CHAPITRE II
aONSIDÉR&TIOEIS DIVERSES SUR LE lUARIAGE EK GÉNÉRAL.
L’homme n’est véritablement homme et la femme véritablement femme que par le mariage; parce qu’alors ils peuvent procréer leurs semblables. L’homme et la femme de bonnes mœurs ne doivent pas marcher isolés sur la terre ; c’est en s’unissant l’un à l’autre, qu’ils trouvent le bonheur dans la vie et paient leur dette à l’État en lui fournissant des sujets. C’est en donnant une bonne éducation à leurs enfants et en leur apprenant à remplir leurs devoirs de citoyens, que l’homme et la femme sont véritablement utiles a la société. Enfin, le mariage rend l’homme et la femme plus parfaits ; d’abord parce qu’il est nécessaire au complet développement de leur organisation, et ensuite parce qu’il les oblige au travail pour assurer l’existence de leur famille.
L’homme, en prenant une épouse, »e choisit uno
compagne avec laquelle il doit mettre en commun son existence, ses biens, ses vertus, ses talents, ses droits et ses devoirs. L’égalité des droits et la communauté des biens sont les bases de la société conjugale. Une épouse doit ne former qu’un seul être avec son mari ; tous deux vivent l’un pour l’autre et leurs deux existences doivent se confondre en une. Les hommes qui rendent la femme esclave sont les ennemis de la société; car. le respect pour la femme et surtout pour la mère est la source des vertus et des mœurs. La nature appelle tous les hommes au mariage, et pour la société le mariage est un devoir ; le célibataire est un membre inutile. Le but de l’union matrimoniale est de perpétuer l’existence que nous avons reçue et d’élever les enfants dans la pratique des vertus, afin qu’ils deviennent un jour des citoyens utiles à l’État.
Élever un enfant, planter un arbre et labourer un champ étaient et sont encore aujourd’hui des actes très“ méritants, très-considérés dans l’Inde et la Perse; serions-nous en arrière de ces peuples pour la moralité?
La Bible, dans plusieurs passages, proclame le mariage comme une perfection et le célibat comme un déshonneur. Isaïe nous apprend que c’était une ignominie pour les femmes, que de rester filles.
Un philosophe, après vingt ans de méditations sur les livres de Moïse, conclut que les Juifs n’avaient jamais eu qu’une bonne institution, celle d’avoir la virginité en horreur. Si ce jaetit peuple de courtiers
superstilicQx n’avait *pas regardé le mariage comme la première des lois à laquelle l’homme doit se soumettre ; s’il avait eu, comme nous, des couvents de moines et de religieuses, il aurait depuis longtemps disparu du nombre des nations qui peuplent aujourd’hui la terre.
Les lois grecques et romaines encourageaient les mariages dans le but d’augmenter le nombre des citoyens ; non-seulement elles récompensaient ceux qui avaient beaucoup d’enfants, mais elles sévissaient contre ceux qui restaient dans le célibat et les frappaient d’une amende, Auguste, pour multiplier les mariages, permit aux citoyens romains, les sénateurs exceptés, d’épouser des filles d’affranchis, sans que ces alliances pussent nuire à ceux qui les contractaient. Dans une revue du peuple, il fit distribuer à chaque père de famille un millier de sesterces, afin d’encourager les jeunes gens à se marier. A l’exemple de Lycurgue et de Solon, il entoura la femme enceinte de tant de marques de respect, qu’il était difficile à une fille de ne pas désirer de devenir mère. Tout citoyen devait se déranger de sa route et céder le pas à la femme enceinte, n’importe à quelle classe elle appartînt, et les patriciens eux-mémes étaient tenus de la saluer lorsqu’ils la rencontraient sur leur passage.
Camille força, par des amendes et des taxes, les Romains qui n’étaient pas mariés, à épouser les veuves des hommes morts sur les rhamü-s de bataiUe.
Chez les Gaulois, les Francs et les Germains, le mariage était également en honneur; enfin, l’histoire de toutes les nations, hormis quelques peuples dégradés par le luxe ou le despotisme, nous montre le mariage respecté, honoré, et le célibat flétri.
D’après cette universelle appréciation du mariage, il devient évident que l’homme et la femme mariés sont plus haut placés dans l’échelle morale des sociétés, que le célibataire égoïste qui, comme la plante stérile, nuit le plus souvent à ses voisins.
