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CHAPITRE PREMIER

DU MARIAGE SELON LES TEMPS, LES CLIMATS ET SELON LES MŒURS DES DIFFÉRENTS PEUPLES.

Dans \ Hygiène du mariage, qui sompose la seconde partie de cet ouvrage, nous avons démontré, d’après les lois de la physiologie, que l’instinct de reproduction se rencontre chez tous les êtres vivants, et que sur cet instinct repose l’existence et la durée des espèces. Chez les animaux , le rapprochement des sexes s’opère instinctivement ; ils obéissent aux lois de la nature. Chez l’homme, où se rencontrent les mêmes organes, le même instinct, l’union des sexes, sanctionnée par des lois ou soumise à divers usages, a reçu le nom de mariage. Mais ces lois et

cos usages, d’institution humaine, varient selon les climats, les peuples et le degré de civilisation.

En Europe, et généralement sous les latitudes tempérées, les mariages sont monogames, c’est-àdire que l’homme s’unit à une seule femme. La raison physiologique de la monogamie se trouve dans -"les naissances des femelles, qui sont de quatre-vingt- ■ /seize pour cent mâles. La raison politique étant '■étrangère à notre sujet, nous n’en parlerons que J très-succinctement,

I Dans les contrées chaudes , la proportion des mâles aux femelles est inverse; on compte cent femelles pour quatre-vingt-seize mâles, d’où les mariages polygames, ou plusieurs femmes pour un homme. Des considérations politiques avaient, en Afrique et en Asie, fait de la polygamie un précepte de religion. On s’était aperçu que les femmes perdaient de bonne heure la faculté d’engendrer, et le but des législateurs était de peupler un pays immense et désert. La civilisation européenne, qui s’infiltre peu à peu chez les peuples barbares , a considérablement modifié cet usage ; car, de nos jours, plusieurs voyageurs ont remarqué que la polygamie ii’élait pas générale parmi ces peuples, qu’elle ne se rencontrait que dans la classe riche, et [rarement dans la classe pauvre; que, par conséquent, Ion devait l’attribuer aux mœurs sensuelles du riche. \\ résulte de cet état de choses que les peuples poly-

garaes sont mous, énervés, barbares, et courbent la tfite sous la verge du despotisme.

Enfin, chez les nations où le nombre des naissances femelles est de beaucoup au-dessous des naissances mâles, il n’y a qu’une femme pour plusieurs hommes. Les Thibétains sont dans ce cas, ainsi que les habitants du Bentam, du Népaul et de Java. La disette de femmes les a forcés à polyandrie; mais cette forme de mariage, qui porte atteinte aux affections paternelles, se modifie chaque jour, depuis que les hommes vont chercher des femmes dans d’autres contrées, et elle finira par s’effacer complètement.

Un fait incontestable, c’est que la monogamie est plus généralement répandue sur la terre que la polygamie. Les grands peuples de l’antiquité étaient monogames, et la civilisation moderne a adopté ce mariage comme le meilleur pour la race et les mœurs.

Maintenant , si nous descendons l’échelle animale, nous verrons qu’à l’espèce humaine ne se borne pas seulement le mariage monogame ; il existe plusieurs autres espèces qui vivent instinctivement et meurent dans une stricte monogamie. Aussitôt qu’ils sont aptes à la copulation, les mâles de ces espèces se choisissent une femelle et combattent à outrance ceux qui veulent la leur disputer ; du moment qu’ils sont vainqueurs, l’union est conclue pour la vie. On ne connaît pas d’exemple d’infidélités parmi

eux; ce n’est qu’à la mort de l’un que l’autre fait un nouveau choix. Nous citerons quelques variétés de singes; le castor, le renard, la marte, la taupe, n’ont jamais qu’une seule compagne. Chez les oiseaux, l’aigle, l’épervier, la cigogne, le cygne, le pigeon, le rossignol, etc.

Toutes les choses instituées par la nature sont aulant de lois immuables, qui ont leur mode propre d’exécution; mais les choses d’institution humaine sont sujettes à mille variations plus ou moins sages, plus ou moins bizarres ; c’est ce que va nous démontrer la description des mariages et leurs cérémonies chez les diverses nations et peuplades éparses sur le globe terrestre.

En Asie, ce berceau du genre humain, il existait des peuples où les lois permettaient au père d’épouser sa fille, au fils d’épouser sa mère, au frère d’épouser sa sœur. Ainsi, chez les Perses, les Assyriens, les Parthes et quelques autres nations anciennes, l’homme pouvait s’unir à la femme qui lui avait donné le jour. Chez les anciens Grecs, le mariage était défendu entre enfants de la même mère, mais il était permis entre les enfants du même père. Chez les Égyptiens, les Arabes, les Atapeskos, les Nébiouays, les Péruviens, les Siamois, etc., on était libre d’épouser sa sœur. — Chez les Tartarcs, les Scythes, les Chiliens, les Caraïbes, le père se mariait fréquemment avec sa fdle.

