CLÉANTE
o ciel ! quel accident t quel coup inopiné, bêlas [ après la demande que j*a vais conjuré votre oncle de lui faire pour moi, je venais me présenter à lui et tâcher, par mes respecUieuses prières, de disposer son cœur à vous accorder à mes vœux.
ANGÉLIQUE
Ah! Cléante, ne parlons plus de rien ; laissons là toutes les pensées de mariage. Après la mort de mon père, je ne veux plus être du monde, et j'y renonce pour jamais; oui, mon père, si j'ai résisté tantôt à vos volontés, je veux suivre du moins une de vos intentions et réparer par là les chagrins que je m'accuse de vous avoir àonjjiés, {Se jetant à genoux, )So\x{^v^z^ mon père, que je vous en donne ici ma parole et que je vous ambrasse,..
Ce style, je le sais, n'est pas très élevé ; et cependant que d'âme en ce peu de mots. Observateur sagace, Molière fait taire ici son génie pour laisser parler la nature. Les paroles qu'il met dans la bouche d'Angélique sont des pleurs, rien de plus.
Dans un autre genre, Fauteur des Feuilles dt Automne écrivait naguère :
14g PHILOSOPHIE ET MUSIQUE
Il est si beau, Tenfant, avec son doux sourire, Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs Tite apaisés, Laissant errer sa vue étonnée et ravie; OÛrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers !
Seigneur, préservez-moi, préser^^e^ ceux que j'aime. Frères, parents, amis et mes ennemis même
Dans le mal triomphants, De jamais voir. Seigneur, Télé sans Heurs vermeilles, La eage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants,
Wagner ignore ou feîiit d'ignorer ces émotions*là, je le plains.
Quand je songe à la fable des Deux Pigeons, au beau vers qui la termine et qui laisse dans le cœur et dans l'esprit un si mélancolique regret ;
Ai-je passé le temps d*aimer î
Quand je relis, au dénouement du Misanthrope, le passage oi\ Alceste, enfin édifié sur les procédés et la coquetterie, — j'ai failli écrire coquinerie, — de cette misérable Célimène, repousse avec indignation la main trompeuse qu'elle lui offrait pour aller, lui, Tamant trahi j s'ensevelir dans un désert,
« Oà d'être homme d'honneur on ait la liberté , »
je ne puis m'empêcher de penser que les abstractions, les symbolismes, le rêve ne sauraient tenir lieu de cho* ses vraies ; que les joies ressenties et les souffrances endurées sont un élément capital sinon le plus important de Fart, et que les cordes de la lyre sont précieuses qui vibrent au contact du cœur.
Dans un ordre d'idées dilîérent, j*admire profondément ces lignes écloses sous la plume sympathique de Musset :
Lorsque le pélican, lassé d*un long voyage.
Dans les brouillards da soir retourne h ses roseaux,
Ses petitSy affamés, courent sur le rivage
En le voyant de loin s*abattre sur les taux.
Déjà, croyant saisir et partager leur pimie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs golLiis lu Jeux :
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée.
Pêcheur mélancolique, il regarde les ci eux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine t»u verte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'Océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture il apporte son eœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime, il berce sa douleur;
En regardant couler sa sanglante manieUe^
Sur son festin de mort il s'aflaisse etehaiiceUe,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois au milieu du divin sacrifice.
Fatigué de mourir dans un trop long suppliée,
Il craint que ses enfants ne le laissent vi^a^t;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent.
Et se frappant le cœur avec un cri sauva^^e.
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu
Que les oiseaux de mer désertent le rivage
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.
Poète, c'est ainsi que font les grands poètes.
lis laissent s*égayer ceux qui vivent un Uuips,
Mais les festins humains qu'ils servent ù Icufb fêtes
Ressemblent la plupart à ceux des péUuinis,
Quand ils parlent ainsi d'espérances ti oiupee^«
De tristesse et d'oubli, d'amour et de uKiltieur,
Ce n'est pas un concert à dilater le cœur ;
Leurs déclamations sont comme des épées :
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant,
Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.
Qui chante ainsi? La Muse ; et le pocUe répond :
ta PHILOSOPHIE ET MUSIQUE
J'ai vu le temps où ma jeunesse Sur mes lèvres était sans cesse Prête à chanter comme un oiseau.
Mais j'ai souffert un dur martyre.
Et le moins que j'en pourrais dire, Si je l'essayais sur ma lyre, La briserait comme un roseau.
Je le répète : rien ne renaplaee de pareils accents ; tous les vrais poètes Font compris, tous les musiciens, Beethoven en tête, le comprirent également.