Le mariage est la base de toute société et la sauvegarde des bonnes mœurs ; il rend l’homme et la femme plus vertueux et les empêche de se livrer aux vices, aux déportements. L’homme marié, sur le point de commettre une mauvaise action, est souvent arrêté par sa femme. La mère de famille, sur le point de s’égarer, rentre dans le droit chemin en regardant ses chers enfants. Le père de famille réprime ses mauvais penchants ; il ne veut pas rougir devant ses enfants et leur laisser l’opprobre en héritage. De grands politiques ont dit : Mariez vos soldats, ils ne déserteront plus ; liés à leur famille, ils le seront à leur patrie. Un soldat célibataire n’est souvent qu'un mercenaire, un vagabond à qui il est indifférent de servir le pape ou le grand Turc. Les guerriers grecs et romains étaient mariés, et ils vainquirent toutes les nations.
Ces considérations sont assez puissantes pour en-
gager les gouvernants à encourager les mariages de tout leur pouvoir ; à les favoriser, à les multiplier en honorant les gens mariés, et en flétrissant les célibataires ; enfln à moraliser l’union par de bonnes lois.
Si le mariage est une institution grave, importante pour la société, il doit être aussi un acte extrêmement sérieux pour les individus ; ce n’est point une affaire qu’on doive traiter à la légère. Il s’agit de deux existences intimement liées l’une à l’autre et qui doivent s’épanouir aux rayons d’un bonheur durable, si elles sont en parfaits rapports, ou s’étioler, se flétrir dans les chagrins, si elles sont antipathiques.
L’homme qui cherche une compagne devrait moins tenir à la fortune qu’à l’éducation, à la moralité ; car, avec ces deux qualités, la femme rend presque toujours son mari heureux. Si l’ignorance avec ses préjugés, la supèrstilion et le bigotisme, sont les mortels ennemis d’un ménage, l’instruction, les agréments do l’esprit et les arts en font les charmes.
Il est un incident qui refroidit l’homme et qui l’éloigne presque toujours de sa future ; c’est lorsque le Hasard ou les recherches ingénieuses de la jalousie lui font découvrir qu’elle a eu antérieurement quelque intrigue d’amour. Voilà aussi pourquoi les femmes sont si mystérieuses, si impénétrables sur leurî liaisons premières. Elles, si fragiles pour toute autre chose, sont douées d’une invincible ténacité pour celle-ci; elles endureraient mille tortures plutôt que
rte faire la moindre révélation, et généralement elle emportent leur secret dans la tombe.
Ainsi, ces recherches futiles, ces puérilités, metten la femme dans la nécessité de commencer par ui mensonge; or, si un mensonge peut en entraîne d’autres, on a presque la probabilité d’être troiupi par une épouse qui aura commencé par un mensonge.
Je dis que c’est une puérilité de s’enquérir avei tant de minutie des antécédents d’une vertu auss éphémère; car, si la réputation et la moralité de 1, femme que l’on veut épouser sont bonnes ; s’il y i conformité de goûts et de penchants; si l’on a l’assurance de couler des jours heureux avec elle, pourquoi ne pas jeter de côté toutes ces misères, tous ce: préjugés de petite bourgeoisie qui dénotent plutô une pauvreté de raisonnement, une faiblesse de ca ractère, qu’un sentiment de délicatesse sur ce poin d’honneur.
J’ai connu un jeune homme qui refusa son bonheur en rompant avec une femme fortement trempée douce et vertueuse, laquelle refusa de prononcer U formule du serment conjugal avant de lui avoir avoue ce que, dans le monde, on appelle une faute amou< reuse. Le fiancé se retira devant ce qu’il nommait h naïveté de cet aveu. Cette femme, admirable de sim cérité et forte de caractère, ne voulait pas commence! par un mensonge ; il ne la comprit pas. Six mois après,
ce même monsieur, si scrupuleux, épousa une femme de trente-cinq ans, dont le veuvage avait été quadruple, et qui, bien probablement, s’était laissé aller à quelques fautes de cette nature pendant les intervalles qui avaient séparé ses quatre épousailles.
Celle qui avoue franchement est moins sujette à tromperque celle qui a caché ses premières intimités; l’une, ce me semble, est préférable à l’autre. J’aimerais, j’admirerais une femme qui me tiendrait ce langage : « Tant que je fus libre, j’eus le droit de dispo- « ser de mes actions, je n’en devais compte à per- « sonne ; n’étant pas engagée, je n’ai point faussé de « serments. Aujourd’hui, en prenant un époux, je me « donne à lui tout entière; le passé m’appartient, lo « présent et l’avenir sont à lui. »
Avec de telles femmes, les maris pourraient s’absenter plus tranquilles. Nul doute, mieux vaut, pour le bonheur du mariage, une femme avec un passé douteux, mais bonne et sage après le serment, qu’une épouse prise vierge, et qui doit plus tard oublier la Cdélité conjugale. Pour bien éclairer le lecteur sur le préjugé en question, essayons de raisonner :
La pureté d’une femme consiste-t-elle dans l’absence de tout contact étranger, de tout attouchement physique, ou dans la négation do toute pensée, do tout désir de cet attouchement, de ce contact ; ou enfin, la pureté exige-t-elle ces deux conditions?
