‹ Philosophie du droit pénalChapitre 11 sur 70 · SYSTÈME DE JOSEPH DE MAISTRE · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE JOSEPH DE MAISTRE

se manifeste d'abord, se manifeste surtout, selon de Maistre, par le châtiment des coupables, au nombre desquels nous sommes tous comptés à différents degrés, ou par la distribution d'une somme de maux proportionnés à celle des crimes dont la terre est toujours souillée. Mais puisque les souverains, bien entendu les souverains légitimes, sont les représentants et les ministres de Dieu sur la terre, leur première prérogative, la première attribution de leur pouvoir doit consister également à frapper ceux qui l'ont mérité, à ordonner des supplices, à exercer dans toute sa rigueur le droit de vie et de mort. Et voyez comme Dieu est bon ! comme il rend visible et palpable la protection qu'il étend sur les princes de la terre ! Afin de leur rendre plus facile l'accomplissement de cette œuvre de rigueur, il crée tout exprès pour eux, aussi souvent qu'ils en ont besoin en raison de la durée et de l'étendue de leurs États, un instrument vivant, surnaturel, quoique né en apparence comme les autres hommes, et qui n'est propre qu'à ce seul usage. Cet instrument, c'est le bourreau, dont personne n'a parlé avec autant d'éloquence et d'imagination que l'auteur des Soirées de Snint-Pétersbourg. C'est lui qui est, en effet, la personnification de sa pensée ; c'est sur lui qu'il devait réunir tout ce qu'il a, dans son imagination, de sombres couleurs, et, dans son esprit, de lugubres conceptions. Quoique cette description soit citée partout, il n'est pas inutile de la reproduire ici :

« De cette prérogative redoutable dont je vous parlais tout à l'heure (le droit de punir), résulte l'existence nécessaire d'un homme destiné à infliger aux crimes les châtiments décernés par la justice humaine : et cet homme, en effet, se trouve partout, sans qu'il y ait aucun moyen d'expliquer comment ; car la raison ne découvre dans la nature de l'homme aucun motif capable de déterminer le choix de cette profession. Je vous crois trop accoutumés à réfléchir, messieurs, pour qu'il ne vous soit pas arrivé souvent de méditer sur le bourreau. Qu'est-ce donc que cet être inexplicable qui a préféré à tous les métiers agréables, lucratifs, honnêtes, et même honorables, qui se présentent en foule à la force où à la dextérité humaine, celui de tourmenter et de mettre à mort ses semblables? Cette tète,

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ce cœur sont-ils faits comme les nôtres? ne contiennentils rien do particulier et d'étrange à notre nature? Pour moi je n'en sais pas douter; il est fait comme nous extérieurement, et. i î.i it, comme nous; mais e'esl un être extraordinaire, et pour qu'il existe dans la famille humaine, il tant un décret particulier, nn/ïotdela puissance créatrice. 11 est créé comme un monde. Voyez ce qu'il est dans l'opinion des hommes, et comprenez, si vous pouvez, comment il peut ignorer celle opinion, ou l'affronter. A peine l'autorité a-t-elle désigné sa demeure, à peine en a- t-il pris possession, que les autres habitations reculent jusqu'à ce quelles ne voient plus la sienne. C'est au milieu de cette solitude et de cette espèce de vide formé autour de lui qu'il vit seul avec sa femelle et ses petits, qui lui font connaître les peines de l'homme. Sans eux, il n'en connaîtrait que les gémissements..... Un signal lugubre est donné, un ministre abject de la justice vient frappera sa porte et l'avertir qu'on a besoin de lui : il part, il arrive sur une place publique couverte d'une foule pressée et palpitante. On lui jette un empoisonneur, un parricide, un sacrilège; il le saisit, il l'étend, il le lie sur une croix horizontale, il lève le bras. Alors, il se fait un silence horrible, et l'on n'en tend plus que le cri des os qui «^.latent sous la barre et les cris et les hurlements de lavieîime. Il la détache, il la porte sur une roue ; les membres fracassés s'enlacent dans les rayons; la tête pend, les cheveux se hérissent, et la bouche, ouverte comme une fournaise, n'envoie plus par intervalle qu'un petit nombre de paroles sanglantes qui appellent la mort. Il a fini : le cœur lui bat, mais c'est de joie; il s'applaudit, il dit dans son cœur : nul ne roue mieux que moi. Il • cend;il tend sa main souillée de sang, et la justice y jette de loin en loin quelques pièces d'or qu'il emporte à traune douJble haie d'hommes écartés par Phorreur. Il se met à table, et il mange : au lit ensuite, et il dort. El le lendemain, en s' éveillant, il songe à toute autre chose qu'a ce qu'il a fait la veille. Est-ce un homme ? Oui. Dieu le reçoit dans 3es templeset lui permet de prier. Il n'est pas criminel; cependant aucune Langue ne consent à dire. par exemple, qu'il est vertueux, qu'il > U honnête homme, qu'il est aimable, etc. Nul éloge moral ne peut lui convenir ; car

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