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THEORIE DE LA CONNAISSANCE

Dans la question 84, avant d'établir son système, St, Tho-

(1) St. Thomas dans ces divers traités s’inspira à une triple source : Platon par St, Augustin, St. Denys l’Aréopagyte, et le Traité “le causis”

St. Denys l'arèopagyte converti par St, Paul et qui, dit-on, devint plus tard archevêque de Paris, composa un traité des noms divins, livre obscur rempli des théories Platoniciernes, et cependant très autorisé au moyen-âge St. Thomas le comment, et c'est à l’occasion de ce commentaire que ses condisciples eurent pour la première fois la manifestation de son génie, Le traité ‘de Causis" y'est que le fragment d'un grand ouvrage attribué par St. Tomas au Hhilosoghe Proclus (412—485) disciple de Plutarque. Cette coupure auruit été faite par le philosophe Arane Avicebron. Le traité ‘de causis” fut égatement commenté par notre St. Docteur, d’après une traduction de Guillaume de Morbecque, Dominicain Flamand, plus tard évêane de Corinthe, auteur de la version appelée «An. tiqua” des œuvres d’Aristote. Cette version fut faite À la requête de St. Thomas.

mas fait ce que j’appelierais volontiers une œuvre de dégagement. H réfute l’un après l’autre tous les anciens systèmes et montre clairement leur insufésance à expliquer le phénomène de la connaissance. Or, ce n’est qu'après avoir aceompli eette tâche qu’il procède dans la question 85 à l'établissement de son système et: ous donne le plein jour sur le eomment de la eonnaissance daus Fhomme.

Nou: ne le suivrons pas article pa artiele, ee procédé nous entrainerait trop loin, Nous mous contenterong de vésumer le tout, de donner comme une vue d'ensemble quirépondra suffisamment au but que nous nous sommes proposé.

Il s’agit done de répondre simplement à cette question : Que: requiert la connaissance parfaite dans l’homme? Pour qu’il y ait connaissance dans l’homme ou dans tous autre eonnaissant il faut que d’une certæine façon. du moins, le conmu soit dans le eonmaissant.

En Dieu Pobjet y est d’une façon suréminente et dans toute la réalité de sa substance ; dans l'être eréé, il y ess également mais d’une manière représentative et purement intentionnelle. Cela suffit pour que notre assertion soit vraie quand nous disons que pour qu’il y ait connaissance, il faut que l’objet connu soit dans l’être connaissant. Il y a en effet, entre les connaissants et les non connaissants cette différence immensé, les uns n’ont reçu de Dieu poar tout partage qu’une forme imparfaite, noyée dans la matière, incapable de percevoir les antres formes, condamnés à vivre sur eux-mêmes et au dedans d’eux-mêmes, cantonnés qu’ils sont dans leur propre existence.

Les autres au contraire ont été doués par Dieu d’une forme capable de posséder, de réfléchir en elle. même toutes les autres formes, Un arbre a la vie, mais non pas la eonnaissanee; et il est par le fait condamné à vivre seul sans aucun rapport avec les êtres qui l’environnent, sans #neune conscience de ce qui se passe en lui et autour de lui, L'homme au contraire est en relation constante avec le moe entier. Il n’a qu’à ouvrir les yeux à la lumière et toutes les beautés du monde visible viennent s’imprimer dans son regard, Il met en branle ses facultés intellectuelles et un autre monde, plus vaste encore mais invisible, se déroule dans son intelligence, Pour connaître ainsi une plante ou une fleur, il faut bien que cette plante ou cette fleur soit reproduite en

moi, y demeure et y vive d’une certaine manière. Pour qu’elle y soit et y vive il lui faut évidemment un concours quelconque de mon intelligence ; saus ce concours et cette fécondité de mon intelligence la species coucrétisée à l’intérieur ne pourrait d’ellemême ni s’introduire ni se maintenir en elle. ‘Le langage lui. même semble consacrer l'évidence de cette vérité. Les mots concevoir, conception, production se disent également dans toutes les langues de l'acte d’intelligenre par lequel un être vivant forme et porte en sou sein un autre être semblable à lui. Nous constatons l'évidence de cette part active exercée par notre intelligence dans l’acte de la connaissance humaine, En affet s’il en est de la loi des formes comme de la loi des êtres, que toujours la moins parfaite suLisse l’action de ia plus purfaite, s’il faut de plus pour que deux choses puissent être assimilables que, nécessairement et tout d’abord, toutes deux soient de mêne nature, il est très clair que ces deux lois créent une double raison pour que mon âme, être spirituel et immatériel, agisse sur l’objet matériel, son inférieur, et le dématérialise afin de se le rendre ainsi connaturel et par conséquent assimilable, Ilest évident qu’en percevant un arbre ou une maison, je n’ai point réellement en moi cet arbre ou cette maison. Ces chbjets ne s’impriment pas en moi comme la forme dans la matière, ou les accidents dans un sujet. Ils y sont cependant d’une façon bien autrement intime et parfaite; Car, dans l’acte de eonnaissance, il résulte de l’intellect passif et de la species intelligible, une union plus intime et plus parfaite que l’union qui existe entre l’Ame et le corps. De là cette affirmation de St. Thomas que l’âme, par la Connaissance, ‘‘devient” elle-même tout ce qu’elle connait. En sorte que nous pouvons dès maintenant affirmer que l'être connaissant ne reçoit pas en lui l’être entitatif ou réel de l’objet connu, ou plutôt qu’il le reçoit mais © l’état d’être immatériel ou d’être itentionnel, c’est-à-dire complètement dématérialisé, dépouillé de ses conditions matérielles et par conséquent indivi duantes. =

