‹ Philosophie du progrèsChapitre 3 sur 34 · D PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

D PHILOSOPHIE

Usus et impigræ simul experimentia ments Paulatim docuit pedetentim progredientes.

Lucrerius, De naturà rerum, :ib. y.

PREMIÈRE LETTRE DE ins DE PROGRÈS

Sainte-Pélagie, 26 novembre 1851,

.. Moxsreus,

.: Avant de rendre compte au publie de mes différentes publications, vous voulez bien, pour plus d’exactitude, me demander à moi-même de quelle manière j'en envisage l’ensemble, comment j'en comprends l’unité et lelien.

Ce désir de votre part, monsieur, est on ne peut plus légitime, et la question aussi juste que loyale. Il n’y a pas de doctrine là où il n’yapas d’unité; et, nicomme penseur, ni comme révolutionnaire, je ne mériterais une heure d'examen, sl n'existait dans la multitude des propositions, quelquefois très disparates, que j’ai tour à tour soutenues ou miées, quelque chose qui les relieet en forme l'un corps de doctrine, Jadis on demandait à un homme,

égaré loin de sa patrie : Quel est ton Dieu? quelle est ta

religion ?.. C’est le moins qu’on puisse exiger d’un novateur que de savoir, en dernière analyse, quel est son principe. |

Je ne saurais trop vous remercier, monsieur, de cette

haute impartialité, de cette bonne foide critique, qui vous fait rechercher avant toute chose, non pas le faible de l'écrivain, — il ne paraît que trop, — mais sa vraie pen-

sée, mais l’exacte valeur de ses assertions. En toute opération judiciaire, il faut, avant de prononcer la sentence,

entendre le prévenu : le plus juste jugement est celui qui

résulte des paroles et des aveux de l’accusé.

Je vais, monsieur, tâcher de satisfaire à votre demande, ou plutôt, je vais me livrer moi-même, pieds et mains liés, à votre justice, en vous présentant ici, non pas un plaidoyer, mais une confession générale. Prenez-moi donc, si vous le pouvez, par ma langue : je n’aurai pas le droit d'appeler de votre arrêt.

Ce qui domine dans toutes mes études, ce qui en fait le principe et la fin, le sommet et la base, la raison, en un mot; ce qui donne la clef de toutes mes controverses, de toutes mes disquisitions, de tous mes écarts ; ce qui con£titue, enfin, mon originalité comme penseur, si je puis m'en attribuer quelqu’une, c’est que j'affirme résolüment, irrévocablement, en tout et partout, le Progrès, et que je nie, non moins résolûment, en tout et partout, l’Abso/x.

Tout ce que j'ai jamais écrit, tout ce que j'ai nié, affirmé, attaqué, combattu, je l’ai écrit, je l'ai nié ou affirmé au nom d’une idée unique : le Progrès. Mes adversaires, par contre, et vous verrez bientôt s'ils sont nombreux,

sont tous des partisans de l'absolu, ix omni genere, casu et numero, comme disait Sganarelle. | | Qu'est-ce donc que le Progrès?— Depuis près d’un siècle

tout le monde en parle, sans que le Progrès, comme doc- trine, ait avancé d’un pas. Le mot se dit de bouche : Ia théorie est encore au point où l’a laissé Lessing (1).

… (1) L'idée de Progrès n’est pas nouvelle. Elle n’avait point échappé . aux anciens. (Voir de l’Idée du Progrès, par Javery, 1 vol. in-8, Orléans, 1850.) Platon et les stoïciens, Aristote, Cicéron, et une foule d’autres, sans compter les poètes et mythologues, l’avaient nettement conçue. Parmi les modernes, elle fut exprimée par Pascal, et . chantée, en quelque sorte, par Bossuet, dans son Discours sur l'histoire ‘universelle, composé à limitation de Daniel et de Florus. Elle fut reproduite, avec une force nouvelle, par Lessing, servit de devise à la secte des illuminés de Weisshaupt, et fit, à l’époque de la révolution française, l'originalité de Condorcet. Mais c’est surtout dans notre siècle qu’elle s’est posée avec éclat. Toutes les écoles socialistes l’ont invoquée comme principe de leur critique, et jusqu’à certain point l’ont fait entrer dans leurs systèmes. On connaît la division historique de . Saint-Simon : Z'#éocratie, Féodalité ou gouvernementalisme, Zxdusérie; — celle de M. Aug. Comte, Religion, Métaphysique ou philosophie, et * Positivisme ; celle de Fourrier, Édénisme, Saubagerie, Patriarcat, Barbarie, Civilisation, Gurantisme, Harmonie. Le Progrès a servi à M. Pierre Leroux à rajeunir le dogme de La métempsychose, et, chose encore plus étrange, M. Buchez a cru y trouver le dernier mot du catholicisme. Il serait inutile d’énumérer, je ne dis pas tous les écrivains, mais toutes les théories, toutes les sectes et écoles qui sesont prévalus de l’idée du Progrès. La démocratie à son tour s’en est emparée, sans se douter qu’une pareille acquisition était aussi incompatible avec ses doctrines officielles qu'avec la théologie elle-même. On n’a pas oublié Ja Revue du Progrès, que redigea jusque vers 1840 M. Louis Blanc. Tout récemment, un autre écrivain démocrate, M. Eugène Pelletan, Va prise pour sujet d’une publication qui ne manque, dit-on, ni de philosophie, ni d'intérêt. Sous le nom de Liberté absolue, c’est encore le Progrès qu’affirme le rédacteur en chef de /& Presse, M. de Grrarain,

