DE LA MUSIQUE EN GÉNÉRAL
Je me suis écrié un jour : ^ Tout avec Dieu, rien sans lui 1 » Puis, en même temps que la perfection infinie du Créateur, j'ai constaté l'imperfection manifeste, inévitable de la créature. L'homme, je l'ai reconnu, a reçu la terre en fermage et doit compte au Maître de ce qu'il en fait. D'où j'ai conclu que le travail est une loi à laquelle nul n'échappe sans encourir le mépris général. J'ai remarqué que les arts ont pour assises les mêmes principes et pour but la construction d'un pont^ auquel chaque progrès ajoute une arche ; pont merveilleux qui, commencé sur notre globe, ne s'achèvera qu'au ciel. J'ai montré les arts et les sciences concourant à cette tâche sublime. J'ai signalé plusieurs des pasteurs qui conduisent le genre humain dans les champs de la pensée. Ayant interrogé les livres sacrés, la philosophie, la tradition, je me suis demandé si la musique, relativement à la parole, ne date pas d'une époque récente, et j'ai expliqué pourquoi la dernière est antérieure à la première. J'ai déclaré que je ne considérais pas conmie de la musique les bruits de la nature, bien que le son fixe soit compris dans ces bruits; j'ai poussé l'orgueil jusqu'à nier que les oiseaux et les quadrupèdes fussent nos pédagogues dans l'art du chant et de la composition. J'ai cherché le secret de la musique sortant fraîche et pure de la grande ftme populaire. Ici je me remets en marche*
Les airs nationaux, en général, s'arrêtent aux limites de leurs pays respectifs, au-delà desquelles les spécialistes seuls les fréquentent. Ils ne se hasardent guère hors de chez eux, si ce n'est avec les peuplades nomades qui les portent au versant des montagnes lointaines, ou les conduisent au bord des fleuves étrangers. Ces peuplades une fois installées sur le Rhin, sur le Danube, sur le Tage, sur le Tibre ou l'Euphrate, localisent leurs airs. A cela trois causes : premièrement, ils ne répondent qu'aux instincts d'une nation; deuxièmement, ils ne confinent à l'art que par le côté mélodique ; troisièmement, la mélodie non accompagnée demeure étrangère à ce que j'appelle la musique par un point constitutif essentiel : l'harmonie. On va se récrier. « Quoi ! me dira-t-on, n'y a-t-il pas de musique sans harmonie, et accordez-vous à l'harmonie la prééminence sur la mélodie ? » Je répondrai : non ! aux deux objections, en me hûtant d'ajouter quejeplace l'harmonie et la mélodie au même rang. Elles se confondent souvent de telle sorte qu'on ne saurait les distinguer, les séparer l'une de l'autre. Dans une foule de cas, la mélodie réside si bien dans le tissu harmonique que vous la sentez vibrer partout sans pouvoir la saisir nulle part. Elle résulte d'un ensemble harmonieux, à peu près comme la scnlcur délicieuse ravie aux campagnes et versée dans Pair par la brise, naît de la réunion d'innombrables parfums* La mélodie, que l'auteur le sache ou l'ignore, se dégage d'un centre harmonique quelconque ; elle en émane. Que dis-je ! elle fait corps avec ce centre; elle s'exhale d'un groupe d'accords auxquels elle se rattache mystérieusement par des racines invisibles.
Les chants populaires, privés d'accompagnement, modifies indéfiniment par ceux qui les retiennent, et dont au surplus l'étendue est fort restreinte, ne sont donc pas encore de la musique, ils en sont l'aube. Ils résument un peuple, ils ne résument pas l'homme. J'en
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veux citer un exemple remarquable. Des musiciens distin^és tentèrent d'écrire dès opéras espagnols, hongrois, russes ; ils réussirent médiocrement ; leurs opéras, comme s'ils étaient retenus dans un cercle magique par la volonté de quelque enchanteur, vivent sur le sol natal d'où ils n'émigreront jamais. Intéressants par les ressources musicale, que l'harmonie concertante, le contrepoint, l'imitation, le canon, la fugue, l'orchestre et les chœurs mettent à la disposition des maîtres, mais non assez dégagés des attaches nationales, c'est à peine s'ils projettent, au-delà des barrières qui parquent les races, de chaleureux et bienfaisants rayons. Et pourtant il s'agit là d'ouvrages considérables dont les beau tés ne sont nullement contestées. Pourquoi donc ne pénètrent-ils pas à l'étranger ? Parce qu'ils représentent les tendances exclusives d'un peuple au lieu de représenter les tendances générales de l'humanité; parce qu'un peuple toujours en contemplation devant sa propre pensée se meut dans une sphère relativement étroite, que cette pensée ne répond point à des besoins universels, et que, dès lors, il est circonvenu, dominé par ce que j'appellerai l'égoïsme national.
