DD CÉLIBAT SACERDOTAL
Quoique notre ouvrage s’adresse aux gens du inonde, nous ne saurions parler du célibat, en général, sans dire quelques mots sur le célibat religieux, grande question tant de fois agitée.
Les partisans du célibat sacerdotal le font remonter aux premières années de notre ère; cela est complé-| tement inexact. La plus ancienne mesure relative au célibat des ecclésiastiques, date du concile d’Elvire (305), qui étendit aux diacres et sous-diacres la continence absolue et la séparation des femmes épousées après l’ordination. Remarquons, néanmoins, que ce concile particulier ne put forcer au célibat que le clergé de la province où il se tint. Peu de temps après, cette interdiction fut levée ou du moins suspendue par le concile de Nicée qui permit aux évêques et prêtres mariés avant l’ordination de continuer à vivre avec leurs épouses. Il reste à savoir s’il fut permis de se marier après l’ordination? Le concile d’Angers répond
affirmativement, et celui de Nicée par une négation. L’opinion opposée de deux autorités égales dut nécessairement laisser la question indécise, et grand nombre de prêtres continuèrent à user du mariage.
Afin d’arrêter les débordements scandaleux du bas clergé condamné au célibat on permit les Agapètes ou femmes sous-introduites. Ces femmes, vivant sous le même toit que les ecclésiastiques, ne devaient avoir avec eux qu’un commerce spirituel ; mais la nature se rit de certains ordres et la plupart des Agapètes devinrent mères. Saint Péronne et saint Cyprien déplorèrent cet état de choses que le mariage permis eût fait disparaître. Ce furent les Agapètes qui soulevèrent le clergé de Constantinople contre saint Chrysostome, lorsqu’il voulut obliger le clergé à renvoyer ces femmes. Elles résistèrent aux anathèmes de plusieurs conciles, et ne disparurent qu’au commencement du sixième siècle.
Plus tard, lorsque des flots de moines qui avaient embrassé la vie solitaire, dans un but, disaient-ils, de continence et de piété, quittèrent leurs thébaïdes pour s’écouler dans les villes, le goût de la vie ascétique, des cloîtres et des communautés de célibataires y pénétra avec eux.
Bientôt, dans le fond des monastères s’élucubrèrent des règles de discipline; celle du célibat sortit une des premières, et le pape Sirice, dans une décrétale, l’érigea en loi. Il y euX d’énergiques protesta-
tiens de la part du clergé ; beaucoup quittèrent les ordres, d’autres continuèrent, malgré la défense dtA pape, de vivre avec leur femme. Innocent confirma la défense de Sirice. Plusieurs autres papes étendirent l’interdiction du mariage aux sous-diîcres mêmes.
Cependant la discipline du célibat n’était pas uniforme pour tous. Dans un diocèse, les sous-diacres étaient astreints à la continence ; dans un autre ils en étaient dispensés. Ici, les clercs pouvaient user légitimement du mariage; ailleurs, cet usage était un crime. Des conciles avaient décrété la séparation des époux après leur ordination ; d’autres conciles avaient jugé convenable de les laisser ensemble. Ces variations d’opinions ne sont-elles point le signe palpable d’une nouvelle institution qui s’introduisit plus ou moins lentement, selon la résistance et les obstacles qu’elle rencontrait.
Ce fut Hildebrand, connu sous le nom de Grégoire VU, qui, pour mieux s’assurer de la dépendance des ecclésiastiques, porta un coup mcrtel au mariage des prêtres, et construisit sur des bases solides l’édifice du célibat sacerdotal. Ce pape ( 1 ) ordonna plu-
(1) Les papes de cette époque se croyaient bien- au-dessus des rois ; la sentence de Grégoire VII nous en fournit la preuve : « De la part de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, et par l'autorité de saint Pierre, je fais défense expresse à l’empereur Henri de gouverner le royaume teutonique et l’Italie. J’absous tous les
sieurs conciles et rencontra toujours de vives oppositions. Au concile d’Erfort , tous les prêtres repoussèrent le célibat cl traitèrent d’hérésie la mesure de Grégoire YII. L’archevêque qui présidait le concile, voulant insister sur les ordres du pape, fut hué ; les esprits s'échauffèrent, on en vint aux mains, et peu s’en fallut que l’archevêque ne fût immolé ; il n’évita la mort qu’en usant lui-même de violence. Au concile de Mayence, un légat de Grégoire fulmina contre les prêtres mariés et les menaça d’excommunication ; plusieurs de ceux-ci, intimidés, promirent d’obéir, mais n’en continuèrent pas moins de vivre avec leur femme.