NU

Qu'est-ce que l'Absolu, ou, pour le désigner mieux,

l'Aüsolutisme! — Tout le monde le répudie, personne n’en veut plus; et cependant je puis le dire, tout le monde est

chrétien, protestant, juif ou athée, monarchiste ou démo-

crate, communiste ou malthusien : tout le monde, blasphémant le Progrès, est enchaîné à l’Absolu.

. Si donc je pouvais une fois faire toucher du doigt l’op-

Dston que je mets entre ces deux idées, expliquer ce que j'entends par Progrès et ce que je considère comme Absolu, J'aurais donné le principe, le secret et la clef de toutes mes polémiques ; vous posséderiez le lien logique de toutes mes idées; et vous pourriez, d’après cette seule notion,

devenue pour vous vis-à-vis de moi un criterium infaillible,

non-seulement apprécier l’ensemble de mes publications, mais prévoir et signaler à l’avance les propositions que

tôt ou tard je devrai affirmer ou nier, les doctrines dont

j'aurai à me constituer le défenseur ou l'adversaire; vous

pourriez, dis-je, apprécier et juger toutes mes thèses et.

par ce que j'en ai dit et par ce que Je ne sais pas. Vous me connaîtriez alors, infus et in cute, tel que je suis, tel

que j'ai été toute ma vie et que je me retrouverais dans

mille ans, si je devais vivre mille ans : l’homme dont la

Enfin, il n’y a pas jusqu'aux conservateurs les plus acharnés qui ne se réclament du Progrès : dans leur langage, le Progrès, opposé à la Révolution, indique une marche si lente, qu’il équivaut à l’immobilisme.

Malgré toutes ces ue on peut dire que le Progrès est resté dans la philosophie à l’état de simple phénomène : comme principe, il | n’est point entré dans la spéculation. Ce n’est encore ni une vérité, ni. une erreur mère. Bien loin qu’il ait été conçu comme l’être même des. êtres, on n'y a guère vu autre chose qu’un accident de la création, ou, |

une marchede la société vers un état culminant et définitif, que chacun.

s’est effarcé ensuite de prévoir et de décrire, au gré de ses aspirations | | particulières, à la façon des législateurs et utupistes de tous les!

temps. |

pensée avance toujours, dont le programme ne saurait s'achever] jamais. Et à quelque moment de ma carrière que vous me saisissiez, à quelque conclusion que vous deviez arriver envers moi, vous aurez toujours, soit à m’absoudre au nom du Progrès, soit à me condammer au nom a PAbsolu.

… Le Progrès, dans l’acception la plus pure du mot, c’est | dire là moins empirique, est le mouvement de l’idée, processus; mouvement inné, spontané, essentiel, incoercible et indestructible, qui ane à l'esprit ce que la pesanteur est à la matière Ge suppose avec le vulgaire que l’esprit et la matière, abstraction faite du mouvement, soient “quelque chose), et qui se manifeste principalement dans a marche des sociétés, dans l’histoire.

D'où il suit que l'essence de l'esprit étant le mouvement, Ja vérité, c’est à dire la réalité, aussi bien dans la nature que ue la civilisation, est PRE LR historique, sujette à peeruRs conversions, évolutions et méta- -morphoses. Il n’y a de fixe et déornel que les lois mêmes lu mouvement, dont l'étude forme Fobyét de la logique et des Mathématiques.

. Le vulgaire, le gros des savants comme des nt end le Progrès dans un sens tout utilitaire et matériel. Accumulation de découvertes, multiplication des ma- Chines, accroissement du bniote général, tout au plus extension de l’enseignement et amélioration des méthodes; en un mot, augmentation de la richesse matérielle et morale, et participation d’un nombre d'hommes toujours plus grand aux jouissances de la fortune et de l'esprit : tel est pour eux, à peu de chose près, le Progrès. À coup sûr, cela aussi est du Progrès, et la philosophie progressive serait de peu de fruit et de courte vue, si dans ses spéculations elle commençait par mettre de côté l’améTioration physique, morale ct intellectuelle de la classe la plus nom

c9 à PHILOSOPHIE DU PROGRÈS.

breuse et la plus pauvre, comme dit la formule de Saint- Simon. Mais du Progrès tout cela ne nous donne qu’une expression restreinte, une image, un symbole, que dis-je? un produit : philosophiquement, une pareille notion du Progrès est sans valeur.