Cependant Charles Grandmougin, dans une vaillante brochure toute pleine d'excellentes appréciations dont je signale la valeur, semble faire un mérite à Richard Wagner de ce que je reproche au pionnier du mouvement musical en Allemagne.
« Wagner, dit-il, nous a transportés sans timidité « aucune dans le monde idéal de son théâtre, monde a étrangement merveilleux qui n'est point de cette « terre. <• n
Fort bien; mais s'il faut du spiritualisme, il n'en faut cependant pas trop. Appuyez la vie sur la vie réelle, l'impossible sur le possible, le surhumain sur l'humain ; à cette condition, je vous laisserai vous égarer dans l'espace.
Analysant les tendances du compositeur il ajoute, page 45 :
« Wagner — étant, du reste, à la fois naturaliste et « mystique — ne pouvait avoir le tempérament religieux. <c Naturaliste, il dérive de Weber, et l'on sait que la a musique de Weber a été plutôt inspirée par les a forêts que par les églises; mystique, il s'est aban- « donné à toutes les extases et s'est complu dans les (( visions les moins orthodoxes... »
Le naturalisme et le mysticisme sont en effet les deux pôles du talent de Wagner. Je me permettrai
cependant de présenter quelques objections à cet intéressant paragraphe.
Est-il exact de considérer Weber comme naturaliste? La contemplation des forêts et les inspirations nées de cette contemplation constituent-elles le naturalisme? Ne peut-on aimer la nature sans passer pour un panthéiste ou un athée? Weber est Féloquent organe de la légende, de la superstition; mais cela implique-t-il chez lui l'absence de croyance ?
N'aimait-il pas ardemment? Y a-t-il si loin de l'amour de la femme à l'amour de Dieu ! et cet amour, s'il est sérieux, n'est-il pas le frère de la foi? Quant à Wagner, il me parait au moins aussi féerique que mystique.
A propos d'une poésie passablement vaporeuse d'Edgar Poë, il dit encore faisant allusion à Wagner :
€ Ainsi plus de culte de la matière. Nous avons (( atteint le sommet merveilleux où réside la beauté « souveraine... C'est le platonisme le plus rayonnant; (( c'est le spiritualisme dans toute sa puissance, c'est la « religion de l'amour ; c'est la suppression du mauvais « désir... )>
Le mauvais désir!... Qu'entend-on par là? Est-ce Tunion des corps, sublime lorsque le cœur, l'esprit, Pâme toute entière sont d'accord et s'unissent dans un baiser ?
Croissez et multipliez, disait Jéhovah; faudra-t-îl désormais oublier cette parole et cessera- t-on, par hasard, d'observer la recommandation divine ?
Et puis, la beauté souveraine réside-t-elle sur un sommet? Non, si souveraine signifie absolue. Cette beauté-là n'existe qu'en Dieu, et si elle pouvait être réalisée, elle s'évaporerait aussitôt, elle plongerait dans l'infini; or, que voulez-vous ajouter à l'inlini dont vous émanez? Ce n'est pas pour vous absorber en lui^ mais pour vous attirer à lui que l'Être suprême vous a créés.
14(> PHIT.OSOPHIE ET MUSIQUE
DonCj jouissez de ce que vous possédez. Et puis encore, soulïrez pour aÎQier, travaillez pour progresser, aiïirmez riinmortaïilé de Tùme pour espérer; croyez en Uîcu pour vouloir la sagesse et la justice et vivez votre triple vie physique, morale, intellectuelle que Tart a pour mission dVmbellir, d'épurer, d'idéaliser*
Plus loin, à propos de Schumann et de Byronje tis encore ceci ;
Ces jfénies-là sont intimes ; ce qui domine en eux a c'est le cœur; ce qu'ils chantent, c'est leur propre a existence, »
Cette dernière reniar(iue me parait juste en ce qui concerne Schunumn; mais Byron ! ! Quoi! Celui qui conçut Caïn chanta-t-il uniquement sa propre existence ? N'u4-il pas cliantérexistence de Thumanité? de riiumanitc ^cnihlal>le à un chônc gigantesque dont les innombrables rameaux couvrent le sol et dont les leuillos tombent et poussent sans cesse? La tonte-puissance de Jéhovah ne llotte-t-elle pas sur ce drame magnilîque comme une lumière lointaine qui se retire déjà de la terre?
