CHAPITRE PREMIER
Si les Successions sont de droit naturel.
Ça été longtemps une grande controverse entre les auteurs, que de savoir si les successions étaient de droit naturel ou de droit positif. Montesquieu a écrit que « la loi naturelle ordonne aux pères de nourrir leurs enfants , mais qu elle n'oblige pas de les faire héritiers1. » La plupart des philosophes allemands enseignent aujourd'hui que, de droit naturel, tous les droits de l'homme s'éteignent avec lui, que par la même raison sa mort met fin à toutes ses obligations, et qu'ainsi, dans ce droit, il n'y a pas d'hérédité possible.
* Suffit det Loti, liv. xxvi, ch. 6.
La question dépend du sens qu'on attribue au mbt de droit naturel. Dans tous les cas, ce serait une étude peu profitable que celle d'un droit qui n'existe nulle part, et qui ne pourrait exister sans démentir tous les instincts de l'homme et sans contrarier la raison.
Partout le droit d'hérédité est établi, même chez les peuples les plus sauvages : grave présomption, sinon que ce droit est de droit naturel, du moins qu'il est rationnel au plus haut degré.
Sans doute, si l'on veut dire qu'il n'y a, dan? le lien du sang en lui-même, rien qui démontre que le bien du père doive appartenir à ses enfants ; si Ton veut dire qu'il peut arriver des cas où le principe de successtbilite pourra être suspendu sans injustice; si Ton entend contester que le frère doive être considéré comme l'héritier de son frère par une intuition nécessaire de l'intelligence : si c'est là ce qu'on veut dire, en niant que les successions soient de droit naturel, on aura peut-être raison. Mais il n'en est pas moins vrai qu'une foule de motifs tirés , les uns de l'intérêt du défunt, les autres de l'intérêt de l'héritier, les autres de celui de la société elle-même, concourent avec une telle puissance à fonder le droit de succession, qu'en se plaçant au point de vue d'une loi générale, il est presque impossible de concevoir qu'il n'existe pas*
On doit donc croire que, s'il ne rentre pas dans ce droit naturel primaire, c'est-à-dire dans ce droit de la conscience qui ne souffre pas d'exceptions,