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a THE LIBRARY BRIGHAM YGUNC UNivERSITY PRPOVO UTAH
La France à épuisé les principes qui la soutenaient. Sa conscience est vide, de même que sa raison. Tout ce qu’elle a produit depuis un demi-siècle d'écrivains fameux, les de Maistre, les Chateaubriand, les Lamennais, les de Bonald, les Cousin, les Guizot, les Lamartine, les Saint- Simon, les Michelet, catholiques, éclectiques, économistes, socialistes, parlementaires, n’ont cessé de prédire cette syncope morale, qui par la miséricorde de Dieu, la sottise des hommes et la nécessité des choses, est enfin arrivée. Aux prophètes de la France ont répondu les philosophes de l'Allemagne : si bien qu’enfin la destinée de notre patrie est devenue commune à tout l’ancien monde ; car telle est la société française, tel il est écrit que sera le genre humain.
— L'Église, dont nous nous vantions jadis d’être les aînés, n’est plus parmi nous qu’une institution de convenance, que la police, plus que la sympathie, protége. Otez le bras séculier et la subvention de l’État, et dites ce qu’il adviendra de cette Église gallicane, dernière forteresse de la chrétienté, maintenant livrée aux ultramontains, et dont la gloire faisait tressaillir Bossuet !.…
TE du AVANT- “PROPOS.
Un homme, après avoir lu la Profession de foi due vicaire | Savoyard, La sermons de Robespierre, le Catéchisme des francs maçons, les Paroles d’un Croyant, les Lettres sur la Religion de M. Enfantin, l'Histoire de la Révolution de M. Buchez, et le préambule de la Constitution de 1848, s’est dit : Il y a dans ce pays un besoin de marguillerie qui veut à tout prix être satisfait. Rappelons les jésuites! …— Voilà pourquoi nous sommes encore, après Février de la religion de nos pères... Cela vous fait murmurer : il vous répugne que le culte de trente millions d'âmes, une chose si sainte, tienne à l'appréciation éventuelle d’un chef d'État, parfaitement désintéressé, quant à ce qui est de lui, dans la question. Qu’eussiez-vous fait de mieux? Je vous le donne en cent.
L’ancienne monarchie pouvait secomparer à un mariage contracté sous le régime de la communauté, lequel, par suite de mésintelligence entre les époux, aurait été converti en mariage paraphernal. On avait pensé que si le mari était constitué simple administrateur des biens de la femme, l'harmonieserait parfaitecntreeux, imperturbable. Tous les ans, en grand apparat, le roi venait présenter ses comptes à la nation, qui, de son côté, par ses représentants, donnait quittance au roi. De cette rencontre cérémonieuse et solennelle devait naître, par une génération régulière, la Loi, troisième personne de la trinité constitutionnelle. Mais, quelque précaution qu’on ait prise, le dialogue a constamment fini en dispute, — Ge n’est pas cela, a dit l’homme fatidique, La paix ne peut exister dans le ménage que si la femme obéit sans mot dire, et si le mari parle par signes. Et puis, il s’agit bien aujourd” hui de tout ce parlementage !.. Maintenant nous sommes ma riés, comme disent les gens du faubourg, au treizième, morganatiquement,
La Démocratie, telle que la formulèrent les actes de
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4703 et “" 1818. a succombé sous la logique de son appli- cation. Qui oserait affirmer aujourd’hui, dans le sens dela Réforme, la souveraineté populaire, le suffrage universel
et direct ? Sept fois en cinq ans le peuple a été interpellé
de manifester sa volonté, de faire acte de souverain; sept
fois ila répondu, comme M. Thiers : Le peuple règne et ne
gouverne pas! !