L’immatérialité est la condition sine qu’à non de l’intellection. Perfcctio unius rei, dit le Saint Docteur, in altera esse non potest secondum determinatum esse quod habebat inre illa, et ideo ad hoc quod nata sit esse in realtera @portet eam considerare absque his quæ nata sunt eam determinare. Et quia tormæ et perfectionnes rerum per materiam determinantur, ince est quod

En, | secuadum hoc est aliqua res cognoscibilis secundum quod a materi& seperatnr. De là cette autre conséquence donnée immédiatement par St. Thomas : oportet quod id etium in quo suscipitur talis rei peefectio sit immatériale, donc immatérialité des deux côtés,

du côté du sujet tout aussi bien que du côté de l’objet. Si enim

esset matériale, dit-il da sujet, perfectio recepta esset in eo se-

eundum quod est cognoscibilis. Donc immstérialité du côté du

sujet, immatérialité du côté de l’objet, voilà ce qui est requis

pour qu’il y ait possibilité de connaissance, c’est pour cela que

les scolastiques l'ont appelé la racine et le fondement de la re-

connaissance.

Mais l’acte d’immatérialisation par l’intelleet agent et la perception par l’intellect passif des formes ainsi dénratérialisées ne eonstituent pas, à eux seuls, tout le domaine de la connaissance. Eau d’auties termes connaître n’est pas seulement percevoir, mais savoir, or savoir ne constitue pas seulementune connaissance plus ou moins superficielle des êtres particuliers qui nous envirounent, une simple constatation des phénomènes qui tombent sous nog sens (ce à quoi les modernes voudraient aujourd’hui réduire la science, )mais bien ‘‘une connaissance certaine, évidente des êtres dans leur cause, un aëete de l'intelligence qui voit les choses dans le princire qui les contient.” Si vous disséquez le corps humain ans toutes ses parties, si vous analisez les organes, les vaisseaux, les fibres, les humeurs : si minutieuses soient vos recherches d’ailleurs et si exacts soient vos calculs; si vous ne ramenez en définitive tous ces éléments divers à l’umité, à un principe qui lés anime, à une cause d’où ils émanent, vous n’au. rez jamais pour résultat qu’une nomenclature de choses disparates d’objets divers et non une science. Pour avoir une simple vue d'ensemble et nous perdre dans aucun détails, disons seulement qu’on entend en général par connaissance l'acquisition de l’objet connu dans le sujet connaissant. Elle se divise dans l’homme en connaissance sensible eten cnnnaïissance intellectuelle. Si l’on voit un arore, si l’on touche à une pierre, le phénomène de sensation qui s’accomplit dans le cerveau produit Ha conuaissance seusisle. Pour connaître cet arbre ou cette pierre d’une connaissance intellectuelle il faut de plus que l’intellect agent sépare de l’image sensible tout ce qui tient de ja matière, qu’it la dépouille de ses causes individuantes, la spiritualise en quelque

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sotte, afiu qu’elle puisse ensuite : ‘:rmer l’intellect passif, qui seul à le secret de rendre la connaissance vraiment intellectuelle <t humaine. Remarquez-le bien, j'ai dit connaissance, ét non pas science. Savoir une chose c’est la connaître non pas seulement en elle-même, mais dans ses causes. La connaissance intellectuelle se diversifie done de la connaissance sensible par ce fait qu’elle implique non pas seulement la connaissance brutalle de l’epjet tel qu’il est à l'extérieur; mais celles de ses causes. En d'autres termes la ennnaissance sensible n'implique que la sensation ; la connaissance intellectuelle au contraire pour mériter vrai. ment le non de science ou de co:naissance scientifique, requiert non pas seulement la connaissance de l’objet immédiatement perçu, mais bien celle de ses causes. Sur un chantier, les ingéuieurs l’emporteut de beaucoup en supériorité sur le resté des ouvriers qu’ils dirigent; mais leur habileté pratique n’en est pas la cause vraie. Ils sont supérieurs cependant et sans eux, l’ouvrier le plus consommé ne pourrait exécurer les travaux prodigieux et faive concourir les efforts particuliers au résultat de l’ensemble, Seul l'ingénieur le peut, parce que du fait il a conclu à une loi, il a analysé, comparé chaque résultat. L'étude de ces faits, de ces résultats, de ces lois, lui a révélé des principes, cest-a-dire la théorie de son métier, en un :rot, l’étude des faits lui a donné la connaissance des causes. La connaissance des causes est donc le but de toute philosophie, le terme de toute spéculation, la perfection de toute connaissance humaine, Voilà d’après Aristote et St. Thomas le procédé et le domaine complet de la connaissance humaine. Je me suis contenté de décrire le procédé et d’en faire comme l’historique et non la démonstration, Ce que je me contente d'affirmer, St, Thomas l’a longuement et ma gistralement démontré dans les questions 84, 85 et suivantes de la Ia Pars de sa Somme de la théologie catholique.

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