‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 15 sur 34 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DES INCONVÉNIENTS BE SE MARIEH TROP JEUNE OU TROP YTcUT

La nature a déterminé pour chaque chose des points fixes, en deçà ou au delà desquels on est plus éloigné du but. Dans X Hygiène du Mariage, un chapitre a été consacré à la démonstration des inconvénients qui résultent des mariages contractés avant que le corps ait acquis son entier développement, sa virilité, et de ceux où l’un des époux commence à pencher vers la vieillesse; nous y renvoyons le lecteur. Ici, nous ne nous occuperons que des inconvénients moraux.

Mariages précoces. — D'abord, dans les mariages précoces, les jeunes gens se conduisent comme des enfants, c’est-à-dire légèrement et sans réflexion : ils ont encore besoin de leurs parents pour les guider dans le nouveau domaine où ils posent le pied. C’est souvent pour se soustraire au joug paternel que la jeune fille accepte un mari sans le connaître, ni savoir s’il lui convient sous le rapport moral. Souvent

aussi elle se fait illusion en prenant pour de l’inclination ce qui n’est que le désir de passer de la condition de fille à la vie de femme. Il en est de même pour le garçon. Cet état de choses est d’autant plus pernicieux aux jeunes gens, que leur vue n’embrasse qu’un horizon fort étroit et très-borné. Ils ne s’occupent que du bonheur présent sans s’inquiéter de l’avenir. Manquant d’expérience, ils sont à la merci du premier fripon qui veut les duper. Légers, inconséquents, quelquefois dissipateurs, ils dépensent en plaisirs une portion de leur patrimoine, et se trouvent dans la gêne ou dans la détresse avant d’être parvenus à l’âge où l’on aurait dû songer à les établir. Alors le mariage, qui avait commencé sous de si heureux auspices, devient un lourd fardeau. De là tant de malheureux ménages, tant d’indifférence et de froideur, tant d'abandons et d’infidélités ! On pourrait même avancer, d’après l’expérience, que les mariages contractés à un âge trop tendre ne sont généralement pas heureux. Que le mariage se soit fait par ^ intérêt ou inclination, les contractants n’ont pas songé que la séparation n’est point permise, alors même que la haine a remplacé l’amour. La loi ne devraitelle pas, surtout pour la femme, reculer l’époque où elle écrase de ses fers les imprudents que la passion prend au piège? Si l’autorité des parents est réellement un droit, c’est ici le cas d’en faire la rigourcuso application.

Mariages tardifs. — La nature a posé un terme à la faculté génératrice ; conséquemment, plus une personne est près de ce terme, lorsqu’elle se marie, moins elle est propre à payer sa dette à la société, c’est-àdire moins elle donnera d’enfants. Mais il est une autre dette, aussi sacrée, c’est l’éducation physique et morale de la progéniture. Or, si l’on devient père à un âge trop avancé, qui peut répondre qu’on vivra assez longtemps pour achever l’éducation des enfants ? Sans cette éducation, d’où dépend le bonheur de la vie, l’avenir de ceux-ci est fort incertain. Et d’ailleurs, n’est-ce pas se priver des ineffables joies de famille que de se marier trop tard ? Le vieillard peutil se mettre en rapports intimes avec sa jeune épouse? Peut-il apprécier les caresses, les agaceries de l’enfant? peut-il comprendre ses gentillesses, ses ruses, ses mille et un tours qui font le bonheur des jeunes parents et les récompense de leurs sollicitudes, de leurs peines V

D’un autre côté, les personnes qui se marient à un âge trop avancé sont stériles ou n’engendrent que des enfants chétifs et d’une pauvre santé, qui, à leur tour, se trouvent dans les tristes chances de procréer des êtres semblables à eux. Ce point est d’une haute importance pour la race que le luxe et les vices de la civilisation tendent chaque jour à abâtardir.