La personnalité est à l'opposite de l'art. L'art s'agrandit par l'amour. Plus l'amour s'étend, plus Tart s'élève. S'il en était autrement, il faudrait refaire la morale. Est-il vrai que l'affection de deux époux soit supérieure à celle qu'on se porte à soi-même ? N'y a-t-il pas entre le mari et la femme un commencement de société ? Le dévouement, le sacrifice ne sont-ils pas les bases du mariage et n'est-ce pas sur ces bases que s'appuie la tendresse véritable ? La satisfaction exécrable de l'égoïste fait horreur ; le bonheur d'un jeune ménage réjouit l'âme. Si de petits êtres espérés, attendus, viennent réclamer leur place au foyer, ô prodige ! ô mystère ! les époux, encore amants, éprouvent des joies inconnues ; leur cœur se partage ou plutôt il leur semble
qu'ils onl deux cœurs : un pour leur mutuelle tendresse, un autre pour les chères créatures que la Providence confie à leurs soins. Le père, la mère, se donnent tout entiers à leurs fils, à leurs filles : l'existence va devenir moins facile ; les devoirs se multiplieront, il faudra travailler double, lutter contre la misère peut-être ? Qu'importe ! Les parents songent au pélican et se sentent capables de faire comme lui. L'amour de la famille n'est-il pas un accrois^ sèment, une extension de l'amour conjugal et ne lui est-il pas supérieur en ce sens qu'il exige un dévocfce* ment, un sacrifice plus absolu? Et quand un père quitte parents, femme, enfants, pour voler au secours de la patrie menacée, quand un jeune homme abandonne la maison paternelle pour courir sus à l'ennemi, pour vaincre ou mourir, ne comprennentils pas l'un et l'autre qu'ils .sont dominés par un sentiment d'autant plus beau qu'il est plus indépendant des intérêts personnels ou familiers ? Au-dessus de cet amour, je n'en vois qu'un, c'est l'amour de l'humanité ; au-dessus de ce courage, je n'en vois qu'un, c'est celui de périr pour une idée régénératrice ; au-dessus de Jeanne d'Arc, je ne vois que Jésus-Christ.
L'artiste, son individualité fût-elle dûment constatée, ne saurait donc se borner impunément à se faire l'interprète du foyer domestique, d'un cénacle, d'ime patrie ; il doit être l'interprète de tout et de tous.
Je ne m'étendrai pas sur les écoles artistiques qui, on le sait, relèvent toutes d'idées philosophiques ou religieuses. — On est toujours fils de quelqu'un, dit Bridoison. — Je les désignerai en passant.
L'art pour l'art, le matérialisme, le réalisme, le sensualisme, le sentimentalisme et le spiritualisme n'ont pas également droit à notre estime, quoique chac^ct d'eux ait sa théorie, ses adeptes, ses prêtres.
Balzac, en écrivant ses Contes drolatiques , Cheifu-.
bini en notant ses contrepoints et ses fu^es à huit voix, faisaient de Fart pour l'art ; il fallait un matérialiste fièrement spirituel pour mettre au jour : // Barbière di Swiglia. Bellini, à qui je ne prétends rien ôter de sa valeur, est éminemment sensuel, témoin Norma. Nos faiseurs de romances affectent des allures sentimentales fort suspectes et pataugent à qui mieux mieux dans la sensiblerie; il faut des apôtres au spiritualisme, et il n'en rencontre guère qu'en Allemagne, Cependant il a un représentant en Italie, Spontini, et trois représentants en France : Rameau, Méhul et Berlioz.