Les successeurs de Grégoire VII suivirent le même chemin pour arriver au même but ; c’est-à-dire pour grossir, dans tous les pays catholiques, le nombre des ecclésiastiques célibataires, espèce de milice qui, n’ayant plus désormais aucun devoir de citoyen à remplir, restait entièrement dévouée à son maître spirituel.
Saint Grégoire de Naziance appelle le mariage la tige du genre humain, l’appui de la vie, le centre de la piété. — Saint Augustin a fait un traité sur les avantages du mariage. — Saint Ignace a mis dans ses
chrétiens de leur serment, et Je défends à toutes personnes delà servir comme roi, le chargeant d’analhême. »
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souhaits celui d’être placé dans le ciel aux pieds des fidèles qui avaient vécus mariés. — Saint Chrysostome dit que Jésus-Christ a voulu se trouver à une noce avec sa mère et ses disciples afin de rehausser l’état de mariage ; et pour enseigner aux hommes combien lo célibat était contraire à ses vues, il choisit la plupart de ses apôtres dans la classe des hommes mariés. — Saint Clément d’Alexandrie admet que quiconque sera marié, prêtre, diacre ou laïque, ira au ciel, pourvu qu’il use du mariage d’une manière irrépréhensible et qu’il procrée des enfants. On n’en finirait pas s’il fallait citer tous les Pères de l’Église qui ont fulminé contre le célibat et considéré le mariage comme le plus saint des états.
Les dangers du célibat ont été reconnus partout ce qu’il y avait d’éclairé dans l’Église; le concile de Constantinople le condamna dans son treizième canon:
« Comme nous avons entendu dire que l'Église romaine ordonne que ceux qui sont prêtres ou diacres abandonnent leur femme légitime, les Pères assemblés dans ce concile décident que, suivant l’ancienne discipline , exacte dans l’Église , et l’ordre des Apôtres , les prêtres et diacres vivront avec leur femme légitime comme les laïcs, et nous défendons surtout, lorsqu’on ordonnera des prêtres, qu’on les refuse sous le prétexte qu’ils sont mariés et qu’ils veulent habiter avec leur femme après l’ordination.
Nous ne voulons point outrager le mariage, ni séparer ce que Dieu a conjoint. «
Gerson, le plus fameux théologien de son temps et qui fut l’âme du concile de Constance , se déclara ouvertement pour le mariage des prêtres ; personne n’a mieux fait ressortir que lui les inconvénients du célibat sacerdotal.
Une foule de théologiens , hommes de raison et de mœurs pures , non contents de flétrir le célibat pendant cette vie, le menacèrent, dans l’autre, des plus cruels supplices.
Malgré les instances de plusieurs rois et des cardinaux les plus respectables le concile de Trente, dominé par Pie IV, refusa de rendre aux prêtres la liberté de se marier, sous le prétexte que le célibat est un état plus pur et plus convenable à ta sainteté de la profession ecclésiastique.