Le progrès, encore une fois, c’est l’affirmation du mouvement universel, par conséquent la négation de toute forme et formule immuable, de toute doctrine d’éternité, d’inamovibilité, d’impeccabilité, etc., appliquée à quelque être que ce soit; de tout ordre permanent, sans excepter celui même de l’univers ; de tout sujet ou objet, empirique ou transcendantal, qui ne change point.

L’Absolu, au contraire, ou l’absolutisme, est l’affirmation de tout ce que le Progrès nie, la négation de tout ce qu’il affirme. C’est la recherche, dans la nature, la société, la religion, la politique, la morale, etc., de l'éternel, de. limmuable, du parfait, du définitif, de l’inconvertible, de: l'indivis; c’est pour me servir d’un mot devenu célèbre dans nos débats parlementaires, en tout et partout le statu quo (1).

(1) Pourquoi le gouvernement despotique est-il appelé aussi absolu ? | Ce n’est pas seulement parce que le prince ou despote met sa volonté. au dessus de la volonté de la nation, son bon plaisir à La place de la loi. La personnalité et l'arbitraire dans le pouvoir ne sont qu’une conséquence de l’absolutisme. Le gouvernement est dit absolu, d’abord. parce qu’il est de sa nature de concentrer, soit dans un homme, soif dans un comité ou une assemblée, une pluralité d’attributions dont l'essence est d’être séparées et sériées, d’après une déduction logique 5 en second lieu, parce que cette concentration une fois opérée, tout mouvement ou Progrès devient impossible daus l’État, et par suite dans la nation. Les rois ne se disent-ils pas les représentants de Dieu P... C’est qu’ils affectent, comme l'être réputé absolu, l’universalité, l’éternité et l’immutabilité. — Le peuple au contraire, division et mouvement, est l’incarnation du Progrès. C’est pour cela que la démocratie

Descartes, raisonnant à son insu d'après les préjugés de la vieille métaphysique, et cherchant à la philosophie une base inébranlable, un aliquid inconcussum, comme il disait, s’imagine l’avoir rencontré dans le moï, et il pose ce principe : Je pense, donc je suis; Cogito, ergo sum. Descartes ne s’est pas aperçu que sa base, prétendue immobile, était la mobilité même. Cogito, je pense, ces deux mots expriment le mouvement ; et la conclusion, suivant la valeur primitive du verbe éfre, sum, sir, où MM (Laïal). n'est encore que le mouvement. I] devait dire : Yoveor, ergo fio, je me meus, donc je deviens!

De cette double et contradictoire définition du progrès et de l’absolu se déduit d’abord, comme corollaire, cette proposition assez étrange pour nos esprits façonnés de longue main à l’absolutisme : c’est que le vrai en toutes choses, le réel, le positif, le praticable, est ce qui change, ou du moins qui est susceptible de progression, concilia- tion, transformation; tandis que le faux, le fictif, l’impossible, l’abstrait, est tout ce qui se présente comme fixe, entier, complet, inaltérable, indéfectible, non susceptible . de modification, conversion, augmentation ou diminution, réfractaire par conséquent à toute combinaison supérieure, à toute synthèse.

En sorte que la notion du Progrès nous fournit immédiatement et avant toute expérience, non pas ce qu'on nomme un criterium, mais, comme dit Bossuet, un préjugé favorable, au moyen duquel il est possible de distinguer, dans la pratique, ce qu’il peut être utile d’entreprendre et de poursuivre, d’avec ce qui peut devenir dangereux et funeste; chose importante pour la gouverne de l'État et des ren

répugne à l’autorité : elle n’y revient que par la délégation, moyen terme entre la liberté et l’absolutisme,

En effet, parmi tant de projets d'amélioration et de réforme qui se produisent, journellement dans la société, 1l est indubitable qu’il s’en trouve d’utiles et de désirables, tandis que les autres ne le sont pas. Or, avant que l’expé-. rience ait décidé, comment reconnaître, à priori, le meiïlleur du pire, la chose praticable de la spéculation perfide ? comment choisir, par exemple, entre la propriété et la communauté, le birelime et la centralisation, le go1uvernement direct du peuple et la dictature, le suffrage universel et le droit divin ?.. Questions d’autant plus difficiles qu’il ne manque pas d'exemples de législateurs et de, sociétés qui ont pris pour règle l’un ou l’autre de ces : principes, et que tous les contraires trouvent également leur justification dans l’histoire FM

Pour moi, la réponse est facile. Toutes les idées sont fausses, c’est à dire contradictoires et irrationnelles, si on les prend dans une signification exclusive et absolue, ou si on se laisse emporter à cette signification; toutes sont vraies, c’est à dire susceptibles de réalisation et d'utilité, si on les met en composition avec d’autres ou en évolution.

