L'EXISTENCE SURNATURELLE DU BOURREAU
' tous supposent des rapports avec les hommes, et il n'eu a point (1). »
Il y a une partie de cette horrible peinture qui n'est malheureusement que trop vraie : c'est le tableau des supplices encore en usage dans toute l'Europe la veille de la Révolution française. Mais ce qui concerne le bourreau serait mieux à sa place dans un conte d'Hoffmann ou de Charles Nodier que dans une œuvre de philosophie politique. Cette cruauté infernale que vous reprochez au bourreau, c'est celle du fanatisme et de l'ignorance, celle de la vieille société, des vieilles lois et des vieilles cours de justice, de cet ordre de choses à jamais abîmé et disparu, et que vous vouliez maintenir éternellement debout comme une institution divine. Aujourd'hui que la société est plus clémente, aujourd'hui que l'humanité s'est fait jour, même dans le code pénal, le bourreau, lui aussi, est devenu plus humain et ne ressemble plus nulle part à ce personnage fantastique dont vous nous parlez. Voulez-vous qu'il dis paraisse tout à fait, comme on est autorisé à espérer qu'il disparaîtra un jour ? Supprimez la peine de mort. J'ai dû, en passant, nrarrèter sur cette sombre page, parce que c'est une de celles qui ont le plus vivement frappé les esprits.
N'admettant les supplices qu'au nom de l'expiation, au nom de la vengeance divine, sans aucun avantage pour la société et sans aucune intention d'amender le coupable, il est naturel que de Maislre les justifie tous, qu'il les regarde tous comme également légitimes, et n'accuse jamais la loi, si cruelle qu'elle puisse être, d'un excès de sévérité. Il ne trouve jamais qu'elle frappe trop fort ni trop souvent. o Le mal étant sur la terre, dit-il, il agit constamment, et par conséquence nécessaire, il doit être constamment réprimé par le châtiment Le glaive de la justice n'a point
de fourreau; toujours il doit menacer ou frapper. Qu'estrcedonc qu'on veut dire, lorsqu'on se plaint de Vimpunité du crime? Pour qui sont le knout, les gibets, les roues et les bûchers (2) ? »
(1) Soirées de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 38 et suiv., édit. <le Lyon. 18 (2; Soirées de Saint-Pétcrshuunj, t. I, p. 4-,
Bien plus, de Maistre n'admet pas que la justice puisse se tromper ; il n'entre pas dans son esprit qu'elle ait jamais condamné un innocent. Aussi, avec quelle indignation il llétrit une des plus nobles actions de Voltaire : la réhabilitation de Galas. Il est évident pour lui, par cela seul qu'il a expiré sur la roue, et que Voltaire a demandé la revision de son procès, qu'il est mort coupable Si pourtant l'on insiste, si on lui oiiïe de prouver jusqu'à l'évidence que des hommes ont péri surl'échafaud pour des crimes dont on a découvert plus tard les véritables auteurs, alors il vous répond, avec un sans-façon de grand seigneur, qu'ils ont probablement mérité leur sort pour quelque autre forfait resté inconnu. Cette manière cavalière de distribuer les supplices nous rappelle ce légat qui criait, pendant le massacre des Albigeois : Frappez toujours, Dieu saura reconnaître les siens.
Après avoir parlé des châtiments, de Maistre s'occupe des maladies, qui ne sont à ses yeux qu'une autre forme de la justice... non, il faut l'appeler par son nom, de l'implacable vengeance de Dieu. Toutes ou près [ùe toutes les maladies qui affligent l'espèce humaine ne sont, dans son opinion, que les peines que nous avons méritées par nos pèches, par nos vices ou par nos crimes. Tout malade est coupable, a Pour moi, dit-il, je ne puis me refuser au sentiment d'un nouvel apologiste, qui a soutenu que toutes les maladies ont leur source {dans quelque vice proscrit par l'Evangile. » D'ailleurs, si nous ne sommes pas malades par notre propre faute, nous le sommes par celle de nos ancêtres, et, en vertu du dogme de la réversibilité des peines, cela suffit pour que nos souffrances soient légitimes. Il a trouvé dans son imagination un nouveau système de pathologie qui lui montre que les maladies suivent exactement, dans leurs variétés, L'analogie des péchés et des crimes. Mais ce sont principalement Les maladies caractérisées, ou celles qu'on désigne par un nom particulier, comme l'apoplexie, la phtisie pulmonaire, la jaunisse, l'hydropisie, la lèpre, etc., qui accusent chez celui qui les éprouve un haut degré de perversité ou de corruption. « Plus l'homme est vertueux, nous assure-t-il, et plus il est à l'abri des maladies qui ont un nom. » Cela