Un état plus pur?..... Quoi! le prêtre grec, le réformé, les prêtres de toutes les autres religions du monde qui payent leur tribut à l’État, et peuvent lui donner de grands hommes dans leurs enfants, sont moins purs que le célibataire ! — Le concile de Trente aurait dû savoir que le mariage c’est la vie, que le célibat c’est le néant, et se rappeler que dans l’Ancien et le Nouveau Testament il n’y a pas une seule' ligne en faveur du célibat. Il aurait dû savoir que les obstacles irritent les passions, les exaltent, et que si l’on défend à un individu la chose la plusindiffé
rente , à l’instant même cette défense excite, enflamme son désir ; il veut connaître , posséder : c’est l’histoire du fruit défendu , Eve succomba et Adam ne put résister. Tout cela , le concile de Trente 1( savait très-bien , mais il avait un but dans cette dé^ fense, celui de donner à la puissance papale un énorme développement, en dispersant, au milieu des États chrétiens , des soldats sans famille, sans patrie, des soldats militant sans cesse en faveur de la papauté. OmxQzY Histoire des Papes,yo\is y verrez l’immense autorité dont ils disposèrent pendant si longtemps, autorité sous laquelle durent se courber bien bas les têtes couronnées. Quelques papes prirent le titre de Vice- Dieu, et se disaient autant au-dessus des rois que L’or pur est au-dessus du plomb vil.
Mais ne nous laissons point emporter sur un terrain qui n’est point le nôtre, et hâtons-nous de donner au lecteur l’histoire abrégée de l’établissement du célibat sacerdotal dans les États catholiques.
Vers le milieu du quatrième siècle , des troupes de solitaires, d’anachorètes formés sur le modèle de ceux d’Égypte , vinrent s’établir dans l’Italie et les Gaules, où ils fondèrent des monastères. Mais chaque monastère était isolé, et il n’y avait pas entente commune , lorsqu’un siècle plus tard saint Benoît imagina une grande organisation. Sous ce fondateur, une immense famille monacale prit naissance et inonda
bientôt l’Europe entière. Ces moines portèrent si loin la continence et l’austérité qu’ils s’attirèrent le respect des peuples. « Ils furent en Europe, dit l’abbé Gaudin, ce qu’ils avaient été en Orient, ce qu’ils furen et seront dans tous les pays et dans toutes les religions du monde, austères et fervents, tant qu’ils persévèrent dans leur première indigence: ensuite dégénérant à mesure qu’ils désirent et s’adonnent aux commodités de la vie ; intrigants et ambitieux lorsqu’ils ont le pouvoir , et finissant par être l’objet de la risée des peuples après avoir été celui de leurs adorations. »
Ces moines ayant été presque les seuls apôtres qui démembrèrent l’Empire romain , en sapant le vieux paganisme, il en résulta que la doctrine du Christ ne se transmit aux peuples barbares qu’à travers les idées monacales et les superstitions du cloître. Les lumières des siècles suivants furent impuissantes à dissiper les ténèbres ; la masse des peuples se trouvait abrutie et plongée en d’absurdes croyances. C’est ici le cas do dire que la première éducation porte une empreinte ineffaçable, chez les peuples comme chez les enfants, et ce n’est qu’après une longue suite de générations, qu’une éducation nouvelle peut parvenir à effacer l’empreinte faite par l’ancienne.
« Que trouve-t-on de recommandé par le clergé des septième et huitième siècles , continue l’abW Gaudin , une profusion de culte extérieur incompatible avec les devoirs de la vie , parce que ceux qui
prêchaient n’avaient d’autre occupation que ce culte; la recommandation expresse d’un profond respect pour les gens d’Église, dont on comprend bien k raison, sans qu’il soit besoin delà dire ; des dévotionf bizarres en l’honneur de quelques personnages obscurs sortant des cloîtres, ou de quelques riches personnages ayant légué tous leurs biens à l’Église. De là, ;es donations si fréquentes au profit des monastères, ce qui était, au fond, bien moins convertir les peuples à l’Évangile qu’à la règle de Saint-Benoît , et bien plus aux moines qu’à Jésus-Christ. Ajoutons que ne les convertissant que pour le compte des papes , il leur fut aisé d’inspirer à ces peuples grossiers tous les préjugés qu’ils voulurent , et de les éterniser en les plaçant sous la protection d’une autorité sacrée. » Ainsi, s’introduisit en Europe cette admiration exagérée pour le célibat, les jeûnes, les macérations et autres pratiques monacales; tandis que la bienfaisance, l’amitié, la reconnaissance , la générosité , la loyauté, q ui sont le charme et le lien de toute société ne furent considérées que comme des vertus accessoires. En eB fetjOn ne vit personne être béatifié pour avoir été bon père, bon époux, sujet fidèle et dévoué; les honneurs de la canonisation étaient déférés à des moines ou à tous autres qui avaient exténué leur corps par des jeûnes, des macérations, quis’étaient meurtris, déchirés à coups de discipline ; qui s’étaient enfoncés dans de profondes solitudes; enfin - <\ui avaient su se rendre
complètement inutiles à la société. D’après cette distribution des récompenses célestes, comment les peuples abrutis auraient-ils pu se former d’autres idées? D’ailleurs, pour peu qu’on hésitât à les croire, une foule de miracles toujours prêts à servir la cause des moines ne leur permettaient plus de douter.