Vt>yez! là-haut IKlernel ; iti-bas le serpent; Satan, personnification du inal, rampe sur le globe qu'il doit corrompre et se dresse devant Caïn qu'il va perdre. Le ciel et Tcnfer sont en piéscnce. L'ange foudroyé fait naître en Caïn 1 idéi* du néant en l'emportant à travers les azurs vers les plaines où la mort a passé, Caïn sait que ses parents, tombés du sein de Dieu, exilés à jamais dit Paradis, lui ont ravi rinmiortaUté* II lui faudra inouiir! Sa femmemouiia, son lils mourra, tous mourrtuit. O désespoir! KHrayante perspective! Affreuse destinée !
Caïn voulait se hisser à la hauteur des esprits.., il n'est que poussière !
Le deuxième acte du drame est prcsqu'entièremenl consacié à la dîsLUssiun dt s questions les plus élevées ;
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PHILOSOPinE T.r M0SIQÏTE 147
cependant Byron sentant bien que le théâtre ne saurait subsister dans les champs de la métaphysique ramène Satnn et C'à'in sur la planète ou le futur fratricide répandra le sang humain pour la première fois.
Horreur! Abel! Abel est couché là, tout sanglant, sans vie; sa sœur, sa femme, Taperçoît, et folle, éperdue, la pâleur au front, Tangoîsse dans Tâme, tremblant de tous ses membres et se tordant les bras, elle pousse un cri sublime :
Adam! Eçe, penez! la mort est dans le monde!
Voilà le beau, le grand, le vrai ; voilà la créature telle que Ta faite le Créateur; la voilà succombant aux paissions, vouée à toutes les misères, livrée au trépas, terme suprême de ses maux terrestres, et se débattant entre deux forces contraires. C'est bien elle, je la connais. Elle écoule les voix qui l'appellent aux gouffres inconnus; Tablme est sous ses pieds, Fabîme est sur sa If^le, rinfmi Fentoure; que va-l-elle devenir? Liée à la matière qui veut Fabsorbcr, harcelée par le mensonge qui tente de la ravir à Dieu, conviée aux célestes joies par la vérité, desccndra-t-elle, restera- t-elle sur cette échelle immense où elle occupe un imperceptible éche- Ion? Elle hésite.,. Malheur! Ne craignez rien! Satan n'est qu'une fiction, le mal n'est que la négative du bien. L'humanité porte eh elle deux lumières : le cœur, Fesprit; ces deux lumières dissiperont enfin les ténèbres. Seulement, que le génie ne les sépare pas ! qu'il les unisse, au contraire, et qu'il oblige leurs rayons à se projeter sur le même but. Ne vantons pas outre mesure les compositeurs bâtis en fer et en marbre (expression appliquée à Richard Wagner). — et souhaitons qu'ils mêlent toujours les clartés du sentiment à celles de FintclUgeucc. Quelque soit le mérite du chantre allemand, ne préférons pas Wagner à Beethoven, au-dessus duc|Liel il ny ii rivn ; rappelons-nous la syni-
phonie héroïque qui dit : Patrie, combats, gloire, clémence après la victoire ; rappelons-nous la symphonie pastorale qui dit : Nature, éternité; la septième symphonie qui dit : Bonheur et désespoir; la neuvième qui dit : Fraternité. Rappelons-nous que les principaux ouvrages de Beethoven gardent l'empreinte d'un idéal puissant et que, pareils à Tâme de cet artiste jusqu'à présent sans rival (i), ils ont en eux Tinfini.
Beethoven n'est ni superstitieux ni mystique, il observe la création qui lui suscite des idées, il étudie rhumanité qu'il croit destinée à progresser indéfiniment, au sein de l'univers, il écoute ce langage mystérieux du vrai, il n'élimine de son œuvre ni Dieu, ni la nature, ni l'homme ; quant à ce dernier, qu'il rêve viril, aimant et sage, il ne le prive d'aucune de ses énergies, il ne lui enlève pas ce qu'il a de meilleur, il ne le châtre pas, il le montre tel qu'il le souhaite, dominant ses sens, s'assujettissant à la raison, ayant la foi, travaillant à déblayer le présent des passions dangereuses, ces mauvaises herbes, s'appliquant à marcher vers un avenir meilleur, unissant de loin les temps futurs où la joie ouvrant ses ailes abritera le monde émerveillé, où les cœurs battront à l'unisson, où les esprits, préoccupés du bien de tous, seront comme les différents sons d'un accord prodigieux ; il ne s'absorbe pas dans une contemplation aride, infructueuse, inutile ; trait d'union entre le créé et l'incréé, il éveille autour de lui, avec tous les instincts supérieurs, avec tous les nobles sentiments, avec toutes les pensées élevées, toutes les aspirations légitimes, une inaltérable et sympathique admiration. On dirait qu'il a pressenti cette belle pensée empruntée à un philosophe qui a su y conformer sa vie, Charles Fauve ty : « La solidarité n'existerait pas entre les membres de l'humanité et la religion serait un
{l) Il îi'agit ici du symphoniste.
vain mot, si les hommes pouvaient s'améliorer, se sauver, se diviniser les uns sans les autres. » Parole juste et profonde que feront bien de méditer nos prophètes d'aujourd'hui et nos dieux de demain.
