CHAPITRE XXX. — CRITERIUU DE TICO
B avait atteint jusque-là. Toate philosophie s'abaisse devant cette philosophie.
En identifiant le vrai avec le fait, Yico reconnaît que le dogme chrétien distingue entre le créé et Tincréé. On dit du premier qu'il est fait ; du second, qu'il est engendré. Ce philosophe admire le sens profond des Écritures qui donnent le nom de Verbe à la sagesse divine , laquelle contient les idées de toutes choses et les éléments des idées elles-mêmes. Toutefois, les expressions dont il se sert pour expliquer la conception du Verbe, expressions qui feraient entendre que cette conception résulte seulement des éléments connus et cimtenus dans la toute-puissance divine, sont profondément inexactes. aDans le Verbe, dit-il, le vrai est la compréhension même des éléments qui composent cet univers, compréhension d'où pourrait sortir une infinité de mondes ; de ces éléments connus et contenus dans la toute-puissance divine se forme le Verbe réel , absolu , connu de toute éternité par le Père, engendré par lui de toute éternité » {De F Ancienne Sagesse de l'Italie, 1. 1, c. i). Si Tauteur veut dire que le Verbe est conçu par la connaissance seule de ce qui est contenu dans la toute-puissance divine, son assertion est fausse. Si telle n'est point sa pensée, les expressions qu'il emploie sont au moins inexactes.
Saint Thomas (l'*part., quest. 34, art. 3) demande si dans le nom du Verbe se trouve contenu quelque rapport avec la créature : Utrum in namine Verbi impartetur respectas adcreaiuram; et il répond a(-
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firmativement, avec quel laconisme et quelle solidité ! Dieu se connaissant lui-même connaît toute créature. Or le verbe conçu dans Tesprit est représentatif de tout ce qui est compris actuellement dans Tesprit; c'est ainsi qu'en nous le verbe est divers selon la diversité des choses comprises. Mais, comme Dieu se connaît lui-même et connatt toutes choses par un acte unique, son Verbe unique est à la fois Texpression du Père et des créatures. Et, de même que la science de Dieu, en tant qu'elle s'applique à Dieu, est seulement connaissance; quelle est connaissance et cause en tant qu'elle s'applique aux créatures, de même le Verbe de Dieu, relativement à Dieu père, est seulement expressif, tandis que, par rapport aux créatures, il est expressif et productif ; c'est pourquoi nous lisons dans le psaume 32 : Dixit^ et facia-sunt (il dit, et les choses furent faites) ; car dans le Verbe, se trouve contenue la raison productrice de ce que Dieu fait^ Ainsi, selon saint Thomas, le Verbe exprime les
< Respondeo dicendum, quod in verbo importatur respectus ad creaturam. Deus enim cognoscendo se cognoscit omnem crealuram. Verbum igitur in mente conceptum est repraesentativum omnis ejus quod actu intelligitur. Unde in nobis sunt diversa verba , secundum diversa quae intelligimus. Sed quia Deus uno actu et se et omnia intelligit, unicum Verbum ejus est expressivum, non solum Patris sed etiam creaturarum. Et sicutDeiscientia,Dei quidemestcognoscitivatantum, creatararum autem cognoscitiva et factiva; ita Verbum Dei, ejus quod in Deo Pâtre est, est expressivum tantum, creaturarum vero est expressivum et opéra tivum, et propter hoc dicitur in Psal.3'2 : Dixit, et fada sunt, quia importatur in Verbo ratio £ictiva eorum quae Deus fadt.
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créatares ; mais s'il est lui-même conçu par la connaissance de ces créatures, il Test aussi et premièrement par la connaissance de Tessence divine : a Le Père, dit encore le saint docteur, se comprenant luimême, et comprenant le Fils et TEsprit saint, et toutes les choses contenues dans sa science, conçoit le Verbe de manière que toute la Trinité est dite dans le Verbe, ainsi que toute créature ^ »
301. Selon le philosophe napolitain, Tintelligence connaît ce qu'elle fait et seulement ce qu'elle fait, et parce qu'elle le fait ; le fait et le vrai se peuvent transformer l'un en l'autre, le premier étant l'unique critérium de vérité. Cette doctrine, il l'applique à l'intelligence divine, substituant au mot faire la mot engendrer. En quoi il travestit Tordre des idées ; car Dieu ne comprend point parce qu'il engendre, mais il engendre parce qu'il comprend; la génération du Verbe implique préalablement l'mtelligence. n Quiconque comprend, dit saint Thomas, par cela même qu'il comprend, quelque chose procède de lui , c'est ridée de la chose comprise, provenant de la force intellect;uelle et de sa connaissance ^, »
*■ Pater enim intelligendo se etFilium et Spiritum sanctum et omnia alia quaeejus scientia contînentur, concipitVerbum, ut sic tota Trinitas Yerbo dicatur, et etiam omnis çreatura (1 p. q. 34, art. 1 ad 3).
> Quicumque autem intelligii, ex hoc ipso quod intelligît^ pçocedil aliquid inlra ipsum, quod et conceptio rei intellecteB ex vi intellectiva provenions et ex ejus notitia procédons. Quam quidem conceptionem vox significat, et diciturverbum cordis, significatum verbo vocis (i p. q« 27, art. i).
Cette doctrine de TAnge de Técole confirme l'opinion que nous avons émise snr l'impossibilité d'expliquer la compréhension par la production. Dans l'ordre intellectuel, pour produire, il faut avoir compris. Ce n'est donc point l'acte créateur, mais l'intuition de l'objet, que l'on doit placer à l'origine de toute connaissance. C'est pourquoi le saint docteur n'établit point l'intelligence divine sur la génération du Verbe; il fonde, au contraire, la génération du Verbe sur cette intelligence. Dieu engendre le Yeri>e parce qu'il comprend, il ne comprend point parce qu'il engendre. Saint Thomas comprend dans le Verbe l'expression de tout ce qui est contenu en Dieu, parce qu'il présuppose l'intelligence divine, intelligence en vertu de laquelle Dieu dit ou profère le Verbe. L'ordre des idées est donc celui-ci : Entendement, objet compris, verbe procédant de la compréhension, au moyen duquel l'être intelligent s'exprime à lui-même, se dit à lui-même la chose comprise. En Dieu : Dieu père se comprenant lui-même ; essence divine avec tout ce qu'elle contient , entendue ou comprise ; Verbe ou Fils engendré par cet acte intellectuel, expression de tout ce qui est contenu dans l'acte générateur.
302. Il n'est point dans ma pensée d'accuser l'orthodoxie de Yico. Si les termes qu'il emploie manquent d'exactitude, s'il n'a pu dégager sa pensée avec assez de netteté , ses intentions sont hors de cause. Étudions maintenant le système de ce philosopha sous des points de vue moins délicats.