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CHAPITRE XXX. — CRITERIUM DE TICO

N'admetlre pour crkerium de vérité que le fait, c'est laisser l'entendement en dehors de tout ce qui n'est point son œuvre. L'entendement ne se connaîtra pas lui-même puisqu'il ne s'est pas créé. « L'âme, en se connaissant, dit Yico, ne se fait pas, et, partant, ne sait point de quelle manière elle se connaît. »

Ainsi, sans aborder le problème de l'intelligibilité dont nous avons parlé (chapitre xii), Vico refuse à notre âme le critérium d'elle-même, par cette raison seule qu'elle n'est point sa propre cause. Dès lors, ridenlité, loin d'être une origine de représentation, conmie il l'a prouvé (chapitre xi) , est incompatible avec la représentation; rien ne se pourra connaître soi-même, parce que rien ne se fait soi-même.

Erreur très-grave ; car on peut conclure que Dieu ne se connaît point, puisqu'il ne s est point fait. Il ne suflBt pas de dire qu'il se connaît dans le Verbe ; le Verbe suppose nécessairement l'intelligence, nous l'avons établi.

303. Le monde réel tout entier, monde distinct de l'être intellectuel , restera donc à jamais fermé pour nous. Ce système est la consécration du scepticisme le plus absolu. L'esprit ne connaît que l'œuvre même de l'esprit, y compris les actes de notre conscience et les objets appartenant au monde idéal que nous créons dans notre conscience ; mais les sceptiques admettent les mêmes choses. Ils reconnaissent la conscience et le monde idéal qu'elle crée ou du moins qu'elle atteste.

Ainsi ce prétendu critérium remplace la réalité

par des apparences; chose étrange et qui donne la mesure des illusions dans lesquelles peuvent tomber les meilleurs esprits. Vico croyait avoir forgé les seules armes capables de vaincre le scepticisme, a L'unique moyen d'imposer silence aux sceptiques, disait-il , c'est de prendre pour critérium de vérité, que chacun est assuré du vrai qu'il fait, v»

« Les sceptiques, ajoute-t-il, répètent sans cesse que les choses leur semblent être, mais qu'ils ignorent ce qu'elles sont. Ils admettent les effets, et, par conséquent, reconnaissent que ces effets ont leurs causes; toutefois, ils prétendent ne point connaître celles-ci, parce qu'ils ignorent comment les choses se font. Admettez ces propositions, et tournez-les contre eux ainsi qu'il suit : cette compréhension de causes, embrassant tous les genres ou toutes les formes sous lesquels les objets se produisent, dont le sceptique confesse voir les apparences , prétendant toutefois ignorer leur essence réelle, cette compréhension, dis-je, se trouve dans une vérité première qui les embrasse toutes, qui les contient toutes sans en excepter une seule. Puisque cette vérité comprend toute vérité, elle est infinie, et, partant, supérieure au corps, qui n'est qu'un effet. Donc, elle est quelque chose de spirituel ; en d'autres termes, elle est Dieu, le Dieu des chrétiens , le vrai Dieu. Mesurons sur cette vérité la vérité humaine ; celle-ci relève de nous, puisque nous avons coordonné ses divers éléments; elle réside en nous ; à l'aide de certains raisonnements, nous pouvons l'étendre jusqu'à Tinfini. Coor-

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