La Bourgeoisie ! Que demandait-elle en 89? Sieyès l’a di:
1 Tout! Elle l’a bien fait voir. Une fois l'aristocratie dépos-
sédée, les biens nationaux mis en vente, la bourgeoisie a crié que la révolution était faite, qu’il n’y avait qu'anarchie au delà. Elle a été pour tous les gouvernements qui vendaient, vendaient, en la sauvant et faisant del’ordre..…
Que FADETER t-elle depuis 1830? Des subventions, des primes, des places, des monopoles, des privilèges, des ac- tions de jouissance, des concessions de canaux, des mines ‘ etde chemin de fer, c’est-à-dire, encore et toujours: Tour,
Quel que soit le gouvernement qui lui donne, monarchie,
: république ou empire, elle reçoit des deux mains. Le
peuple n'aura pas seulement pour lui le Droit au travail,
invoqué cependant pour la première fois par un bourgeois
de 89, Malouet. Pour mieux s'emparer de tout, la bour- geoisie prend à crédit une idée socialiste, se forme paæ
compagnie, se place sous le patronage de l’État, dontelle fait Son organisateur, son entrepreneur, son fournisseur. Quant à produire elle-même, par le travail, le génie, la conquête agricole, mercantile ou industrielle, elle ne s’en Souvient plus. La moindre entreprise, à cette bourgeoisie dégénérée, semble une révolution. Pour étendre une taupinée, elle emprunterait le hoyau de l'État. Il n’y a que
les rentes dont la grosseur ne l’épouvante point. Des ren-
tes! c’est son Positivisme à elle : elle l'avait inventé avant M. Comte. | La Bourgeoisie est malade de gras-fondu : comme insti-
tution, elle a cessé d'exister dans l’ordre politique et dans l’ordre social. À la place de ce mot, que personne n’entend plus, on à mis le capital, terme d’avare, et par opposition au capital, un terme d’envieux, le salariat. Le salariat, c’est le niveau révolutionnaire, inventé par le capital. Ces deux mots de passe sont entrés dans la langue du peuple. C’est pourquoi rien n’est fini! Le capital, comme le salaire, est désormais à la discrétion du prince; et maintenant que le prince emprunte toute stabilité au peuple, il n’y a rien de stable, ni religion, ni gouvernement, ni travail, ni propriété, ni confiance.
Grâce aux modernes éclectiques, nous n’avons point de philosophie. Grâce aux romanciers et aux romantiques, nous sommes à bout de littérature. Les danseuses nous ont dégoûtés de la statuaire, et les modistes de la peinture. On fait maintenant, dans la patrie du goût, le livre, le tableau, le marbre, comme le bronze et le fauteuil : articles de Paris, pour l'exportation transatlantique.
Pendant que l’agiotage, organisé avec privilége, donne raison à la théorie de MM. Malthus et Dupin, et fait douter de plus en plus de la réalité d’une science économique, la prérogative centrale, toujours envahissante, broie les institutions, entame, modifie, abroge sans cesse un système
de lois qui compte à peine cinquante ans de durée! La Justice, aveugle de son métier, ne sait rien de ce qui se passe à la Bourse, et, le sût-elle, n’y peut rien. Tandis que les sangliers et les ours dévastent le champ de la nation, elle fait la chasse aux crapauds et aux lézards. Plus inepte encore, la propriété applaudit au despotisme, et, sauvée des insultes d’en bas, croit que nul décret d’en haut ne peut l’attendre. Ha, ha! vous avez écrasé l'anarchie; vous aurez l'État dans toute sa gloire.
Frappés au cœur, les vieux partis dynastiques ont perdu, avec l'intelligence des faits, le sentiment de leur position :
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AVANT-PROPOS. de de
d'autant plus irrités contre le 2 décembre, qu'ils regret- tent de n’avoir pas eux-mêmes fait le coup. La même fu- reur d’absolutisme les possède : croient-ils, par cette
jalousie du métier, faire naître au peuple l’envie de les avoir ?
Quoi ! Bourbon, fils aîné de France, vous gardez encore
… rancune à la Révolution! Vous n’avez pu vous réconcilier … avec 89! Cette brave bourgeoisie vous fait peur : Mounier
vous semble un rouge, Mirabeau un terroriste, Chateau-
briand un athée! Aussi hostile à la charte que votre grand-
père, c’est encore dans le lit de justice du 23 juin 1789
que vous puisez l'espoir d’une troisième restauration |
Vous le savez pourtant ; votre aïeul Henri IV devint roi de France pour un trait d'esprit : Paris vaut bien une messe, disait-il. Il en pensait autant du prêche. Est-ce que vous
ne croyez pas que Paris vaille bien aussi la liberté?
Et vous, messieurs d'Orléans, qui deviez être pour la
France, suivant le mot de Lafayette, Za meilleure des républiques; vous que la bourgeoisie toute seule ne ramènera pas, n’avez-vous pas un seul mot pour le pauvre travail-
leur ? Le socialisme est né sous votre père : trop heureux le vieux roi, s’il avait jeté au monstre les 150 millions de ses forteresses! Y a-t-il donc aussi incompatibilité entre votre titre et nos aspirations? Écoutez l’enchère populaire : A vingt-cing millions! n’en rabattrez-vous rien ? . Ne parlons pas des républicains. On sait, hélas! que le malheur n’a point découragé leur respect du droit, et qu’il n’y aura jamais parmi eux que les enfants perdus qui prennent pour mot de ralliement la dictature, avec Pompée, au lieu de César, pour dictateur.
