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comme Hutcheson, un adversaire de la morale intéressée des philosophe? français et anglais du dix-huitième siècle, de Mandeville et d'Helvétius.

Avant de tirer un système de la sympathie, Smith en décrit les caractères essentiels. Voici les faits qui forment comme le gracieux préambule de la Théorie des sentiments moraux.

L'observation la plus vulgaire atteste le penchant que nous avons tous à pai'tager les joies ou les souffrances, les sentiments divers, enfin la manière d'être les uns des autres. Rien de plus anciennement constaté que ce penchant de l'àrae humaine.

Ut ridentibus arrident, ila flentibus ad(lenl Bumani vultus.

Un visage qui sourit nous fait sourire, el des yeux en pleurs nous font pleurer.

Cette disposition s'étend non-seulement aux émotions et aux passions réelles, mais à celles qui sont l'ouvrage de l'imagination. Les larmes que nous versons à la vue ou au récit des malheurs d'un héros de roman ou de théâtre en sont la preuve. Mais cet accord de notre sensibilité et de celle d'autrui qui va jusqu'à nous faire compatir à des infortunes imaginaires, n'a pas lieu dans tous les cas. Il est des passions, par exemple, les passions haineuses, qui causent à ceux qui en ont le spectacle un mouvement d'éloignement et de dégoût. 11 faut donc reconnaître, à côté du penchant sympathique qui nous porte à nous mettre à la place des autres et qui nous fait entrer de moitié dans leurs sentiments, une autre tendance de l'âme dont les causes et les effets sont absolument opposés et qui s'appelle l'antipathie.

Un caractère admirable de la sympathie, c'est que toutes les fois que nous l'éprouvons elle nous procure, et à ceux qui en sont les objets, une émotion agréable. Particulièrement quand nous sommes témoins d'une passion généreuse, nous ressentons vivement le plaisir de la partager ; la facilité avec laquelle nous nous pénétrons de cette passion nous réjouit : nous serions mécon-

tents de nous-mêmes, si nous étions trop lents à en recevoir le contre-coup sympathique. De son côté, celui à qui s'adresse notre sympathie est heureux de la recueillir. 11 serait inquiet et mal à l'aise, si l'on ne s'associait pas, autour de lui, à ses joies ou à ses peines. La sympathie qu'on lui témoigne lui rend les unes plus douces et les autres moins amères.

Ajoutons que nous faisons tous un certain effort pour accorder nos sentiments avec ceux d'autrui. Lorsque nous sommes en présence d'un de nos semblables qui, faute d'être placé dans les mêmes circonstances que nous, ne saurait partager entièrement la passion qui nous anime, nous affaiblissons instinctivement les signes extérieurs de cette passion ; nous nous étudions à la calmer assez pour que l'état de notre sensibilité puisse se rapprocher de l'état de la sensibilité de la personne qui nous regarde; cette personne, de son côté, fait des efforts pour donner à son émotion, qui n'est que sympathique, un degré de vivacité qui l'élève au même point que la nôtre. Ces efforts^ il est vrai, ont rarement un succès complet; l'impression qui passe dans l'âme du spectateur reste habituellement au-dessous de celle de la personne atTectée directement et pour son propre compte; toujours est-il que ce besoin qu'éprouvent deux créatures humaines de diminuer rinter\'alle qui sépare l'affection de l'une et la sympathie de l'autre, est un phénomène très-réel, qui reparait à tous les moments de notre vie morale. Quel est celui de nous qui, se sentant animé d'un ardent enthousiasme, n'en affaiblit pas l'énergie à la vue d'un témoin dont le caractère est froid et peu sympathique? Et ce témoin lui-même n'exagèret-il pas, comme par un retour de complaisance, la démonstration de sa sympathie ?

Ces faits sont incontestables; Smilh les analyse avec un art et un charme infinis, et les présente sous mille et mille faces qui en montrent la fécondité et l'étendue. Voici maintenant le principe systématique qu'il en tire, c'est que nos jugements moraux sur les actions d'autrui sont antérieurs à ceux que nous portons sur

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nous-mêmes. Ce principe est forcé quand on part de la sympa-, thie; et il est tellement capital pour Smith, qu'il le met dans le titre même de son livre : a Théorie des sentiments moraux, ou Essai analytique sur les principes des jugements que portent naturellement les hommes, d'abord sur les actions des autres, ensuite sur leurs propres actions. » Il l'exprime encore dans les passages que je vais citer, a S'il était possible, dit-il, qu'une créatm-e humaine parvint à la maturité de l'âge dans quelque lieu inhabité et sans aucune communication avec son espèce, elle n'aurait pas plus d'idée de la convenance ou de l'inconvenance de ses sentiments et de sa conduite, que de la beauté ou de la difformité de son visage... Nous portons nos premières critiques morales sur le caractère et la conduite des autres, et nous sommes disposés à observer les impressions qu'ils nous donnent ; mais nous nous apercevons bientôt que les autres jugent nos actions aussi librement que nous jugeons les leurs ; nous nous inquiétons de savoir jusqu'à quel point nous méritons leurs censm-es ou lem's applaudissements, et jusqu'à quel point nous sommes pour eux ce qu'ils sont pour nous, des êtres agréables ou désagréables. Dans cette vue nous examinons nos sentiments et notre conduite... » Part. III, chap. 1 K

Smith est donc persuadé que, dans la formation de nos idées morales, nous allons de nos semblables à nous-mêmes, et non pas de nous-mêmes à nos semblables, et que, si nous vivions isolément, si nous n'avions pas jugé les actions d'autrui, nous ne pourrions jamais juger les nôtres.

Tel est le principe fondamental sm- lequel repose la Théorie des sentiments moraux. Or^ à nos yeux, ce principe est faux; nous pom-rions donc, en le renversant, détruire d'avance toutes ses conséquences. iSous l'examinerons plus tard; mais en ce moment nous préférons laisser Smith développer son principe tout à son aise, et l'appliquer aux deux classes d'actions qui lui paraissent renfer-

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