Je livre celte question aux méditations du lecteur ;
elle est grave, et l’on ae saurait trop s’ étayer de la raison philosophique pour la résoudre.
Il est des circonstances dans la vie où le mariage est presque forcé, lorsque, toutefois, il n’y a pas une disproportion trop grande dans l’âge et la condition des individus. Je citerai le dévouement entier, le sacrifice toujours soutenu, la promesse scellée d’un serment solennel. Ainsi, comment reconnaître le service qu’une personne vous aura rendu en sacrifiant sa fortune, son avenir et jusqu’à sa réputation, pour vous arracher à l’infortune, à la mort, à la honte peut-être ! Comment lui prouver que votre cœur bat d’admiration et de reconnaissance, si elle vous dit :
« Ce que j’ai fait, je le recommencerais encore, je « me sacrifierais millo fois pour t’éviter une larme, « une peine ; parce que je t’aime, parce qu’en toi j’ai a placé mon espoir, et que mon plus grand bonheur « est de te savoir heureux. »
Il n’y a qu’un mariage qui puisse récompenser un attachement si vif, un si beau dévouement. Les parents devraient le sentir et ne point s’opposer à ces sortes d’unions, si, je le répète, la disproportion entre l’âge et la condition n’est pas trop grande; car la vertu doit être préférée à l’argent.
L’amour s’envole peu de temps après qu’il a été satisfait : ce proverbe trivial a fait croire que l’amour s’éteignait dans la satisfaction du désir; mais il n’est nullement exact, car il a confondu l’homme d’bon-
leur avec le libertin, la femme aimante et faible avec la coquette. Un cœur sensible et reconnaissant, un homme honnête et sincère, appréciera toujours la dette immense qu’il a contractée avec la femme qui a sacrifié sa réputation à son amour et qui lui a donné le bonheur aux dépens de sa tranquillité, de sa vertu.
Arrivons maintenant aux années qui suivent le mariage. A l’amour, s’il a existé entre deux époux, doit succéder une tendre intimité, un doux besoin de vivre ensemble ; l’estime et l’amitié sont les plus belles fleurs du mariage. Mais, pour les voir éclore, il faut des égards, des prévenances et un commerce rempli de douceurs.
L’homme n’abusera point de l’autorité qui lui est départie, et la femme n’empiétera pas sur les droits de l’homme. Ils se céderont mutuellement, et jamais ne mettront ni aigreur, ni opiniâtreté dans leurs rapports. Le mari sera plein d’attention pour sa femme, satisfera, préviendra môme ses désirs, s’il les juge raisonnables; surtout Une montrera jamais d’indifférence ou d’ennui auprès d’elle. Celle-ci, en retour, devra oublier les dissipations du monde pour reporter sa tendresse sur son mari et ses enfants; car une femme qui n’a que parure en tête, qui ne rêve que fêtes et théâtre, finira mal. Chaque chose a son temps, les poupées à l’enfance, les hochets de la mode aux demoiselles ; aux mères la retenue et la prudence.
Demandons à ces coureuses de bals pourquoi ce désir insatiable de briller dans le monde, ce vaniteux plaisir de s’entendre louer, flatter? Pourquoi ce luxe de toilette et cette coquetterie souvent indécente? Je le pardonnerais à une fille qui cherche des amants, mais à une femme mariée. ..Oh! j’en ai pitié; je plains son pauvre époux et je crains pour ses pauvres enfants. L’épouse ne doit chercher à plaire qu’à son mari ; elle n’a que faire des adorations du public. Hélas I il en est presque toujours autrement. O femmes ! on vous encense, on vous séduit ; ensuite on chuchote sur votre compte, on vous critique, et bientôt l’aaiant vous délaisse comme l’enfant capricieux abandonne ses jouets. Faciles à vous laisser prendre au piège, vous ressemblez au papillon qui vient imprudemment se brûler les ailes au feu des bougies. Et puis, quand vient le jour de la rupture, à qui la faute? Oh 1 c’est au mari ; c’était un exigeant, un bourru, un jaloux, dit cette prude facile; je ne suis ni une esclave, ni une relique pour moisir claquemurée; ce qui est pis encore, il me négligeait, m’oubliait pour courir après des maîtresses ; enfin, il m’était devenu insupportable. Remarquez qu’une épouse n’arrive à ce degré de honteuse irritation que parce qu’elle a été contagionnée par les conseils d’une autre femme ; cat cet axiome est vrai : la femme gâte la femme.