Chez presque tous les peuples orientaux et africains, la pluralité des femmes est admise, tandis qu’au Thibet, au Népaul et à Java, plusieurs hommes se ma^^ rient à une seule femme. Dans le royaume de Lassa et de Calicut, on voit également des mariages d’uno femme avec plusieurs hommes. — Les Nairs, femmes nobles du Malabar, ont le droit d’épouser plusieurs hommes, tandis que ceux-ci ne peuvent se marier qu’à une seule femme. Les femmes des Todvis, au nord de l’Hindoustan , et celles des Newards, prennent le nombre de maris qu'il leur plaît.

Les Hindous célèbrent les fiançailles par des fêtes de plusieurs jours ; une fois la cérémonie terminée, la fiancée retourne che« ses parents, et le jeune homni? ne peut la revoir qu’un an après ; pendant ce temps il est obligé de travailler pour les parents de sa fir ture. — Les Ottomires se conduisent d'une manière toute différente : ce n’est qu’après avoir cohabité plusieurs mois avec sa fiancée que le jeune homme fait savoir aux parents que leur fille lui convient ; dans le cas contraire, il la leur renvoie. — Chez les nègres du Congo et lesKalmouks, la fiancée doit rester une année entière avec son prétendu, afin de prouver son aptitude au mariage ; si, pendant ce laps de temps, elle ne devient pas enceinte, elle est renvoyée à scs parents comme objet de nulle valeur.

Les Tartares du nord de la Russie ne peuvent obtenir la main de la jeune fille qu’ils aiment qu’après

avoir longtemps lutté contre elle et l’avoir terrassée. — Au Groënland, aussitôt la cérémonie du mariage terminée, la Jeune lîlle s’enfuit dans les montagnes; le mari est obligé de courir après elle, et de lui donner la chasse comme à une biche sauvage; lorsqu’il est parvenu à l’atteindre et à la saisir, elle se débat avec violence; il ne reste alors au mari d’autre ressource que de lier sa femme dans un sac et c!? l’emporter ainsi à la maison nuptiale.

Chez les Aloutes, le mariage est une expéditio'.j dangereuse, une véritable prise d’assaut. Aussitôt qu’une fille est fiancée, elle se retire dans la maison de ses parents, d’où elle ne sort plus, et son futur doit l’enlever de ce refuge, malgré la grôle de coups de bâtons qui lui pleuvent sur le dos : à cette condition seule elle devient sa femme.

Les Kamtschadales et les Koriacs ont une coutume non moins bizarre et plus dangereuse. Le jeune homme qui veut se marier, demande aux parents de la fille qu’il aime, la permission de la toucher. Si cette permission est accordée, la jeune fille s’enveloppe aussitôt le corps, de la tète aux pieds, de bandelettes et de courroies de cuir, de façon à former une cuirasse impénétrable. Le jeune homme doit, malgré la résistance qu’oppose la fiancée aidée de ses compagnes, délier les courroies et dérouler les bandelettes. Ce n’est qu’aprcs une lutte acharnée, mille égratignures et mille contusions, qu’il parvient à son but

et qu’il est déclare époux vainqueur. Cette lutte est fréquemment meurtrière : la fiancée et ses compagnes arrachent les cheveux, déchirent le visage, frappent, foulent aux pieds le pauvre amant, qui s’efforce de délier les courroies, et ce n’est qu’après des mois et même des années, que le prétendant parvient à emporter sa femme d’assaut. Il arrive assez souvent qu’après plusieurs années de poursuite, le pauvre garçon est obligé de renoncer à celle qu’il aime et de se retirer honteux, meurtri, couvert de cicatrices et quelquefois estropié pour la vie.

Dans certaines provinces de la Russie septentrionale, la jeune épouse présente à son mari, immédiatement après son mariage, une poignée de verges qui doivent servir à la fustiger, en cas d’indifférence ou ile froideur en amour.

A Corée, l’homme peut, selon son caprice, chasser sa femme et les enfants qu’il a eus d’elle. — Chez quelques peuplades inissouriennes, c’est l’inverse : la femme quitte son mari quand bon lui semble, et le mari est obligé de lui abandonner tout ce qu’il possède, à l’exception de ses vêtements et de ses armes. La fugitive peut aller vivre avec tel ou tel homme, le quitter quand elle en est lasse, et promener ainsi son inconstance durant les belles années de sa jeunesse.

Les lois persanes autorisent trois sortes d’unions ; la première consiste à acheter une ou plusieurs

femmes ; la seconde, à prendre nne femme à bail, comme chez nous on prend un local. Le contrat se passe devant un juge, et ne peut se rompre sans •dommages et intérêts. A la fin du bail, plus ou moins j^îong, la femme est payée scrupuleusement et peut le renouveler , si cela convient aux deux parties, ou aller se louer ailleurs. Le troisième mariage, le seul qui mérite ce nom, est l’union de deux individus appartenant à la classe noble. Les filles de familles nobles et riches, sont maîtresses dans la maison de leurs époux et commandent aux autres femmes qui ne sont auprès du maître qu’à titre de femmes louées ou d’esclaves, et celles-ci leur doivent obéissance.