C'est par cet art que les monastères accaparèrent une si grande partie des richesses de l’Europe, quoique par état, les saints reclus eussent renoncé à la vanité des richesses; c’est ainsi que voués à l’humilité et vivant hors de ce monde, ils s’emparèrent de tous les droits, de tous les titres , devinrent comtes, marquis et même souverains.
Telle fut la première période que parcourut le célibat, nous arrivons maintenant à la seconde période.
Lorsque le christianisme se fut entièrement établi en Europe, l’Église, n’ayant plus de victoires religieuses à remporter, tourna son activité vers les conquêtes politiques. La cour de Home eut alors besoin de toutes les ressources d’un dévouement sans bornes, pour arriver au degré de puissance qu’elle ambitionnait. Le mariage de ses serviteurs avec leurs intérêts de famille, était un obstacle,; elle le brisa. Ce fut un coup habile , un coup de maître, qui devait élever la puissance papale au-dessus de la puissance des rois, le prêtre se mêla de toutes les affaires, il accapara le pouvoir politique et opéra la jonction du spirituel au
lorupoicl : alors, pour le dédommager du célibat, on lui trouva d’autres d oits. Le Saint-Siège, parvenu à ce dOj^ré de puissance immense, ne cou- | nut plus de bornes ; il écrasait les grands, déposait } les couronnes et anathématisait les rois! Il alla même jusqu’à leur imposer amende honorable, en les faisant passer par les verges. Lisez {'Histoire de C empereur Barberousse.
Était-ce la mission simple et sublime qu’il avait reçue du Christ? était-ce la pratique de tolérance , de modestie, d’amour et de bonté qu’avait prôchée son divin Maître?....
Cependant les lumières se répandaient peu à peu sur le peuple; l’humanité marchait. Luther parut! Luther employa les armes de la dialectique et du ridicule , acérées par sa fougueuse éloquence , et les foudres du pape restèrent sans effet contre cet ennemi terrible qui lui enleva la moitié de sa puissance.
Quelques fauteurs du célibat sacerdotal ont avancé, comme preuve de son utilité, que la civilisation moderne lui était due ; ils lui attribuent l’abolition du servage et la conquête de nos franchises. La société au moyen âge , disent-ils , était divisée en deux classes, les seigneurs et les vilains ; les ecclésiastiques , généralement sortis de ces derniers , formaient une classe intermédiaire , qui , ayant droit de liberté et d’instruction devait nécessairement hâter l’émancipation
du peuple. Admettons , contre le fait historique, que les bourgeois de cette époque n’aient pas acheté de leur sang et de leur or l’affranchissement des communes ; que certains rois de France, par un système habile de centralisation, n’aient point sapé les prérogatives féodales ; admettons que ce soit le clergé qui ait coopéré le plus à ce grand œuvre humanitaire : le clergé n’aurait-il pu strictement l’exécuter qu’au moyen du célibat? vous conclurez donc imprudemment que le célibat est indispensable au progrès de l’humanité! Mais ne pensez-vous pas que si Dieu l’eût jugé ainsi, il était assez puissant pour faire naître des hommes insensibles à l’aiguillon de la chair.