L'art pour l'art représente l'arrangement; le matérialisme représente l'idée de la matière existant par elle-même sans le concours d^une puissance infinie qui l'anime et la féconde; le réalisme retrace ce qu'il voit; il ne cherche pas l'au-delà comme dit excellemment le R. P. Félix dans ses intéressantes et belles conférences sur l'art ; le sensualisme cherche je ne sais quelle jouissance à la fois raffinée et brutale ; le sentimentalisme s'enniaise avec les Florian, les Romagnesi et autres ; le spiritualisme seul a l'intuition, la perception, la compréhension, la divination des choses invisibles.
Parmi ces écoles, il en est une très fière d'elle-même, sans qu'on sache pourquoi, qui s'amuse à aligner des rimes, des notes, à limer des périodes, à rassembler des pierres, à fondre des couleurs, à tailler le marbre, à pirouetter sans se demander si le mouvement qu'elle se donne bénévolement a une signification quelconque? Reine d'une petite coterie, elle se divertit fort à ce jeu. Le néant vers lequel elle voudrait nous entraîner et où elle se plonge avec délices vous répugne-t-il ? Tant pis! C'est pour elle et non pour vous qu'elle travaille. Elle vit tout un an sur le pétale d'une rose ou sur une feuille de lierre* EUe a supprimé l'idée. Ses partisans, ses
flatteurs , lui demanderaient % ainement Taumône d une pensée. Elle soigne la forme; elle parle, elle chante, elle peint, elle sculpte, elle bâtît, elle saute, et cela suffit à sa joie. Elle croit faire de Tart, elle fait de la dentelle. En somme, à quoi sert cette école? A rien. Elle n'accepte pour moteur ni la divinité ni rhumanîté, Représente-t-elle le passé? Non, Représente-t-elle le présent? Pas davantage? Que faît-elle donc? Elle se confectionne un vêtement dont elle ne se servira pas et qui uira à personne* Le mot m^enir Tirrite, je le conçois ; Tavenir doit lui apparaître sous la figure d'un fossoyeur enterrant un fantôme.
A Tantipode de cette époque oiseuse rebutante, j'en aperçois une (jui a pour chef, hors des espaces créés, FEternel, et ici-bas les grands hommes. Celle-ci ne s'assoupit pas dans une rêvasserie stérile et malsaine. Elle est active, virile, féconde. Comme Moïse, elle frappe le rocher et le rocher obéissant laisse jaillir la source rafraîchissante où boiront les générations altérées. Elle lient à T humanité par toutes les fibres de son être et à Dieu |>ar toutes les aspirations de son âme. Elle est le trait d'union entre le génie et la beauté suprême. Sa couronne a trois fleurons : Puissance, IntelligeneCj Amour, L'artiste qui lui appartient n*aime pas setUelement père, mère, frères, sœurs, femme, enfants, parents, amis, patrie ; il aime les patries, i! aime les nations, rameaux d'un môme tronc. C'est de cette tendresse incommensurable vouée à tous que surgira peutêtre un œuvre universelle franchissant les frontières, s' adressant aux foules, unissant celles-ci dans un même élan fraternel, 1rs giiitlant euseud>Ie, à demi enlacées, poitrine contre poitrine, vers Fart inlini, les prosternant devant le beau, les eonlondant, nefilt-ce qu'un instant, dans le sein du Seigneur, Cette école crée les Delacroix, |
les Beethoven, Si d'ailleurs une œuvre . s Hscep //A /e d'exciter partout un égal enthousiasme sortait un jour des
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profondeurs de Fart, c'est surtout par un musicien qu'elle pourrait être conçue, exécutée. Le poète a pour borne sa langue maternelle. On ne le traduit pas, on le trahit. Traduttore, traditore. La musique, elle, se passe de traducteurs , aussi ne redoute-t-elle point les trahisons. Sentie, devinée de la multitude, elle a le privilège de charmer les ignorants et les connaisseurs, les sauvages et les gens civilisés. C'est surtout par ellr que ^
les hommes, touchés de ce magnifique langage qu'ils ,|
ne parlent pas mais qu'ils entendent, communient dans (
les régions supérieures, inaccessibles aux intérêts vuU gaires et aux mesquines passions.
La musique, selon moi, est l'art d'exprimer, dans un langage universel, des idées, des pensées et des sentiments par des sons.