Ainsi, prenez-vous pour loi dominante de la République, soit la propriété, comme les Romains, ou bien la communauté, comme Lycurgue, ou la centralisation, comme Ri- Melon: ou le suffrage universel, comme Rousseau, aslque principe que vous Mbrsrd. dès lors que dans votre pensée il prime tous les autres, votre système est erroné. Il y a tendance fatale à l'absorption, à l'épuration, à l'exclusion, à l’immobilisme, partant à la ruine. Il n’est pas une révoluttin dans l’humanité qui ne puisse faciles’expliquer par là.

Au contraire, admettez-vous en | principe que toute réalisation, daus la société et dans la nature, résulte de la combinaison d'éléments opposés et de leur mouvement,

La

: PHILOSOPHIE DU PROGRÈS. PIC ee

Pire conduite est tracée: toute proposition qui a pour but, soit de faire avancer une idée en retard, soit de procurer une combinaison plus intime, un RUE supérieur, et avantageuse pour vous, ne vraie. Elle est en ere

C’est une question, par exemple, sur laquelle la philosophie morale et l'expérience des sociétés n’a pas prononcé lune manière définitive, de savoir si, dans une législation perfectionnée, on admettra ou non le divorce. On ne manque jamais à ce propos de citer l'exemple des Romains, des Grecs, des Orientaux ; le sentiment de l’Église grecque et des Églises réformées, l'autorité de Moïse et de Jésus- Christ lui-même. Devant cette masse de témoignages, ou demande ce que pèse l'opinion de la France et des autres pays régis par la discipline catholique. — J'avoue, quant à moi, que je suis peu touché de cette argumentation, qu'il serait tout aussi aisé de faire servir à la défense de la polygamie, voire même de la promiscuité. Les anciens soïalistes, et plusieurs parmi les modernes, ne s’en sont fait faute. Je ne me demande pas quel a été dans les siècles antérieurs, quel est encore chez la plupart des nations, état de k femme, afin d’en déduire par assimilation ce qu'il convient de faire parmi nous; je cherche ce qu'il est en voie de devenir. La tendance est-elle à la dissolution ou à l’indissolubilité? Telle est pour moi la question. Or, äül me paraît évident, indépendamment des considérations d'intérêt domestique, de morale, de dignité, de justice, de ‘bonheur même, qu’on peut ici fe valoir que la mono- | gamie latine, etui et ennoblie par le catholicisme, accuse une Madince triomphante à l’indissolubilité; il me y araît, dis-je, que l'Église grecque est restée sur ce point stationnaire, que l’Église protestante a été rétrograde, et que le Code français, avec ses réserves pour les cas de ullité, est encore l'expression la plus avancée du Progrès.

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Ajoutons que la question du divorce, résolue par l’affirmatve, impliquerait une rétrogradation parallèle de tout l'ordre politique et social, en sorte qu’au bout de la question du divorce il y en a une autre d’inégalité, comme on Ta vu par la théorie saint-simonienne. C’est là ce que je nomme préugé favorable; en sorte que, pour moi, demander s1nous introduirons le divorce dans nos lois, c’est demander implicitement si nous reviendrons à la féodalité par le capitalisme, si le gouvernement sera despotique ou libéral, en deux mots, si nous serons progressifs ou rétrogrades.

Telle est donc, dans mon opinion, la règle de notre conduite et de nos jugements : c’est qu’il est à l'existence, à la vérité et au bien, des degrés, et que le mieux n’est autre chose que la marche régulière de l'être, l’accord entre un plus grand nombre de termes, tandis que le néant est adéquat à l’unité pure et à l’immobilisme ; c’est que toute idée, toute doctrine qui aspire secrètement à la prépotence et à l’immutabilité, qui vise à s’éterniser, qui se flatte de donner la dernière formule de la liberté et de la raison, qui par conséquent recèle, dans les plis de sa dialectique, l'exclusion et l'intolérance ; qui s’affirme comme vérité en soi, pure de tout alliage, absolue, éternelle, à la manière d’une religion, et sans considération d'aucune autre ; cette idée-là, qui nie le mouvement de l'esprit et de la classification des choses, est menteuse et funeste, bien plus, elle est incapable de se constituer. Voilà pourquoi l’Église chrétienne, fondée sur un ordre prétendu divin et immuable, n’a jamais pu s'établir dans la rigueur de son principe; pourquoi les chartes monarchiques, laissant toujours à l'innovation et à la liberté trop de latitude, sont toujours insuffisantes ; pourquoi au contraire la Constitution de 1848, malgré les inconvénients dont elle fourmille est encore la meilleure et la plus

vraie de toutes les constitutions politiques. Tandis que les premières se posent obstinément dans l’Absolu, seule la Constitution de 1848 a proclamé sa propre révision, sa réformabilité perpétuelle (1).