Si je pénétrais dans la vie intime de Wagner, j'y trouverais, je crois, l'explication de sa musique. Pénétrons-y.
L'illustre auteur de Lohengrin appartient à cette catégorie de républicains farouches, dont les événements maîtrisent les opinions, les modifient, les dirigent et, en un mot, les caméléonnent , passez-moi la création de ce nouveau verbe. Fort bien avec le roi de Saxe, à l'époque où fut représenté Rienzi^ Wagner s'aperçut soudain, c'était la vérité en 1848, que le peuple a du bon. Les Saxons ayant traité leur prince comme les Français avaient traité le leur, Wagner afficha les idées les plus avancées ; c'était imprudent. Le roi, rentré en grâce auprès de ses sujets, s'empressa d'exiler Wagner, sous prétexte que cet artiste était un peu versatile. Wagner, obéissant à un sentiment de dignité que tout le monde approuvera, n'adressa pas le moindre reproche au mailre ingrat qui lui devait Rienzi et il se retira en Suisse, avec l'intention formelle de ne plus jouer avec la politique. Donc, et après s'être suffisamment repenti, il vint en France, réclamer la protection de l'empereur , qui la lui accorda. Si bien que notre démocrate put glisser sur une pente douce entre deux haies de grands personnages, jusqu'en Bavière- où le meilleur accueil lui était réservé.
Devenu le favori du roi de ce gentil royaume dont les pantins sont si justement célèbres, il sentit son républicanisme faiblir, s'effacer, s'annihiler en quelque sorte devant la bienveillance du jeune monarque, et il se réveilla un beau matin, lui, Wagner, presque aussi bon royaliste que les royalistes pur sang. Il composa en l'honneur de son royal ami des vers à rimes riches.
IBÛi PHILOSOPHIE ET MUSIQUE
dont il étudia les nombreux modèles iei-mc^me, au temps où son esprit dominateur cherchait encore sa voie, où FAUemagne rimait à peine,
Efiîcacement et spirituellement protégé jadis par la princesse de Metternich, dont la férocité républicaine n'est pas encore constatée, il obtint de faire représenter Tannhaaser à TOpéra, entre le moment où éclatèrent les événements du Mexique et le jour où F empereur des Français rendit son épée au roi de Prusse. Napoléon III n'était pas musicien ; guidé dans ses appréciations musicales par l'ingénieuse ambassadrice d'Autriche, il fit un acie d'autorité louable en ordonnant la représentation de Tannhaaser qui succomba sous les efforts d'une puissante et ridicule cabale, La chute fut complète, 11 fallait désormais que Wagner montât à l'assaut de cette grande scène lyrique si critiquée par certains maîtres ultramon tains et transrhénans qui nous Tenvient, qui brûlent de Ta border, et qui, les yeux constamment tournés vers elle, exécutent avec ensemble des variations sur le thème ;
a Ils sont trop verts L . . n
La France n'était pour rien dans Tinsuccès factice de Tannhauser; Paris s'étonna qu'une petite coterie turbulente, plus sensible aux ronds de jambe qu'^à la musique, le privât de juger en dernier ressort un opéra déjà populaire ailleurs. Au surplus, la mésaventure de Wagner se changea en triomphe. Une bonne partie de la presse française s'indigna de voir méconnaître ainsi les devoirs de l'hospitalité et les droits du talent, et \^^agner, largement vengé de cet échec immérité, par Topinion hautement proclamée de juges compétents, indépendants, put songer à reprendre une revanche éclatante. Napoléon tomba et s'effaça; la France trahie, livrée, mais non vaincue, perdit des milliards ; ses monuments s'en allèrent en fumée ; on
PHILOSOPHIE ET MUSIQUE ^l
pouvait la croire perdue... Wagner crut le moment propice pour attaquer violemment celle qui l'hébergea, et à laquelle il doit une partie de sa célébrité et de sa gloire.
L'inconstance de Wagner en matières politiques fut-elle compensée par la sûreté des relations sociales ? Non ! . . . Elles eurent les mêmes défaillances