Son rôle ne consiste pas à déserter les hauteurs pour prouver à des êtres dépravés que, devenue grossière et matérielle, elle dépraverait davantage ; des distractions sont plus voisines de la sensuaUté que de l'intelligence; elle n'est pas un amusement frivole, dangereux, une espèce de haschich de l'ouïe produisant riiébétement, la foUe, la mort. Si donc elle est décidément, comme je l'ai dit, comme je le crois, l'art d'exprimer, dans un langage universel, des idées, des pensées et des sentiments par des sons, il est de toute impossibilité qu'une puissance aussi considérable n'ait pas un but à poursuivre, à atteindre, des devoirs à remplir, des aspirations à éveiller, à satisfaire.
La musique touche à la théologie, à la philosophie, à l'histoire naturelle, à l'histoire, à la religion, k la morale, aux mathématiques, à l'acoustique. Si j'avais à prouver ce que j'avance, je démontrerais comment la science de Dieu influe sur la musique et j'expliquerais comment celle-ci ne s'élève précisément que jusqu'au point où la divinité est connue ; je ferais voir les rapports qui existent entre elle et les connaissances
relatives à rhomme, à ses destinées ; je miéttrais en lèTidence tout ce qu'elle doit à la matière, aux éléments, aux animaux ; je constaterais qu'elle est intimement liée à l'histoire sous quelque rapport qu'on veuille la considérer ; je la rapprocherais des religions dont, sauf aux époques de transition, elle possède le sens exact ; j'avouerais qu'elle agit vivement sur les sens, sur le cœur, sur le cerveau et que, cela posé, il n'est point indifférent de choisir avec une scrupuleuse sollicitude les compositions destinées aux enfants auxquels il est si important de donner, dès le début de leur carrière, des productions saines ; j'indiquerais les côtés par lesquels les combinaisons de sons se rattachent aux nombres, et je dirais quelle action secrète, certaine, inévitable , les phénomènes acoustiques exercent sur les organes.
Mais ce n'est pas le moment d'aborder ces questions, de les traiter, de les résoudre, et d'entrer deplain-pied dans la voie transcendantale où chacune de ces propositions, examinées de près et séparément, exigerait deux ou trois chapitres.
La science musicale proprement dite s'occupe des principes musicaux, de l'harmonie élémentaire et concertante, du contrepoint, de l'imitation, de la fugue, de l'instrumentation, de l'orchestration, des voix, des chœurs. La musique unie à la parole, accentue la prosodie, la déclamation ; elle tient en réserve deux forces dont la puissance est incalculable : lerhythme, l'enharmonie ; comme la statuaire, elle a le dessin, la forme ; comme la peinture, elle a la couleur; comme la danse, elle a le mouvement; comme l'architecture, elle a le relief; comme la littérature et plus qu'elle, elle a la poésie ; comme tons les arts, elle est l'expression d'un milieu, de certaines mœurs, d'une époque déterminée.
Le passé lui jette des reflets, l'avenir lui montre des aurores, le cœur hmnain lui livre la passion ; le
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fantastique, qui répond à la superstition, la frappe de terreur, le surnaturel renchante, la tradition lui présente la légende, la féerie lui abandonne les châteaux qui s'évanouissent soudain, les cavernes où des nains hideux enferment et enchaînent de belles jeunes filles que des princes viendront délivrer, et les coffrets en or massif ruisselant de pierreries et de perles fines. La musique a des conversations avec les gnomes et les sylphes; les sphinx et les chimères sont en relation avec elle. Elle chuchote avec la brise, elle bondit avec le torrent, elle court avec l'ouragan, elle plane avec le nuage, elle scintille avec les étoiles, elle rugit avec le lion, elle rampe avec le seipent, elle vole avec Taigle, elle trinque avec Falstafl*, elle danse avecEsméralda, elle geint avec Caliban, elle soupire, elle pleure avec Desdémone; naïve, elle aime et rougit avec Miranda. Satan ne la fait pas reculer. Dieu l'attire. Elle ouvre jusqu'aux oreilles par un rire sardonique l'ignoble rictus de Méphistophélès ; elle éveille le son magique du cor d'Obéron ; à minuit elle retentit dans les bruyères au moment où éclate la fanfare terrible du chasseur noir ; elle allume le buisson ardent d'où partira la voix qui parlait à Moïse ; dans l'antiquité païenne elle divinisait les passions : en Allemagne elle divinise les forces cachées de la nature; chez nous elle se marie à l'esprit. Française avec Rouget de Lisle, hongroise avec Rakoczi, elle est humaine avec Jésus et brise avec lui les chaînes de l'esclavage.