Ceci compris, et la notion du Progrès ou du mouvevement universel introduite dans l’entendement , admise . dans la république des idées, en face de l'Absolu Son antagoniste, tout change d’aspect pour le philosophe. Le . monde de l’esprit, comme celui de la nature, semble retourné : logique et métaphysique, religion, politique, éco-

nomie, jurisprudence, morale, art, apparaissent sous une physionomie nouvelle, révolutionnés de fond en comble. Ce que l'esprit avait cru vrai juque-là devient faux: ce qu’il avait repoussé comme faux devient vrai. L'influence de la notion nouvelle se faisant sentir à tous, et chaque

jour davantage, il en résulte bientôt une confusion qui semble aux observateurs superficiels inextricable, et comme le symptôme de la folie générale. Dans l’interrègne qui sépare le régime nouveau du Progrès de ancien régime de l’Absolu, et pendant la période que les intelligences mettent à passer de l’un à l’autre, la conscience hésite et trébuche entre ses traditions et ses aspirations; et comme peu de gens savent discerner la double impression à laquelle ils abéissent, séparer ce qu'ils affirment ou nient en vertu de leur croyance à l’Absolu d'avec ce qu'ils nient ou affirment en vertu de leur adhésion au Progrès, il résulte pour la société, de ce bouillonnement de toutes les notions fondamentales, un pêle-mêle des opinions et des intérêts, une bataille des partis, où la

(1) Le gouvernement absolu est donc, à priori, impossible. Aussi le crime des despotes est-il beaucoup moins dans la perpétration de leur idée que dans leur volonté de la commettre : c’est cette volonté impuissante qui constitue le liberticide.

civilisation s’abimerait bientôt, si la. lumière ne parvenait à se faire dans ce néant.

Telle est la situation où se trouve ia cr non pas seulement depuis la révolution de février, mais depuis celle de 1789; situation dont j'accuse jusqu’à certain point les philosophes, les publicistes, tous ceux qui, ayant mis- Sion d’instruire le peuple et de former l’opinion, n’ont pas vu, ou n’ont pas voulu voir, que l’idée de Progrès étant désormais universellement acceptée, ayant acquis droit de bourgeoisie, non seulement dans les écoles, maïs jusque dans les temples, érigée enfin en catégorie de la raison, les anciennes représentations des choses tant naturelles que sociales sont perverties, et qu’il est nécessaire de reconstruire à nouveau, au moyen de cette lampe nouvelle de l’entendement , la science et les Lois.

Divisit lucem à tenebris ! Séparation des idées positives, construites sur la notion du Progrès, d’avec les théories plus ou moins utopiques que suggère l’Absolu : telle est, monsieur , la pensée générale qui me guide. Voilà mon principe, mon idée mère; ce qui fait le fond et le lien de tous mes jugements. Il me sera facile de vous montrer comment, dans toutes mes controverses, j'ai cru y obéir : vous direz si j'y ai été fidèle.

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Ainsi je soutiens, et c’est une de mes convictions les plus inébranlables, qu'avec la notion du Progrès toute notre vieille logique aristotélicienne, toute cette dialectique d’école est sans valeur aucune; qu'il faut au plus vite, sous peine de déraisonner toute notre vie, nous en débarrasser. Ce qu’on prend pour raisonnement aujourd'hui, mélange de conceptions absolutistes et progres-

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Ë sistes , in: est qu’une association fortuite ou abat | d'idées, un amphigouri brillanté, un phébus précieux où sentimental. Je ne vous citerai pas d'exemples : notre littérature contemporaine, abstraction faite de la forme, n’est à mon jugement, au point de vue des idées, qu’un immense gâchis. Personne ne comprend plus son voisin ni soi-même ; et si parfois, dans les affaires de parti surtout, quelques-uns semblent entre eux d'accord, c’est qu’un reste de préjugé leur fait répéter les mêmes mots et les mêmes phrases, sans que du reste ils y attachent la même signification. Depuis que la notion de Progrès s’est glissée dans les esprits, Absolu ayant conservé la plupart des : positions, le chaos est dans toutes les têtes; et comme le . Je Progrès, à un degré quelconque, s'impose à tous avec une force invincible, le plus fou est encore celui qui, en . croyant s’en débarrasser , a la prétention de ne paraître pas fou.

J'ai fait ce que j’ai pu, dans la mesure de mes forces, avec plus de bonne volonté sans doute que d'aptitude, pour . éclairer un peu ces ténèbres : il ne m’appartient pas de dire 2: is quel point j'ai réussi, mais voici à peu près COmMment j'ai procédé.

Le mouvement existe : voilà mon axiome fondamental. De dire comment j’acquiers la notion du mouvement, ce serait dire comment je pense, comment je suis. C’est une ques-

tion à laquelle j’ai le droit de ne pas répondre. Le mouvement est le fait primitif que révèlent à la fois l’expérience et la raison. Je vois le mouvement et je le sens; je le vois hors de moi, et je le sens en moi; si je le vois hors

de moi, c’est que je le sens en moi, et vice vers. L'idée du

mouvement m'est donc donnée à la fois par les sens et par l’entendement ; par les sens, puisque pour avoir l’idée du

. mouvement, 1l faut Pavoir vu; par l’entendement, puisque

. le mouvement en soi, quoique sensible, n’est rien de réel,

et que tout ce que les sens révèlent dans le mouvement, c’est que le même corps qui tout à l’heure était dans un certain lieu, l'instant d’après se trouve dans un autre.