Non, ce n’est point l’institution du célibat qui poussa l’humanité dans la voie du progrès. Le fondateur de l'Église ne défendit jamais le mariage à ses disciples ; au contraire, il le sanctifia ; et, malgré les conflits d’opinions et d’autorités que le célibat suscita au sein de cette Église, le mariage fut permis aux prêtres, ou au moins toléré jusqu’au seizième siècle. A la vérité , ceux qui le contractaient étaient exclus de certains ordres et ne pouvaient prétendre à ccr- , taines dignités ; mais le mariage existait, la défenso absolue n’en avait pas encore été faite ; ce fut seulement au concile de Trente que le célibat ecclésiastique fut irrévocablement arrêté ; le mariage avait donc duré quinze cent soixante-trois ans.
L’idole du célibat, tant de fois renversée , fut de nouveau replacée sur son piédestal et rivée par ce ca-
. non du même concile :
* « Si quelqu’un s’avise de dire que le célibat
n'est pas plus saint que le mariage, qu’il soit ana- ^thème.»
On rapporte que Pie IV, qui siégeait alors, ayant appris qu’on discutait, dans le concile, le mariage des prêtres comme un bien , en témoigna son vif mécontement aux légats : « Il est évident, disaitil , que l’introduction du mariage dans le clergé, en tournant toute l’affection des prêtres vers leur femme et leurs enfants, vers leur famille et leur patrie, les détacherait peu à peu du Saint-Siège, et que leur permettre de se marier, ce serait détruire la hiérarchie et réduire le pape à ne plus être qu’ évêque de Rome. »
) L'histoire de ce temps atteste que les cardinaux et évêques âgés s’opposèrent de tout leur pouvoir à 1 arrêt qui condamnait le clergé au célibat; et que les plus jeunes, qui auraient dû se joindre à eux, condamnèrent le mariage et l’emportèrent... Cette violente détermination fut-elle prise dans un but do piété, de dévouement, de sacrifice? Ce qu’il y a de bien positif, c’est qu’à la nouvelle de ce décret du concile de Trente, tout le sacerdoce s’émut, et l’on sait combien de murmures et de réclamations s’élevèrenlparmi I0.3 prêtres 1
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Après avoir mis sous les yeux de tout juge chrétien, pieux, impartial, les nombreuses contro-
, verses auxquelles le célibat a donné lieu, les affirma-
plions, les négations, les défenses, les demi-défenses, disons-lui de tourner ses regards vers l’Église grecque, inféodée aux vieilles traditions, qui ordonne le mariage de ses prêtres, tandis que l’Église romaine le défend; et demandons-lui, à ce juge, si sa conclusion ne sera point celle-ci : l’histoire ecclésiastique fournissant elle-même la preuve que, malgré les règlements, les décrétales elles conciles, jusqu’à celui de Trente, la question de la continence, sans cesse agitée n’a jamais été résolue, on doit penser que la loi volée en sa faveur , à une majorité douteuse, l’a été dans un but louable ; mais que celte loi, n’ayant aucun caractère évangélique, doit aussi être regardée comme une règle de pure discipline. Or, les règles, loin d’être inflexibles, changent, au contraire, selon lef temps et les lieux.
Arrêtons-nous ici pour remarquer le singulier caprice et les tristes fantaisies de l’esprit humain : le célibat, que l’antiquité avait horriblement maltraité, qu’elle avait flétri et rendu presque impossible ; le célibat, qu’on regarda toujours comme un vice ou comme une infirmité , devint tout à coup une vertUr un degré de perfection.
Tous les moralistes reconnaissent que le célibat est une vertu ; que le célibat religieux put autrefois
être utile; mais, qu’en raison des progrès et des lumières de notre siècle, une réforme est devenue nécessaire. En effet, on conçoit que le mariage n’empêcherait point le prêtre de prêcher les vertus évangéliques; que, bien au contraire, ayant famille lui-même, connaissant et pratiquant les vertus de famille, il serait plus apte à les enseigner par l’exemple.