Elle prie à son heure.
La musique a son enfance, sa jeunesse, ses transformations, ses chutes suivies de bonds magnifiques, de superbes ascensions, d'éclatantes revanches ; elle est simple ou compliquée, ingénue ou savante ; sa vie se lie à celle de tous les peuples ; elle a pour royaume l'univers ; pai'tout elle cueille des fleurs pour tresser sa couronne étemelle, partout elle ajoute une lueur à son éclatante auréole.
Les grandes divisions de la musique sont : i° La musique instrumentale, comprenant la musique de chambre, la musique d'orchestre ; a^ La musique vocale, c'est-à-dire les chœurs avec ou sans solos et généralement tous les morceaux sans accompa§^nement ; 3^^ La musique vocale et instrumentale offrant la réunion des voix et de Torchestre ; 4° L^ musique accompagnant les poésies ou les scènes déclamées
La musique, comme les autres arts, compte différents genres : La synagogue a ses cantiques, le temple a ses chorals, Téglise a le plain-chant ; la musique religieuse est représentée par les messes^ les oratorios, les hymnes, les cantates sacnk^s, les morceaux d'ensemble et les solos accompagnés soit par Forgue, soit par Torchestre, soit par Forgxie et Torchestre réunis; la musique dramatique aborde tous les genres, même le genre religieux ; elle s'inspire des sujets les plus variés, elle revêt d'innombrables formes, elle abonde en contrastes merveilleux; elle s'unit avec le même succès à la tragédie, à la comédie, au drame ; elle ne dédaigne pas les ballets ; elle accompagne sans déshonneur l'entrée et la sortie des personnages, dans les pièces auxquelles elle ne prend pas autrement part ; la musique d'orchestre comprend, outre les danses nationales et les ballets, les marches, les fantaisies, les concertos, les ouvertures, les symphonies. Elle est spécialement propre au concert ainsi que le sont les symphonies avec chœur, les symphonies dramatitpies, les odes symphonies, les cantates etj en un mot, les morceaux qui exigent la réunion des chœurs et de rorchestre ; la musique dite de chambre a pour domaine les solos, les duos, les trios, les quatuors, etc. Elle se divise naturellement en trois branches; i*' En musique instrumentale; a^ En musique vocide ; 3" En musique concertante ou non concertante composée pour un nombre quelconque de voix et d'instruments ; la musique eniin s'adapte volon-
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tiers à la poésie, elle la soutient, elle la rehausse, elle eti augmente Teffet ; elle exprime ce que le poète dit et quelquefois ce qu'il ne dit pas , ce qu'il laisse simplement entrevoir ou deviner.
Le maniement de tant d'éléments, que la musique tient à la disposition du compositeur^ n'est pas aisé; il veut mi tact exquis, une imagination vive^ beaucoup de jugement, une excellente mémoire^ un savoir qui sera d'autant plus solide qu'il ne songera pas à paraître, une grande finesse d'observation, une entente des effets que peu de maîtres possèdent à un haut degré. Sans parler de Tharmonie, du contrepointj de Timitation, du canon, de la fugue, qui demandent plusieurs années d'études suivies et sérieuses, la connaissance des voix, de l'orchestre, de la déclamation, ne se fait pas du jour au lendemain.
Les instroruents , par exemple, ont chacun leur étendue, leurs bonnes et leurs mauvaises notes, Jeur sonorité particulière variant suivant les registres, selon Tacuitè ou la gravité du son , leur portée poétique ^ leurs aptitudes à rendre certaines situations, certaines nuanceîj délicates plutôt que certaines autres. Les combinaisons résultant de leurs accouplement se multiplient à l'infini.
Pour étudier tout cela il faut du temps, beaucoup de temps; les commençants l'ignorent, heureusement; s'ils le savaient, ils ne conmience raient pas ou s'arrête* raient découragés,
L'idée précède, dans rentendement, la naissance de la pensée. Lors même que ridée et la pensée para r traient naître simultanément, il n'en serait rien. L'une est l'aînée de l'autre. Ce sont deux sœurs jumelles qui ne peuvent être enfantées a la fois, La forme de Tîdée, c'est la conception ; la forme de la pensée, c'est le tour; toutes les deux par leurs développements logiques, constituent Tœuvre. Un poème se résume aisément en
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quelques lignes, nn quatuor en quelques mesures; Fallégro de la symphonie en ut mineur et Tallôgro de la symphonie en la, de Beethoven, sont en germe dans les quatre premières notes de ces deux morceaux. Les pensées incidentes qui n'auraient pas un rapport ostensible ou caché avec l'idée mère et avec le motif générateur jetteraient du désordre dans une composition et nuiraient à Tensemble.
