait le principe doit être puni, ou même rédui en esclavage perpétuel. La nation, de son côté, es obligée d'entretenir chaque citoyen dans un état d médiocrité ou d'honnête aisance.
Le luxe est banni, les espèces d'or et d'argen supprimées, afin d'enter les épargnes secrètes; le arts purement agréables sont déclarés inutiles. Plu de villes, mais seulement des bourgs et des villages
L'Etat est le grand organisateur du travail. Il Ai termine la nature des cultures par zones; il impos à chacun sa tâche, son industrie, son habitation L'homme ne prépare plus ses aliments, mais il y des cuisines et des boulangeries publiques, et le distributions se font par le ministère des magistrat* Si un étranger obtient la permission de voyager dan l'intérieur, ce qui n'est accordé que difficilement, i paie efrentrant une somme au gouvernement, qui s charge de le transporter partout et de le défrayer d tout.
Inutile de dire que, dans ee système comme dans tous les autres, la première condition est d'enlever l'enfant à ses parents, sous prétexte de lui donner une éducation nationale : car l'homme appartient à l'Etat depuis sa naissance jusqu'à sa mort.
Le communisme n'est pas précisément un régime de liberté/ il faut y être heureux bon gré malgré. On livre à l'individu la nourriture et le vêtement, mais à condition qu'il ne discutera point, qu'il n'élèvera pas ses regards au delà de son travail de chaque jour, qu'il ne prétendra point aux jouissances du luxe, qu'il abjurera le sentiment des arts, qu'il renoncera aux joies de la famille et à toute ambition personnelle. Il est impossible d'absorber davantage l'individualité de l'homme dans l'Etat. Comment cet Etat lui-même sera-t-ii gouverné? C'est ce qui reste dans l'ombre. En attendant, ce régime fait bien de se donner des airs de force : car il faut peu connaître l'humanité pour croire qu'elle s'en accommoderait volontairement. C'est le matérialisme le plus brut et le plus franc qui se soit jamais produit. Nous allons, au surplus, montrer, dans le chapitre suivant, le côté par où pèchent tous ces projets de réforme sociale.