La France ne croit qu’à la force, n’obéit qu’à des instincts. Elle n’a plus d’indignation ; elle semble se trouver bien de ne penser pas. Tel peuple, tel gouvernement! Le
pouvoir, qu'aucune inspiration du pays n’illumine, ne ren-
voie à son tour aucune idée au pays. Il marche comme les tables tournent, sans impulsion apparente : on peut le définir une spontanéité. Ainsi qu’il se voit après les grandes | crises, l'horreur des discussions et des systèmes est devenue telle, que gouvernés et gouvernants, partis vaincus et parti vainqueur}, tout le monde, à l’envi, ferme les
yeux, se bouche les oreilles, à la seule apparence d’une idée. Superstition et suicide : ces deux mots résument l’état moral et intellectuel des masses. Le timon des affaires est aux praticiens et aux hommes d'action ; arrière encore une fois les idéologues ! On parle de l’isolement du pouvoir actuel au milieu des populations muettes : le fait est que les populations n’ont rien à dire au pouvoir. Elles s’en remettent à son étoile; elles croient à sa vocation, à sa prédestination, comme lui-même. Qu'il parle, et sa parole sera prise pour loi. Zfa jus esto! disait la plèbe latine. La révolution couve son élu : voilà la vérité sur les communications entre les pays et le gouvernement. L’éclosion arrivera-t-elle bientôt? On n’en sait rien, mais on n’en doute pas.
La politique au dehors est comme l’opinion au dedans. Elle se cherche, attendant le coup du destin, écrivant des notes qu'on dirait dénuées de bonne foi, si elles ne Vétaient totalement de sens. Les puissances signataires
des traités de Westphalie et de la Sainte-Alliancene croient plus à l'équilibre européen. Contre l’occident en révolution, elles invoquent la barbarie orientale, la guerre de races, l’absorption des nationalités. Plus de Pologne! plus d'Italie! plus de Hongrie! plus de Turquie tout à l'heure! N’auraient-elles pas dit tout bas : Plusede France! O tocsin de 92! La diplomatie va comme la spéculation et la saison. icone par la pluie, le tzar fait un geste à l’empereur, qui se refuse : le feu en monte au front du soldat. Mais lui, l’œil fixé sur l'aiguille de la
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Bourse, peut-être attend-il que l’heure sonne au chauvinisme du bourgeois. 4 . La papauté, cependant, se croit revenue à ses beaux jours, non pas aux jours de Léon X, mais à ceux d’In- nocent IIT : elle rêve d’inquisition et de croisade. Il ne lui suffit pas de l'expédition de Rome contre les démocrates, ÿl lui faut une expédition de Jérusalem contre les Musul= mans et les Grecs. C’est pour cela qu’elle souffle, comme un incendie, la question des lieux saints : Zn Dondt Gau-
Tois et Francs! Nous ne serions pas surpris que cette race de batailleurs ne se mît à crier, comme autrefois : Dieu le veut. Distribuez-leur, saint-père, vos scapulaires et vos De ils ne vous rapporteront pas des reliques.
Il règne sur toute l’Europe une ombre solennelle, paveille à l’obscurité dont s’entouraient les oracles, au ti de leurs bois de chênes et de leurs antres. Prends garde à toi, Napoléon! Tenez-vous bien, Guillaume, Ferdinand, Nicolas. toute la compagnie des couronnés ! Et vous, popes et pontifes, préparez vos Xyrie eleison et vos Requiem. Car esprit des nations n’habite plus les rostres; il s’est retiré de la bouche de l’orateur, de la plume de l'écrrené | 1 marche avec le soldat, porté comme un éclair à la pointe de sa baïonnette.
Cependant il est certain que la parole française, inau- ’ gurée par l’ancienne monarchie, ne peut périr, pas plus que la nation ne peut subsister sans uni‘é et sans droit.
Ïl est certain que la démocratie, qui n’est autre chose, après tout, que le parti du mouvement et de la liberté, ne peut s’effacer de l’histoire pour les contre-sens et les naï- vetés de 1848.
I est certain que la bourgeoisie avait une mission à remplir, politique et sociale, envers le prolétariat. Aï-
“mera-t-elle mieux, laissant à Dé le soin de nourrir les électeurs de César, éterniser par son égoïsme le pouvoir
d’une multitude rétrograde, et destituer le pays de ses libertés ? | UNE
Il est certain, enfin, que l’Europe est une fédération d'États que leurs intérêts rendent solidaires, et que dans cette fédération, fatalement amenée par le développement du commerce et de l’industrie, la priorité d'initiative et la prépondérance appartiennent à l’occident. Cette prépondérance, obtenue par Louis XIV et Napoléon, tant qu'ils agirent, le premier au nom du principe des nationalités, posé par Henri IV et Richelieu, le second au nom de la révolution française, l'intérêt de notre conservation, bien plus que celui de notre gloire, nous commande de la ressaisir. Veut-on, dans ce but, procéder par la voie des conquêtes ou par celle des influences ? Veut-on que le chef de l'État français soit le président de la république européenne, ou, si l’on aime mieux, lui laisser courir la chance d’en devenir le monarque, au risque d’une troisième invasion et du déchirement de la patrie?