Chez les Gaulois, il existait une coutume très-sage relativement au mariage des jeunes filles : ce n’était point les parents qui leur donnaient un époux ; elles avaient le privilège de le choisir, et leur choix était religieusement respecté. Le père de la fille nubile invitait à dîner une cinquantaine de jeunes gens, et, lorsqu’ils étaient assis en cercle auprès de la table, la jeune fille en faisait le tour, puis s’arrêtant en face de celui qu’elle préférait, elle lui présentait la coupe à boire; si le jeune homme l’acceptait, le mariage était sur-le-champ décidé; il devenait son époux le jouf même.

Nos rois de la première race cherchaient des épouses parmi les plus belles, les plus vigoureuses filles

de leurs États. Plusieurs se permirent la polygamie : entre autres Clovis qui épousa les deux sœurs, et Contran, roi d’Orléans, qui garda ses deux femmes malgré les foudres du pape. Les czars , avant Pierre P'", choisissaient aussi leurs épouses dans k classe plébéienne^, et c’était toujours la beauté qui décidait leur choix.

Il serait facile de multiplier encore les citations de ce genre; mais nous croyons en avoir dit assez pour prouver que le mariage varie selon les temps, les climats, les peuples et les mœurs. Nous ferons observer, en terminant, que chez les peuples dans la jeunesse et la vigueur de leurs institutions, les mariages s’accroissent incessamment ; ils diminuent, au contraire, et le nombre des célibataires augmente à mesure que les nations, plongées dans le luxe, marchent vers leur décadence. 11 suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur la Grèce florissante du temps d’Aristide et sur la Grèce corrompue du Bas-Empire ; il suffit de parcourir les annales de Borne républicaine et de Rome sous le despotisme des Empereurs, pour acquérir la certitude de l’augmentation et de la diminution des mariages, selon la sévérité ou la dissolution des mœurs.

Deux sortes de mariages furent en usage dans l’ancienne Rome, l’un appelé justœ nupliœ , l’autre concubinalus : le premier était celui qu’un bomme contractait suivant les lois, avec une femme de sa

condition. Ce mariage donnait aux enfant toutes les prérogatives de famille, et aux pères le droit de puissance paternelle. Le mariage appelé concubinntus était une union du second ordre : c’était celle qu’un homme, ayant de l’inclination pour une fille bien inférieure à lui, contractait avec elle ; les enfants qui en naissaient n’avaient point les droits de famille, comme les premiers; mais ils étaient affranchis de la honte de la bâtardise, à la différence de ceux nés d’une fille prostituée.

Ces différences, marquées par la raison, avaient pour objet d’engager les citoyens, pour leur propre intérêt, pour leur propre honneur et pour l’avantage de leurs enfants, à s’associer, par le mariage, une compagne digne d’eux.

Ces sortes de mariages cessèrent lorsque les papes furent montés sur le trône des Césars. Jusque-là les mariages se firent sans le ministère des prêtres ; on se mariait devant les cours de justice, devant les magistrats et les parents ; il en fut ainsi en Europe jusqu’à Soler, cinquième successeur de saint Pierre. Cet évêque ambitieux comprit toute l’importance qu’il donnerait au corps sacerdotal, en le faisant intervenir dans les affaires matrimoniales; en conséquence, il publia qu’aucune femme ne pourrait se marier, à l'avenir, sans le secours d’un prêtre. De celle manière, il unit le pouvoir spirituel au pouvoir temporel, source de cette immense autorité que l’Eglise

conserva si longtemps et contre laquelle venait se briser l’autorité même des rois.

Plus tard, l’Église prescrivit, à l’égard du mariage, des formalités, établit dos prohibitions pour lesquelles le pape se réserva la faculté d’accorder des dispenses moyennant une somme d’argent; et ces lois ultramontaines reçurent, sous nos rois, leur exécution en France.

Il fallut de longs et d’énergiques efforts pour briser cet état de chose ; car les peuples avaient été plongés dans une superstitieuse ignorance. Il fallut la disper- •sion des lumières par les grands hommes du dixhuitième siècle et la terrible commotion de 1793, pour refouler le prêtre dans sa spécialité spirituelle et lui arracher les affaires civiles. Alors, les législateurs et les rois comprirent qu’il était impolitique de laisser à un pontife la plus légère influence sur le contrat matrimonial; ce contrat devint strictement civil, et la célébration du mariage par l’Église ne fut plus qu’une formalité dont on put se passer.

La législation nouvelle prescrivit donc des règles relatives au mariage, sans tenir compte du mariage religieux; ces règles, qui font partie de notre Code civil, se résument ainsi :

1° Des consentements nécessaires pour la validité du mariage.

2® Des empêchements au mariage.

3“ Des formalités qui y sont relatives.

4° Des effets civils du mariage.

5° Des cassations de mariages contraires aux loist Voir au Code pour les détails.

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