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ments plus durables que celui de l’amour ; que l’estime et la sainte amitié doivent le précéder, ou ac moins l’accompagner. Ce n’est qu’après avoir épuisé inutilement tous ces moyens qu’ils doivent faire valoir leur autorité. Mais, dans aucun cas, cette autorité ne doit être arbitraire.
Les enfants ne sont ni une propriété ni une marchandise qu’on puisse aliéner ou troquer contre une dot ou un titre. Les jeunes gens, arrivés à l’âge de majorité, sont appelés à leur tour à devenir chefs do famille ; la loi qui les considéré comme des citoyens a dû les protéger contre les envahissements et les abus de l’autorité paternelle, et par l’acte nommé sommations respectueuses, \&nv octroyer le droit de contracter mariage contre la volonté de parents inflexibles.
Le manque de fortune, lorsque les qualités morales existent, n’est pas un motif suffisant pour s opposer au mariage de deux êtres qui s aiment ei se conviennent. Los parents riches qui refusent leur fille à un garçon peu fortune mais honorable, pour la donner à un autre qui apporte un peu d'or, commettent un abus d’autorité ordinairement suivi de raalheurs' irréparables; car les sentiments d amour et d estimeque la femme avait pour l’homme qu on lui refuse ne s’effaceront point ; elle y pensera toujours, et cette pensée fera le chagrin de sa vie. Les parents avares et intéressés devraient avoir devant les yeux le bel exemple donné par ïhémistoclc. Deux partis se pré-
sentaient pour sa fille, l’un riche, l’autre pauvre, l’illustre Athénien, après avoir consulté le goût de la jeune fille, prononça ces sages paroles : « J’aime mieux un homme sans argent que de l’argent sans homme. »
Et cet autre exemple fourni par un brave négociant de Marseille. Deux prétendants s’offraient à la main de sa fille, l’un riche et noble, l’autre pauvre et sorti de la classe du peuple, mais favorisé au physiqûe et au moral. Sa fille aimait ce dernier. Le père congédia le noble, en lui exprimant les vifs regrets qu’il éprouvait de ne pas avoir pour gendre un personnage tel que lui; mais qu’il était du devoir d’un bon père de préférer le bonheur de- sa fille avec ie simple nom de madame Jardin, à son malheur avec un titre de duchesse.
Si l’autorité paternelle sur les mariages offre des avantages, elle a aussi des inconvénients que nos lois ont cherché à effacer; cependant, il reste encore quelque chose de ce préjugé si fort enraciné autrefois, et qui fit le malheur de tant de jeunes personnes. Les parents, nous dira-t-on, ne heurtent les inclinations de leurs enfants que dans l’intérêt de leur position, de leur fortune, de leur avenir. Mais ne peuvent-ils passe tromper? la richesse fait-elle toujours le bonheur, ou, en d’autres termes, le bonheur est-il une denrée qui s’achète avec de l’argent?
Comment »i>)uvez-vous ces oarents qui recomnian-
dent à chaque instant à leur fille de ne point fréquenter tel ou tel jeune homme, de fuir ses conversations, ses empressements, de rejeter ses hommages; qui ne cessent de lui répéter qu’une demoiselle doit toujours se tenir à l’écart et ignorer ce qui se fait dans le monde, etc., etc. Quel nom donner à ces parents qui s’opposent à ce que leur fille étudie, connaisse la nafj^ture, le caractère de l’homme qu’on lui destine, ol qui, un beau matin, viennent lui dire laconiquement ; Mademoiselle, vous allez épouser Monsieur. La jeune fille, étonnée, étourdie de cette brusque détermination de ses parents, baisse les yeux et demande quelques jours de retard. On lui répond que c’est une affaire arrangée, dans ses intérêts ; qu’après le contrat signé, elle appartient à son mari. Le lendemain, le flambeau de l’hymen s’allume, la jeune fille est conduite, comme une victime, à la couche nuptiale.... Le mari veut faire valoir ses droits; elle résiste. .. enfin il triomphe; la victoire est à lui, et elle pleure. Voilà déjà un commencement d’autorité violente de la part de l’un et le germe d’une dissimulation future de la part de l’autre. Sait-on ce qu’il en adviendra dans la, suite? Cela est facile à prévoir.
, Pour justifier l’ignorance des choses maritales dans ’ laquelle on laisse les jeunes filles, on a recours à l’absurde ; on suppose que la nature leur approt Va ce qu’on leur cache si scrupuleusement. Demsrtidcz
une femme mariée, si, au jour de son mariage, la nature l’éclaira tout à coup sur certaines choses? Elle vous répondra négativement ; et pour peu que vous ayez sa confiance, elle vous dira que son ignorance de l’homme lui a causé bien des pleurs, bien des maussaderies, qu’elle aurait pu prévenir ou éviter si on l’eût éclairée.
On ne voit partout, dans la société, que des femmes qui protestent de l’ignorance où elles étaient avant leur mariage. Elles accusent hautement leurs parents d’avoir omis dans leur éducation des enseignements de première nécessité ; de s’ être appliqués à leur cacher des choses d’où dépendait leur bonheur et leur conduite éclairée d’épouse et de ère. Ces femmes ont raison; mais adopteront-elles un autre plan d’éducation à l’égard de leurs filles? Eh ! mon Dieu, non elles continueront à se traîner dans l’ornière de la routine , et si on leur fait observer qu’elles sont en opposition avec leur langage, et qu’à leur tour elles préparent des désillusions à leurs filles, elles répondront : la nature y Mpplèera. Pauvre raison I
Chaque âge apporte une modification aux idées, aux goûts de l’individu et lui fait observer le mariage sous des faces différentes. — La jeunesse n’y voit que le bonheur de posséder l’objet aimé ; l’Age mûr, plus positif, veut faire servir le mariage à ses projets ambitieux ; la vieillesse avare et glacée, dont le cœur est
désormais fermé aux tendres émotions d’amour, no lient aucun compte des sympathies qui existent entre deux individus ; elle ne s’occupe que du bien-être matériel et ne s’arrête qu’à la fortune. Or^, si on laissait à la vieillesse le soin de faire les mariages, ce seraient toujours des mariages d’argent. Si, dans la jeunesse, le seul âge delà vie où l’avarice n’ait pas d’empire sur l’homme, on empêche l’homme riche de se marier avec la fille pauvre, et réciproquement, on s’oppose évidemment à ce qu’il y ait des heureux de plus.
Mais tous les parents ne sont point des vieillards ou des ambitieux aveugles, et c’est particulièrement aux jours de passion amoureuse, que leur autorité, guidée par la sagesse, devient nécessaire pour s’opposer à un mariage d’inclination, s’ils jugent qu il sera malheureux ; ils doivent le favoriser, au contraire, lorsque les conditions d’éducation et de moralité du parti aimé leur font prévoir que l’union sera heureuse.
Un refus dans ce dernier cas les rendrait doublement coupables : d’abord envers leurs enfants dortt ils brisent le bonheur; ensuite envers la société, parce que l’être marié à un être qu’il n’aime pas, se livre, tôt ou tard, 5 l’objet de ses premières amours, et c’est ainsi que se propagent l’adultère et les désordres dans les jeunes familles ; c’est ainsi que le mariage devient un supplice, une source de corruption et de seau-
dales. Ce triste état de choses a fait dire à un critique Le pays du mariage a cela de particulier que les étrangers ont envie de l’habiter, et que les habitants; naturels voudraient en sortir. »