‹ Philosophie du raisonnement dans la science d'après Saint ThomasChapitre 2 sur 23 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

sans doute, de la matière sensible individuelle. Étant donné qu'il n'y a de science que du général, il ne saurait en être autrement. Mais il ne fait pas abstraction de la matière sensible commune. Or, qui dit matière dit possibilité, indétermination, substratum des contraires : autant de choses qui sont causes d'incertitude dans le raisonnement. De là viennent des difficultés particulières aux sciences dont on a pu qualifier l'objet à1 abstraitconcret. Ignorer, dans ce cas, les lois du raisonnement telles que sa matière les détermine, ce qui est précisément le point de vue des Seconds Analytiques, c'est s'exposer à de nombreuses erreurs et surtout à de grandes illusions sur la portée et la valeur scientifique des conclusions et des résultats obtenus.

On s'étonnera, sans doute, de nous voir demander à saint Thomas la philosophie du raisonnement dans la science, surtout s'il s'agit des sciences de la nature. On sait assez que les philosophes de l'Ecole, même les plus grands, sont de médiocres physiciens. Nous ne dirons pas le contraire. Mais ce que nous affirmons bien haut, c'est que saint Thomas a toujours reconnu et proclamé la nécessité de l'expérience dans les sciences naturelles : Qui sensum negligit in naturalibus, dit-il, incidit in errorem (i). A toute occasion il formule cette même doctrine en termes dont la précision et l'énergie n'ont été égalées ni par le

(ij S. Thom., In lioetium de Trinitates q. vi, a. 2.

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