Dans une sonate, dans un quintette, etc., etc., le deuxième thème arrivant vers la fin de la première reprise a seul le droit de distraire Tauditeur de l'attention qu'il doit au thème principal. A partir de la seconde reprise, la première phrase , fragmentée indéfiniment et prenant successivement une foule d'aspects, se modifie si étrangement sous une plume inventive que l'oreille la mieux exercée ne saisit pas toujours à l'audition les bribes mélodiques qui se dispersent à travers l'orchestre, se cherchant, s'appelant, et se réunissant enfin pour rétablir la pensée mère dans son état primitif. D'ailleurs la musique sait qu'il n'y a pas d'unité sans variété, pas d'intérêt sans harmonie, pas d'harmo* nie sans homogénéité dans le style et dans les détails, pas d'essor sans liberté.
S'il importe de choisir avec soin son terrain et le grain qu'on y sèmera — autrement dit : s'il n'est pas insignifiant d'employer une idée et un thème plutôt que d'autres , il n'est pas indifilérent non plus de se servir de tel ou tel interprète pour présenter sa pensée.
Conséquenmient, on supposerait à tort qu'une clarinette ou une flûte pût remplacer un hautbois, ou qu'une mélodie pût être accompagnée indiflerenunent par un violoncelle ou par un alto ; ce qui est vrai pour la flûte, le hautbois et la clarinette, pour le violoncelle et l'alto, l'est pour tous les instruments entendus isolément ou ensemble. Par où on voit que le compositeur, au moment où un thème lui arrive,
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PHTLOSOEBIE BT MUSIQUE tm
eîitead et précise rixistrument par lequel il doit Otre exécuté.
Je viens dt prononcer à plusieurs reprises le mot pensée. Or, bien des individus ni^nt en niusiciiic rexistence de la pensée. Pour eux «Orna tendre niusetlt^» est une pensée poétique, et l'air qu'on a nus sui* ecs paroles n'est pas une pensée musicale. Siiii^ndiere distinction! d'où on inférerait bravement qiriiii Fraiieais qui n'entend pas le grec déciderait avec raison, sans hésiter, qu'un Grec ne pense pas. Eh bien ! la puésie en littérature conune en musique, est entre les liji;iies; ainsi ne nous disputons pas ! La mélodie du vvsic mms répondrait volontiers: «Si je ne suis pas la pensée exprimée dans un langage que vous ignort /., diles-nn^î, je vous prie, ce que je suis.
Encore faut-il bien que je sois quelque ulioâe !
Libre, absolument libre dans sesalhnes, la musiijue instrumentale traitée par des maîtres U Is que Ilnydu, Mozart, Beethoven, Mendelssohn, se sudit : la musique vocale ou vocale et înstnmientale, s'adjoif^uaiit la parole, perd de son indépendance ; mais de eell<^ ass<ïeîation, il ne faudrait pas conclure avec ce |>ativre Rousseau (si triste musicien que je m'étonne de scm^'er à lui en ce moment) que la musique est un art d^iniitation.
Ne demandez pas à un orchestre, fOl-il eunipos*^^ de deux mille musiciens et armé de tromiK^Urs, ([e (rombones, de violons, de contrebasses, d inslimneuls à percussion en aussi grand nombre qu'on le vnudra, de lutter de puissance avec la foudre, avec les niuj,nssements de la mer, avec les clameurs de la tempête, avec le tapage formidable produit par le Niatcara nu si ulementpar la chute du Rhin à SchafTouse ; celte imitation servile ne serait que ridicule et déft^Ui nuise : ruais demandez-lui d'exciter les émotions qu'êveillenl ces
bruits prodîg^ieux et il vous satisfera. Enti^ nous, voîlà pourquoi Torage du Barbier égaie et pourquoi celui de la symphonie pastorale effraye ; le premier lait sourire, le second, frissoimer.