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NEIVIÈME LEÇON. — REID 389
sible ; nous disons ; cela est ainsi, cela ne peut pas être autrement, at nous sommes à bout. N'est-ce pas là l'expression d'une croyance irrésistible, d'une croyance qui est la voix delà nature et contre laquelle nous lutterions en vain? Voulons-nous pénétrer plus avant, demander à chacune de nos facultés quels sont ses titres à notre confiance, et la lui refuser jusqu'à ce qu'elle les ait produits? Alors, je crains que cette extrême sagesse ne nous conduise à la folie, et que, pour n'avoir pas voulu subir le sort commun de l'humanité, nous ne soyons tout à fait privés de la lumière du sens commun. »
Le septième Essai traite du raisonnement et de ses différentes formes, de la démonstration et de ses conditions, de l'évidence et de ses degrés, de la probabilité et de la certitude.
Dans cet Essai comme dans tous les autres, Reid a toujours en vue le scepticisme de Hume, qu'il combat sans relâche tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Ici il le suit dans son dernier asile. De ce (]ue nous sommes sujets à nous tromper. Hume lire cette conclusion, que nos connaissances qui nous paraissent les plus certaines ne nous doivent inspirer aucune confiance. Reid accepte l'antécédent ; il repousse la conclusion. 11 distingue à bon droit la modestie et la circonspection du scepticisme. « Je conviens, dit-il *, que l'homme, et comme lui sans doute toute créature, est un être faillible... 11 sied à une créature sujette à l'erreur d'être modeste dans ses convictions; et comme elle peut s'égarer, son esprit doit se tenir incessamment ouvert à la lumière. Mais on peut se croire faillible et tenir pour certain que deux et deux font quatre, et que deux propositions contradictoires ne peuvent être vraies en même temps. On peut croire qu'il y a des choses simplement probables, et d'autres qui sont susceptibles de démonstration, sans avoir la moindre
prétention à l'iiifaillibililé L'assertion de Hume, que la fdil-
libilité de nos facultés tran.-forme toute certitude en incerli-
tude, est absurde si on la prend à la lettre, et si elle n'est qu'une manière de dire qu'étant faillibles nous devons nous défier de nos opinions, elle n'exprime qu'une vérité triviale que personne ne conteste. »
Cette explication de Reid suffit à prévenir ou à dissiper le prestige de scepticisme qu'exerce sur les imaginations faibles ce passage célèbre du Traité de la nature humaine : « Dans tout jugement, notre première décision tirée de la nature de l'objet doit être corrigée par une seconde, tirée de la nature de notre entendement Lorsque je réfléchis à la faillibilité de mon jugement,
j'ai moins de confiance en mon opinion que lorsque je me borne à considérer les choses qui en sont l'objet; et lorsque, continuant mon examen, j'envisage l'une après l'autre chacune des appréciations successives que je suis obligé de faire de mes facultés, les règles de la logique condamnent mon évidence et par conséquent ma croyance à un affaiblisseraent progressif qui aboutit à une destruction complète. » Cet argument, qui paraît si redoutable, s'évanouit dès qu'on l'examine de près. Prenon-^ pour exemple, avec Reid, la démonstration d'un théorème d'Euclide. « Cette démonstration, dit Reid i, me paraît rigoureusement exacte; mais, comme je ne suis point infaillible et qu'il est possible que quelque vice de raisonnement m'ait échappé, je l'examine une seconde et une troisième fois; elle résiste à cette épreuve ; en outre, tous ceux qui l'ont examinée s'accordent avec moi à la trouver exacte; me voilà arrivé à cette espèce d'évidence que tous les hommes appellent démonsti-ative, et à cette sorte de croyance qu'on appelle certitude. Cependant Hume m'arrête et m'assure que les règles de la logique réduisent cette évidence au néant. Je m'étonne et je présume qu'il vam'indiquer dans la déduction quelque anneau dont la faiblesse m'a échappé. C'est en quoi je m'abuse; car il n'attaque en rien ia rigueur de la démonstration; ce qu'il attaque, c'est la faillibilité de mon jugement. Je lui ré-