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\El MÊME LEÇON. — REID 391
ponds que j'en ai tenu compte, puisque j'ai soumis la démonstration à plusieurs examens successifs. Mais, me dit-il, l'incertitude est double ; il y a d'abord l'incertitude inhérente à toute démonstration ; il y a ensuite l'incertitude qui dérive de la faiblesse de la faculté qui jvige. C'est ce que je ne puis admettre, lui dis-je ; jusqu'ici il n'y a de bon compte qu'une incertitude, c'est celle qui dérive de la faillibilité du jugement. Mais cette faillibilité de mes facultés est-elle pour vous dans l'abus et dans la fausse application que je puis en faire? ou bien considérez-vous mes facultés comme pouvant être fallacieuses parleur nature, et capables de me tromper, alors même que je les applique convenablement ? Dans le piemier cas, nous avons pour ressource la modestie, la circonspection, et la pratique sévère des règles de la logique et du bon sens. Dans le second, si Hume doute sérieusement de la véracité native de sa faculté de juger et se résoud à lui refuser toute confiance tant que cette véracité n'aura point été démontrée, je déclare son scepticisme incurable; il lésera, en effet, aussi longtemps que nous ne recevrons pas de Dieu de nouvelles facultés pour juger les anciennes. Le doute de Hume n'a pas besoin de s'appuyer sur une série infinie d'appréciations successives qui, de probabilité en probabilité, conduisent l'évidence au néant. Elle succombe sans appel dès la première qui anéantit la possibilité même de la conviction. Le sceptique se place du premier coup dans une position inexpugnable. Nous sommes condamnés à l'y laisser en repos, et à confier à la nature le soin de l'en arracher par d'autres moyens plus puissants que les armes insuffisantes de l'argumentation.
« Tout ce qu'on peut exiger d'un homme qui professe cette espèce de scepticisme, c'est (pïil se montre conséquent à ses principes, et qu'il ne démente point dans sa conduite l'incrédulité qu'il proclame dans la théorie , car il en est de l'incrédulité comme de la foi : les actions en démontrent mieux la sincérité que les paroles. Si un sceptique évite de mettre sa main dans le feu comme ceux qui sont fermement persuadés que le feu brûle.
il est difficile de ne pas soupçonner qu'il est moins incrédule qu'il ne veut le paraître.
« Hume n'ignorait pas qu'il n'y a point de scepticisme d'une constitution assez robuste pour résister à cette épreuve. Aussi prend-il prudemment ses réserves contre ce genre de vérification; jamais personne, dit-il, n'a professé constamment et avec une sincérité toujours égale cette opinion. La nature, par une loi absolue et sans contrôle, nous détermine à croire, comme elle nous détermine à respirer et à sentir. Et la conclusion de Hume est que la croyance est moins un acte de la partie cogilative que de la partie sensitive de cette nature. »
Reid a peine à comprendre ce que signifie cette proposition de Hume; il recherche ce qu'il a voulu dire par la partie cogitative et par la partie sensitive. Après un examen assez embarrassé, Reid suppose que Hume a voulu seulement exclure le raisonnement comme base unique de la croyance ; et, grâce à cette interprétation, il adhère à la proposition de Hume. Mais elle a évidemment une tout autre portée. En admettant que le raisonnement ne fonde pas la croyance, il reste à déterminer avec précision à quelle partie de notre nature nous la devons. La question est ouverte et comme à l'ordre du jour en philosophie. Trois solutions se présentent à Reid. On peut s'efforcer de ramener l'évidence à l'expérience sensible. C'est l'explication de l'école sensualiste. L'école platonicienne et cartésienne rapporte l'évidence à cette faculté générale et supérieure qui est par excellence la faculté de connaître et qu'elle appelle la raison, en la distinguant du raisonnement. L'école écossaise, Hutcheson à sa tète, rejette les explications des deux autres écoles, et comme elle confond la raison avec le raisonnement, elle a recours à une faculté spéciale qui n'est ni la raison ni la sensation, mais un sentiment ou plutôt un sens particulier. C'est ce sens qui révèle à Hutcheson et le beau et le bien. Hume ne fait pas difficulté de l'admettre. Il est ou il a l'air dètre partisan du sens moral. Il propose la môme théorie en mélaphysique. C'est !à une salisfaclion apparente qu'il cou-
sent à donner à ses adversaires, bien sûr qu'au fond cette satisfaction, comme nous l'avons souvent démontré, n'a pas la moindre valeur, le sentiment ne pouvant pas plus servir de fondement solide à la vérité que la sensation. Reid ne prend pas ici un parti très-décidé dans cette querelle qui contient pourtant l'avenir et la destinée de l'école écossaise. Peu à peu, il s'expliquera davantage, quand la question se présentera plus clairement, par exemple, dans l'esthétique et dans la morale. Pour le moment, il n'est bien arrêté que sur l'insuffisance du raisonnement. Mais quel est alors le principe de l'évidence ? On chercherait en vain quelque lumière à cet égard dans le septième Essai et dans le chapitre 5, consacré à l'examen du scepticisme de Hume touchant la raison. Pour trouver la véritable opinion de Reid, il faut sortir de ce chapitre 5 et rassembler les inductions éparses en divers endroits des Essais dont nous venons de rendre compte.
Reid traite de l'évidence dans le septième Essai et à la fin du premier. Il recherche moins la source de l'évidence que ses différentes espèces. Encore déclare-t-il. Essai VIP% chap. 3 % qu'il «parlera des principes, sans aspirer aune énumération complète. » Au chap. 20 de l'Essai II'", Du témoignage des sens et de la croyance en ijénéral,\\ énumère les différentes sortes d'évidence, l'évidence des sens, l'évidence de la mémoire, l'évidence de la conscience, l'évidence du témoignage des hommes, l'évidence des axiomes et l'évidence du raisonnement. Il ne les compare point ; il va même jusqu'à dire qu'elles n'ont rien de commun entre elles. « Je me forme, dit-il-, une idée distincte de ces dilTérents genres d'évidence et peut-être de quelques autres encore qu'il n'est pas nécessaire de désigner ici; et cependant j'avoue que je suis incapable de découvrir en eux une nature commune, à laquelle on puisse les ramener. Le seul caractère commun qu'ils me paraissent présenter, c'est qu'ils nous déterminent à croire, les uns de cette croyance