Au siècle passé, les cent mille voix raisonnables qui s’élevaient contre le célibat religieux, furent longtemps couvertes par l’immense et puissante voix sacerdotale; il fallut la grande catastrophe de d793 pour renverser l’échafaudage du célibat religieux. — Pendant la Restauration , les communautés de célibataires s’organisèrent de nouveau, et la royauté de 1830 ne prit aucune mesure contre leur accroissement.
Ces considérations sont assez péremptoires pour engager à s’occuper de la question du célibat religieux. Si cependant le jour n’était pas encore venu d’opérer des réformes, c’est-à-dire de détruire pour réédiûer, attendez ; mais n’affirmez pas que le célibat est un état plus pur, plus saint que l’état de mariage.
Le commerce sexuel des couples unis par les lien, du mariage est une loi de l’organisme humain parfaitement en harmonie avec les lois de la nature. Le mariage légal a pour but non-seulement la perpétua-
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tion de l’espèce, mais encore d’éviter la confusion dans la descendance, d’assurer l’affection des parents aux enfants et de leur donner l’éducation morale qui doit, plus tard, préserver la vertu des deux sexes. Or, l’état de l’homme efde la femme, se complétant par le mariage, est un état honorable et digne d’encouragement; car le mariage fécond rapporte à la société, tandis que le célibat est complètement stérile et souvent dangereux.
Les moralistes et les législateurs s’accordent à signaler le célibat, non-seulement comme un ennemi juré de la population, mais comme fatal aux mœurs. Ils démontrent par l’expérience, que le mariage rend l’bomme plus sage, et que plus il y a d’hommes mariés dans un État, moins il s’y commet de crimes. Ils enseignent, en outre, que la volonté du Créateur n’est point qu’on marche seul sur cette terre d’épreuves, pour arriver au séjour des élus ; que si le Créateur a formé l’homme et la femme, c’est, au contraire, pour qu’ils marchent ensemble, deux à deux ; que chercher à s’écarter de cette loi, c’est lui faire injure. Oui, accorder des honneurs et du respect au célibat, c’est prescrire, en quelque sorte, l’adoration du néant.
Concluons donc avec les sages de tous les temps, de tous les pays, que le célibat est une injure à la civilisation moderne. Concluons aussi que le ce-
libat Individuel, fruit honteux de l’égoïsme, de l’ambition ou du libertinage doit nécessairement porter des fruits amers. Étudiez ces célibataires qui courent par le monde, comme des êtres égarés de route tracée par la nature ; âmes pâles et sans cha-j leur, cœurs secs pour la plupart, ils ne songent qu’i] leur bien-être personnel et ne connaissent que le5| plaisirs achetés. Oh ! s’ils avaient seulement pu entrevoir les joies intimes de la famille, le bonheur do voir naître un fils ; s’ils avaient pu deviner les délicieuses émotions de l’homme caressé par sa femme et ses enfants; ohl bien sûr, ils auraient abandonné leur vie froide et décolorée, pour une vie chaude et rayonnante d’amour. 3Iais laissons se consumer leur jeunesse, le jour viendra où ils maudiront leur isolement.
Observez ces vieillards célibataires, délaissés, inquiets, se promenant solitaires avec les soucis au front et les regrets âu cœur, ils n’ont point éprouvé les saintes affections de la famille.Les voilà à la merci de serviteurs intéressés ou d’une gouvernante qui les vole et les gronde, qui s’érige en maîtresse et leur impose ses volontés. S’il leur arrive quelques rares visites, ce sont des neveux, des collatéraux venant O’informer si la mort n’a point encore saisi sa proie... Alors, ils sentent tout le vide de leur existence passée : les tendres sollicitudes d’une épouse, les naïves caresses d un enfant ne réchaufferont pas leurs joues
glacées ; une main amie ne doit point leur fermer les yeux. Oh! s’ils pouvaient reeommencer la vie, bien certainement ils choisiraient une épouse ; mais il est trop tard; ils pleurent le cruel abandon dans lequel ils s’éteignent, maudissent le célibat, et tristement disparaissent dans la tombe.