LA MONOMANIE
d'enfants trouvés. La charité comme l'amour, dont elle est la plus sublime expression , doit avoir les yeux bandés.
Le sexe, ou pour parler plus exactement, la faiblesse de la femme, ne doit pas être comptée en matière pénale parmi les motifs d'atténuation. 11 n'y a pas de droit sans devoir, pas de liberté sans responsabilité. Si dans Tordre moral la femme est régale de l'homme, elle doit aussi être son égale devant la loi et devant la justice. La responsabilité étant la même, il faut admettre, de part et d'autre, la même culpabilité pour des crimes semblables. Il n'y a que l'application de la peine qui puisse être différente en raison de l'inégalité des forces. La femme est plus sensible à la souffrance que l'homme ; par conséquent, elle souffre autant que lui d'un châtiment moins élevé.
Il y a des questions plus difficiles à résoudre que celleslà : ce sont celles que soulèvent la folie, l'obéissance passive, la contrainte morale, l'ignorance involontaire dont la cause est moins dans l'individu que dans les institutions sociales.
Personne ne doute que la folie ou la démence, prise en général, ne détruise toute responsabilité. Mais on prétend qu'il y a des folies partielles qui ont le même caractère et qui doivent produire aux yeux de la loi pénale les mêmes effets. Ce sont celles qu'on désigne sous le nom de monomanie. Il y a des monomanies inoffensives; mais il y en a aussi, dit-on, de nuisibles et de menaçantes pour la société : il y a la monomanie du meurtre, la monomanie du vol, la monomanie de l'incendie, la monomanie du viol. Pourquoi les folies partielles seraient-elles plus responsables que la folie générale, que la démence, le délire ou l'idiotisme ? Une certaine école médicale a fait valoir cet argument contre les sévérités habituelles de la justice. Il ne tend à rien moins qu'à détruire la répression pénale dans son principe et à faire passer un criminel pour d'autant plus innocent qu'il a commis plus de crimes et qu'il les a commis dans des circonstances plus aggravantes. En oflet, les exemples de monomanie qu'on cite ordinairement sont les malfaiteurs qui ont commis le meurtre pour le meurtre, le vol pour le vol, l'incendie pour l'incendie,
sans autre dessein que de faire Le mal, sans autre m que Le dernier degré de La perversité humaine, Les Papavoine. Les Lacenaire, les Dumolard el autres scélcral
irdre, qui ont laissé dans les annales de La justice des traces ineffaçables, Nous demanderons aux partisans de ce système à quels traits ils reconnaissent Les monoinanes. N'es! ce pas au nombre même de Leurs crimes el à La persévérance de leur perversité? Helle raison pour Les al dre 1 D'un autre côté, qui oserait soutenir que ces âmes endurcies n'ont pas la conscience de leurs actions et le discernement du bien et du mal? Or, nous l'avons déjà dit, partoul où ces deux faits n'ont pas absolument disparu, l'homme reste libre et responsable ; car ils sont eux-mêmes la liberté et la responsabilité humaine.
L'obéissance passive est une excuse plus légitime. Il faut que le soldat obéisse à son chef, il faut que Les officiers obéissent à leurs supérieurs, ii faut qu'ils obéissent promptement, résolument, sans hésiter, sans délibérer : on ne délibère point sous les armes. L'obéissance passive, c'est l'existence même des armées, et les armées sont l'existence des États. Mais l'obéissance passive est-elle absolument sans limites? L'homme qui est soumis à ce devoir n'est-il plus qu'une machine sans raison, sans liberté, sans conscience? Je ne le pense pas. Un commandement visiblement contraire à la loi, à la constitution, à l'ordre établi, à Tordre éternel de la morale, doit-il être exécuté sans observation, sans résistance ? Personne n'oserait l'affirmer. Nous avons au contraire des éloges pour ceux qui résistent dans ce cas. Le nom de cet officier russe qui a mieux aime briser son épée et se brûler la cervelle que de commander le feu contre une foule agenouillée et désarmée, le Qom du colonel Reutern restera hon< ré et admiré tant que l'honneur et l'humanité n'auront pas quitté la terre. Mais la responsabilité est ici moins une question pénale qu'une question morale. On peut admirer celui qui a désobéi au prix de sa vie. au prix de .-a carri re, maisla justice ne peut demander un compte rigoureux à celui qui a cède à l'empire de la discipline. La responsabilité varie aussi suivant la position et L'éducation de celui qui est en cause. On exigera plus d'un général que d'un offi-