Ibid.,t. II, p
homme rend service à un autre et que nous sommes témoins de sa conduite, notre mouvement naturel est de sympathiser nonseulement avec le sentiment du bienfaiteur, mais encore avec celui de l'obligé. Or, quel est le sentiment de l'obhgé ? la reconnaissance, c'est-à-dire le désir de récompenser un homme qu'on croit digne d'être récompensé en effet. Nous jugeons donc, en sympathisant avec la personne obligée, que le bienfaiteur est digne de récompense, en d'autres termes, que son action est méritante. Au contraire, qu'un homme nuise à un autre, nous éprouvons de l'antipathie pour ses sentiments, et nous sympathisons avec le ressentiment de la victime, c'est-à-dire avec le désir qu'elle a que le malfaiteur soit puni ; nous déclarons donc son action punissable, en d'autres termes, déméritante. Notre sympathie pour une personne qui jouit ou qui souffre par le fait d'une autre se traduit ainsi, dans le système de Smith, en un jugement de mérite ou de démérite sur celui qui cause ces joies ou ces souffrances. Pour décider du mérite ou du démérite d'une action , nous interrogeons toujours deux sortes de sympathie : l'une qui se rapporte à l'agent, l'autre à la personne qu'atteignent les conséquences de sa conduite. Du reste, cette seconde sympathie s'accorde habituellement avec la première, et nous ne sympathisons guère avec la reconnaissance ou le ressentiment des hommes, sans avoir approuvé auparavant par notre sympathie on désapprouvé par notre antipathie les actions dont ils croient avoir à se louer ou à se plaindre. « Un homme nous parait digne de récompense lorsqu'il est pour quelques personnes l'objet naturel d'une reconnaissance que tous les cœurs humains sont disposés à partager. Nous trouvons au contraire digne de châtiment celui qui, pour quelques personnes, est l'objet naturel d'un ressentiment que tous les hommes raisonnables partageraient. » Part. II, sect. l^pj chap. 2 ^ Et plus loin : « Comme nous ne pouvons partager complètement la reconnaissance de la personne qui reçoit