Pour que j'aie l’idée de mouvement, il faut donc qu'une

faculté spéciale, que je nomme les sexs, et une autre faculté que je nomme l’entendement, concourent dans ma. CONSCIENCE à me la fournir : voilà tout ce que je puis dire sur le mode de cette acquisition. En autres termes, je découvre le mouvement au dehors parce que je le sens au dedans ; et je le sens parce que je le vois : au fond les deux facultés n’en font qu’une; le dedans et le dehors sont les deux faces d’une seule et même activité, il m'est impossible d'aller au delà,

L'idée du mouvement obtenue, toutes les autres s’en déduisent, les intuitions comme les conceptions. C’est à tort, selon moi, que parmi les philosophes, les uns, tels que Locke et Condillac, ont prétendu rendre compte de toutes les idées à l’aide des sens; les autres, tels que Platon et Descartes, nier l'intervention des sens, et tout expliquer par l’innéité; les plus raisonnables enfin, Kant à leur tête, faire une distinction entre les idées, et expliquer les unes par le rapport des sens, les autres par l’activité de l’en-

tendement. Pour moi, toutes nos idées, soit intuitions, soit conceptions, proviennent de la même source, l’action simultanée, conjointe, adéquate, et au fond identique, des sens et de l’entendement.

Ainsi, toute intuition ou idée sensible est l’aperception d'une composition , est elle-même une composition : or, toute composition, soit qu’elle existe dans la nature ou qu'elle résulte d’une opération de l'esprit, est le produit d’un mouvement. Si nous n'’étions pas nous-mêmes une puissance motrice en même temps qu’une réceptivité, nous ne verrions pas les objets, parce que nous serions inca-

; PHILOSOPHIE DU PROGRÈS. nt. à pables de les parcourir, d'en ramener la diversité à l'unité, comme dit Kant. |

Toute conception, au contraire, indique une analyse du mouvement, ce qui est encore un mouvement, et que je démontre de la manière suivante :

Tout mouvement suppose une direction, À =+ B. Cette proposition est fournie, à priori, par la notion même de mouvement. L'idée de direction, inhérente à l’idée de mouvement étant acquise, l'imagination s’en empare et la divise en deux termes : À, côté d'où vient le mouvement, B, côté où 57 va. Ces deux termes donnés, l'imagination les précise en ces deux autres, point de départ et point d'arrivée, autrement dire, principe et but. Or, l’idée de principe et de but n’est qu’une fiction ou conception de l'imagination, que dis-je? une illusion des sens. Une étude approfondie montre qu'il ny à ni ne peut y avoir, au mouvement perpétuel qui constitue l'univers, ni principe ni but, ni commencement n1 fin. Ces deux idées, de notre part purement spéculatives, n’indiquent dans les choses rien de plus que des relations. Accorder une réalité quelconque à ces notions, c'est se faire une illusion volontaire.

De ce double concept, de commencement ou de principe, et de but ou de fin, se déduisent tous les autres. L'espace et le {emps sont deux manières de concevoir l'intervalle qui sépare les deux termes supposés du mouvement, point de départ et point d'arrivée, principe et but, commencement et fin. Considérés en eux-mêmes, le temps et l’espace, notions indifféremment objectives ou subjectives, mais essentiellement analytiques, ne sont, à cause de l’analyse même qui leur donne naissance, rien, moins que rien; ils ne valent que par la somme de mouvement ou d'existence qu'ils sont censés contenir, de telle sorte que, suivant la proportion de mouvement ou d'existence qu’il renferme, un point peut valoir l'infini, et un instant l'éternité,

Je Le de même l'idée de cause : c’est encore un. produit de l’analyse, qui, après nous avoir fait supposer dans le mouvement un principe et une fin, nous induit à supposer encore, par une nouvelle illusion de l’empirisme, le. premier comme générateur de la seconde, à peu près comme dans le père nous voyons l’auteur ou la cause de ses e7fants. Mais ce n’est toujours qu'une relation transformée illégitimement en réalité : il n’y a pas, dans l'univers, de Cause première, seconde ni dernière; il n’y a qu’un seul et même courant d’existences. Le mouvement est : voilà tout. Ce que nous appelons cause ou force n’est, comme ce que nous nommons principe, auteur ou Po qu’une face du mouvement, la face À ; tandis que l'effet, Le produit, le mobile, le but ou la fin, en est la face B. Dans l’ensemble des existences, cette distinction n’a plus lieu : la somme des causes est identique et adéquate à la somme des effets, ce qui est la négation même des unes et des autres. Le mouvement ou, comme disent les théologiens, la création, est l’état naturel de l’univers.