Que dis-je? s’il est une chose évidente pour tout observateur, c’est que la France ne vaut en ce moment que par les idées mêmes qu’elle a proscrites; c’est que la civilisation moderne, à bout de traditions et d'exemples, est irrévocablement engagée dans la voie d’une révolution où ni les précédents historiques, ni le droit écrit, ni la foi établie, ne peuvent plus la guider.
Il faut donc que royalistes et démocrates, bourgeois et prolétaires, Français, Germains et Slaves, se mettent à la recherche des principes inconnus que les gouvernent. II faut aux formules empiriques de 1648, 1789, 1814, 1848, substituer une idée, antérieure et supérieure, qui n’ait rien à redouter des sophismes diplomatiques et parlementaires, des défaillances bourgeoises, et des hallucinations plébéiennes. Il faut, l'humanité aspirant à savoir et ne pouvant croire, déterminer à priori sa route, écrire l’histoire
‘avant que les faits soient accomplis! Veut-on se gouverner par la science, ou s abandonner à la fatalité ?
Toute époque est régie par une idée qui s'exprime dans une littérature, se développe en une philosophie, s’incarne, au besoin, en un gouvernement. Il y avait, dans la pensée
secrète de 1848, comme dans celles de 1793, 1814 et 1830, Tétoffe d’une démocratie, d’une dynastie eu clto cette pensée a été dédaignée. comme la pierre angulaire par les mauvais maçons. Nous ne cesserons de la reproduire, et quel que soit le porte-drapeau des destinées françaises, prince ou tribun, nous lui crierons, avec une foi et une énergie croissantes : C’est par ce signe que tu vaincras! On nous dit : Que publiez-vous sur la situation présente ?
. La situation, la voilà : c’est de faire face, par Ia ré- ‘flexion, à la nécessité des choses ; c’est de recommencer notre éducation sociale et intellectuelle; et comme un parti fondé sur la nature même de l'esprit humain ne peut périr, c’est de donner à la démocratie l’idée et le drapeau qui lui manquent.
Jusqu'à ce jour la démocratie a suivi les formes du gou- vernement monarchique, la politique monarchique, l’économie monarchique, la philosophie monarchique. C’est pour cela que la démocratie n’a jamais été qu’une fiction incapable de se constituer. Il est temps qu’elle apprenne à penser par elle-même; qu’elle pose le principe qui lui est propre, et qu’en s’affirmant d’une manière positive, elle porte au complet le système des idées sociales.
Les deux lettres qu’on va lire ont été écrites sur la fin de 1851. Elles devaient paraître dans /a Presse, en réponse aux questions d’un savant critique, M. Romarn-CoRNUT,
lorsque arriva le 2 décembre. — On peut les regarder comme la profession de foi philosophique, politique et sociale de l'écrivain,
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Rien ne je rl disaient les anciens sages : fout ne tout coule, tout devient; par conséquent, tout se tient et s’enchaîne; par conséquent encore tout est opposition, balancement, équilibre, dans l'univers. Il n’y a rien, nien dehors, ni en dedans de cette danse éternelle; et le rhythme qui la commande, forme pure des existences, idée suprême à laquelle aucune réalité ne saurait répondre, est la conception la plus haute sua puisse atteindre la raison.
Comment donc est-ce que les sie se lient et s’engen- drent ? comment se produisent et s’'évanouissent les êtres ? comment se transforment les sociétés et la nature? Tel est l'unique objet de la science.
La notion du Progrès, portée dans toutes les SA de la conscience et de l’entendement, devenue la base de la raison pratique et de la raison spéculative, doit renouveler le système entier des connaissances humaïnes, purger l'esprit de ses derniers préjugés, remplacer dans les relations sociales les constitutions et les catéchismes, apprendre à l’homme tout ce qu’il peut légitimement croire, faire, espérer et craindre : la valeur de ses idées, la défios de ses droits, la règle de ses actions, le but de son existence...
La re du Progrès, c’est le chemin de fer de la
liberté.
Avant de publier, avec le cortége de preuves qu’il nécessite, l’ensemble de nos vues sur ces hautes questions, nous avons cru devoir consulter le public et nos amis sur la suite à donner à nos recherches. Nous osons espérer que la critique ne manquera pas à ce premier échantillon : heureux si, éclairé par de salutaires conseils, nous parvenons à lever un coin du voile qui nous dérobe la lumière! …