De ce moment tout est bouleversé dans la maison ; 6!i jase, on caquette avec les voisins; on va conter ses
peines à d’indiscrètes amies qui, au lieu de vous consoler, vous enveniment de leurs dangereux conseils. Le mal va toujours en empirant ; bientôt il n’est bruit dans toute la ville que de ces scènes déplorables. Tout le monde en rit ; on tourne en ridicule le pauvre mari, et le divorce n’est pas là pour arrêter ce contagieux scandale 1
Souvent aussi, le mari a des torts graves envers sa femme : l’oubli de ses devoirs, l’indifférence, une vie dissipée, etc... lui font perdre l’amour et l’vstime de sa compagne; mais, alors, il ne doit pas se plaindre des malheurs qui fondent sur sa tôle : il les a lui-même appelés. Cependant une femme sage et bien élevée doit toujours essayer de prévenir les suites fâcheuses de l’inconduite de son époux. Par ses conseils donnés à propos et avec douceur, par sa soumission et ses larmes, il est rare qu’elle ne parvienne tôt ou tard à le ramener; ou bien l’homme est entièrement abruti ; c’est un démon à côté d’un ange. C’est surtout dans ce cas que le divorce serait nécessaire.
Je .suis loin de vouloir excuser les femmes et de mettre tous les torts du côté de l’homme, dans ces petites taquineries d’intérieur qui, si elles se renouvellent trop souvent, finissent par indisposer les époux l’un contre l’autre. Mais si l’on pèse tous les incidents, toutes les circonstances, si l’on tire au clair ce qui est embrouillé, en un mot, si l’on est juge impartial pour 1 un comme p^ur l’autre on verra que l'em*
ploi intempestif de l’autorité rend bien souvent le mari coupable et indispose sa femme contre lui. ' Ecoutez un de nos premiers philosophes contemporains : '
« Beaucoup de femmes ont raison de se plaindre de n'avoir trouvé que la douleur où elles croyaient puiser l’amour ; parce que l’homme s’est arrogé des droits qui ne lui appartiennent pas, et qu’il a exigé l’inégalité en place de l’amour.. — Le couple qui s’unit par l’amour proclame l’égalité de l’un et de l’autre ; car si l’homme se croyait le maître, l’amour ne serait plus identique ; d’un côté, ce serait l’amour d’un tyran, de l’autre l’amour d’une esclave. La femme nous étant unie par les liens du mariage, est une partie de nous ; tout ce qui est en nous doit être réparti sur elle, et nous devons dépendre d’elle; en un mot, exister par elle. Voilà l’égalité, l’amour ! La femme doit être déclarée libre, non comme épouse, mais comme créature humaine ; ce n’est pas parce qu’elle est femme qu’elle doit être égale à l’homme, mais parce qu’elle est son épouse. »
Si l’homme était bien pénétré de ces sages enseignements, de cette morale si douce et si pure, le couple serait plus heureux.
Hélas I pourquoi tant de naufrages sur cette mer hyménéenne? Après de si beaux soleils, pourquoi un
ciel si sombre et des jours si nébuleux; pourquoi d’aussi terribles tempêtes? A peine sortis du port, palpitants d’amour et d’avenir, pourquoi tant do mariages vont-ils se briser contre le premier écueil? Demandez à l’homme, interrogez la femme, c’esi bien souvent un grain de sable qui les a fai* échouer.
J’ai entendu un grand nombre de jeunes femmes se plaindre et accuser leurs époux d’un commencement d’indifférence : il n’a plusles mêmes attentions, les mêmes prévenances pour moi; il n’est plus si empressé, ni si aimable; il ne m’aime plus comme autrefois, disent-elles ; cela les afflige, les rend maussades ; elles ont tort. Si elles se donnaient la peine de réfléchir, elles trouveraient la raison de ce changement, presque nécessaire, dans les occupations, les affaires qui, légères au premier temps du mariage, sont devenues plus sérieuses. O femmes 1 vous regrettez votre printemps ; c’est bien naturel ; la vie est si belle à dix-huit ans I Le cœur est neuf, plein d’illusions, de poésie et d’amour ; les impressions sont délicieuses ; les heures s’enfuient heureuses et rapides ; voluptueusement on effeuille le plaisir. O femmes! co sont de beaux jours que ceux-là I. .. Mais, hélas ! tout ’use ici-bas, c’est la destinée fatale de l'humanité; tout passe, et l'amour est une des choses qui passent le plus vite. Cependant consolez-vous, jeunes femmes; il est un correctif à cette désolante vérité ; lorsque le
mariage a été bien assorti, lorsque l’estime et la com ( fiance ont reraolacé les fougues de l’amour, alors l’auj lâchement jette de profondes racines, et le farailisme vient vous offrir un bonheu® plus tranauillo et plui duiaî?iu!.