De l'idée de mouvement, je déduis encore, et toujours par le même procédé analytique, les concepts d'unité, de pluralité, de méme, d'autre; lesquels à leur tour me conduisent à ceux de swjet et d'objet, d'esprit et de matière, etc... sor lesquels je reviendrai tout à l’heure.

C’est ainsi qu’à l’aide d’une seule notion, dont j'avoue, au surplus, l’impénétrabilité, parce qu'elle est l'existence même et la vie, avec la notion, dis-je, de mouvement et de Progrès, je rends compte de la formation des idées, el que je les explique toutes, intuitions et conceptions, celles-là par voie de composition, celles-ci par voie d'analyse. Ce n’est point là, j'imagine, la marche qu'ont suivie jasqu’ici les philosophes qui ont spéculé sur le mouvement : sans cela, il y a longtemps qu'ils auraient fait l'application de Ieur méthode à la pratique sociale; il y a longtemps qu'ils

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PHILOSOPHIE DU PROGRÈS. Si 54

auraient tanins le monde. Car telle est la théorie des on

idées, ee l’économie du genre humain.

La théorie des idées me conduit à celle du raïisonnement.

Du moment que je conçois le mouvement comme l’essence de la nature ‘et de l'esprit, il s'ensuit d’abord que le raisonnement, ou l’art de classer les idées, est une certaine évolution, une histoire, ou, comme je l’ai appelé quelque part, une série. D'où il résulte que le syllogisme, Pa exeMmple, le roi des arguments de l’ancienne école, n’a qu’une valeur tout à fait hypothétique, nono ET et relative : c’est une série tronquée, propre uniquement à faire déraisonner le plus innocemment du monde ceux qui ne savent pas la ramener à sa plénitude, en opérer la recons truction intégrale.

. Ce que je dis du syllogisme, il faut le direde l'induction baconienne, du dilemme, et de toute l’ancienne dialectique.

L’induction, demeurée stérile entre les mains des philosophes, malgré l’annonce de Bacon, redeviendrait l’instrument de l'invention et la formule la plus heureuse de la vérité, si elle était conçue, non plus comme une sorte de sylogisme pris à rebours, mais comme la description complète d’un mouvement de l'esprit, inverse de celui indiqué par le syllogisme, et tracé, de même que dans le syllogisme, par un petit nombre de jalons.

Le dilemme, réputé le plus fort des arguments, ne serait plus regardé que comme une arme de mauvaise foi, le poignard du brigand qui vous attaque dans l'ombre, par derrière et par devant, tant qu’il n'aurait pas été rectifié

par la théorie de l’antinomie, forme la plus élémentaire et composition la plus simple du mouvement.

Mais ce n’est pas tout que de porter la réforme dans 1 instruments dialectiques. Il faut savoir encore, et ne jamais perdre de vue, que la méthode de raisonnement même la plus authentiqué et la plus sûre, ne peut pas toujours, par elle-même, conduire à une distinction entière de la vérité. Il en est, ai-je dit ailleurs, du classement des idées comme de cetut des animaux et des plantes, comme des opérations de mathématique elles-mêmes. Dans les deux règnes, animal et végétal, les genres et espèces ne sont pas partout et toujours susceptibles d’une détermination précise ; ils ne se définissent bien que dans les individus placés aux extrémités des series; les intermédiaires, comparés à ceux-là, sont souvent inclassifiables. Plus on prolonge l’analyse, plus on voit surgir, de l’observation des caractères, des raisons pour et contre. Il en est de même en arithmétique, dans ces divisions où le dividende, prolongé en décimales aussi loin qu’on voudra, ne peut jamais se résoudre en un quotient exact. Ainsi es idées, et tous ceux qui ont parcouru les traités de jurisprudence, qui se sont occupés de procès et de procédures, l'ont éprouvé; les idées, dis-je, ne sont pas toujours, quelque subtilité de dialectique qu’on emploie, complétement déterminables; il est une foule de cas où l’élucidation laissera toujours quelque chose à désirer. Et comme si tous les genres de difficultés devaient se réunir pour tourmenter le dialecticien et désespérer le philosophe, ce n’est jamais sur les cas douteux que la masse des humains hésite et se divise : par un caprice étrange, ils ne disputent et ne se battent que sur les solutions les mieux démontrées…

En deux mots, et pour conclure sur cet article, je dis, j'affirme que l’ancienne méthode de ratiocination sur

laquelle a vécu jusqu’à ce jour la philosoghie, et dans laquelle notre génération a été élevée, est désormais convaincue de faux, qu'elle est d'autant plus fausse et pernicieuse, qu’elle admet aujourd’hui, dans son vieil arsenal, un nouvel instrument de guerre, le Progrès : d’où je conclus que notre logique doit au plus tôt être réformée par la construction de cette idée nouvelle, à peine d'infamie et de suicide.

Si de la logique et de la dialectique nous passons à l’ontologie, nous rencontrons, après l'introduction de l'idée de Progrès, des impossibilités non moins nombreuses et non moins graves, qui soulèvent des observations analogues, et sollicitent même réforme.