Mariages disproportionnés relalivement à Càge. — Nous avons déjà dit, dans Y Hygiène du Mariage,

que l'âge le plus favorable à l’union pour obtenir de beaux fruits était, pour la femme, de 18 à 30 ans; . pour l’homme, de 20 à 40. D’après ce principe physiologique, l’homme doit être plus âgé que la femme de 8 à 10 ans. Si cette règle est trop fortement outrepassée, si, par exemple, un homme de 40 ans se marie avec une femme de 18 ans, si la femme de 40 ans épouse un jeune homme de 20 ans, il en résulte ordinairement des inconvénients, des malheurs irrémédiables. Ce n’est point se marier, c’est radoter grotesquement que de prendre femme à l’âge où les facultés viriles sont pour jamais éteintes , où la tombe va s’ouvrir pour engloutir le vieillard. Après quelque temps de cette union disproportionnée, l’indifférence et le dégoût arrivent, et le trouble ne tarde pas à éclater sous le toit conjugal, parce que le plus jeune no trouvant point dans son compagnon les qualités qu’il désire, s’en va chercher ailleurs un être dont le corps, le caractère et les penchants soient plus en harmonie avec les siens. Bientôt la mauvaise intelligence ne permet plus de garder aucun ménagement ; les propos amers, les mordants reproches commencent la scène; la jalousie vient encore aggraver l’état d’irritation do celui qui se croit trompé, et chaque jour ce ne sont qu’injures, menaces, et souvent actes de brutalité. Désormais, l’estime et la concorde sont impossibles entre ces époux ; le divorce est de toute nécessité pour arrêter le contagieux exemple des scènes violentes

qui se renouvellent chaque jour ; mais le mariage est indissoluble III Ils sont forcés de vivre ensemble malgré leur haine et leur dégoût. Les entendez-vous s’injurier, s’accabler d’horribles imprécations? Regardez-les donc, ces deux forçats, traînant le même boulet, découvrant à tous les regards les profondes meurtrissures que leur fait la lourde chaîne du mariage. Pensez-vous que ce soit un spectacle édifiant pour la société, et que la législation qui l’autorise soit bien morale?

Et lorsque le sexagénaire épouse une fille de 18 à 20 ans, que voulez-vous qu’il advienne de bon? Quelles idées, quels sentiments agiteront la jeune femme qui, sortant d’une société d’hommes jeunes et aimables, se voit forcée d’aller partager la couche d’un vieillard I

Les mariages disproportionnés, dont nous venons de parler, sont toujours un achat ou une vente ; c’està-dire que la vieillesse riche et luxurieuse achète la jeunesse pauvre. Que doit-on attendre de mariages semblables? Évidemment rien de bon. Lejeune se moque du vieux, et le vieux, dupé par le jeune^ n’a que ce qu’il a bien mérité. Mais là ne se borne pas le scandale. Une jeune femme mariée à un vieillard s’entoure souvent d’amants et cherche dans leurs bras des plaisirs que ne peut lui procurer son mari. Les jeunes femmes qu’elle fréquente , con. gion-

nées par son exemple, ne tardent pas à l’imiter, et c’est ainsi que se multiplie l’adultère.

Un poète du dix-septième siècle a dit ;

Quand un homme, sur ses vieux jours,

Prend femme jeunette et fringante ,

Il ne la rendra pas contente,

Lui donnât-il tous les plus beaux atours ;

Et si, de douleur, l’âme atteinte,

Il se plaint qu’elle aime un blondin,

On répond alors à sa plainte ;

Tu l’as voulu, Georges Dandin.

Notre législation, qui a tant puisé dans la législalion ancienne, aurait dû. maintenir les lois romaines qui s’opposaient au mariage du vieillard et de la jeune fille ou de la vieille femme et du jeune homme. Aux hommes de soixante ans, le mariage n’était permis qu’avec une femme de cinquante et réciproquement. Les vieillards avaient donc la liberté de se marier; mais ces sortes de mariages, étant toujours stériles, ne portaient aucune atteinte ü la vigueur de la race. Ces lois étaient sages; pourquoi ne le», suivrions-nous pas?

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