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Ibid

passée, et la croyance que l'objet de notre souvenir a existé dans un temps passé ; enfin nos sensations et nos pensées nous suggèrent aussi la notion d'un esprit avec la croyance de son existence et du rapport qu'il soutient avec nos sensations et nos pensées. C'est par un principe naturel semblable que tout commencement d'existence et tout changement dans la nature nous suggère l'idée et nous force de croire à l'existence d'une cause qui l'a produit. C'est ainsi enfin que certaines sensations du toucher nous suggèrent immédiatement, en vertu des lois de notre constitution, l'étendue, la solidité et le mouvement, qualités absolument, diflérentes de ces sensations. »

Ces divers passages expriment parfaitement, selon nous, le procédé de l'esprit humain et nos jugements primitifs. Ces jugements ont lieu en vertu de notre faculté naturelle de juger et de connaître, et en vertu des lois attachées à cette faculté. Cette faculté et ces lois ont leurs conditions d'exercice; ici une sensation, là une opération, toujours quelque phénomènes des sens ou de la conscience; mais ces phénomènes sont si peu des idées préexistantes que l'on compare et dont on cherche le rapport, qu'à parler rigoureusement, pour qu'il y ait dans l'entendement de paieilles idées à comparer, il faut que des jugements primitifs et instinctifs soient intervenus. Après (jue de semblables jugements ont eu lieu, la faculté d'abstraire qui est en nous s'y applique, les divise, les décompose, considère à part leurs différents termes, et en lire des idées distinctes et séparées, lesquelles sont de pures abstractions. C'est entre de pareilles idées que le jugement comparatif s'évertue à trouver des rapports de convenance ou de disconvenance. Telle est la logique de l'école, fille de l'abstraction et de l'analyse. Elle a son utilité pour éclaircir chacun des termes enveloppés dans les jugements primitifs; mais il est absurde de la confondre avec la logique de la nature. L'une n'opère que sur des idées sans rapport aux existences, l'autre nous révèle les existences elles-mêmes. Locke ne s'est pas douté qu'en prenant l'une poiu- l'autre, loin dètre sur la route de la réalité il lui tournait le

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dos en quelque sorte, et ramenait la psychologie moderne à la plus mauvaise scholaslique. Reid l'a replacée dans les voies que Descartes lui avait ouvertes. Il faut convenir qu'avant lui, personne, dans l'école cartésienne même, n'avait songé à instituer ce combat contre les jugements abstraits et artificiels fondés sur la comparaison des idées. Reid, en détruisant la théorie du jugement comparatif, a couronné et achevé la réfutation de la théorie des idées, et il a délivré la philosophie des deux erreurs qui en occupaient l'entrée. Ce sont là deux services considérables qui maintiendront la mémoire de leur auteur au rang le plus élevé. Il y en a d'autres moins importants, mais qui méritent aussi d'être rappelés.

III. Ni l'idée représentative ni les rapports des idées entre elles ne peuvent suppléer aux suggestions et inspirations naturelles, pour nous donner la connaissance des êtres. 11 en est de même du raisonnement. Le raisonnement tire des conséquences des principes, mais il ne découvre pas les principes eux-mêmes. Ceux-ci sont au-dessus du raisonnement. Et il faut bien qu'il en soit ainsi, sans quoi le raisonnement et la démonstration manqueraient de base. Les mathématiques reposent sur des axiomes et des définitions à l'aide desquels toutes les propositions se démontrent, mais qui eux-mêmes ne se démontrent point. Toutes les grandes vérités naturelles, soit métaphysiques, soit morales, échappent à la démonstration. Les deux principes les plus engagés dans nos connaissances primitives sont le principe de causalité et celui de la substance ; et ce n'est pas le raisonnement qui les fournit *. Il y a un plus grand nombre de principes indémontrables que ne le pensent les philosophes. Reid en signale plusieurs qui jouent un très-grand rôle dans la vie humaine, et qu'il a le premier soumis à un sérieux examen; par exemple, ceux qu'il nomme le principe de véracité et le principe de crédulitj.

Selon Reid, quand nul motif intéressé n'intervient, l'instinct

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