Tout ce que nos traités de physique, chimie, histoire naturelle, contiennent d'idées générales sur les corps, de même que sur l'intelligence, est tiré des spéculations d’Aristote, Abeilard, Descartes, Leibniz, Kant, etc., ce qu’on nommait au moyen âge, universaux et catégories : Substance, cause, esprit, matiere, corps, âme, ete. Une seule notion, la plus importante, n’a pas fourni son contingent, le Progrès.

Sans doute, on ne nous parle plus de Lt occultes, d’entités, de quiddités, d’horreur du vide, etc. Tout cela a disparu de l’ontologie : en sommes-nous plus avancés; n’est il pas vrai que tous nos savants, sans exception, de même que nos psychologues, sont encore, bon gré mal gré, dualistes, panthéistes, atomistes, vitalistes, matérialistes, j mystiques même, partisans enfin de tous les systèmes, de tous les rêves qu’enfanta la vieille ontologie ?..

Je ne puis m empêcher 6 relever en passant l'illusion

dé PHILOSOPHIE DU PROGRÈS.

mére qui, Mio tant de siècles, à fait déb: ter : aux philosophes tant d’absurdités ontologiques. |

. La condition de toute existence, après le mouvement, est sans contredit l'unité; mais de quelle nature est cette unité? Si nous interrogeons la théorie du Progrès, elle nous répond que l’unité de tout être est essentiellement Synthétique, que c’est une unité de composition (1). Aïnsi l’idée de mouvement, idée primordiale pour toute intelligence, est synthétique, puisque, comme nous l’avons vu tout à l'heure, elle se resout analytiquement en deux termes, que nous avons représentés par cette figure, À + B. Pareillement, et à plus forte raison, toutes les idées, intuitions ou images que nous recevons des objets, sont synthétiques dans leur unité : ce sont des com: binaisons de mouvements, variées et compliquées à l'infini, mais convergentes et unes dans leur collectivité.

Cette notion de l’ux, à la fois empirique et intellectuelle, condition de toute réalité et existence, on l’a confondue avec celle du simple, laquelle résulte de la série ou expression algébrique du mouvement, et, de même que la cause et Left, le principe et le but, le commencement et la fin n’est qu’une conception de l'esprit, ne représente rien de réel et de vrai.

C’est de ce simplisme qu’on a déduit toute une prétendue science des êtres, l’ontologie.

La cause est cible a-t-on dit; — par conséquent le sujet est simple, et l'esprit expression la plus haute de la. cause et du moi, est simple également.

Mais, à fait observer Leibniz, si la cause est simple, le produit de cette cause doit être encore simple, voilà la

(1) Protagoras dit : I/ n’est rien que par relation à quelque chose. Le un n’est donc qu’une hypothèse; le moi n’est pas un: être : c'est un FAIT, un phénomène, voilà tout,

PHILOSOPHIE DU PROGRÈS. | Ti

monade. si le Sujet est simple, l'objet qu’il crée en s’oppo- : sant à lui-même, ne peut pas ne pas être simple, donc la matière est simple aussi : voici l'atome.

Tirons la conséquence : la cause et l’effet, le moi et le non-moi, l'esprit et la matière, toutes ces simplicités spéculatives que l'analyse fait sortir de la notion une et synthétique du mouvement, sont de pures conceptions de l’entendement; il n’existe ni âmes ni corps, ni créateur ni créatures, et l’univers est une chimère. Si l’auteur de la monadologie avait été de bonne foi, c’est ainsi qu'il aurait “conclu avec Pyrrhon, Barclay, Hume et les autres.

Aussi le système des monades, malgré tout le génie de son auteur, est-il demeuré sans partisans : c’était trop clair. Misère ou lâcheté de la raison humaine! On à conservé, comme articles de foi, la simplicité de la cause, la simplicité du moi, la simplicité de l’esprit : mais on a affirmé la composition des créatures et la divisibilité de la matière : c’est sur cet étrange compromis que repose l’ontologie des modernes, leur psychologie et leur théo- ‘digée !.…

Avec l’idée de mouvement ou de progrès, tous ces Sys- | tèmes, fondés sur les catégories de substance, causalité, sujet, objet, esprit, matière, etc., tombent, ou plutôt s'expliquent, pour ne reparaître jamais. La notion de Vêtre ne peut plus être cherchée dans un invisible quelconque, esprit, corps, atome, monade, ou tout ce qu'il vous plaira. Elle cesse d’être simpliste pour devenir syn- Thétique : ce n’est plus la conception, la fiction d’un je ne Sais quoi insécable, immodifiable, intransmutable, etc. : l'intelligence, qui se pose d’abord une synthèse avant de Vattaquer par l'analyse, n’admet à à priori rien de pareil. Elle ne sait ce que sont, en elles-mêmes, la substance et a force; elle ne prend point ses éléments pour des réalité, puisque; par la loi de constitution de Mrs la

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