‹ Philosophie du mariage (faisant suite à l'hygiène du mariage)Chapitre 3 sur 34 · DD MARIAGE INDISSOLUBLE · texte numérisé non relu

DD MARIAGE INDISSOLUBLE

Est-il naturel que le mariage soit indissoluble? La réponse à cette question est complètement négative. La meilleure preuve à donner, c’est que le divorce existe chez beaucoup de nations ; les quelques peuples modernes qu’étrangle le mariage indissoluble, ne sont qu’une très-minime fraction de la population du globe, et, ajoutons encore que l’indissolubilité ne date chez eux que de quelques années.

Considéré comme institution sociale, le mariage devait être garanti par les lois ; chacune des partie? ayant contracté librement devait se conformer aux conditions du contrat ; les enfreindre est un crime, tar l’infraction suppose une violation préjudiciable à l'une des parties, et la loi doit satisfaction à l’offensé. Or, l’indissolubilité s’oppose à ce que cette satisfaction soit donnée ; donc, il;y a injustice.

Le mariage suppose un consentement, sinon un amour mutuel, au moment du contrat ; mais peut-on se promettre d’aimer toujours celui ou celle avec qui l’on se marie? Peut-on répondre qu’on sentira, qu’on verra toujours de même? Le serment conjugal étant fondé sur un sentiment ou une passion, est-il raisonnable de croire que l’âge, les passions, les infirmités, l’influence du physique sur le moral, et réciproquement, la connaissance des défauts que l’on s’était cachés, etc. , etc n’apporteront aucun changement

à la manière de voir et de sentir? Le législateur avaitil le droit d’aliéner ce qui par nature est inaliénable? N’est-il pas absurde d’ajouter à cette aliénation celle des sentiments et des pensées; d’engager un être que ses diverses évolutions dans la vie, tant au physique qu’au moral, rendent si sujet au changement? Vouloir forcer deux êtres à avoir toujours, l’un pour l'autre, les mêmes goûts, lesjmêmes penchants; aliéner le corps et l’âme, les senlimcnls et les affections est une impossibilité, un contrat monstrueux I

Qu’un père contrarie l’amour de sa fille, qu’il lui défende impérieusement de voir et d’aimer celui à qui son cœur s’est donné, cette défense ne fait qu’atliser les feux dont elle brûle; elle divinise l’objet qu’elle adore, et, dès ce moment, elle se croit victime. Le mariage qu’on lui impose avec un autre homme ne peut qu’être malheureux.

Qu’un père reproche à sa fille de ne pas montrer

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plus d’amour pour le jeune homme qu’on lui destine? A l’instant, le peu de penchant qu’elle pouvait avoir pour cet homme se change en dégoût, et pour peu que le père renouvelle les mêmes reproches, elle se prendra à le détester.

: C’est à cette occasion que l’on a prétendu que

pour faire d’heureux mariages , il faudrait commander aux époux de se haïr à mort, et qu’ils s’aimeraient alors avec fureur. Telle est la bizarrerie du cœur humain ; tels sont les effets de la violence et de l’indissolubilité 1

On rencontre, épars çà et là, quelques mariages dont les chaînes sont tissues de fleurs, et que le bonheur éclaire jusqu'au tombeau; mais ces mariages sont en si petit nombre qu’on les cite comme de rares exceptions. Si l’on parcourait les maisons des grandes villes surtout, et qu’on interrogeât chaque ménage, que de voix s’élèveraient pour maudire cette chaîne indissoluble! Ici, une femme acariâtre, sans cesse querelleuse, s’est aliéné l’esprit de son époux ; là, un mari brutal et vicieux a pour jamais perdu l’amour ae sa femme, quelque temps séduite par un dehors trompeur. D’un autre côté, l’amour-propre blessé a donné naissance à des haines inextinguibles. Plus loin, c est l’adultère qui a empoisonné pour jamais ia couche qu’il a souillée ; enfin partout le mariage indissoluble se présente comme un tableau assombri par les plus tristes couleurs, et demande

un rnyon de lumière pour en adoucir les teintes. Ecoutons les graves paroles ù^VAmi des Françnii sur le mariage indissoluble :

« L’objet direct et naturel du mariage est de perpétuer l’espèce humaine. En faisant du mariage une chaîne indissoluble, on va directement contre cette intention. L’homme né libre abhorre la servitude et la contrainte ; on voit tous les gens mariés, qui se conviennent d'ailleurs, effrayés du joug qu’on leur impose, se refroidir peu à peu, et quelquefois se haïr, se fuir »

Ce sont des âmes faibles, direz-vous ; j’en conviens; mais le plus grand nombre est de cette espèce.

On doit considérer l’impossibilité de se quitter comme la cause de la plupart des mauvais ménages ; par conséquent, de la dépopulation et de la dépravation des mœurs.

Le divorce n’est pas permis ; mais il est, par le fait, incomparablement plus multiplié que s’il était autorisé par la loi.

Quel est le résultat de tout ceci? Une obstruction, une perversion dans les voies morales de la population, et, comme l’a prouvé un auteur du siècle passé, on arrête le cours de la nature, on s’oppose à'^on /œu , on frustre son pays d’un tribut que tout citoyen lui doit. Presque toujours, on va porter le ti-«ulJle dans les autres familles, ravir la propriété d’autrui, bien l’on s’abandonne à la débauche, on blesse les

mœurs publiques et privées; on porte partout le vice et la corruption.

Il ne faut pas craindre de l’avouer, le vœu perpétuel est le fatal écueil contre lequel viennent se briser^, toutes les illusions d’amour et de bonheur, tous les beaux rêves d’avenir. Le mariage a deux faces : l’une qui sourit et l’autre qui grimace; son irrévocabilité en fait toute l’amertume.

Certaines gens, qui passent pour avoir de l’esprit, s’amusent à plaisanter sur le mariage: c’est le tombeau de l’amour, le champ des soucis et des regrets, les galères de la vie, et remarquez bien que ces plaisanteries de mauvais goût, ne sortent jamais que de la bouche des célibataires ou de quelques individus malheureux en mariage. Ce n’est point le mariage qui est mauvais, ce sont les imperfections de la loi et l’immoralité de ceux qui le contractent.

Un proverbe italien dit que le mariage est un paradis ou un enfer. La comparaison est exacte ; quel état plus heureux que celui de deux époux étroitement unis par la sympathie! Leurs jours s’écoulent délicieusement au milieu des joies de la famille; le ciel qui les éclaire est serein, et si, parfois, un légei nuage en trouble la pureté, bientôt il se dissipe et l’azur se montre plus doux et plus riant. Mais aussi quel affreux tableau offre un mariage mal assorti, un mariage antipathique, indissoluble! Le ciel en est toujours sombre, la foudre sillonne incessamment son

horizon ; les orages se succèdent rapidement, et si, de temps à autre, un moment de calme fait espérer un amendement, un nouvel orage éclate plus furieux et vient tout bouleverser. Au milieu du tableau, on aperçoit deux êtres enchaînés à perpétuité, vivant, comme deux bêtes féroces, dans un état d’hostilité, s’injuriant, se maudissant, se frappant ! N’est-ce pas là un enfer?. Oh ! si l’on regarde comme un tourment de rencontrer dans la société une personne qu’on hait ou qu’on méprise, quel doit être le supplice de deux époux, tercés de vivre ensemble alors qu’ils s'abhorrent, qu’ils s’exècrent ! O mariage indissoluble ! que d’arguments terribles contre ta funeste institution!

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